Neurosciences/La mémoire

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La mémoire est loin d'être unique, et les psychologues ont divisé celle-ci en plusieurs sous-mémoire. De nos jours, les scientifiques postulent l'existence de deux systèmes de mémoire : un système déclaratif pour les souvenirs et connaissances, et un autre pour les automatismes moteurs, cognitifs et sensoriels. La première est appelée mémoire déclarative, tandis que la seconde est appelée mémoire procédurale. On parle aussi parfois de mémoire explicite et implicite. Les mémoires qui permettent de mémoriser des informations dont on peut se rappeler par le biais du langage, comme des connaissances ou des souvenirs, portent le nom de mémoires déclaratives. Ces mémoires sont elles-mêmes subdivisées en sous-mémoires qui sont localisées dans des structures cérébrales distinctes. Par exemple, la mémoire déclarative n'est pas un ensemble mnésique unique, mais est elle-même divisée en sous-types de mémoires, bien distincts.

  • La première forme de mémoire déclarative est la mémoire sémantique, qui mémorise des informations abstraites, non liées à un contexte particulier : le sens des mots, la date de la mort de Napoléon, la formule chimique de l'eau, ce qu'est un arbre, à quoi ressemble une chauve-souris, ou comment faire du café. De manière générale, la mémoire sémantique est celle chargée de mémoriser nos connaissances sur les objets ou d'évènements. Ces connaissances sur les objets sont mémorisées sous la forme de catégories, des ensembles d'objets similaires qui partagent des propriétés communes : des concepts comme "animal", "plante", "nombre premier", "molécules", sont des catégories comme les autres.
  • La mémoire dédiée aux souvenirs est appelée la mémoire épisodique. Cette mémoire permet de localiser les événements dans le temps où l'espace : tout souvenir indique donc au minimum, un "quoi", un "où", et un "quand". Ce qui distingue la mémoire épisodique de toutes les autres formes de mémoire, c'est la capacité de voyager dans le temps mentalement : un sujet peut s'imaginer dans le passé, et revivre le souvenir. Il ne faut pas confondre cette mémoire avec la mémoire autobiographique, qui contient aussi des informations sémantiques et factuelles. Par exemple, le fait de savoir la date de notre mariage ou de naissance est un fait lié à la mémoire sémantique, pas un souvenir que l'on peut revivre.
  • La mémoire spatiale permet de reconnaître les lieux déjà visités, de savoir où nous sommes, et de nous orienter dans l'espace. Elle mémorise des cartes cognitives, composées de régions reliées entre elles par des relations spatiales (les routes et chemins). Ces régions sont définies par des frontières, souvent des frontières physiques, ainsi que par les objets présents dedans.
Illustration des différents systèmes de mémoire à long-terme et des zones cérébrales associées.

Les troubles de la mémoire[modifier | modifier le wikicode]

Une partie des connaissances actuelles sur le fonctionnement neuronal de la mémoire provient de l'étude de lésions au cerveau qui causent des déficits mnésiques (liés à la mémoire). On verra plus tard que ces lésions sont localisées dans le lobe temporal médian, et qu'elles causent des déficits mnésiques clairs et assez précis. L'origine de ces lésions est assez diverses : traumatisme crânien, AVC, encéphalites, certaines maladies neurologiques, etc. Le cas le plus connu est celui de la maladie d’Alzheimer, qui peut entrainer des troubles de la mémoire, l'amnésie étant le symptôme le plus connu. Avec cette maladie, les troubles sémantiques apparaissent après les troubles de la mémoire épisodique, quand la maladie a atteint un stade de sévérité non-négligeable. Plus spécifique, la maladie de Pick, ou démence sémantique, entraine une dégradation de la mémoire sémantique sans autres troubles associés. On peut aussi citer le syndrome de Korsakof, qui provient d'une déficience de vitamine B1 (courante chez les alcooliques).

Les amnésies[modifier | modifier le wikicode]

L'amnésie est un syndrome neurologique caractérisé par des troubles massifs de la mémoire déclarative (souvent épisodique), causés par des maladies ou des lésions cérébrales. L'amnésie est beaucoup plus sévère que les troubles de la mémoire normaux, liés aux vieillissement, à la fatigue ou à une dépression. Un syndrome amnésique est, en théorie, circonscrit à des troubles de la mémoire, le reste de l'intellect est préservé. A ce propos, précisons que certaines formes de mémoire ne sont pas touchées par l'amnésie : la mémoire à court-terme des patients amnésiques est souvent préservée (pour rappel c'est une mémoire qui conserve à l'esprit un nombre limité d'informations durant quelques minutes, et qui est fortement liée à l'attention et aux fonctions intellectuelles supérieures). Mais de tels cas purs d'amnésie sont assez rares, seuls quelques patients avec des lésions cérébrales bien circonscrites présentant un syndrome amnésique pur. En pratique clinique, l'amnésie est souvent associée à des troubles de l'attention, de l'intellect, du raisonnement, et des autres capacités cognitives. C'est par exemple le cas chez la majorité des patients Alzheimer, qui présentent un syndrome amnésique qui se complète assez rapidement avec des troubles de l'intellect.

En théorie, on peut distinguer deux types purs d'amnésie : l'amnésie antérograde et l'amnésie rétrograde. Dans les deux cas, l'amnésie s'installe après un traumatisme cérébral quelconque : un AVC, une lésion suite à un choc, un traumatisme crânien, etc. Tout dépend si l'amnésie perturbe les souvenirs acquis avant le traumatisme, ou si elle perturbe l'acquisition des souvenirs après le traumatisme. Dans l’amnésie antérograde, le patient ne peut pas mémoriser de nouveaux souvenirs alors que les anciens souvenirs sont, en théorie, intacts. A l'opposé, l'amnésie rétrograde est la perte des souvenirs qui datent d'avant l'incident, mais le patient garde la capacité de former de nouveaux souvenirs.

Différence entre amnésie antérograde et rétrograde.

L'amnésie rétrograde est la plus intuitive, parce qu'elle ressemble à ce qu'on appelle amnésie dans le langage courant. Avec elle, le patient perd des souvenirs ou des connaissances qu'il connaissait avant le traumatisme responsable de l'amnésie. Mais la perte de mémoire est rarement totale. Les patients ont tendance à se souvenir de quelques visages ou des noms des membres de leur famille, de quelques connaissances, des endroits où ils ont vécus, etc. Pour les dommages très graves, le patient peut oublier ce qu'il s'est passé durant plusieurs décennies de sa vie avant l'accident, mais il est rare qu'ils oublient leur nom ou leur identité, contrairement à ce qu'on voit dans les films (cela arrive, mais c'est rare). Au passage, les patients qui oublient leur nom ont malgré tout quelques souvenirs : ils vont être certains d'être passé par tel ou tel lycée, d'être né dans tel pays, etc. Généralement, ces souvenirs sont faux, et ne sont que des reconstructions basées sur des souvenirs réels, mais altérés.

L'amnésie affecte surtout les souvenirs acquis juste avant l'accident (quelques années grand maximum), mais rarement plus. Il est connu depuis longtemps que tous les souvenirs ne sont pas égaux face à l'oubli. Par exemple, les sujets sains ont moins de chance d'oublier des souvenirs anciens que des souvenirs récents. On observe la même chose dans les cas cliniques d'amnésie : les souvenirs récents sont beaucoup plus sensibles à l'amnésie que les souvenirs anciens. On appelle souvent cette régularité la loi de Ribot, du nom de son découvreur. Généralement, l'oubli porte sur les 2/3 dernières années avant l'incident mais on trouve aussi des pertes de 10 à 20 ans. De même, quand les souvenirs refont surface (ce qui arrive souvent, quand le patient récupère de son accident), les souvenirs anciens refont surface les premiers.

Précisons que les souvenirs ne sont pas les seuls à être touchés, et que les connaissances factuelles sont aussi dégradées lors d'une amnésie. En général, les connaissances résistent mieux aux dommages cérébraux que les souvenirs. Dit autrement, la mémoire épisodique est plus fragile que la mémoire sémantique. Même si on omet leur ancienneté, les connaissances factuelles ne semblent pas égales en terme de résistances à l'amnésie. Par exemple, la connaissance des évènements publics (qui fait partie de la mémoire sémantique) est souvent assez solide par rapport aux autres connaissances factuelles. Comme autre exemple, la mémoire sémantique autobiographique est un peu mieux conservée que le reste. Tout semble indiquer qu'il y a un gradient de robustesse, qui va des connaissances factuelles aux souvenirs épisodiques, avec toute une série de connaissances intermédiaires (savoirs liés aux évènements publics, connaissances sur soi - identité, nom, prénom, ...).

L'amnésie antérograde est une forme d'amnésie qui ne ressemble pas du tout à ce qu'on appelle amnésie dans le sens courant. Chez ces patients, la capacité à apprendre est fortement dégradée : ils ne peuvent plus mémoriser de nouvelles connaissances ou acquérir de souvenirs. Généralement, les déficits de mémorisation sont nettement plus marqués pour la mémoire épisodique que pour la mémoire sémantique. Pour une amnésie antérograde pure, les patients amnésiques conservent leurs souvenirs et connaissances anciens, qui datent d'avant le traumatisme. Mais dans la réalité, il est rare que les patients aient une amnésie antérograde pure, celle-ci étant toujours accompagnée d'une amnésie rétrograde plus ou moins légère selon les cas. Cette amnésie rétrograde est limitée à quelques années avant le traumatisme, mais ne touche pas les souvenirs plus anciens.

Les agnosies et démence sémantique[modifier | modifier le wikicode]

Les patients atteints d'agnosies associatives ont des difficultés pour nommer certaines catégories d'objets, d'êtres vivants, voire de visages, qui ne sont pas causés par un déficit perceptif. Généralement, les déficits sont limités à certaines catégories : certains patients sont incapables de reconnaître les outils et gardent la capacité de catégoriser les êtres vivants, tandis que d'autres montrent des déficits inversés. Shallice et Warrington ont notamment étudié un patient, surnommé JPB, qui a de fortes difficultés à nommer les objets animés, alors que les objets inanimés ne lui posent pas le moindre problème. Ces déficits peuvent aussi se propager à des catégories assez différentes : les patients qui perdent la capacité à nommer des êtres vivants perdent la capacité de reconnaître de la nourriture et des instruments de musique.

Ces patients peuvent parfois nommer des objets dans les catégories atteintes, mais ils donnent alors un nom de catégorie plus général : par exemple, ils diront animal pour nommer un chien ou un chat. On observe la même chose chez certains patients atteint d'Alzheimer, dans les premiers stades de la maladie : les catégories les plus concrètes, spécifiques, disparaissent alors que les catégories plus générales sont conservées. Plus les dégâts ou la maladie progressent, plus l'atteinte progresse et remonte vers les catégories les plus générales. On remarque aussi que ces erreurs donnent naissance à des temps de réaction et de catégorisation plus faible que celui de sujets contrôle.

L'anatomie de la mémoire[modifier | modifier le wikicode]

Si les lésions dans le néocortex causent parfois des déficits mnésiques, ce sont surtout des lésions dans le lobe temporal médian qui causent le plus de dégâts. Nos connaissances sur l'anatomie de la mémoire sont surtout concentrées sur la formation hippocampique. On sait, grâce à la méthode des lésions, que toute amnésie est corrélée à des lésions dans le lobe temporal médian et réciproquement. Contrairement à ce qui est souvent affirmé, l’hippocampe n'est pas la seule région impliquée dans l'amnésie. Pour l'illustrer, sachez que les lésions circonscrites à l'hippocampe causent des déficits mnésiques moins marqués que les lésions qui débordent sur le cortex entorhinal, qui eux-même sont moins sévères que quand les cortex périrhinal et parahippocampique sont aussi lésés. En somme, plus la lésion est étendue dans le lobe temporal, plus les déficits mnésiques seront marqués : c'est tout le lobe temporal médian qui est impliqué dans le fonctionnement de la mémoire déclarative.

Au contraire de ce qu'on observe pour les amnésies, les agnosies semblent causées par des lésions du néocortex, et plus précisément du lobe temporal. Le consensus actuel est que les lésions du néocortex causent des déficits de la catégorisation et la reconnaissance des objets, mais pas d'amnésie proprement dite. Pour la mémoire sémantique, la recherche a surtout étudié les déficits liés à des dégénérations du cerveau causées par une maladie nommée "démence sémantique".

L'hippocampe et la mémoire sémantique/épisodique[modifier | modifier le wikicode]

Les scientifiques supposent que l'hippocampe est le lieu où les informations sont combinées : les informations sémantiques se voient attribuer un lieu et un moment, ainsi que quelques informations émotionnelles. Le rôle de l'hippocampe est de relier ces informations entre elles et de les intégrer en un événement unique, un souvenir. Des lésions à l'hippocampe donnent souvent des amnésies antérogrades. Le cas le plus connu est le patient Henri Mollaison, qui s'est vu retirer la totalité de son hippocampe à la suite d'une opération chirurgicale destinée à soigner ses crises d'épilepsie. Il était incapable de mémoriser un visage, de reconnaitre les médecins qui le soignaient depuis des années, ne pouvait se souvenir de sa nouvelle adresse ni reconnaitre les lieux alentours, etc. Sa mémoire était littéralement celle d'un poisson rouge : vous pouviez parler avec lui, ressortir de la pièce et y revenir une minute plus tard : ce patient aura alors oublié qu'il vous a déjà vu, et se comportera comme si c'était la première fois que vous le voyez. Par contre, sa mémoire ancienne, ses souvenirs datant de quelques années avant l'accident étaient totalement préservés.

Si des lésions ou dommages au néocortex peuvent causer des agnosies et des amnésies rétrogrades, les lésions de l'hippocampe donnent des amnésies rétrogrades de quelques années ou mois, tandis que les lésions des lobes temporaux médians donnent des déficits de plusieurs décennies, voire plus. Il se trouve que les lésions de l'hippocampe ou du cortex temporal médian se traduisent par une bonne conservation des souvenirs anciens, alors qu'on peut observer une légère amnésie rétrograde pour les souvenirs récents. Cela signifie clairement que le stockage a très long terme des informations sémantiques et épisodiques ne dépend pas des structures hippocampiques et du lobe temporal médian et est plutôt localisé dans le néocortex. Un autre élément de preuve provient des patients épileptiques traités par électrochocs : cette thérapie affecte surtout le néocortex, mais moins les structures sous-corticales. Les patients ainsi traités sont souvent atteints d'une amnésie rétrograde et antérograde assez importante : ils ne souviennent pas de la thérapie, et peuvent même perdre leurs souvenirs des 2 à 3 dernières années dans certains cas graves. L'effet vaut aussi pour les animaux, et pas seulement chez les humains.

Chose bizarre, la mémoire sémantique semble moins touchée que la mémoire épisodique par ces lésions à l'hippocampe. Il existe des patients atteint de lésions à l'hippocampe aux déficits de la mémoire sémantique moins marqués que pour la mémoire épisodique : ils peuvent apprendre des faits ou des concepts, même si cet apprentissage est lent et demande beaucoup de répétitions. Par exemple, un patient amnésique du nom de Clive Wearing, devenu amnésique dans les années 1960, savait ce qu'est le SIDA alors que celui-ci n'a été découvert que plusieurs années après son accident. Un autre patient, surnommé gene par souci d'anonymat, avait perdu sa mémoire épisodique, mais avait conservé toutes ses connaissances sémantique et pouvait en acquérir de nouvelles : il savait qu'il possédait un vélo, et pouvait même reconnaître ses anciens camarades de classe sur une photographie. Il existe des cas d'enfants rendus amnésiques par des lésions à l'hippocampe lors de la naissance, ou dans l'enfance. Ces enfants n'ont souvent aucune mémoire épisodique, comme tous les patients qui ont des lésions à l'hippocampe. Cependant, ils arrivent à avoir une scolarité normale, à apprendre leurs cours, et ont des résultats scolaires tout à fait normaux.

Une autre observation, relativement robuste, est un effet de latéralisation. Le lobe temporal médian de l'hémisphère gauche n'a pas la même utilité que celui de l'hémisphère droit. La différence semble liée au type de matériel à mémoriser : les stimulus verbaux semblent traités par le lobe gauche, alors que le matériel non-verbal semble traité à droite. Les lésions du lobe temporal médian gauche entrainent ssurtout des difficultés pour mémoriser des noms et d'autres items verbaux, alors que les lésions à droite entrainent des difficultés à mémoriser des visages, des lieux, etc. Les études d'imagerie cérébrales récentes semblent confirmer ces observations cliniques, avec cependant quelques controverses quant à la nature réelle de la dichotomie gauche-droite. Cela semble compatible avec la latéralisation hémisphérique du langage, la majorité des sujets ayant leur langage latéralisé dans l'hémisphère gauche.

L'hippocampe et mémoire spatiale[modifier | modifier le wikicode]

Cellules de lieu : exemple.

L'implication de l'hippocampe dans la mémoire spatiale est attestée par le fait qu'il contient des cellules de lieux, qui émettent des influx nerveux uniquement quand l'animal ou l'humain est dans une région précise. Le comportement des cellules de lieu ne change pas, même quand l'environnement est altéré. Par exemple, si on double la taille d'une pièce, une cellule de lieu qui émet des influx nerveux dans le coin supérieur droit de la pièce continuera à le faire dans ce même coin. Pour expliquer cela, les découvreurs de ces cellules, Burgess et O'Keefe, ont créé un modèle qui suppose l'existence de cellules de frontières, qui émettent des influx nerveux quand le sujet est à une certaine distance de la frontière d'une région (et avec une orientation bien précise). Certaines cellules du cortex entorhinal ont des similitudes avec les cellules de lieu de l'hippocampe : ce sont les cellules de grilles, ou grid cell. Ces cellules émettent des influx nerveux (potentiels d'action) quand le sujet est présent à certains endroits d'un lieu. Si on pave le lieu avec des triangles équilatéraux, ces endroits sont localisés aux sommets des triangles. En clair, ces cellules se charge d'une mesure assez simplifiée des distances.

Le codage neuronal des informations sémantiques[modifier | modifier le wikicode]

On peut se demander comment les informations sont mémorisées par le cerveau, comment celui-ci les stocke. Les scientifiques ont depuis longtemps cherché la trace laissée dans le cerveau par un souvenir ou une connaissance, la trace biologique de la mémoire déclarative. Ils ont même donné un nom à cette trace : ils l'ont appelée engramme. La nature de cet engramme est encore sujette à débat et les recherches n'ont pas encore donné de réponse claire et précise. Cependant, les chercheurs ont de bonnes raisons de penser que ce codage est assez peu centralisé et a une nature plutôt distribuée. Pour simplifier, le sens d'un objet n'est pas codé par un seul neurone unique mais est distribué dans un large réseau de neurones assez étendu. La mémorisation d'un concept proviendrait simplement de l'affaiblissement ou de la consolidation de certaines synapses dans ce réseau. En clair, la mémorisation serait basée sur la plasticité synaptique. Si la formation de l'engramme par plasticité synaptique est bien établie, quoique les mécanismes soient encore mystérieux, la distribution de l'engramme dans le cerveau est encore un mystère. Est-ce que chaque engramme est localisé dans une aire cérébrale localisée ou bien est-ce qu'il est dispersé dans plusieurs aires cérébrales ? Deux visions complémentaires s'affrontent : soit l'engramme est totalement dispersé dans le cerveau, chaque aire codant une portion précise d'un concept/souvenir, soit il existe une certaine centralisation de l'engramme. Voyons ce que la recherche actuelle a a dire sur le sujet.

Le codage distribué[modifier | modifier le wikicode]

Les connaissances sur les objets sont notamment disséminées dans le néocortex, chaque zone mémorisant divers aspects des connaissances : le cortex visuel mémorise à quoi ressemble l'objet, le cortex auditif ce qu'il émet comme son, le cortex temporal mémorise des informations conceptuelles, etc. Pour donner un exemple, des expériences d'imagerie cérébrale ont montré que les zones du cerveau qui s'activent pour nommer les objets et les êtres vivants sont légèrement différentes. Dans des tâches de nommage d'objet, 80% du cerveau s'active quel que soit le mot, mais le 20% qui reste diffère suivant qu'il s'agisse de nommer un outil ou un animal : les animaux activent les aires liées à la vision, tandis que les outils activent les aires motrices. On explique cela par le fait que les propriétés sensorielles permettent d'identifier les êtres vivants. Par contre, on sait à quoi servent les outils et comment les manipuler physiquement, mais on se préoccupe peu de ce à quoi ils ressemblent. D'autres études confirment l'aspect sensoriel dans la représentation d'un concept. Par exemple, si je soumets un sujet la question « est-ce qu'une banane est jaune », les zones du cerveau chargée de la perception des couleurs vont s'activer. De manière générale, quand on demande à un sujet de dire si tel objet possède une propriété sensorielle, les zones du cerveau liée à la perception de cette propriété s'activent. Comme autre exemple, la lecture de mots d'action (verbes) et leur compréhension active les zones du cerveau liées à la motricité. De plus, on retrouve des déficits dans la compréhension de verbes d'action chez les patients parkinsoniens et chez certains patients apraxiques.

Le codage de type hub-and-spoke[modifier | modifier le wikicode]

Mais d'autres études complètent cette vision, en suggérant l'existence de zones de convergences qui lient entre elles les divers aspects d'un concept en un tout unique. Certaines théories supposent aussi l'existence de toute une hiérarchie de zones de convergence, certaines intégrant les concepts et informations pour former des concepts plus abstraits. Ces zones de convergence mémoriseraient des concepts et des abstractions détachées de toute sensation ou comportement moteur. Certaines études d'imagerie semblent suggérer que le lobe temporal, et notamment le lobe temporal antérieur, seraient le lieu où se situent ces connaissances abstraites Les études de patients cérébrolésés renforcent la possibilité que ces connaissances abstraites existent bel et bien. Les études les plus concluantes portent sur des patients atteints de démence sémantique. Les patients atteints de cette maladie ont des déficits localisés à la mémoire sémantique, alors que les aires sensorielles sont intactes. Il existe aussi des cas de patients qui ont de lourdes lésions dans les aires motrices ou sensorielles. Ces patients ne montrent pas de déficits évidents en mémoire sémantique, les déficits observés étant très subtils et vraiment peu marqués. Dans ces conditions, on est obligé de faire intervenir des connaissances conceptuelles, détachées de toute modalité sensorielle ou motrice. e modèle qui rend le mieux compte de ces observations est un modèle o les représentations amodales, conceptuelles, sont reliées aux représentations sensorimotrices, le concept étant l'ensemble de ces représentations reliées entre elles. Les représentations sensorimotrices seraient reliées à la représentation amodale, mais pas (ou peu) entre elles.

Second aperçu de la mémoire explicite

Le processus de consolidation[modifier | modifier le wikicode]

Pour expliquer les observations sur les amnésies rétrogrades, et notamment la loi de Ribot, diverses théories ont été inventées. La théorie la plus en vogue est la théorie de la consolidation, qui stipule que les informations sont mémorisées à court terme dans l'hippocampe, avant de progressivement migrer dans le néocortex. La loi de Ribot s'explique simplement par le fait que l'hippocampe est une aire du cerveau relativement fragile, sensible aux dommages intra-cerébraux, là où la distribution des connaissances dans le néocortex le protège de dégâts plus localisés.

Dans les grandes lignes, un souvenir ou une connaissance nouvellement formé est dans un état fragile, sensible aux interférences ultérieures et à l'oubli. Immédiatement après la mémorisation, un processus de consolidation va se mettre en place. Ce processus immunise les connaissances apprises contre l'oubli. La première étape de la consolidation consiste en un renforcement des synapses liées aux connaissances apprises, d'où son nom de consolidation synaptique. Elle dure environ une heure. A la suite de cette étape, les connaissances apprises sont temporairement stockées dans une structure cérébrale nommée l'hippocampe (et dans quelques aires cérébrales alentour, dans le lobe temporal médian). Par la suite une seconde étape de consolidation systémique va migrer les connaissances de l'hippocampe vers le néocortex. Dans cette étape, les connaissances sont progressivement migrées dans leur position finale dans le cerveau, et sont plus profondément intégrées dans les réseaux mnésiques existants. L'hippocampe enregistrerait les associations et relations formées lors de l'apprentissage, mais pour une courte durée. A long-terme, ces associations et relations se développeraient lentement dans le cortex, par rappel répétés ou lors du sommeil.

Illustration du processus de consolidation.

Cette seconde étape de consolidation a lieu en partie lors du sommeil, ce qui explique l'effet positif du sommeil sur la mémoire (et d'autres processus cognitifs supérieurs). Il faut cependant préciser que cette consolidation consolide les souvenirs autant qu'elle les élabore, les rendant plus flexibles et transférables. Par exemple, on sait que le sommeil a une influence positive sur la créativité ou la résolution de problème. Si on présente un problème ou une situation à résoudre à un sujet, celui-ci réussit nettement mieux si on le fait dormir entre la présentation du problème et sa première tentative de résoudre le problème. Et l'on sait que cela provient d'une consolidation des informations acquises lors de la journée. La consolidation qui a lieu lors du sommeil permet au cerveau de réorganiser les connaissances acquises et de mieux les relier entre elles.

Cette théorie permet d'expliquer les différences de solidité entre mémoire épisodique et sémantique par le fait que les informations sémantiques sont vues et répétées fréquemment : là où un évènement personnel n'est vécu qu'une seule fois, les informations sémantiques sont vues et perçues à de multiples reprises. Quelques observations indiquent qu'une partie de ce processus de consolidation a lieu dans le sommeil : des sujets qui sont privés de sommeil après avoir acquis un souvenir ou une connaissance ont de moins bons résultats à des tests de mémoire que des sujets qui ont pu dormir.