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Philosophie/Présocratiques/Liste des Présocratiques

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Liste des Présocratiques

Cette page recense les penseurs que la tradition range parmi les Présocratiques, des premiers Milésiens aux sophistes contemporains de Socrate. Le classement suit les grandes familles que la doxographie ancienne, puis l'édition de référence de Hermann Diels et Walther Kranz, ont consacrées : Ioniens, pythagoriciens, Éléates, pluralistes, atomistes, sophistes. Ces regroupements gardent une part de convention. Beaucoup de ces figures ne nous sont connues que par un nom, une anecdote ou quelques lignes de témoignage, et leur rattachement à telle ou telle école demeure parfois incertain. Pour les personnages principaux, une brève notice indique les dates, souvent approximatives, et l'idée directrice que la tradition leur associe. Sauf mention contraire, toutes les dates s'entendent avant notre ère.

L'école milésienne

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Milet, cité grecque d'Asie Mineure, voit naître au VIe siècle la première tentative d'expliquer la nature à partir d'un principe unique, sans recourir aux généalogies divines.

  • Thalès de Milet (v. 625-546) : compté parmi les Sept Sages, il fait de l'eau le principe de toutes choses et aurait prédit une éclipse de soleil.
  • Anaximandre de Milet (v. 610-546) : disciple de Thalès, il pose comme principe l'illimité (apeiron) et rédige le premier traité en prose que la tradition ait retenu.
  • Anaximène de Milet (v. 585-525) : l'air, qui se condense et se raréfie, engendre toutes choses ; dernier maître de l'école.

Héraclite d'Éphèse et les héraclitéens

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  • Héraclite d'Éphèse (v. 544-480) : penseur du devenir et de l'unité des contraires, il place au cœur du monde un logos que symbolise le feu ; « on ne descend pas deux fois dans le même fleuve » (fr. 91 Diels-Kranz). Son style oraculaire lui valut le surnom d'Obscur.
  • Cratyle : héraclitéen de la génération de Socrate, il durcit la doctrine du flux : on ne saurait entrer même une seule fois dans le même fleuve et, à la fin, rapporte Aristote, il se contentait de remuer le doigt (Métaphysique, Γ, 5). Platon, qui le fréquenta dans sa jeunesse, donne son nom à un dialogue sur le langage.
  • Antisthène l'Héraclitéen : commentateur d'Héraclite cité par Diogène Laërce, à ne pas confondre avec Antisthène le socratique, fondateur du cynisme.

Les derniers physiologues ioniens

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  • Diogène d'Apollonie (seconde moitié du Ve siècle) : il reprend l'air d'Anaximène et en fait un principe doué d'intelligence ; Aristophane s'en souvient dans les Nuées.
  • Archélaos d'Athènes : disciple d'Anaxagore et, selon la tradition doxographique, maître de Socrate ; dernier représentant de la physique ionienne à Athènes.
  • Idaios d'Himère : il aurait posé l'air comme principe ; Sextus Empiricus est à peu près notre seule source.
  • Clidèmos : physiologue mineur du Ve siècle ; Théophraste rapporte ses vues sur la sensation et les plantes.

L'école pythagoricienne

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Fondée par Pythagore à Crotone, en Grande Grèce, l'école est à la fois une communauté religieuse, un parti politique et un foyer de recherches : mathématiques, musique, médecine, astronomie. Le nombre y devient la clef du cosmos. Le catalogue des membres, transmis notamment par Jamblique, mêle savants, législateurs, médecins et athlètes ; beaucoup ne sont plus pour nous que des noms.

Figures principales

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  • Pythagore de Samos (v. 580-495) : émigré de Samos à Crotone, il n'a rien écrit ; la tradition lui attribue la doctrine de la transmigration des âmes et l'idée que le nombre gouverne toutes choses.
  • Hippase de Métaponte : il aurait divulgué la découverte des grandeurs incommensurables, ce que la légende lui fit payer d'un naufrage ; Aristote lui prête le feu comme principe.
  • Alcméon de Crotone : médecin, le premier à faire du cerveau le siège de la sensation et de la pensée ; il définit la santé comme équilibre (isonomia) des puissances du corps.
  • Démocédès de Crotone : médecin célèbre, actif à la cour de Polycrate puis de Darius ; Hérodote raconte sa carrière.
  • Iccos de Tarente : athlète vainqueur à Olympie puis maître de gymnastique ; sa frugalité rendit proverbial le « repas d'Iccos », que Platon évoque dans les Lois.
  • Ménestor de Sybaris : auteur des plus anciennes recherches botaniques connues, citées par Théophraste.
  • Ion de Chio : poète tragique et prosateur ; son traité Triagmos plaçait la triade au fondement des choses.
  • Philolaos de Crotone (v. 470-385) : le premier pythagoricien à publier la doctrine ; le monde s'y compose de limitants et d'illimités, et la Terre tourne autour d'un feu central.
  • Eurytos : disciple de Philolaos ; Aristote rapporte qu'il figurait l'homme ou le cheval en disposant des cailloux, pour en exhiber le nombre.
  • Lysis de Tarente : rescapé, avec Archippos, de l'incendie qui dispersa l'école ; réfugié à Thèbes, il y fut le maître d'Épaminondas.
  • Archytas de Tarente (v. 435-347) : mathématicien, mécanicien et homme d'État, sept fois stratège de Tarente ; son amitié sauva Platon de Denys de Syracuse.
  • Timée de Locres : le personnage qui donne son nom au dialogue cosmologique de Platon ; le traité conservé sous son nom est un apocryphe tardif.
  • Échécrate de Phlionte : l'interlocuteur à qui Phédon raconte, dans le dialogue de Platon, la mort de Socrate.
  • Hicétas de Syracuse : astronome ; Cicéron lui attribue la thèse d'une Terre tournant sur elle-même au centre d'un ciel immobile.
  • Ecphantos de Syracuse : astronome lui aussi partisan de la rotation de la Terre ; il composait le monde d'unités corporelles indivisibles, atomisme d'inspiration pythagoricienne.
  • Damon le musicien : théoricien athénien de la valeur morale des modes musicaux et conseiller de Périclès ; la République discute sa maxime selon laquelle on ne touche pas aux formes de la musique sans ébranler les lois de la cité.
  • Hippon : médecin et physiologue, il revient à l'eau ou à l'humide comme principe ; Aristote le juge d'une pensée trop mince pour compter, et l'Antiquité le taxa d'athéisme.
  • Hippodamos de Milet : urbaniste du plan en damier, appliqué au Pirée, et auteur du premier projet de constitution idéale conçu par un homme sans charge publique, que discute la Politique d'Aristote.
  • Phaléas de Chalcédoine : réformateur pour qui l'égalisation des propriétés devait prévenir les discordes civiles ; Aristote examine sa proposition.
  • Polyclète : le sculpteur du Canon ; son rattachement à l'école tient à sa théorie des proportions du corps, tout entière fondée sur le nombre.
  • Hippocrate de Chio : géomètre, auteur de la quadrature des lunules et des premiers Éléments ; à distinguer du médecin de Cos.
  • Théodore de Cyrène : mathématicien, maître de Théétète ; Platon le met en scène démontrant l'irrationalité de certaines racines.

Autres membres recensés par la tradition

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  • Cercops
  • Pétron
  • Brontin
  • Calliphon
  • Parméniscos
  • Xouthos
  • Boïdas
  • Thrasyalcès
  • Paron
  • Aminias
  • Archippos
  • Opsimos
  • Occelos
  • Xénophile
  • Dioclès
  • Polymnastos
  • Phanton
  • Arion
  • Proros
  • Amyclas
  • Clinias
  • Phintias
  • Simos
  • Myonide
  • Euphranor
  • Lycon

Xénophane et les Éléates

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L'école d'Élée, en Grande Grèce, soumet le témoignage des sens au tribunal du raisonnement : ce qui est ne peut ni naître, ni périr, ni changer. La tradition, depuis Platon, lui donne Xénophane pour ancêtre.

  • Xénophane de Colophon (v. 570-475) : rhapsode errant, critique de l'anthropomorphisme religieux ; si les bœufs et les chevaux avaient des mains, dit un fragment fameux, ils peindraient des dieux à leur image (fr. 15 Diels-Kranz). Il conçoit un dieu un, immobile, qui gouverne tout par la pensée.
  • Parménide d'Élée (v. 515-450) : son poème De la nature oppose la voie de la vérité, où l'être est et ne peut pas ne pas être, à la voie de l'opinion des mortels ; Diogène Laërce le dit converti à la philosophie par le pythagoricien Aminias.
  • Zénon d'Élée (v. 490-430) : défenseur de Parménide par l'absurde ; ses paradoxes, Achille et la tortue, la flèche immobile, retournent contre le mouvement et la pluralité les évidences du sens commun.
  • Mélissos de Samos (Ve siècle) : amiral vainqueur d'une flotte athénienne, il systématise en prose la doctrine éléatique et, s'écartant de Parménide, déclare l'être illimité.

Les pluralistes

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Après Parménide, comment sauver le monde sensible ? Les pluralistes répondent en multipliant les principes : plusieurs éléments éternels, dont le mélange et la séparation produisent naissance et mort apparentes.

  • Empédocle d'Agrigente (v. 490-435) : quatre racines, feu, air, eau, terre, que l'Amour unit et que la Haine sépare en de grands cycles cosmiques ; poète et thaumaturge, la légende le fait périr dans l'Etna.
  • Anaxagore de Clazomènes (v. 500-428) : « toutes choses étaient ensemble » (fr. 1 Diels-Kranz), jusqu'à ce que l'Intellect (noûs) mette en ordre le mélange ; premier philosophe établi à Athènes, ami de Périclès, il en fut chassé pour impiété.
  • Métrodore de Lampsaque : disciple d'Anaxagore ; il lisait les dieux d'Homère comme des allégories des puissances naturelles.

À l'école d'Abdère, la réponse à Parménide consiste à faire exister à la fois l'être et le non-être : les atomes, insécables et innombrables, et le vide où ils se meuvent. Le Dictionnaire consacre un article à l'atomisme.

  • Leucippe (Ve siècle) : fondateur de la doctrine, si mal connu qu'Épicure niait jusqu'à son existence ; de lui nous reste une seule phrase : rien ne se produit en vain, mais tout à partir d'une raison et sous l'empire de la nécessité (fr. 2 Diels-Kranz).
  • Démocrite d'Abdère (v. 460-370) : il déploie l'atomisme en une encyclopédie entière, de la cosmologie à l'éthique de la bonne humeur (euthymia) ; la postérité en fit le philosophe qui rit.

L'école d'Abdère se prolonge ensuite de maître en disciple jusqu'au seuil de l'époque hellénistique :

  • Nessas d'Abdère : disciple direct de Démocrite.
  • Métrodore de Chio : il ouvrait son traité Sur la nature par un aveu que retiendront les sceptiques : nous ne savons rien, pas même si nous savons ou non.
  • Diogène de Smyrne : maillon de la succession, maître d'Anaxarque.
  • Anaxarque d'Abdère : compagnon d'Alexandre en Asie, surnommé l'Eudémoniste ; Pyrrhon fut son élève.
  • Hécatée d'Abdère : rattaché à l'école, auteur d'ouvrages sur les Égyptiens et sur les Hyperboréens.
  • Apollodore de Cyzique : démocritéen, cité pour son témoignage sur les fréquentations de Démocrite.
  • Nausiphane de Téos : démocritéen, maître d'Épicure, qui le renia avec éclat.
  • Diotime : démocritéen connu par Sextus Empiricus.
  • Bion d'Abdère : mathématicien ; le premier, dit-on, à enseigner qu'il existe des contrées où le jour et la nuit durent six mois.
  • Bolos de Mendès : compilateur égyptien d'époque hellénistique, dont les écrits circulèrent sous le nom de Démocrite.

Professeurs itinérants du Ve siècle, maîtres de rhétorique et d'excellence politique, les sophistes déplacent la réflexion de la nature vers la cité, le langage et l'homme. Platon en fit les adversaires de Socrate ; Diels et Kranz les rangent au terme de leur recueil des Présocratiques.

  • Protagoras d'Abdère (v. 490-420) : « l'homme est la mesure de toutes choses » (fr. 1 Diels-Kranz) ; le premier à se déclarer sophiste et à enseigner contre salaire, il professait sur les dieux un prudent agnosticisme.
  • Gorgias de Léontinoi (v. 480-375) : son traité Du non-être soutient que rien n'est, que si quelque chose était nous ne pourrions le connaître, et que si nous le connaissions nous ne pourrions le communiquer ; l''Éloge d'Hélène célèbre la puissance du discours, souverain qui accomplit les actes les plus divins avec le plus petit des corps.
  • Prodicos de Céos : maître de la distinction des synonymes ; Xénophon a conservé son apologue d'Héraclès à la croisée des chemins, entre Vertu et Vice.
  • Antiphon : théoricien de l'opposition entre la nature (physis) et la loi (nomos) ; on discute encore s'il faut l'identifier à l'orateur athénien du même nom.
  • Thrasymaque de Chalcédoine : rhéteur ; Platon lui prête, au livre I de la République, la thèse que la justice n'est que l'intérêt du plus fort.
  • Lycophron : élève de Gorgias ; la loi n'est pour lui qu'une convention, garante des droits mutuels, incapable de rendre les citoyens bons.
  • Xéniade de Corinthe : il soutenait que tout est faux et que rien ne naît ni ne périt ; Sextus Empiricus est notre source.
  • Hippias d'Élis (v. 465-395) : polymathe à la mémoire prodigieuse, mathématicien, orateur ; deux dialogues de Platon portent son nom.
  • Critias d'Athènes (v. 460-403) : oncle de Platon et chef des Trente ; on lui attribue le drame satyrique Sisyphe, qui fait des dieux une invention destinée à tenir les hommes par la crainte.