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Le mouvement Wikimédia/Première partie : La naissance du mouvement Wikimédia

Un livre de Wikilivres.


Il existe dans l'espace web une multitude d’archives permettant de retracer les événements qui ont conduit à la naissance du mouvement Wikimédia. Cette « préhistoire » du mouvement peut notamment être explorée grâce au réseau d’éducation populaire Framasoft, dont le site est apparu environ un an avant la création de la version francophone de Wikipédia. On trouve sur cette plateforme une mine d’informations concernant les logiciels libres et la culture libre. Deux épisodes majeurs de l’histoire de l’informatique et d’Internet, malheureusement méconnus du grand public.

Le tableau La création d'Adam de Michel-Ange retouché par un Wikimédien de telle sorte à faire apparaitre le logo de Wikipédia entre le doigt de Dieu et celui d'Adam
Figure 2. La création d’Adam de Michel-Ange revisitée par un contributeur de Wikipédia.

Grâce à Framasoft et bien d’autres associations, il est possible de découvrir l’organisation et les motivations des millions de personnes qui participent au mouvement du logiciel libre. On y apprend que ce mouvement politique et social a été initié en 1983 par Richard Stallman, un programmeur du Massachusetts Institute of Technology (MIT), qui a eu l’idée d’offrir à chacun une alternative à la marchandisation du secteur informatique.

Cette philosophie de libre partage, concrétisée par le projet de Stallman, permit l’essor d’une organisation et d’une éthique de travail originale, développée au sein d’une sous-culture en vogue dans le milieu informatique depuis les années 1950. Celle-ci fut documentée dans de nombreux ouvrages, dont « L’éthique hacker »[1], un livre remarquable, dans lequel le philosophe finlandais, Pekka Himanen, analyse en détail les origines de la culture hacker. Un simple extrait de sa quatrième de couverture[2] permet d’appréhender la manière de penser de ces informaticiens, rejoints par Richard Stallman durant ses études universitaires, avant d’en devenir l’une des figures les plus charismatiques :

On considérait jusqu’à présent le « hacker » comme un voyou d’Internet, responsable d’actes de piratage et de vols de numéros de cartes bancaires. Le philosophe Pekka Himanen voit au contraire les hackers comme des citoyens modèles de l’ère de l’information. Il les considère comme les véritables moteurs d’une profonde mutation sociale. Leur éthique, leur rapport au travail, au temps ou à l’argent, sont fondés sur la passion, le plaisir ou le partage. Cette éthique est radicalement opposée à l’éthique protestante, telle qu’elle est définie par Max Weber, du travail comme devoir, comme valeur en soi, une morale qui domine encore le monde aujourd’hui.

Ces premières informations nous aident déjà à comprendre que le mouvement Wikimédia plonge ses racines dans une transition culturelle remplie d’utopies[3]. Des utopies qui s’opposaient à ce que l’historien et anthropologue Karl Polanyi[4] désignait, en 1944, comme un libéralisme économique qui « subordonne les objectifs humains à la logique d’un mécanisme de marché impersonnel »[5]. Étape par étape, voyons à présent comment les choses se sont construites jusqu’à l’apparition de Wikimédia, avant de se demander si ce mouvement ne serait pas devenu l’une des dernières utopies de la révolution numérique.

L'utopie Wikimédia

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Une utopie est un lieu qui n’existerait pas, un endroit imaginaire qu’il serait difficile de concevoir dans la réalité. Cette définition correspond bien à ce qui se passe dans le Web, où les choses ne sont pas réellement tangibles, mais seulement expérimentables par la vue et l’audition. Pour cette raison, il est intéressant de produire la métaphore d’une ville pour décrire ce qui se passe au sein de l’espace numérique Wikimédia. Cela aide à mieux percevoir comment les choses s’organisent, tout en illustrant pourquoi on en vient à se demander si Wikipédia ne serait pas « la dernière utopie collective du Web »[6].

Pour expérimenter cette métaphore des activités en ligne du mouvement, il faut visualiser l’espace Web comme une gigantesque ville numérique. Au sein de cette ville se trouve alors un immense quartier, le quartier Wikimédia, où se rassemblent près d’un millier d’édifices que l’on peut visiter librement et gratuitement. Imaginons ensuite qu’à l’exception de quelques bâtiments administratifs, non seulement on peut s'y déplacer librement, mais on peut aussi y modifier presque tout ce qui s’y trouve. On peut y apporter de nouvelles informations, sous forme de texte, photo, vidéo et document sonore, et aussi, si l’on le veut, ranger les informations apportées par d’autres personnes, afin de rendre leur présentation plus esthétique ou plus compréhensible.

D’une manière plus incroyable encore, on peut même faire disparaitre l’entièreté de ce qui est présent dans une pièce. Suite à quoi, un programme informatique remettra tout en place, avant de demander gentiment d’éviter ce genre de vandalisme. Concernant les actions plus discrètes et non détectées par les robots, l'une des personnes qui ont enrichi ou enjolivé la pièce, viendra certainement annuler les modifications malveillantes avant de contacter l'auteur. Et si c'est un multirécidiviste, il sera alors privé du droit de modification du bâtiment qu'il a vandalisé, et même dans tout le quartier si cela se justifie. Une décision qui, par ailleurs, sera toujours mise en application par un des volontaires administrateurs choisis par la communauté des bénévoles actifs au sein des projets.

Figure 3. Photo de la Digital City de Riyadh et son aspect visuel en lien avec la métaphore du quartier Wikimédia.

On comprend donc que tout le monde peut enrichir, mais aussi surveiller et protéger les richesses partagées dans le quartier Wikimédia. Il suffit pour cela de rejoindre le mouvement en se créant un compte et de profiter, entre autres, d'un système de notification qui poste un avertissement à chaque fois qu'une des pièces que l'on désire surveiller au sein des bâtiments Wikimédia est modifiée.

Pour la création de ce compte, pas besoin de fournir une adresse ou un numéro de téléphone. Les seules informations personnelles indispensables au bon fonctionnement du quartier Wikimédia sont les adresses IP des ordinateurs connectés. Car contrairement à ce qui se passe dans les quartiers commerciaux de la grande ville numérique, tels que les GAFAM, NATU, BATX ou autres, aucune des informations récoltées lors des visites des bâtiments Wikimédia n’est exploitée par des services de marketing.

Même les adresses IP enregistrées par le système ne sont pas visibles par les autres visiteurs. Elles sont remplacées par les noms et les pseudonymes fournis lors de la création des comptes, ou masquées par des comptes temporaires en cas de non-connexion. Seules quelques personnes accréditées par la communauté pour effectuer des contrôles d’usurpation d’identité ont accès à ces informations[7]. C’est là une précaution nécessaire au bon déroulement des prises de décisions par recherche de consensus organisées au sein du quartier Wikimédia.

Dans la ville numérique que constitue le Web, Wikimédia apparait ainsi comme le plus grand quartier dédié au partage de la connaissance. La partie la plus connue du quartier, Wikipédia, est composée de plus de 350 bâtiments encyclopédiques répertoriés par langues. À côté de ceux-ci, et toujours séparés en versions linguistiques, se trouvent les bibliothèques Wikilivres et Wikisource, les bâtiments lexicaux multilingues Wiktionnaire, ce centre journalistique Wikinews, le centre pédagogique et de recherche Wikiversité, le centre d'informations sur les voyages Wikivoyage, le répertoire des êtres vivants Wikispecies et l'institut des citations d’auteurs Wikiquote. Cela sans oublier Wikimedia Commons, un lieu de collecte pour tous les fichiers médiatiques, et Wikidata, cette énorme banque d’informations structurées, dont la fonction, au même titre que Wikimedi Commons, est d’enrichir le contenu des autres buildings.

50 % de ces bâtiments sont constitués d'étages dédiés à la libre organisation technique et politique des projets. Tandis que plusieurs immeubles du quartier, tels que MediaWiki, Wikitech, Phabricator, sont entièrement dédiés à sa maintenance technique. Vient ensuite Méta-Wiki, le centre administratif dédié à l’organisation et la gouvernance générale de l'ensemble du quartier. Puis le bâtiment Wikimedia VRT, où l'on traite les courriers adressés au quartier, et finalement Wikimedia outreach, le centre de sensibilisation et de recrutement de nouveaux bénévoles.

En découvrant l’existence de ce vaste quartier numérique libre d’accès, de participation et modification, on visualise mieux, à nouveau, comment les activités du mouvement Wikimédia dépassent largement ce qui se passe au sein du projet Wikipédia. Même si à lui seul, ce projet est déjà perçu comme « une utopie en marche »[8] ou « réalisée »[9], il fait cependant partie d'une organisation mondiale bien plus vaste, quasi gérée uniquement par des bénévoles et de manière non lucrative. Une utopie bien plus grande donc, dont il est bon de comprendre les origines.

Comme première explication, il y a cette synchronicité entre le chamboulement culturel provoqué par la contre-culture des années 1960 et les débuts de la révolution numérique. Les chercheurs et étudiants en informatique, pionniers des réseaux et de leurs applications, étaient effectivement fortement influencés par ce changement de paradigme, qui fut symbolisé en France par les événements de mai 68. De cette impulsion naîtront ainsi une philosophie et un mode d’organisation des activités tout à fait spécifiques, dont le mouvement Wikimédia deviendra l'héritier.

Aujourd’hui, et à l'image du projet Wikipédia en français[10], les sites web hébergés par la Fondation Wikimédia contiennent de nombreuses règles et recommandations qui s'apparentent fortement à des lignes éditoriales. Parallèlement à cela, un code de conduite universel fut adopté par la Fondation Wikimédia en 2022, dans le but d’établir un « référentiel minimum des comportements acceptables et inacceptables »[11]. Cependant, dès la création de l'encyclopédie libre qui fut un jour qualifiée de « bazar libertaire »[12], un principe fondateur intitulé interprétation créative des règles[13], toujours présent à ce jour, illustre clairement l’orientation politique et culturelle du projet :

N’hésitez pas à contribuer, même si vous ne connaissez pas l’ensemble des règles, et si vous en rencontrez une qui, dans votre situation, semble gêner à l’élaboration de l’encyclopédie, ignorez-la ou, mieux, corrigez-la.

Cette invitation illustre à elle seule les valeurs d’universalité, de liberté, de décentralisation, de partage, de collaboration et de mérite décrites par Steven Levy dans son ouvrage L’Éthique des hackers[14]. Bien avant l’apparition du mouvement Wikimédia, une nouvelle perception du monde a donc rendu possible le développement d'un environnement numérique, ouvert, libre et gratuit, propice à la création d'une encyclopédie, écrite et gérée par des millions de contributeurs et contributrices situés aux quatre coins du monde.

Cela commence par Internet, un réseau mondial de communication en libre accès, puis le développement du World Wide Web, qui simplifie les interactions humaines à l’échelle planétaire, jusqu'à l'avènement des logiciels qui ont rendu possible la modification de sites web à l'aide d’un simple navigateur, pour former ce que l'on appelle aujourd’hui le Web 2.0. Or, parmi ces logiciels se trouvent les moteurs de Wiki, dont le plus puissant d’entre eux, MediaWiki, est un logiciel libre développé par la Fondation Wikimédia, devenue par ce fait actrice au sein du mouvement du logiciel libre.

Le mouvement du logiciel libre

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L’un des premiers épisodes de la préhistoire de Wikipédia et du mouvement Wikimédia débuta en septembre 1983, lorsqu’un programmeur du Massachusetts Institute of Technology, appelé Richard Stallman, déposa un message sur la liste de diffusion net.unix-wizards. C’était un appel d’aide pour la création de GNU, un nouveau système d’exploitation qui devait réunir une suite de programmes que tout le monde pourrait utiliser librement sur son ordinateur personnel[15]. Dans son message transmis via ARPANET, le premier réseau informatique à grande échelle qui précéda Internet, Stallman s’exprimait de la sorte[16] :

Je considère comme une règle d’or que si j’apprécie un programme je dois le partager avec d’autres personnes qui l’apprécient. Je ne peux pas en bonne conscience signer un accord de non-divulgation ni un accord de licence de logiciel. Afin de pouvoir continuer à utiliser les ordinateurs sans violer mes principes, j’ai décidé de rassembler une quantité suffisante de logiciels libres, de manière à pouvoir m’en tirer sans aucun logiciel qui ne soit pas libre.

Le projet de Stallman, qui reçut le soutien nécessaire à son accomplissement, marqua ainsi le début de l’histoire du logiciel libre. Quant à la quantité d’aide fournie, elle permet de croire que Richard Stallman n’était pas seul à voir l’arrivée des logiciels propriétaires d’un mauvais œil. Car pour les membres du projet GNU et du mouvement du logiciel libre, un bon programme informatique doit respecter ces quatre libertés fondamentales[17] :

1. La liberté d’exécuter le programme, pour tous les usages.

2. La liberté d’étudier le fonctionnement du programme, et de l’adapter à vos besoins.

3. La liberté de redistribuer des copies, donc d’aider votre voisin.

4. La liberté d’améliorer le programme, et de publier vos améliorations, pour en faire profiter toute la communauté.

L'histoire du logiciel libre, nous apprend qu'à cette époque, le marché de l’informatique était en pleine mutation, et que l’habituel partage des programmes et codes informatiques entre les rares étudiants ou chercheurs, qui bénéficiaient d’un accès à un ordinateur, était en train de disparaître. Ce changement faisait suite au Copyright Act de 1976, qui permit d'appliquer un droit d'auteur sur les codes informatique, et donc d'en interdire le partage ou la réutilisation sans autorisation. Des clauses de confidentialité firent leur apparition dans les contrats des employés des firmes informatiques, pendant que l’entraide et la solidarité, pratiquées chez les pionniers de l’informatique, étaient remplacées par la concurrence et la compétitivité.

Commodore 64 avec disquette et lecteur
Figure 4. Commodore 64 avec disquette et lecteur.

Cette mutation coïncidait avec l’arrivée d’un nouveau marché basé sur la vente des ordinateurs « transportables ». Les premiers exemplaires furent créés par l’industrie aérospatiale au début des années 1960, grâce à l’apparition des premiers circuits intégrés⁣⁣. Cependant, il fallut attendre le début des années 1980 pour que le prix d’un ordinateur soit suffisamment bas pour en faire un bien de grande consommation.

C’est ainsi qu’en 1982, le Commodore 64 entrait dans le livre Guinness des records, avec plus de 17 millions d’exemplaires vendus dans le monde[18]. Juste avant cela, en 1981, l’IBM Personal Computer avait déjà fait son apparition en offrant une architecture ouverte qui allait servir de modèle pour toute une gamme d’ordinateurs que l’on désigne toujours aujourd’hui par l’acronyme « PC ».

Pour faire fonctionner ses PC, la firme informatique avait confié à l’entreprise Microsoft, une société créée en 1975 dans une logique opposée à celle du mouvement du logiciel libre, la mission de les équiper d’un système d’exploitation. Le contrat signé entre IBM et cette firme commerciale fut une véritable aubaine pour cette dernière, puisqu'il permit d'établir un monopole dans la vente de logiciels, par l’intermédiaire d’un abus de position dominante[19] et d’une vente liée du logiciel avec le matériel informatique[20].

Mascotte du projet GNU à gauche et du projet Linux à droite.
Figure 5. À gauche la mascotte du projet GNU ; à droite celle du projet Linux, appelée Tux.

Pendant que Microsoft renforçait sa position dominante, un nouvel événement majeur allait marquer l’histoire du logiciel libre. Celui-ci fut à nouveau déclenché par un appel à contribution, qui fut cette fois posté le vingt-cinq août 1991 par un jeune étudiant en informatique de 21 ans, appelé Linus Torvalds. Via le système de messagerie Usenet, son message avait été posté dans une liste de diffusion consacrée au système d’exploitation Minix, une sorte d’UNIX simplifié et développé dans un but didactique, par le programmeur Andrew Tanenbaum.

Loin d’imaginer que cela ferait de lui une nouvelle célébrité dans le monde du Libre[21], Torvalds entama son message par le paragraphe suivant[22] :

Je fais un système d’exploitation (gratuit) (juste un hobby, ne sera pas grand et professionnel comme gnu) pour les clones 386 (486) AT. Ce projet est en cours depuis avril et commence à se préparer. J’aimerais avoir un retour sur ce que les gens aiment ou n’aiment pas dans minix, car mon système d’exploitation lui ressemble un peu (même disposition physique du système de fichiers (pour des raisons pratiques) entre autres choses)[23].

Bien qu’il fût présenté comme un passe-temps, le projet, intitulé « Linux », fut rapidement soutenu par des milliers de programmeurs du monde entier, pour devenir bientôt la pièce manquante du projet GNU. En effet, les contributeurs au projet de Richard Stallman n’avaient pas encore terminé l’écriture du code informatique de son noyau Hurd, alors que celui-ci devait permettre la communication entre les logiciels et le matériel informatique. La fusion des codes produits par les projets GNU et Linux permit dès lors la création d’un système complet, stable et entièrement libre baptisé GNU/Linux.

Figure 6. Logo du système d’exploitation Debian.

Au départ de ce nouveau système d’exploitation, de nombreuses variantes, que l’on nomme communément « distributions », furent créées par des programmeurs de tous horizons. L’une de celles-ci s’intitule Debian et tire sa réputation du fait qu’elle est la seule à être en même temps libre, gratuite et produite de manière communautaire et non pas par une société commerciale[24]. Une caractéristique qui explique peut-être pourquoi ce système d’exploitation est à la base de plus de 150 distributions dérivées. Quant à la grande stabilité de son fonctionnement, elle justifie pour sa part son adoption par de nombreuses organisations sans but lucratif, à l’image de la Fondation Wikimédia qui l’utilise sur ses serveurs pour héberger l’ensemble de ses projets[25].

L’un des premiers héritages du mouvement Wikimédia en provenance des logiciels libres fut donc la possibilité de faire fonctionner ses serveurs informatiques avec un système d’exploitation libre et gratuit. Grâce à son ouverture, le code source⁣⁣ de celui-ci peut ensuite être modifié par la Fondation Wikimédia pour répondre aux besoins spécifiques du mouvement. Après quoi et selon les règles formulées par la communauté du logiciel libre, les modifications faites par la fondation sont elle-même gratuitement et librement disponibles pour d’autres personnes ou organismes.

À ce premier aspect révolutionnaire dont aura profité le mouvement Wikimédia, s’ajoute une innovation méthodologique apparue dans la sphère de production des logiciels libres. Dans un article intitulé La Cathédrale et le Bazar[26], Eric Raymond fait en effet référence à une « cathédrale » pour désigner le mode de production des logiciels propriétaires, alors qu’il utilise le mot « bazar » pour qualifier le développement des logiciels libres. D’un côté, il décrit une organisation pyramidale, rigide et statutairement hiérarchisée, comme on peut la voir souvent au sein des entreprises, tandis que de l’autre, il parle d’une organisation horizontale, flexible et peu hiérarchisée, qu’il a lui-même expérimentée en adoptant le « style de développement de Linus Torvalds – distribuez vite et souvent, déléguez tout ce que vous pouvez déléguer, soyez ouvert jusqu’à la promiscuité »[27].

À l’image de la métaphore du quartier numérique Wikimédia présenté précédemment, cette manière de décrire les projets open source semble correspondre à ce qui se passe dans le mouvement Wikimédia. Tout d’abord, il y a cette « ouverture jusqu’à la promiscuité », qui existe au niveau de la consultation, de la production de contenus et de la maintenance des projets collaboratifs. Ensuite, il y a le fait que tout le monde peut s’impliquer librement, de manière bénévole ou rémunérée, dans la gestion et le développement global du mouvement.

Ces deux observations corroborent ainsi l’existence d’un nouvel héritage, d’ordre méthodologique cette fois, en provenance du mouvement du logiciel libre. Dans la prochaine section, découvrons à quel point un phénomène, négligé par Eric Raymond au cours de ses observations, fut déterminant dans le déroulement de la révolution numérique. Il s’agit de l’apparition de la licence libre, de sa philosophie et de la culture libre dont elle fut à l’origine.

Les licences et la culture libres

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Dans une biographie autorisée intitulée Richard Stallman et la révolution du logiciel libre[28], Christophe Masutti explique à quel point la création de la Licence publique générale GNU (GPL), en tant que licence libre, représenta un événement culturel majeur au cours de la révolution numérique. Selon lui :

La GPL apparaît comme l’un des meilleurs hacks de Stallman. Elle a créé un système de propriété collective à l’intérieur même des habituels murs du copyright. Surtout, elle a mis en lumière la possibilité de traiter de façon similaire « code » juridique et code logiciel.

Classification des licences d'exploitation des œuvres de l'esprit.
Figure 7. Symbole du copyleft que l’on traduit par « gauche d’auteur » en français.

Le concept de distribution associé à ce nouveau type de licence fut baptisé « copyleft », par inspiration d’un jeu de mots que Richard Stallman avait trouvé dans un courrier transmis par son collègue Don Hopkins[29]. Au sein de ce concept, le principe le plus novateur était celui d’imposer la conservation de la licence d’origine, sur toute création de code ou logiciel dérivé[30]. C’est d’ailleurs la raison pour laquelle on parle aussi de licence « virale » ou « récursive ». Cette clause a pour objectif de s’assurer qu’aucun travail repris sous licence libre ne pourra être privatisé. Car en cas d’absence, le code d’un logiciel libre peut être récupéré, puis modifié, avant d’être placé sous un habituel copyright de type « tous droits réservés », dans le but de commercialiser l’usage du programme informatique modifié.

En 2001, l’année de naissance du projet Wikipédia, une organisation internationale sans but lucratif a vu le jour dans le cadre du développement des licences libres. Elle s’intitule Creative Commons et son objectif est de rendre les licences libres accessibles et utilisables par tous. Son but est aussi de promouvoir le « partage et la réutilisation de la créativité et des connaissances grâce à la fourniture d’outils juridiques gratuits ». Parmi ceux-ci, on retrouve une panoplie de licences libres adaptées pour les textes littéraires, les photos, les vidéos, la musique, les bases de données ou toute autre production de l’esprit apparentée[31].

Classement des différentes licences, de la plus ouverte à la moins ouverte.
Figure 8. Classement des différentes licences, de la plus ouverte à la moins ouverte.

Contrairement aux licences fournies par la Free Software Foundation qui sont plus adaptées à la protection du code informatique, celles produites par Creative Commons permettent une sélection des clauses que l’on veut appliquer pour protéger son œuvre libre. Sous le label CC, pour Creative Commons, peut ainsi apparaître, ou ne pas apparaître, la clause « BY », qui oblige de créditer l’auteur, la clause « SA », pour Share Alike, qui oblige le partage à l’identique décrit précédemment, la clause « NC », qui impose un usage non commercial et finalement, la clause « ND », pour Non Derivative, qui oblige l’usage de l’œuvre dans son intégralité et sans modification.

Pour sa part, le mouvement Wikimédia a choisi d’appliquer la licence CC.BY-SA sur les contenus publiés dans ses projets, ainsi que la licence CC0 lorsqu’il s’agit d'informations structurées, comme celles reprises dans la banque de données Wikidata, ou dans les descriptions apportées aux fichiers téléchargés dans la médiathèque Wikimedia Commons[32]. Ce choix, qui revient à peu de chose près à les placer dans le domaine public, facilite leur traitement, puisqu’il n’est plus nécessaire d’y mentionner leurs auteurs. Cependant, il en résulte que ces informations peuvent être réutilisées sans devoir en citer la source, comme le font les agents conversationnels des intelligences artificielles génératives, appelés couramment chatbots. La licence CC0 est donc moins apte à pérenniser les projets collaboratifs Wikimédia, contrairement à la licence CC.BY.SA, qui garantit la visibilité des projets collaboratifs Wikimédia, en obligeant à créditer les contributeurs en cas de réutilisation de contenu.

Quoi qu’il en soit, la licence créée par Richard Stallman apparait, à son tour, comme un nouvel héritage en provenance du mouvement du logiciel libre et de la culture libre qui en est issue. À l'image des adeptes de ces mouvances sociales, les membres du mouvement Wikimédia sont donc, eux aussi, partisans du partage des œuvres de l’esprit et de l’ouverture du code informatique, qui souvent s'associe au respect de la vie privée, par le contrôle que cette ouverture rend possible. C’est un positionnement philosophique important dont il faut tenir compte, mais qui ne pouvait suffire à la création du projet Wikipédia. Une encyclopédie collaborative n'aurait en effet jamais pu voir le jour, sans l'apparition préalable de cet espace numérique mondial et libre d’accès, que constitue Internet et son espace web.

Le réseau Internet et son espace web

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Le mouvement Wikimédia/Le réseau Internet et son espace web

Les plates-formes Wiki

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Le mouvement Wikimédia/Les plates-formes Wiki

L’encyclopédie libre et universelle

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Dans les chapitres précédents, nous avons découvert toutes les innovations techniques et culturelles sans lesquelles Wikipédia n’aurait jamais pu voir le jour ni devenir la plus grande encyclopédie libre et universelle connue dans le monde. Son objectif est de synthétiser la totalité du savoir humain. Ce qui n’est autre, finalement, qu’un vieux rêve de notre humanité. Car trois cents ans avant Jésus-Christ et durant la création de la bibliothèque d’Alexandrie, ce désir était aussi celui de Ptolémée Iᵉʳ. Puis, deux siècles plus tard, celui de Denis Diderot, qui est mort en 1784 après avoir coproduit l’Encyclopédie ou Dictionnaire raisonné des sciences, des arts et des métiers. Et de manière plus récente encore, celui de Paul Otlet, qui s’était mis en tête de répertorier l’ensemble du savoir humain, durant la première moitié du vingtième siècle.

Peu connu à ce jour, ce Belge est pourtant le cocréateur de la classification décimale universelle, en usage depuis 1905, dans des bibliothèques du monde entier. Ce documentaliste avait pour rêve de cataloguer le monde et de rassembler toutes les connaissances humaines, sous la forme d’un gigantesque répertoire bibliographique universel, situé au sein d’un Mundaneum[33]. En 1934, dans le Traité de documentation écrit par cet homme qui voulait « classer le monde[34] », apparait un songe particulièrement visionnaire concernant un possible partage du savoir et l’information[35] :

Ici, la Table de Travail n’est plus chargée d’aucun livre. À leur place se dresse un écran et à portée un téléphone. Là-bas, au loin, dans un édifice immense, sont tous les livres et tous les renseignements, avec tout l’espace que requiert leur enregistrement et leur manutention…

De là, on fait apparaître sur l’écran la page à lire pour connaître la question posée par téléphone avec ou sans fil. Un écran serait double, quadruple ou décuple s’il s’agissait de multiplier les textes et les documents à confronter simultanément ; il y aurait un haut-parleur si la vue devrait être aidée par une audition. Une telle hypothèse, un Wells certes l’aimerait. Utopie aujourd’hui parce qu’elle n’existe encore nulle part, mais elle pourrait devenir la réalité de demain pourvu que se perfectionnent encore nos méthodes et notre instrumentation.

Figure 13. Photographie de l’intérieur du Répertoire Bibliographique Universel prise aux alentours de 1900.

À peu de choses près, cette utopie décrite en 1934 par Otlet correspond à ce qui se passe pour beaucoup d'usagers du réseau Internet aujourd'hui, lorsqu'ils recherchent du savoir et des informations. Premièrement, allumer un écran d’ordinateur, avec ou sans fil, ensuite, poser une question dans un moteur de recherche, puis, dans la plupart des cas, être redirigé vers l'une des versions linguistiques de Wikipédia[36].

Ce scénario, dans lequel les moteurs de recherche jouent un rôle central, explique la popularité de l'encyclopédie libre. D'autres projets similaires étaient pourtant apparus sur le Web avant l'arrivée de Wikipédia. Environ trois ans avant sa création, Aaron Swartz, un activiste de la culture libre qui n'avait que douze ans à l'époque, avait par exemple lancé une sorte de site encyclopédique produit et géré par ses usagers[37]. Appelé The Info Network, ce site web avait d'ailleurs permis à son auteur de recevoir l'ArsDigita Prize, un prix décerné aux jeunes créateurs de projets « utiles, éducatifs, collaboratifs et non commerciaux[38] ». Soit autant de qualificatifs que l'on pourrait attribuer aujourd'hui au projet Wikipédia.

Il faut savoir ensuite que le concept d' « encyclopédie libre et universelle » fut formulée sur internet pour la première fois par Richard Stallman en 1998, soit un an avant la naissance de Wikipédia. C'était dans un essai intitulé The Free Universal Encyclopedia and Learning Resource[39], qui selon son auteur avait été rédigé deux ans avant sa publication sur la liste de diffusion du projet GNU en décembre 2000[40]. Repris ci-dessous, un extrait de ce texte, présente les particularités du projet de Stallman :

Le World Wide Web a le potentiel de devenir une encyclopédie universelle couvrant tous les domaines de la connaissance et une bibliothèque complète de cours d’enseignement. Ce résultat pourrait être atteint sans effort particulier, si personne n’intervient. Mais les entreprises se mobilisent aujourd’hui pour orienter l’avenir vers une voie différente, dans laquelle elles contrôlent et limitent l’accès au matériel pédagogique, afin de soutirer de l’argent aux personnes qui veulent apprendre.

Nous ne pouvons pas empêcher les entreprises de restreindre l’information qu’elles mettent à disposition ; ce que nous pouvons faire, c’est proposer une alternative. Nous devons lancer un mouvement pour développer une encyclopédie libre universelle, tout comme le mouvement des logiciels libres nous a donné le système d’exploitation libre GNU/Linux. L’encyclopédie libre fournira une alternative aux encyclopédies restreintes que les entreprises de médias rédigeront[41].

Figure 14. Jimmy Wales en 2016.

En parlant d'un « mouvement pour développer une encyclopédie libre universelle », Stallman anticipait donc, sans le savoir, l'arrivée du mouvement Wikimédia, qui ne fut conceptualisé que bien des années plus tard. Quant à la soixantaine de paragraphes qui décrivent son projet, on y retrouve, dans une forme presque identique, les cinq principes fondateurs de l'encyclopédie Wikipédia[42].

Le premier consiste bien sûr à créer une encyclopédie. Le deuxième fait repose sur une recherche de neutralité de point de vue[43], tandis que Stallman expliquait qu’« en cas de controverse, plusieurs points de vue seront représentés ». Le troisième souligne l’usage et le respect des droits d’auteur et l’adoption d'une licence libre, un concept dont Stallman était à l'origine. Le quatrième, inscrit le projet dans une démarche collaborative, alors que Stallman précisait déjà que « tout le monde est le bienvenu pour écrire des articles ». Et le cinquième, finalement, stipule qu’il n’y a pas d’autres règles fixes, une position très courante parmi les hackers dont Stallman faisait partie.

Figure 15. Larry Sanger en 2010.

Il apparaît donc clairement que le projet Wikipédia n'était pas une idée originale en soi, mais plutôt une opportunité saisie par la société Bomis pour enrichir sa propre encyclopédie commerciale, Nupedia. Cette dernière avait en effet été lancée en avril 2000, soit environ dix mois avant Wikipédia, et sa rédaction était assurée par des experts engagés au sein d’un processus éditorial strict et formel[44]. Malheureusement pour la firme Bomis, le nombre d’articles ne progressait que très lentement. Cette situation changea par la suite lorsque Larry Sanger, docteur en philosophie et rédacteur en chef de Nupedia, installa un logiciel wiki sur les serveurs de son entreprise, malgré le manque d’enthousiasme de son employeur, Jimmy Wales[45].

Ainsi débuta l’histoire de Wikipédia[46]. C’était le 15 janvier 2001 et précisément le même mois où Richard Stallman mis en ligne son propre projet d’encyclopédie libre et universelle qu'il souhaitait intituler GNUPedia. Mais comme les noms de domaine gnupedia .com .net et .org avaient déjà été enregistrés au nom de Jimmy Wales[47], il décida alors de rebaptiser son projet GNE. Un fait surprenant, puisque que Wales affirma plus tard[48] : « n’avoir eu aucune connaissance directe de l’essai de Stallman lorsqu’il s’est lancé dans son projet d’encyclopédie[49] ».

Le site GNE ne ressemblait cependant pas vraiment à une encyclopédie, mais plutôt à un blog collectif[50] ou une base de connaissances[51], tandis que la page d’accueil du projet précisait clairement qu’il s’agissait d’une bibliothèque d’opinions[52]. Une personne a alors été engagée pour assurer la modération du projet, qui, finalement, s'est avérée plus compliquée que prévu. Pendant ce temps, et probablement en raison des spécificités de l’environnement wiki combinée à la supervision de Jimmy Wales, une organisation communautaire s'est progressivement mise en place au sein du projet Wikipédia.

Figure 16. Évolution graphique du nombre d’articles sur Wikipédia.
Figure 17. Évolution graphique du nombre d’articles sur Citizendium.

Par la suite, et probablement en raison de la concurrence faite par le projet GNE, Jimmy Wales abandonna le copyright que Bomis détenait sur son encyclopédie, pour le remplacer par une licence Nupedia Open Content[53], avant d'adopter finalement la licence de documentation libre GNU. Ce dernier choix apparut comme une stratégie payante, puisqu'il incita Richard Stallman à transférer tout le contenu de son projet vers Nupedia, avant de fermer le site web et d'encourager les gens à contribuer sur Wikipédia[54].

Parmi les autres actions de Jimmy Wales favorables succès de Wikipédia, figure l'ouverture du projet aux « gens ordinaires[55] ». C’était un choix qui s’opposait aux idéaux de Larry Sanger, qui de loin préférait le modèle de Nupedia avec son système de relecture par des experts. Sauf que pour Jimmy Wales, l’homme d’affaires, l'ouverture permettait de garantir une croissance plus rapide du contenu de l'encyclopédie[48].

Cette croissance ne s'est toutefois pas faite sans heur. Puisque le 26 février 2002, Enciclopedia Libre Universal en Español, un projet dissident du projet Wikipédia en espagnol fit son apparition. Ce schisme communautaire était une réaction à de la censure, l'existence d'une ligne éditoriale et la possibilité d'inclure des publicités au sein des projets Wikipédia[56]. Bien que le développement du nouveau projet n'a pas empêché une croissance supérieure du projet Wikipédia, cet évènement suscita des remises en question parmi les bénévoles et du côté de Jimmy Wales, dont la plus significative fut certainement l'abandon d'une recherche de profit par l'usage de la publicité.

Par la suite, l’éclatement de la bulle spéculative Internet et des restrictions budgétaires qui suivirent le Krach boursier de 2001-2002, placèrent la société Bomis dans l'incapacité de payer le salaire de Sanger. En mars 2002, et après un mois d’activité bénévole, l’ex-employé de la firme décida de quitter ses fonctions au sein de Nupedia et de Wikipédia[57]. Avec le soutien de Jimmy Wales, les deux encyclopédies ont ainsi poursuivi leur développement conjoint, avec le concours d'experts dans Nupedia et d’une communauté bénévole dans Wikipédia. C'est ainsi que les choses se poursuivirent jusqu’en septembre 2003, où, faute de productivité et juste avant sa fermeture, le contenu de Nupedia fut transféré vers le projet Wikipédia.

Trois ans plus tard, Larry Sanger n’avait pas dit son dernier mot. Il décida de lancer en septembre 2006 et sur fonds propres, un projet analogue à Nupedia intitulée Citizendium. Il s’agissait d’une encyclopédie écrite en anglais, qui reposait sur un système d’expertise dans lequel les contributrices et les contributeurs doivent s’enregistrer sous leur identité réelle. En 2010 cependant, Citizendium ne dépassait pas les 30 000 articles, tandis que le projet Wikipédia en anglais dépassait déjà les 3 millions d’articles.

En soutenant le projet Wikipédia, Jimmy Wales a donc contribué à la construction d’une encyclopédie dont la taille et la visibilité n’avait jamais été égalée. Une encyclopédie, qui, de plus, c'est rapidement déclinée en de nombreuses versions linguistiques, telles que sa version francophone, lancée moins de quatre mois après le projet original anglophone[58]. Toutes ces versions ont formé les premières bases d’une organisation mondiale, bientôt chapeautée par une fondation. Mais avant cela, divers projets pédagogiques et collaboratifs ont fait leur apparition au côté de Wikipédia. Intitulés « projets frères », ceux-ci se multiplièrent à leur tour, en de nombreuses versions linguistiques, tout en poursuivant le processus de création du mouvement Wikimédia.

L'arrivée des projets frères

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Dans le but de développer des contenus pédagogiques qui ne trouvaient pas leur place dans Wikipédia, d’autres projets éditoriaux collaboratifs ont vu le jour pour former ce que l'on appelle couramment l’écosystème Wikimedia. Un graphique reprenant leurs apparitions dans le temps fut créé par Guillaume Paumier à l’occasion du dixième anniversaire de Wikipédia et l'évolution du nombre d'articles au sein des projets apparaît sur une page web régulièrement mise à jour. Ces deux sources d'information offrent une visualisation compacte de l’évolution des projets Wikimédia et de certains évènements liés.

Logo du mouvement Wikimédia entouré de 15 autres logos de projets actifs en son sein
Figure 18. Logo de la Fondation Wikimédia entouré de 15 autres logos de projets actifs au sein du mouvement.

Parmi tous les projets frères de Wikipédia, le premier apparu fut Méta-Wiki, une plateforme de référence pour tout ce qui concerne les sites web hébergés par la fondation Wikimédia. Dans un premier temps, cet espace communautaire en ligne a répondu à la nécessité de centraliser les questions communes aux différentes versions linguistiques de Wikipédia. Aujourd'hui, le site web est le principal endroit de traitement, de coordination et de gestion du mouvement Wikimédia. On y retrouve énormément d'informations sur l'ensemble des projets en ligne, mais aussi concernant la Fondation et tous les organismes affiliés.

Après Méta-Wiki, sept autres projets de partage de la connaissance ont fait leur apparition, avant d'être déclinés à leur tour en plusieurs versions linguistiques. Tous ces projets émergent en général sur l’initiative d’un petit groupe de personnes actives au sein d’un projet préexistant. Ce fut le cas du projet Wiktionnaire en anglais, le deuxième projet à voir le jour après Méta-Wiki, en décembre 2002. Tandis que la version francophone de ce dictionnaire en ligne n'est apparue qu'en mars 2004[59].

Il est intéressant d'observer que la version francophone du Wiktionnaire n’a pas été créée à partir du projet anglophone, mais bien depuis le projet Wikipédia en français. Dans les archives de ce dernier projet se trouve un débat sur la pertinence de la création du nouveau dictionnaire, dont voici un extrait :

En fait, ce qui me peine vraiment avec le projet Wiktionary, c’est que alors qu’on essaie de rassembler les gens (pas facile) pour créer une sorte de tour de Babel de la connaissance (tâche bien longue et difficile), ce nouveau projet va disperser les énergies pour une raison qui ne me semble pas valable. C’est la création de Wiktionary qui va créer des redondances. À mon avis il existera rapidement des pages sur le même mot, mais ne contenant pas les mêmes informations. Pour quelle raison ces connaissances devraient-elles être séparées ? Les encyclopédies sur papier devaient faire des choix à cause du manque de place, mais nous, pourquoi le ferions-nous ??? "Wikipédia n’est pas un dictionnaire" n’est pas un argument à mon avis... si vraiment c’était pas un dictionnaire, il faudrait virer tout un tas d’article. Je ne comprends vraiment pas cette volonté de séparer la connaissance entre ce qui est "encyclopédique" et ce qui n’est "qu’une définition".

Pour moi ce qu’est Wiktionary, c’est une partie de Wikipédia s’intéressant plus particulièrement aux aspects linguistiques des mots. La différence que je verrais entre la partie dictionnaire de Wikipédia et sa partie dite encyclopédique, c’est que la partie dictionnaire s’intéresserait au sens des mots eux-mêmes alors que la partie encyclopédie s’attache plus à faire ressortir un état des connaissances à un moment donné. Le pourquoi de la séparation d’avec la partie encyclopédie tient plus à des raisons techniques qu’à une volonté de monter un projet indépendant, en effet, à mon humble avis, un dictionnaire nécessite une plus grande rigueur (de présentation) qu’une encyclopédie. Ceci entraîne beaucoup de problème et entre autres le choix de la mise en forme des articles du dictionnaire.[60]

Dans le cas du projet Wiktionnaire en français, sa séparation de Wikipédia fut donc motivée par des besoins techniques, mais également par un désir d’autonomie quant à la manière de concevoir et de présenter des ressources lexicales. Ce désir n'a toutefois pas été partagé par tous, notamment compte tenu de l'inévitable dispersion des énergies.

Créer un nouveau projet, c’est effectivement créer un nouveau site web, qui devra faire l’objet d’une nouvelle gestion, tant pour les serveurs de la Fondation, que pour la nouvelle communauté de contributeurs, nécessairement restreinte. Bien sûr, il est toujours possible d’importer des pages d’autres projets frères ou de traduire celles d’une autre version linguistique, mais cela implique aussi de dupliquer leur maintenance et leurs mises à jour. Il apparaît ainsi clairement que le choix de scinder un projet, en faveur d’une plus grande liberté, demande un certain coût.

Ce prix à payer n'a pas empêché le projet anglophone Wikibooks de faire son apparition le 10 juin 2003, soit près d’un an avant Wikilivres, la version francophone du projet, apparue le 22 juillet 2004. Cette création avait de nouveau été débattue au sein de la communauté Wikipédia en français, et non pas dans le Wikibooks en anglais. Dans les deux camps linguistiques, l’objectif était de créer une « bibliothèque de livres pédagogiques libres que chacun peut améliorer »[61].

Par la suite, un nouvel espace de noms intitulé Wikijunior est apparu dans le projet anglophone en 2004. Il fut créé pour répondre à un financement de la fondation Beck, qui avait pour objectif de produire de la littérature pour des enfants de huit à onze ans au sein du projet[62]. Cette fourchette d’âge est passée de zéro à douze ans, quand le sous-projet s'est développé du côté francophone[63].

Un sous-projet est donc toujours susceptible d'apparaitre au sein d'un projet pédagogique Wikimédia. Comme autre exemple, il y a le WikiJournal, un sous-projet développé dans le projet Wikiversité en anglais, et qui a obtenu l’Open Publishing Awards en 2019[64]. Après réception du prix, une demande de lancement d'un nouveau site web pour permettre un développement autonome de WikiJournal fut adressé au conseil d’administration de la Fondation. Mais le conseil, qui considèrera que le projet n’était pas suffisamment abouti, laissa la demande sans suite jusqu'à ce jour[65]. D'où ce commentaire repris des débats qui ont eu lieu dans Wikibooks[66] :

La principale raison pour laquelle la Fondation Wikimédia ne veut pas "lâcher le morceau" est une simple question de bureaucratie et la crainte que le projet ne devienne une autre Wikispecies [un projet de répertoire du vivant]. Wikispecies est une idée cool, mais les "fondateurs" du projet se sont dégonflés à mi-chemin de la mise en place du contenu et ont décidé de faire une révision majeure qui a pris plus de temps que ce que tout le monde était prêt à mettre.

Le même problème s’applique à Wikiversity en ce qui concerne la Fondation, parce que les objectifs et les buts de ce projet ne sont pas clairement définis, et il semble que les participants essaient de mordre plus qu’ils ne peuvent mâcher en proposant une université de recherche multi-collèges entière (avec un statut de recherche et une accréditation) à former de toutes pièces plutôt qu’un simple centre d’éducation pour adultes avec quelques classes.[67]

Or, il se fait qu'à ses débuts, le projet Wikiversité, dans lequel est né Wikijournal, était un sous-projet du projet Wikibook[68]. Il avait initialement pour objectif de « créer une communauté de personnes qui se soutiennent mutuellement dans leurs efforts éducatifs[69] »[70]. Cependant, le 13 août 2005, une longue discussion remit en question l’existence du nouveau sous-projet dans Wikibooks. Au terme de celle-ci, la décision de transférer Wikiversité et son contenu sur le site Méta-Wiki fut prise[66]. À cet endroit, de nouvelles discussions ont abouti à l’idée de faire de Wikiversité un nouveau projet indépendant[71]. Mais avant cela, le conseil d’administration de la Fondation Wikimédia demanda aux membres de la communauté Wikimédia de parvenir à une majorité des deux tiers en faveur de la création du nouveau site web[72].

Le 13 novembre 2005, le projet ne fut toutefois pas accepté par cinq membres du conseil qui réclamèrent une « réécriture de la proposition pour en exclure la remise de titre de compétence, la conduite de cours en ligne, et de clarifier le concept de plate-forme e-learning[73] »[74]. Une fois ces rectifications faites, le projet bénéficia alors d'une période d’essai de plusieurs mois, jusqu'à ce que les amendements apportés au projet de départ soient acceptés le 31 juillet 2006. Ce temps d'attente était justifié par la création du special projects committee[75], chargé de soulager le conseil d’administration de la fondation concernant les demandes de création de nouveaux projets Wikimédia jusqu'en décembre 2021[76].

Un nouveau site, nomé Beta-Wikiversity, fut ainsi créé pour assister le lancement des différentes versions linguistiques de Wikiversité[77]. Durant six mois, son premier objectif a d'abord été l'élaboration des lignes directrices concernant la potentialité de produire des recherches collaboratives au sein du projet[78]. Par la suite, chaque nouvelle version linguistique, développée dans le projet Beta, devait avoir plus de 10 modifications par mois, réalisées par au moins trois personnes distinctes, avant de pouvoir bénéficier de son propre site web.

Avec la plateforme de lancement des nouvelles déclinaisons linguistiques de la bibliothèque libre Wikisource[79], Beta-Wikiversity est le deuxième espace indépendant de lancement de nouvelles déclinaisons linguistiques d'un projet. Pour tous les autres projets pédagogiques Wikimédia cela doit se faire sur Wikimedia Incubator[80], une autre plateforme d'incubation créée à la même époque que Beta-Wikiversity.

Comme une exception à la règle, le seul projet qui aura échappé à ce processus d'incubation au sein du mouvement Wikimédia fut Wikivoyage. Ce guide de voyage a en effet été créé en 2003 dans un Wiki extérieur au mouvement Wikimédia, là où il portait le nom de Wikitravel[81]. Comme cela arrive parfois, ce projet sans but lucratif fut acheté par une entreprise commerciale en 2006. Mais en raison du changement de gouvernance et de l'apparition de publicités, une scission est apparue au sein de la communauté d’éditeurs. Les personnes désireuses de quitter Wikitravel lancèrent alors un nouveau site appelé Wikivoyage, qui reçut en 2007, le Webby Award du meilleur guide de voyage Internet[82].

L'intégration de Wikivoyage dans l'écosystème Wikimédia n'a cependant été fait qu'en 2012, à la suite d'un appel à commentaires durant lequel 540 personnes se sont manifestées en faveur de l’intégration du projet, face à 153 oppositions et 6 abstentions [83]. Comme cette nouvelle déclencha une migration importante depuis Wikitravel vers Wikivoyage, une plainte fut déposée par la société commerciale en charge du premier projet. Celle-ci fut toutefois rejetée et le projet Wikivoyage continua à prendre l’ampleur au sein du mouvement Wikimédia, avec la création de nouvelles versions linguistiques[84].

Vidéo 1. Présentation des projets frères dans le cadre du WIKIMOOC 2016.

Comme ce fut le cas pour le projet Wikinews, finalement accepté en 2004, des centaines de demandes d’ouvertures de nouveaux projets sont ainsi en attente d’évaluation suite au dépôt de leur candidature dans Méta-Wiki[85]. Ces attentes se soldent bien souvent par un refus, à l’image du projet WikiLang dont le but était de lancer un laboratoire linguistique[86]. Mais cela n’empêche pas certains projets de voir le jour, comme ce fut le cas en octobre 2012, pour le projet de production d'une base de données structurée et sémantique nommée Wikidata, et plus récement en 2020 avec Abstract Wikipedia[87] et son extension Wikifunctions[88].

Ces trois projets interconnectés ont pour ambition de produire automatiquement des articles encyclopédiques dans tous les langages naturels pris en charge. Les phrases qui composent les articles seraient formées par des fonctions informatiques qui tireraient profit de la base de données Wikidata. À terme, le contenu de Wikidata devrait donc se retrouver traduit et agencé par Wikifunctions, dans le but de produire des articles encyclopédiques rassemblés sur Abstract Wikipedia[89].

Dans un autre cas de figure, il est possible qu’un projet ou une de ces versions linguistiques vienne à disparaître. Une liste de sites web proposés à la suppression est d'ailleurs mise à jour régulièrement sur la plateforme Méta-Wiki [90]. Dans celle-ci, on retrouve essentiellement des versions linguistiques de projets qui n’ont pas réussi à poursuivre leurs développements. Mais cela n'empêcherait pas qu'un jour, et faute d'activité dans toutes ses déclinaisons linguistiques, un projet tout entier soit soumis à suppression.

Le manque d'activité n'est pas non plus la seule raison valable de supression. En 2005 et peu de temps après son lancement, la version francophone du recueil de citations Wikiquote aurait en effet bien pu disparaitre. Le projet était accusé d’avoir récupéré le contenu d’une base de données soumise à un droit d’auteur restrictif et incompatible avec la licence Creative Commons appliquée sur l’ensemble des projets éditoriaux Wikimédia. La plainte fut adressée à l’association Wikimédia France, avant d’être relayée sur le site Méta-Wiki, où il fut question de fermier le projet[91]. Celui-ci fut toutefois maintenu, mais avec pour conditions de repartir de zéro, et d’établir une charte pour garantir la traçabilité des citations reprises par le projet[92].

Sans prendre le temps de faire le tour de tous les projets apparus au sein du mouvement, voici donc de quoi se faire une idée sur la manière dont les projets frères et leurs versions linguistiques font leurs apparitions. Les exemples repris ci-dessus suffisent effectivement pour comprendre les principes généraux qui sous-tendent leurs créations. En dehors de Méta-Wiki, Wikidata, Wikifunctions, Abstract Wikipédia et Wikimedia Commons répondant à des besoins de coordination et de centralisation, les autres projets semblent effectivement provenir d’un désir de spécialisation d’un projet préexistant.

L'idée est généralement débattue dans un projet de même langue, avant d'être transmise vers Méta-Wiki, dans le but de discuter de la pertinence d'une candidature adressée au groupe de travail des projets frères du comité des affaires communautaires de la Fondation Wikimédia. Quant aux nouvelles versions linguistiques, elles doivent être soumises au comité des langues, avant de tester leur capacité de développement, sur Incubator, Beta-Wikiversité ou Wikisource Multilingue, pour bénéficier, une fois le test réussi, d’un site web indépendant.

Avant de clôtuer cette présentation des projets fères, il est important d'aborder une ambiguité courente concernant les sites dont les noms contiennent l’expression Wiki sont en relation avec le mouvement. Car 95 % des 20 000 sites web fonctionnant sur une technologie wiki n’ont en effet aucun lien avec le mouvement Wikimédia, à l’exception peut-être qu’ils utilisent le logiciel MediaWiki développé par la Fondation Wikimédia[93].

WikiLeaks par exemple, créé par Julian Assange dans le but de publier des documents classifiés provenant de sources anonymes, n’est ni un projet Wikimédia, ni un site collaboratif. Comme autre exemple, il y a ensuite le recueil universel et multilingue de guides illustrés WikiHow, qui fonctionne pour sa part de manière collaborative et avec le logiciel MediaWiki développé par la Fondation Wikimédia[94], mais qui n'est pas pour autant en lien avec le mouvement Wikimédia. D'ailleurs, son ergonomie, radicalement différente de celle des projets Wikimédia, permet de le comprendre au premier coup d’œil.

L'encyclopédie libre pour enfant Wikimini, en revanche, a une apparence très proche de celle des projets Wikimédia. Mais contrairement au souhait de son fondateur, le projet n’aura jamais été accepté par la Fondation Wikimédia. Quant aux projets WikiTribune et Fandom, ceux-ci entretienne encore une plus grande ambiguité, puisqu'ils ont été créé par Jimmy Wales, le fondateur de Wikipédia et la Fondation Wikimédia[95], mais à des fins commerciales et lucrative. Ce qui les rends incompatibles avec le mouvement Wikimédia.

Au terme de ces explications concernant l'apparition des projets frères, il reste à signaler que certains projets et versions linguistiques, ont été créés bien avant que la perception du mouvement Wikimédia fasse son apparition. C'est en effet suite au brassage de projets, de langues et de cultures différentes, et grâce à une conscience collective, manifestée par une coordination centrale de toutes les activités via la plateforme Méta-Wiki, que l'idée d'un mouvement social a pris du sens au sein des activités Wikimédia. En ce sens, la naissance du mouvement ne fut pas un événement ponctuel, mais plutôt la réalisation d’un long processus de conscientisation.

Codes QR
Meta-Wiki Ligne du temps Vidéo projets frères

L'apparition du mouvement

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  1. REDIRECTION Le mouvement Wikimédia/L'apparition de la fondation et du mouvement

La création des organismes affiliés

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Si c’est grâce à l’arrivée des groupes et des organismes affiliés à la Fondation Wikimédia que l’idée d’un mouvement apparut autour des projets Wikimédia, il est alors intéressant d’en décrire aussi leurs processus de création. Mais étant donné que cela représente plusieurs centaines d’instances, présenter l’histoire de chacune d’entre elles serait une entreprise beaucoup trop fastidieuse.

De plus, s’il existe énormément d’archives web concernant la naissance des sites Wikimédia, ce n’est pas le cas pour ces organismes qui se forment et se développent principalement durant des rencontres ou des réunions hors ligne qui ne font l’objet d’aucun enregistrement, ni d’aucun archivage. Du reste, une bonne part des échanges effectués au sein de ces associations se font au travers de canaux de communications privés auxquels seuls les membres actifs ont accès.

Je me limiterai donc ici à parler de l’association Wikimédia Belgique pour laquelle je fis partie des membres fondateurs. Celle-ci fut fondée le huit octobre 2014 en tant qu’association sans but lucratif et fut reconnue le six août par le conseil d’administration de la Fondation[96], suite à plus de trois ans d’activités et de rencontres[97].

Sous l’impulsion de Maarten Deneckere qui assuma le premier mandat de présidence, nous étions 8 personnes à signer la première version des statuts de l’association[98], dont l’objet social consiste jusqu’à ce jour à « impliquer tout un chacun dans la connaissance libre[99] ». Notre création ne connut malheureusement pas l’essor de Wikimédia Deutchland, la première association nationale qui vit le jour le treize juin 2004. En mai 2021, celle-ci rassemblait plus de 85 000 membres et près de 150 employés[100], tandis qu’à cette même date, l’association belge fonctionnait toujours sans salarié et comprenait seulement 115 membres[101].

Figure 20. Les membres du comité d’affiliation en 2018.

Avant d’être reconnues par le comité d’affiliations chargé de seconder le conseil d’administration de la Fondation, toutes les associations nationales, dites « chapters » en anglais, doivent réaliser un bon nombre de démarches. Celles-ci consistent à répondre à un ensemble de prérequis qui ont évolué suite à la création du comité en avril 2006[102]. Parmi ces obligations qui diffèrent d’un groupe d’utilisateurs et utilisatrices d’une association locale ou thématique, on retrouve par exemple : un nombre minimum de membres et de référents, une mission et un règlement d’ordre intérieur conformes aux attentes du mouvement, la remise de plans et de rapports d’activités annuels, etc.[103].

On comprend donc qu’il n’est pas évident de créer une nouvelle instance au sein du mouvement. Car pour bénéficier du soutien logistique et financier de la Fondation réservé aux organismes affiliés, c’est finalement toute une série de rapports qu’il faut alors transmettre à divers comités et commissions chargés de leurs évaluations. Cela représente une quantité de tâches administratives qu’il n’est pas toujours facile d’assumer, surtout lorsque les membres de l’organisme affilié sont tous des bénévoles. D’où sans doute cette disparition régulière d’affiliations, pendant que d’autres se créent ou réapparaissent en fonction des énergies et du dynamisme disponibles dans les équipes.

Les activités liées à la récolte et la redistribution des dons offerts au mouvement, ainsi que les autorisations d’usage de marques déposées, contrastent ainsi quelque peu avec les valeurs de libre partage et d’autonomie maintenues au sein des projets pédagogiques. Ce qui laisse présumer que la partie hors ligne du mouvement est plus influencée par les habitudes d’un système économique dominant, pendant que la partie en ligne semble plus fidèle à l’héritage philosophique de la contre-culture des années 60.

L'héritage d'une contre-culture

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Figure 21. Logos du mouvement Wikimédia et de sa Fondation.
Figure 22. Logo du mouvement hippie et de la contre-culture.

Au terme de cette première partie d’ouvrage, il apparait évident que la révolution numérique, que l’on considère généralement comme une révolution technique, fut aussi, et peut-être avant tout, une révolution sociale et culturelle. Au cours de cette récente révolution, qui prit cours en ce début de XXIe siècle, le mouvement Wikimédia s’est ainsi développé, pour finalement apparaitre comme un symbole de contre-culture. Ce symbole est bien sûr moins visible que celui des années 60, apparut dans un mouvement d’opposition à la guerre du Viêt Nam, ainsi qu’à une hégémonie culturelle favorable à la marchandisation du monde. Mais le symbole du mouvement Wikimédia, tout comme celui des années 1960, repose sur des bases philosophiques similaires.

D’ailleurs, avec un peu d’imagination, le renversement du logo du mouvement Wikimédia et de sa Fondation, ne fait-il pas penser au renversement de celui du mouvement Hippie ? Si cette démonstration n’est pas convaincante, on peut alors se référer à ce qui lie le mouvement Wikimédia à Richard Stallman, le gourou de la contre-culture hacker[104] et le père du système d’exploitation hippie[105], dont la philosophie fut largement commentée en cette première partie d’ouvrage. Un lien parfaitement illustré encore une fois, par une photo reprise ci-dessous, où l’on voit apparaitre Richard Stallman, barbe grisonnante et cheveux long, dans une attitude triomphante face au drapeau Wikimédia, lors de la première rencontre internationale du mouvement Wikimédia.

Quant aux enjeux des valeurs de la contre-culture du mouvement Wikimédia transmises par celui des logiciels libres, André Gorz, père de la décroissance[106] et théoricien de l’écologie politique[107], nous en offre sa propre synthèse[108] :

La lutte engagée entre les "logiciels propriétaires" et les "logiciels libres" (libre, "free", est aussi l’équivalent anglais de "gratuit") a été le coup d’envoi du conflit central de l’époque. Il s’étend et se prolonge dans la lutte contre la marchandisation de richesses premières – la terre, les semences, le génome, les biens culturels, les savoirs et compétences communs, constitutifs de la culture du quotidien et qui sont les préalables de l’existence d’une société. De la tournure que prendra cette lutte dépend la forme civilisée ou barbare que prendra la sortie du capitalisme.

Photo de Richard Stallman lors du premier rassemblement Wikimania de 2005
Figure 23. Photo de Richard Stallman lors du premier rassemblement Wikimania de 2005.

En possédant le seul nom de domaine non commercial du top 50 des sites les plus fréquentés du Web[109], le mouvement Wikimédia apparaît donc comme l’une des pierres angulaires de cette lutte entre monde libre et monde propriétaire. Car au-delà du code informatique, s’il y a bien une chose qui se voit marchandisé au sein de l’écoumène numérique, c’est sans aucun doute le savoir. Un savoir dans lequel se retrouve aussi tout type d’informations relatives à l’identité et aux comportements des personnes actives dans les espaces web. Un « nouvel or noir » disent certains, alors que d’autres préfèrent parler de « capitalisme 3.0[110] » ou de « capitalisme de surveillance[111][112] ».

Il est évident que les enjeux de cette lutte ne sont pas faciles à comprendre, en raison notamment de la complexité de l’infrastructure informatique, mais aussi parce que ce combat s’inscrit dans une révolution que Rémy Rieffel décrit à juste titre, comme : « instable et ambivalente, simultanément porteuse de promesse et lourde de menaces ». Cela alors qu’elle prend place « dans un contexte où s’affrontent des valeurs d’émancipation et d’ouverture d’un côté et des stratégies de contrôle et de domination de l’autre[113] ».

D’ailleurs, en fait d’ambivalence, n’est-il pas étonnant de découvrir que Jimmy Wales, qui finança le projet Wikipédia à ses débuts, est aussi un adepte de l’objectivisme ? Soit une philosophie politique dans laquelle le capitalisme est perçu comme la forme idéale d’organisation de la société[114] et pour laquelle, l’intention morale de l’existence est la poursuite de l’égoïsme rationnel[115].

Dix ans après les avertissements d’André Gorz, les enjeux soulevés par les logiciels libres au début des années quatre-vingt restent au cœur des problématiques actuelles. Pour s’en convaincre, il suffit d’observer que Tim Berners-Lee ne cesse d’implorer la « redécentralisation[116] » et la « régulation[117] » de l’espace numérique dont il fut le créateur, cela alors que dans un mouvement tout à fait inverse, des milliards d’objets connectés repris au sein d’un marché qui dépasserait déjà les 2.6 milliards d’euros rien qu’en France pour l’année 2020[118], collectent des informations à tout-va, colportées par de nouvelles technologies de transfert qui, en peu de temps, sont passées de la 3G à la 5G.

Au-delà de tous ces aspects économiques, il nous reste encore à tenir compte de la dimension politique de l’héritage contre-culturel transmis par les hackers. Au niveau du mouvement Wikimédia, cela se concrétise en effet par un désir de s’émanciper des contrôles étatiques. Une position qui parfois entraine la censure des projets Wikimédia par des gouvernements. Comme ce fut le cas en Turquie, en Russie, en Iran, au Royaume-Uni et même de manière permanente en Chine[119].

Des procédures juridiques peuvent aussi être mobilisées pour intimider les membres du mouvement. Ce fut le cas en France, lorsque le directeur de l’association locale fut menacé de poursuites pénales par la Direction Centrale du Renseignement Intérieures, dans le cadre d’une affaire liée à un article Wikipédia crée au sujet d’une station militaire[120]. Une intimidation qui dans ce cas se limita à des menaces, alors qu’en Biélorussie, l’éditeur Mark Bernstein fut condamné à quinze jours de prison suivit de trois ans d’assignation à résidence, en raison de propos tenus sur la guerre en Ukraine[121].

À côté de cela, l’espace Web se voient dominer par des projets monopolistiques et à but lucratif, à l’image des GAFAM, BATX, NATU et autres géants du web, qui sont souvent critiqués pour leurs abus de position dominante. Ceci pendant qu’en sens inverse, et toujours suite à un échec économique semble-t-il, des projets à prétentions commerciales, peuvent un jour donner naissance à des projets de partage autonomes. Avec pour exemple le projet commercial Nupedia qui abouti à la création de Wikipédia, ou encore le navigateur web commercialisé par la firme Netscape Communications, qui finalement permit la création du navigateur open source Mozilla Firefox.

Ensuite, un succès commercial tel que celui de la messagerie instantanée MSN Messenger, peut aussi promouvoir l’apparition d’autres succès commerciaux, à l’image des nombreux réseaux sociaux qui ont envahi le web. Alors qu’au niveau de la sphère du partage, un succès non commercial tel que le projet Wikipédia, aura inspiré la création d’autres projets collaboratifs et sans but lucratif, parmi lesquels figure le projet OpenStreetMap dédié à la cartographie du monde sous licence libre.

Davide Dormino prenant place sur sa sculpture debout sur une chaise à côté de trois lanceurs d'alertes
Figure 24. Sculpture en bronze de Davide Dormino intitulée Anything to say? à l’honneur des trois lanceurs d’alertes que sont de gauche à droite : Edward Snowden, Julian Assange et Chelsea Manning.

Tout se passe donc comme si au sein de l’espace numérique se perpétuait une lutte éternelle entre d’un côté, une recherche de pouvoir économique et politique centralisé au profit de quelques acteurs privilégiés, et de l’autre, un perpétuel désir de partage et d’autonomie ressenti par une autre couche de la population humaine.

Ce que l’on peut encore retenir de cette première partie d’ouvrage, c’est que certains courants sociaux que l’on pourrait croire entièrement disparus continuent à influencer la manière dont fonctionnent nos sociétés. Car cinquante ans plus tard, et même si les termes ont évolués, il semble évident que certaines figures emblématiques contemporaines, comme celle du lanceur ou de la lanceuse d’alerte, sont étroitement liées aux prises de consciences issues la contre-culture des années 60.

Certains Wikimédiens tels que Aaron Swartz, Bassel Khartabil, Pavel Pernikov, Ihor Kostenko et Mark Bernstein ont en effet perdu leur vie ou leur liberté pour défendre les valeurs présentées tout au long de cette première partie d’ouvrage. De manière similaire à Julian Assange, Edward Snowden et Chelsea Manning, on peut dire d’eux, qu’ils « ont perdu leur liberté pour défendre la nôtre »[122].

Au sein de la communauté Wikimédia, apparaissent ainsi des héros de ce qu’on appelle aujourd’hui la crypto-anarchie. Une philosophie qui prône la liberté d’information et le secret de la communication face à « l’interférence du gouvernement et des grandes sociétés[123] ». Ce qui est, somme toute, une nouvelle façon de lutter contre de nouvelles formes d’hégémonie culturelle[124], développées dans un monde toujours plus global et numérique.

Notes et références

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  1. Pekka Himanen, The Hacker Ethic and the Spirit of the Information Age, Vintage, (ISBN 978-0-09-942692-9).
  2. Pekka Himanen, L'éthique hacker et l'esprit de l'ère de l'information, Exils, (ISBN 2-912969-29-8 et 978-2-912969-29-3, OCLC 51085264).
  3. Anne Bellon, « Qu’est devenue l’utopie d’Internet ? », dans Revue Projet, vol. 371, no 4, 2019-08-27, p. 6–11 (ISSN 0033-0884) [texte intégral, lien DOI (pages consultées le 2025-12-21)] 
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