Dictionnaire de philosophie/Théisme
Le mot « théisme » vient du grec theos (« dieu »). Dans son sens le plus large, il désigne la croyance selon laquelle il existe au moins une réalité divine. En philosophie de la religion, on réserve souvent le terme à une conception plus précise : il existe un Dieu personnel, transcendant et créateur, doté d’attributs éminents (puissance, connaissance, bonté), dont dépend l’être de tout ce qui existe et qui est digne de culte.[1]
Par contraste, on appelle généralement « athéisme » la thèse selon laquelle il n’existe aucun dieu, et « non‑théisme » toute position qui ne se place pas dans un cadre théiste (certaines formes de bouddhisme, par exemple). D’autres notions proches – monothéisme, polythéisme, panthéisme, déisme – se distinguent par la manière dont elles conçoivent la ou les divinités et leur rapport au monde. Le théisme, au sens strict, se caractérise par deux idées centrales : la dépendance de l’ensemble du réel à l’égard d’une réalité divine ultime, et le caractère personnel de cette réalité (Dieu comme sujet capable de connaître, vouloir, aimer).
1. Définition du théisme
[modifier | modifier le wikicode]1.1. Définition minimale et théisme « classique »
[modifier | modifier le wikicode]Une définition minimale du théisme consiste à dire : « Il existe au moins un être divin. » Cette définition reste très large : elle engloberait, par exemple, des formes de polythéisme, où plusieurs dieux coexistent, souvent limités et parfois en rivalité. Dans la tradition philosophique occidentale, le terme a rapidement reçu un sens plus restreint, lié au monothéisme abrahamique.
Ralph Cudworth, représentant des Platoniciens de Cambridge, caractérise Dieu comme « un être parfaitement conscient et intelligent, existant de lui‑même de toute éternité, cause de toutes les autres choses ».[2] Un tel Dieu n’est pas seulement supérieur aux autres êtres : il est le principe même de leur existence, leur cause et leur mesure.
Ce type de définition est emblématique de ce qu’on appelle aujourd’hui le « théisme classique » (classical theism) : Dieu y est conçu comme l’ultime principe de réalité, créateur ex nihilo, omnipotent, omniscient et parfaitement bon, simple (sans composition interne), immuable et éternel.[3] Cela signifie, par exemple, que Dieu n’a pas de parties, qu’il ne change pas, qu’il n’est pas soumis au temps comme nous le sommes, qu’il connaît tout ce qui est possible et réel, et qu’il veut toujours le bien. Cette image, élaborée par la tradition philosophique et théologique, structure encore aujourd’hui une grande partie du débat.
Pour décrire le contenu variable de la notion, on distingue parfois un théisme « mince » (thin theism) – simple affirmation d’une intelligence supérieure à l’origine du monde, sans autre précision – et un théisme « épais » (thick theism) qui attribue à Dieu un ensemble riche de propriétés métaphysiques et morales (infinité, omniscience, sainteté, providence, etc.).[4] Le premier se contente, par exemple, de dire qu’« un esprit très puissant a organisé l’univers », alors que le second soutient qu’il existe un Dieu parfait, source de l’être, de la vérité et du bien. Cette distinction permet de mesurer l’écart entre des conceptions très abstraites de Dieu (premier principe ou première cause) et les représentations religieuses plus concrètes (Dieu qui parle, qui commande, qui pardonne).
1.2. Théisme, monothéisme et croyance religieuse
[modifier | modifier le wikicode]Le théisme philosophique, tel qu’il s’est développé dans la tradition occidentale, est étroitement lié au monothéisme, c’est‑à‑dire à l’idée qu’il n’existe qu’un seul Dieu. Le monothéisme, au sens strict, ajoute au théisme une affirmation d’unicité : s’il existe un être tel que Dieu – créateur, souverain, parfait –, alors il ne peut y en avoir qu’un seul, car deux réalités tout à fait suprêmes entreraient nécessairement en concurrence.[5] L’unicité de Dieu n’est donc pas un simple détail supplémentaire, mais une conséquence logique de sa perfection supposée.
Dans le langage courant, on identifie volontiers le théisme avec les grandes religions monothéistes (judaïsme, christianisme, islam). Pourtant, du point de vue philosophique, il est utile de distinguer le théisme comme thèse métaphysique générale et les formes concrètes de croyance religieuse. D’un côté, le théisme peut être compris comme une affirmation purement philosophique : il existe un Dieu créateur, distinct du monde, moralement parfait, dont dépend tout ce qui existe. Une telle thèse peut être défendue indépendamment de toute tradition religieuse particulière, par exemple à partir d’arguments cosmologiques ou moraux. De l’autre côté, chaque religion monothéiste ajoute à ce noyau des contenus spécifiques : pour les chrétiens, Jésus est le Fils de Dieu incarné ; pour les musulmans, Mahomet est le dernier prophète ; chaque tradition propose un corpus de récits, de rites, de lois et de doctrines propres.[6]
Ainsi, un philosophe peut être théiste sans pour autant adhérer à un credo déterminé : il peut juger qu’il est raisonnable de tenir pour vraie la thèse « il existe un Dieu créateur et bon », tout en restant agnostique sur les prétentions de telle ou telle Église à parler en son nom. Inversement, il existe des formes de religiosité qui ne sont pas théistes au sens strict (certains bouddhismes, certains cultes ancestraux), même si elles accordent une grande place au sacré.
2. Brève histoire de la notion
[modifier | modifier le wikicode]2.1. Antécédents antiques : du polythéisme au « Dieu des philosophes »
[modifier | modifier le wikicode]Le mot « théisme » est moderne, mais l’idée qu’un principe divin ultime fonde le réel est bien plus ancienne. Dans les religions de la Grèce antique, on trouve surtout des formes de polythéisme : plusieurs dieux, dotés de pouvoirs plus ou moins étendus, exercent une influence sur le monde et les affaires humaines. Cependant, la réflexion philosophique tend progressivement à dépasser ce cadre.
Chez Platon, la Forme du Bien joue le rôle de principe suprême qui donne l’être et l’intelligibilité à toutes choses, même si ce Bien n’est pas encore conçu comme un Dieu personnel au sens plein.[7] Quand Platon affirme que le Bien est « au‑delà de l’être en dignité et en puissance », il ouvre la voie à une pensée de l’Absolu qui inspirera de nombreuses conceptions théistes. Dans le Timée, un démiurge (artisan divin) ordonne le cosmos selon un modèle intelligible, sans pour autant le créer ex nihilo : il façonne une matière préexistante à l’image des formes éternelles.[8]
Aristote décrit, dans le livre Λ de la Métaphysique, un « Premier moteur immobile », acte pur de pensée se pensant elle‑même, cause finale du mouvement de l’univers.[9] Le monde, éternel, est mis en mouvement parce qu’il désire, en quelque sorte, ressembler à ce Premier moteur parfaitement actuel et immobile. Ce Dieu aristotélicien est parfait et éternel, mais il n’est pas, à proprement parler, créateur du monde ; il en est plutôt la fin attractive et le modèle intelligible.
Les stoïciens, de leur côté, identifient le principe divin au logos immanent au monde : une raison ordonnatrice et providentielle pénètre toute réalité et la rend cohérente.[10] Dieu n’est pas un être séparé, mais la rationalité du cosmos lui‑même ; il est aussi feu créateur, souffle vital, loi naturelle. Cette théologie cosmique annonce certains motifs théistes (ordre, rationalité, providence), mais conçoit Dieu moins comme une personne distincte que comme la raison du monde.
Ces élaborations préparent ce qu’on appellera plus tard le « Dieu des philosophes » (expression rendue célèbre par Pascal) : un principe unique, éternel, source de l’être et du bien, que l’on cherche à atteindre par un raisonnement plutôt que par la tradition religieuse. À l’époque moderne, ce « Dieu des philosophes » sera souvent distingué du « Dieu d’Abraham, d’Isaac et de Jacob », c’est‑à‑dire du Dieu vivant de la foi.
2.2. Le théisme médiéval : Dieu comme être nécessaire et créateur
[modifier | modifier le wikicode]Avec le judaïsme, le christianisme et l’islam, le monothéisme biblique rencontre la philosophie grecque. Cette rencontre produit les grands systèmes de théisme classique. Les philosophes médiévaux cherchent à penser le Dieu de la Révélation biblique avec les outils conceptuels d’Aristote, de Platon et des néoplatoniciens.
Chez Augustin, Dieu est à la fois le créateur du monde et la source de la vérité intérieure. Dans un passage célèbre des Confessions, il écrit : « Tu étais plus intérieur à moi que le plus intime, et plus élevé que les sommets de moi‑même. »[11] L’existence de Dieu se manifeste à ses yeux aussi bien dans l’ordre du monde que dans la présence de vérités nécessaires (logiques, mathématiques, morales) qu’aucun individu ne semble pouvoir produire. Le théisme augustinien souligne ainsi que Dieu n’est pas un objet extérieur parmi d’autres, mais la condition même de la vérité et de la connaissance.
Anselme de Cantorbéry propose, dans le Proslogion, la célèbre « preuve ontologique » : Dieu est « l’être tel qu’on ne peut en concevoir de plus grand » ; or, un être qui existe seulement dans l’intellect serait moins grand qu’un être qui existe à la fois dans l’intellect et dans la réalité ; il faut donc que Dieu existe en réalité.[12] Que cette preuve convainque ou non, elle montre bien ce qui caractérise le théisme médiéval : Dieu est pensé comme être absolument parfait, dont l’essence implique l’existence, et non comme simple cause extérieure parmi d’autres.
Thomas d’Aquin développe une théologie naturelle articulée autour de « cinq voies » qui visent à montrer, à partir de l’expérience du mouvement, de la causalité, de la contingence, des degrés de perfection ou de l’ordre du monde, qu’il existe un premier moteur, une cause première, un être nécessaire, un être souverainement parfait et une intelligence ordonnatrice.[13] Chez lui, Dieu est Acte pur, ipsum esse subsistens (l’être même subsistant) dont toute créature reçoit l’existence. Le théisme thomiste insiste à la fois sur la transcendance de Dieu et sur sa proximité, en tant qu’il « est plus intimement présent à chaque chose qu’elle ne l’est à elle‑même ».
Dans la philosophie islamique, Avicenne (Ibn Sīnā) distingue les êtres possibles, qui reçoivent l’existence d’un autre, et l’« Être nécessaire par soi » (wājib al‑wujūd bi‑dhātihi) qui existe par soi et dont dépend la totalité des êtres possibles.[14] Maïmonide, dans le Guide des égarés, insiste sur l’unité et la simplicité divines, au point de privilégier une théologie dite « négative » : il vaut mieux dire ce que Dieu n’est pas (il n’est pas corps, il n’est pas limité, il n’est pas sujet au changement) que prétendre décrire positivement son essence.[15]
Jean Duns Scot propose une démonstration élaborée de l’existence d’un premier être infini, doté de toutes les perfections, qui « précède par nature » tout ce qui est causé, et développe une conception originale de l’univocité de l’être : le mot « être » s’applique à Dieu et aux créatures dans un sens fondamentalement commun, ce qui permet selon lui de construire une métaphysique plus rigoureuse de l’essence divine.[16]
Dans ces systèmes, le théisme n’est pas seulement un article de foi : il structure toute l’architecture philosophique. Il organise la métaphysique (hiérarchie des êtres, distinction puissance/acte, contingent/nécessaire), la théorie de la connaissance (dépendance de la vérité à l’intellect divin) et l’éthique (Dieu comme fin ultime de l’agir humain et bien suprême auquel tend la volonté).
2.3. L’époque moderne : déisme, théisme philosophique et critiques sceptiques
[modifier | modifier le wikicode]À l’époque moderne, le développement des sciences, les guerres de religion et les débats sur la Révélation conduisent à reformuler le théisme. Le Dieu des philosophes tend à se séparer du Dieu des Églises, et de nouvelles positions apparaissent.
Descartes affirme l’existence d’un Dieu infini, parfait, créateur, connu par l’idée claire et distincte d’un être souverainement parfait dont l’existence est impliquée par sa nature.[17] Dans certains textes, il suggère que Dieu est en un sens la cause des vérités éternelles, thèse qui nourrit une conception particulièrement forte de la souveraineté divine et qui a suscité de vifs débats ultérieurs.[18] Leibniz défend un Dieu parfaitement bon et sage, choisissant le « meilleur des mondes possibles » parmi une infinité de mondes concevables, de sorte que le mal lui‑même trouve une place dans une harmonie d’ensemble que Dieu seul embrasse pleinement.[19]
Parallèlement, un courant déiste émerge, notamment en Angleterre et en France. Le déisme admet l’existence d’un Dieu créateur, accessible à la raison naturelle, mais refuse l’idée de révélation surnaturelle, de miracles, de providence particulière. Dieu y apparaît comme l’architecte initial d’un monde qui fonctionne ensuite selon ses propres lois, sans interventions ultérieures. Voltaire, par exemple, illustre ce type d’attitude : il se moque des superstitions religieuses, critique l’intolérance ecclésiastique, mais estime qu’une raison droite conduit naturellement à l’idée d’un Être suprême.[20] Le déisme reproche ainsi aux formes historiques de théisme religieux d’être entachées de superstition ou de fanatisme, tout en considérant que la négation pure et simple de Dieu (athéisme) serait déraisonnable ou dangereuse.
On parle parfois aujourd’hui de « théisme philosophique » pour désigner une croyance en Dieu élaborée par la seule raison (par exemple, à partir de l’ordre du monde ou de la moralité), indépendamment de toute appartenance confessionnelle. Il s’agit alors d’une thèse métaphysique générale sur la réalité ultime, et non d’une doctrine religieuse déterminée : le théisme philosophique affirme qu’il existe un être ultime d’ordre personnel, créateur et bon, mais ne prend pas position sur les dogmes spécifiques d’une tradition.[21]
Les Lumières voient également se développer des critiques sceptiques du théisme. David Hume, dans les Dialogues sur la religion naturelle, met en cause l’analogie qui fonde l’argument du dessein : le monde ne ressemble pas assez à une machine pour que l’on puisse conclure avec assurance à un architecte intelligent, et le mal observable dans le monde rend peu plausible l’hypothèse d’un dieu parfaitement bon.[22] Dans L’Histoire naturelle de la religion, il propose une généalogie naturaliste des croyances, faisant dériver le théisme de passions humaines (peur, espoir) et d’habitudes d’explication anthropomorphiques.[23]
Kant, enfin, soutient que les preuves traditionnelles de l’existence de Dieu (ontologique, cosmologique, physico‑théologique) dépassent les limites légitimes de la raison spéculative : l’idée de Dieu est une Idée de la raison, nécessaire pour unifier notre connaissance, mais elle ne suffit pas à démontrer l’existence d’un être réel.[24] Dans la Critique de la raison pratique, l’existence de Dieu est postulée comme condition de possibilité du « souverain bien » (accord entre vertu et bonheur) : le théisme devient ainsi une exigence de la raison pratique plutôt qu’une thèse démontrable théoriquement.[25]
2.4. Critiques modernes du théisme : soupçon et naturalisme
[modifier | modifier le wikicode]Au XIXᵉ et au XXᵉ siècle, plusieurs courants mettent en question non seulement la vérité, mais aussi la fonction du théisme. La réflexion ne se limite plus à la question « Dieu existe‑t‑il ? » ; elle s’interroge aussi sur ce que signifie psychologiquement et socialement le fait de croire en Dieu.
Feuerbach interprète Dieu comme projection de l’essence humaine idéalisée : selon lui, l’homme attribue à un être transcendant ses propres qualités les plus hautes (raison, amour, justice) et se dépossède ainsi de sa propre grandeur. « La conscience de Dieu est la conscience que l’homme a de sa propre essence », écrit‑il.[26] Marx reprend et transforme cette analyse en insistant sur les déterminations sociales : la religion (et, partant, le théisme) serait une réponse illusoire à une situation réelle de détresse, qui détourne l’homme de la transformation effective du monde et de la suppression des conditions sociales qui engendrent cette détresse.[27]
Nietzsche interprète la croyance en Dieu comme expression d’un certain ressentiment à l’égard de la vie : la morale chrétienne, en particulier, valoriserait la faiblesse, l’humilité, la souffrance, au détriment de l’affirmation de la puissance vitale. L’annonce de la « mort de Dieu » n’est pas pour lui un événement « métaphysique », mais le constat que les valeurs fondées sur le théisme ont perdu leur force dans la culture européenne moderne, ce qui oblige à repenser les fondements de la valeur.[28] Freud, de son côté, analyse la représentation d’un Dieu‑père comme expression d’un désir infantile de protection et de justice : la figure divine serait le prolongement imaginaire du père humain, transposé à l’échelle cosmique.[29]
Ces critiques ne se contentent pas de contester les arguments du théisme : elles en proposent des interprétations psychologiques, sociales ou historiques qui visent à en « expliquer » l’apparition indépendamment de sa vérité. Le débat philosophique contemporain sur le théisme doit donc se confronter à ces lectures de soupçon, qui invitent à se demander si, et dans quelle mesure, une croyance peut être à la fois « explicable » et vraie.
2.5. Le théisme dans la philosophie analytique contemporaine
[modifier | modifier le wikicode]À partir du milieu du XXᵉ siècle, la philosophie analytique de la religion connaît un renouveau marqué du débat sur le théisme. Dans le monde anglophone surtout, un grand nombre d’ouvrages et d’articles discutent à nouveaux frais les arguments classiques et en proposent de nouveaux. Alvin Plantinga, Richard Swinburne, William Alston, John Hick, entre autres, élaborent des versions sophistiquées du théisme et des arguments en sa faveur.
Plantinga soutient qu’il peut être rationnel de croire en Dieu sans s’appuyer sur des « preuves » au sens classique : la croyance en Dieu peut être « correctement basique » (properly basic), produite par des facultés cognitives fonctionnant correctement dans un environnement approprié.[30] Sa position, parfois appelée « épistémologie réformée », conteste l’idée selon laquelle toute croyance rationnelle devrait être dérivée d’autres croyances au moyen d’arguments. Swinburne, quant à lui, défend l’idée que le théisme classique forme une hypothèse simple et unifiante, capable d’expliquer aussi bien l’existence de l’univers que l’ordre des lois de la nature, la conscience et certaines expériences religieuses, et qu’il est globalement confirmé par l’ensemble des données disponibles si l’on raisonne en termes de probabilité bayésienne.[31]
En face, des philosophes comme J. L. Mackie, Graham Oppy ou J. L. Schellenberg critiquent la cohérence des attributs divins, contestent la force explicative du théisme et soulignent le poids des arguments tirés du mal ou de la « dissimulation » de Dieu (divine hiddenness). Mackie, par exemple, soutient que les arguments traditionnels en faveur du théisme sont entachés de failles logiques, et que le problème du mal constitue une objection redoutable à l’idée d’un Dieu parfaitement bon et tout‑puissant.[32] Schellenberg, lui, met en forme systématique l’argument de la dissimulation de Dieu, que l’on examinera plus loin.[33]
Parallèlement, des formes particulières de théisme sont discutées : le théisme « ouvert » (Dieu ne connaît pas exhaustivement l’avenir contingent), le théisme « processuel » (Dieu évolue avec le monde), le théisme sceptique (nous devons être très réservés sur notre capacité à connaître les raisons de Dieu, notamment face au problème du mal).[34][35][36] Ces débats montrent que le théisme n’est pas une position figée : il se reconfigure au contact des objections, des découvertes scientifiques et des développements conceptuels.
3. Variantes et notions voisines
[modifier | modifier le wikicode]3.1. Monothéisme, polythéisme, panthéisme, panenthéisme
[modifier | modifier le wikicode]Le monothéisme désigne la conviction qu’il n’existe qu’un seul Dieu, créateur et souverain. C’est dans ce cadre que s’est principalement développé le théisme philosophique occidental. La plupart des définitions « classiques » de Dieu (être nécessaire, parfait, simple, etc.) présupposent cette unicité : il ne peut y avoir deux réalités absolument suprêmes, comme il ne peut y avoir deux cercles au même endroit qui seraient à la fois distincts et parfaitement identiques.
Le polythéisme, à l’inverse, affirme l’existence de plusieurs dieux, souvent limités dans leurs pouvoirs et leurs domaines d’action, parfois en conflit. On peut être « théiste » au sens très large (croire à des dieux) sans être monothéiste. Cependant, la réflexion philosophique sur le théisme vise en général des conceptions plus unifiées de la divinité : l’idée qu’il existe un seul principe ultime paraît plus apte à jouer le rôle de fondement de l’être et de la valeur que celle d’un panthéon de puissances partielles.
Le panthéisme identifie Dieu au tout de la nature : Deus sive Natura, comme l’écrit Spinoza.[37] Dieu n’est plus une personne distincte du monde, mais l’ensemble infini des modes d’être. Le théisme classique s’en démarque en affirmant fortement la transcendance : Dieu n’est pas le monde, même s’il est présent à tout ce qui existe. Enfin, le panenthéisme soutient que le monde est « en » Dieu, mais que Dieu dépasse le monde : le cosmos est comme le corps de Dieu, mais la réalité divine excède toujours ce qu’il contient. Cette position, qu’on trouve dans certains courants de la théologie processuelle, cherche à concilier l’immanence (Dieu présent au monde) et la transcendance (Dieu plus grand que le monde).
Ces notions voisines permettent de situer le théisme : il n’est ni l’affirmation brute de dieux multiples, ni la pure identification de Dieu au tout, ni la simple reconnaissance d’une « force » anonyme, mais l’affirmation d’un Dieu personnel, unique, distinct du monde, qui le crée et le gouverne.
3.2. Déisme et théisme philosophique
[modifier | modifier le wikicode]Le déisme peut être vu comme une forme atténuée de théisme. Il affirme qu’il existe un Dieu qui a créé le monde et en est la cause première, mais il nie ou met entre parenthèses la possibilité d’une révélation surnaturelle, de miracles, d’interventions providentielles particulières. Dieu, pour le déiste, n’est pas absent au sens d’inexistant : il est comme un grand horloger qui a construit une machine parfaite et la laisse fonctionner d’elle‑même. La relation entre Dieu et le monde est alors conçue de façon très générale : Dieu garantit l’ordre des lois de la nature, mais ne modifie pas à la demande le cours des événements.
Le théisme, au sens plus strict, affirme au contraire l’implication continue de Dieu dans le monde. Le Dieu du théisme classique n’est pas seulement cause première : il soutient à tout instant l’existence des créatures, il connaît et veut chaque chose, il exerce une providence, il peut – selon les traditions – répondre aux prières, accomplir des miracles, se révéler. J. C. A. Gaskin, commentant Hume, propose de distinguer clairement ces deux positions : le théisme soutient qu’il existe un Dieu unique et tout‑puissant, créateur et fondement ultime de tout ce qui est, qui demeure présent et agissant dans sa création (providence, miracles, révélation). Le déisme, lui, maintient l’existence et le rôle créateur de Dieu, mais rejette l’idée d’une action particulière de Dieu dans l’histoire : Dieu ne fait rien d’autre que créer et maintenir l’ordre général.[38]
Le « théisme philosophique » contemporain, enfin, désigne la manière dont certains philosophes défendent l’idée de Dieu en s’appuyant exclusivement sur des arguments rationnels (cosmologiques, moraux, expérientiels), sans présupposer la vérité d’une tradition révélée particulière. Un tel théisme peut par exemple conclure qu’il est raisonnable d’affirmer l’existence d’un Dieu créateur et bon, sans se prononcer sur la Trinité, sur l’Incarnation ou sur la validité de tel texte sacré.
3.3. Théisme classique, théisme ouvert, théisme processuel, théisme sceptique
[modifier | modifier le wikicode]Le théisme classique insiste, on l’a vu, sur les attributs d’éternité, d’immutabilité, de simplicité, d’impassibilité. Dieu ne change pas, ne souffre pas, ne dépend de rien.[39] Il est hors du temps, ou bien il embrasse en un seul regard toute l’histoire du monde. Cette conception a longtemps dominé la théologie chrétienne, influencée par l’héritage aristotélicien et néoplatonicien ; elle pose toutefois des questions délicates : comment concilier, par exemple, l’immutabilité divine avec l’idée d’une relation vivante entre Dieu et les créatures ?
Le théisme ouvert (open theism) propose une réponse originale à certains de ces problèmes. Ses partisans soutiennent que Dieu a créé des agents libres dont les choix futurs ne sont pas encore des vérités déterminées. La connaissance de Dieu porte sur toutes les possibilités, sur tous les états de choses qui pourraient se produire, mais les libres décisions futures n’existent pas encore comme des faits fixés ; il n’y a donc rien, strictement parlant, que Dieu pourrait connaître à leur sujet.[40] Cette position tente de préserver à la fois la liberté humaine et la responsabilité de Dieu : si Dieu décide de créer un monde où de vraies libertés existent, il accepte de ne pas tout contrôler à l’avance.
Le théisme processuel, inspiré par Whitehead et Hartshorne, va plus loin en soutenant que Dieu lui‑même est en devenir, affecté par le monde, et ne possède pas une omnipotence coercitive mais une puissance de persuasion.[41] Dieu serait alors l’instance qui, à chaque instant, propose aux créatures des possibilités de bien plus élevées, sans jamais les écraser. Il n’imposerait pas le cours de l’histoire, mais l’orienterait patiemment vers plus de complexité et de valeur. Cette vision remet en cause certains traits du théisme classique (immutabilité, impassibilité), mais elle cherche à sauvegarder l’intuition d’un Dieu profondément impliqué dans le devenir du monde.
Enfin, le théisme sceptique (skeptical theism) n’est pas tant une variante métaphysique qu’une thèse épistémologique. Il affirme que notre ignorance des raisons de Dieu est si grande qu’il est illégitime d’inférer de l’existence de maux « incompréhensibles » à la non‑existence de Dieu.[42] Le théisme sceptique accepte donc le portrait classique de Dieu, mais conteste que nous ayons le point de vue adéquat pour évaluer la compatibilité entre ce Dieu et la distribution concrète des biens et des maux dans le monde.
Ces variantes illustrent la souplesse du théisme : on peut maintenir une affirmation centrale (il existe un Dieu personnel créateur) tout en modifiant de façon substantielle la manière de comprendre ses attributs et son rapport au monde. La frontière entre « théisme » et « autres conceptions de Dieu » n’est pas toujours nette : certaines versions du panenthéisme ou du théisme processuel, par exemple, sont parfois classées à la marge du théisme classique.
4. Arguments en faveur du théisme
[modifier | modifier le wikicode]Les arguments pour le théisme sont nombreux et très débattus. Certains se présentent comme des « preuves » au sens fort, d’autres comme des considérations de probabilité ou de plausibilité. L’objectif, dans ce qui suit, n’est pas de trancher leur validité, mais de comprendre leurs structures principales.
4.1. Arguments cosmologiques et du « premier principe »
[modifier | modifier le wikicode]Les arguments cosmologiques partent, de manière générale, du fait qu’il existe quelque chose plutôt que rien, ou du caractère contingent du monde, pour conclure à l’existence d’un premier principe nécessaire. Leur intuition commune est que le monde tel que nous le connaissons n’a pas en lui‑même sa raison suffisante : il pourrait ne pas exister, ou exister autrement ; il appelle donc une explication qui dépasse la chaîne des causes finies.
Dans les formes kalām de l’argument, influencées par des théologiens islamiques médiévaux, le raisonnement commence par la prémisse : « tout ce qui commence d’exister a une cause ». Si l’on ajoute que l’univers a commencé d’exister, que ce soit pour des raisons philosophiques (impossibilité d’une série infinie d’événements passés) ou scientifiques (Big Bang), on conclut que l’univers a une cause qui, elle, ne commence pas d’exister. Cette cause doit alors être, en dernière analyse, un être personnel puissant et libre, capable de choisir de créer.[43]
Dans les versions thomistes, inspirées de Thomas d’Aquin, l’accent n’est pas mis sur un commencement temporel, mais sur la dépendance actuelle de tout être contingent à l’égard de l’être. Même si le monde avait existé de toute éternité, soutient Thomas, il n’en serait pas moins contingent : rien en lui n’exige qu’il existe plutôt que rien. Il faut donc remonter à un être dont l’essence est d’exister, un être nécessaire qui soit la source continuée de l’existence de tout ce qui est.[44]
Les formes leibniziennes de l’argument mobilisent le principe de raison suffisante : pour tout fait contingent, il y a une explication. La totalité du monde est elle‑même contingente ; elle doit donc avoir une raison suffisante en dehors d’elle‑même, qui ne soit pas contingente mais nécessaire (Dieu).[45] L’argument ne repose pas ici sur une impossibilité d’une série infinie cause‑effet, mais sur l’idée qu’une série infinie de faits contingents, même si elle n’avait ni commencement ni fin, n’expliquerait jamais pourquoi cette série existe plutôt qu’aucune.
Ces arguments ont fait l’objet de nombreuses critiques : certains contestent la portée du principe de raison suffisante, d’autres trouvent problématique de parler d’« être nécessaire ». Les débats contemporains portent aussi sur la question de savoir si la physique moderne (quantique, cosmologie) confirme ou affaiblit l’idée qu’un « commencement du monde » a besoin d’une cause transcendante.
4.2. Arguments du dessein et du « réglage fin »
[modifier | modifier le wikicode]Les arguments téléologiques (du dessein) mettent en avant l’ordre, la complexité et l’ajustement fin du monde et de la vie. Depuis l’Antiquité, beaucoup ont été frappés par la régularité des mouvements célestes, la délicate organisation des organismes vivants, la manière dont divers éléments de l’environnement semblent « faits » les uns pour les autres. Chez les stoïciens et chez Cicéron, la régularité des cieux et l’adaptation des organismes à leur environnement sont interprétées comme des indices d’une providence rationnelle qui a ordonné toutes choses en vue d’une fin.[46]
Dans la version contemporaine dite du « réglage fin » (fine‑tuning), on insiste sur la sensibilité de certaines constantes physiques : de petits changements dans les constantes fondamentales (masse des particules, intensité des forces, densité initiale de l’univers, etc.) rendraient impossible l’apparition d’une vie complexe. Le fait que notre univers ait précisément les valeurs qui permettent l’émergence de la vie consciente semble, à certains auteurs, plus probable si un concepteur intelligent a choisi les paramètres que s’il s’agit d’un pur hasard.[47] Le théisme offrirait alors une explication unifiée de cet ajustement : Dieu aurait voulu un univers où des créatures libres et conscientes puissent exister et l’atteindre.
Les critiques recopient toutefois que l’hypothèse d’un « multivers » – une immense variété d’univers aux constantes différentes – pourrait rendre le fait que l’un d’eux soit compatible avec la vie beaucoup moins étonnant. D’autres invoquent le principe anthropique : nous ne pouvons de toute façon observer qu’un univers compatible avec notre existence, de sorte que l’impression de « réglage fin » serait au moins en partie un effet de sélection. Reste la question, proprement philosophique, de savoir si l’on doit préférer une explication « théiste » ou « multivers » de ce réglage fin, ou s’il est raisonnable de suspendre le jugement.
4.3. Argument ontologique
[modifier | modifier le wikicode]L’argument ontologique, initié par Anselme, a connu de nombreuses reformulations (chez Descartes, Leibniz, et, au XXᵉ siècle, chez Plantinga). Sa structure est singulière : au lieu de partir du monde ou de l’expérience, il part de l’idée même de Dieu. Dans une variante modale contemporaine, Plantinga suggère qu’on peut raisonner ainsi : il est possible (logiquement) qu’il existe un être maximalement grand (omniscient, omnipotent, parfaitement bon). Or, si un tel être est possible, alors il existe dans au moins un monde possible. Mais, en vertu de sa grandeur maximale, s’il existe dans un monde possible, il existe dans tous les mondes possibles, donc aussi dans le monde réel. Il s’ensuit qu’un être maximalement grand, c’est‑à‑dire Dieu, existe.[48]
L’argument est fascinant par son ambition : il prétend montrer, uniquement à partir de la notion même de Dieu, que Dieu existe nécessairement. Il a cependant suscité de nombreuses objections. Beaucoup contestent la prémisse modale – « il est possible qu’un tel être existe » – qu’ils jugent loin d’être évidente. D’autres proposent des « parodies » : si l’on accepte ce type de raisonnement, ne pourrait‑on pas prétendre démontrer l’existence de n’importe quel être « parfait » inventé pour l’occasion ? Les défenseurs de l’argument répondent en affinant la notion de « grandeur maximale » et en montrant qu’elle ne fonctionne pas comme les concepts utilisés dans les parodies. Quoi qu’il en soit, l’argument ontologique continue à jouer un rôle important dans la réflexion sur le théisme, ne serait‑ce que comme occasion de préciser ce que l’on entend par nécessité, possibilité et perfection.
4.4. Arguments moraux et arguments de la valeur
[modifier | modifier le wikicode]Les arguments moraux partent de l’existence (ou de l’objectivité supposée) de certaines valeurs et obligations morales. L’idée directrice est la suivante : si des normes morales valent de manière objective et contraignante, il faut qu’elles soient, en quelque manière, enracinées dans une réalité ultime qui dépasse les préférences humaines. Un Dieu parfaitement bon, dont la volonté et la nature sont la source du bien, pourrait remplir ce rôle.[49] Pour Robert Adams, par exemple, les biens finis trouvent leur mesure dans le bien infini qui est Dieu ; les obligations morales fondamentales expriment ainsi une relation à un Dieu aimant et saint.
Une autre stratégie consiste à s’intéresser à la structure de l’expérience morale elle‑même : nous nous sentons parfois liés par des exigences qui semblent s’adresser à nous comme si elles venaient de « quelque chose » ou de « quelqu’un » de plus grand que nous. Pour certains théistes, cette phénoménologie de l’obligation s’explique mieux si l’on suppose qu’il existe effectivement un Législateur moral divin qu’à partir de simples faits naturels.
D’autres arguments, plus axiologiques qu’éthiques, se demandent si l’hypothèse théiste rend le monde globalement meilleur (plus sensé, plus juste) que l’hypothèse athée. Un courant récent, parfois appelé « pro‑théisme », soutient qu’il serait préférable, toutes choses égales par ailleurs, que Dieu existe plutôt qu’il n’existe pas, parce qu’alors la justice ultime, le pardon parfait, l’accomplissement de la connaissance et de l’amour seraient possibles.[50] Cette ligne de réflexion ne démontre pas directement l’existence de Dieu, mais elle invite à réfléchir sur la forme de vie que l’on désire et sur l’image du monde que l’on juge souhaitable.
Ces arguments sont vivement discutés. Certains naturalistes estiment que des valeurs morales objectives peuvent exister sans Dieu (réalisme moral non théiste), ou que l’objectivité morale est une illusion liée à notre psychologie évoluée. D’autres font remarquer que la présence d’atroces injustices non réparées, de vies brisées sans consolation visible, complique singulièrement l’idée d’un Dieu comme garant ultime de la valeur.
4.5. Argument de l’expérience religieuse
[modifier | modifier le wikicode]Beaucoup de croyants disent « faire l’expérience » de Dieu : sentiment de présence, transformation intérieure, perception d’un appel moral ou d’un pardon, certitude soudainement éprouvée que la réalité a un sens ultime. Un argument en faveur du théisme consiste à dire que, si une large part de l’humanité, dans des contextes variés, rapporte de telles expériences, il est rationnel de leur accorder, au moins prima facie, un certain poids épistémique – de même qu’on fait confiance en général à ses sens, sauf raison particulière de s’en défier.[51]
William Alston, par exemple, propose d’analyser certaines expériences mystiques ou dévotionnelles comme des formes de « perception de Dieu ». Si celles‑ci surviennent de manière régulière, chez des personnes globalement fiables, dans des conditions analogues, il serait arbitraire de les disqualifier en bloc sans bonne raison, alors même que nous acceptons sans preuve indépendante le témoignage de nos sens corporels. Le théisme reçoit alors un soutien indirect : il n’est pas démontré, mais il apparaît comme une interprétation raisonnable d’un type d’expérience largement attesté.
Les critiques rétorquent que la diversité et parfois la contradiction des expériences (êtres surnaturels multiples, réalités impersonnelles, expérience de « néant » mystique) plaident plutôt en faveur d’une explication psychologique ou culturelle. Les états de conscience en cause – exaltation, sentiment océanique, impression de dissolution du moi – pourraient être expliqués en termes de neurophysiologie, de pratiques méditatives, de contagion émotionnelle, sans qu’il soit nécessaire de postuler un objet divin. De plus, une expérience ne s’interprète pas d’elle‑même : qu’un sujet dise « j’ai rencontré Dieu » dépend aussi de son langage, de ses attentes, de sa tradition religieuse. L’argument de l’expérience religieuse soulève donc des questions épistémologiques complexes sur le statut des vécus intérieurs.
5. Objections majeures au théisme
[modifier | modifier le wikicode]5.1. Le problème du mal
[modifier | modifier le wikicode]Le problème du mal est sans doute l’objection la plus ancienne et la plus persistante au théisme. Dans sa forme logique, il s’énonce de manière tranchée : il est contradictoire d’affirmer en même temps qu’il existe un Dieu tout‑puissant, omniscient et parfaitement bon, et qu’il existe du mal. Car un Dieu omniscient connaîtrait tous les maux, un Dieu tout‑puissant pourrait les empêcher, et un Dieu parfaitement bon voudrait les empêcher. Si un tel Dieu existait, conclut‑on, il n’y aurait donc pas de mal ; or il y en a.
La version contemporaine la plus discutée est la version « évidentielle », plus modeste. Elle ne prétend plus montrer une contradiction pure et simple, mais une forte improbabilité : l’ampleur, la distribution et surtout la gratuité apparente de certains maux (souffrances atroces et inutiles, injustices flagrantes, catastrophes aveugles touchant des innocents) rendent très improbable l’existence d’un Dieu tel que le théisme le décrit.[52] L’exemple, devenu classique, d’un faon brûlé vif dans une forêt, sans que personne n’en tire aucun bien, illustre cette intuition.
Les théistes ont répondu de plusieurs manières. Les « théodicées » (dont la plus célèbre est celle de Leibniz) cherchent à montrer que le mal est le prix à payer pour un monde globalement meilleur : ainsi, la liberté humaine est considérée comme un bien si précieux qu’il peut justifier, au moins en partie, la permission de certains maux qui en découlent ; de même, la stabilité des lois de la nature permet un ordre intelligible, mais au prix de catastrophes naturelles qui n’épargnent pas les innocents.[53] Les « défenses » du libre arbitre, comme celle de Plantinga, adoptent une approche plus modeste : il s’agit de montrer qu’il est logiquement possible qu’un Dieu parfaitement bon ait de bonnes raisons de permettre le mal, par exemple parce qu’il ne peut créer des créatures véritablement libres et, en même temps, garantir qu’elles ne pécheront jamais.[54]
Enfin, le théisme sceptique insiste sur les limites de notre connaissance : du fait de notre position limitée dans le temps et l’espace, nous ne sommes pas bien placés pour juger de l’absence de raisons suffisantes que Dieu pourrait avoir de permettre certains maux. Il serait donc téméraire de conclure, à partir du seul fait que nous ne voyons aucune bonne raison à tel mal, qu’il n’en existe effectivement aucune. Cette réponse, toutefois, soulève à son tour des questions : si nos capacités de jugement sont si faibles, peut‑on encore prétendre connaître positivement quoi que ce soit de la bonté ou de la sagesse de Dieu ?
Le problème du mal illustre jusqu’où la discussion sur le théisme engage à la fois des considérations logiques (compatibilité de propositions), morales (poids accordé aux souffrances concrètes) et existentielles (sens de la confiance ou de la révolte face au réel).
5.2. L’argument du Dieu caché
[modifier | modifier le wikicode]L'argument de la dissimulation divine (divine hiddenness) part d’un fait énigmatique : si un Dieu personnel, bon et aimant existait et désirait une relation avec les créatures capables de le connaître, il est difficile de comprendre pourquoi tant de personnes « non résistantes » (qui ne s’opposent pas par principe à Dieu, qui seraient prêtes à croire si elles avaient de bonnes raisons) demeurent sans croyance théiste – parfois après une recherche sincère et douloureuse.[55] L’athée Schellenberg soutient que cette « absence de croyance non fautive » constitue une donnée qui rend incompatible, ou du moins très improbable, l’existence d’un Dieu désireux d’une relation personnelle avec toutes ses créatures.
Les réponses théistes sont diverses. Certains insistent sur le rôle de la liberté et de la maturation morale : un Dieu qui se manifesterait de manière écrasante, évidente, annihilerait en partie la liberté de croire ou de ne pas croire, de s’engager ou de se détourner. La dissimulation de Dieu ferait alors partie d’une pédagogie divine : elle laisserait place à une recherche, à une purification des motivations, à un cheminement intérieur. D’autres soulignent que Dieu pourrait viser autre chose que la seule croyance explicite : ce qui importerait pour lui serait moins l’adhésion intellectuelle à une proposition (« Dieu existe ») que la forme de vie effectivement menée, la manière dont on pratique la justice, la compassion, la vérité. Dans cette perspective, un agnostique sincère et moralement droit pourrait être plus proche de Dieu qu’un croyant superficiel. Enfin, certains invoquent une dimension eschatologique : la « rencontre » décisive avec Dieu ne serait pas promise à cette vie‑ci, mais à une autre vie, où la dissimulation actuelle serait levée.
Le débat sur la dissimulation de Dieu touche à la fois la psychologie humaine (qu’est‑ce qu’une « non‑résistance » réelle ? quelles sont nos véritables motivations ?) et l’image que le théisme se fait de Dieu (souhaite‑t‑il avant tout être cru, être aimé, être obéi, ou autre chose encore ?). Il oblige aussi à préciser ce que l’on entend par « relation personnelle » entre Dieu et une créature.
5.3. Problèmes de cohérence des attributs divins
[modifier | modifier le wikicode]Le théisme classique attribue à Dieu une série de propriétés qui semblent parfois difficilement conciliables. Dieu est dit omnipotent, omniscient, parfaitement bon, simple, immuable, éternel hors du temps, etc. Plusieurs objections sont nées de cette accumulation d’attributs.
On évoque souvent le « paradoxe de l’omnipotence » : un Dieu tout‑puissant peut‑il créer une pierre qu’il ne peut pas soulever ? Si oui, il est une fois la pierre créée quelque chose qu’il ne peut pas faire ; si non, il y a déjà quelque chose qu’il ne peut pas faire (créer une telle pierre). La formulation est naïve, mais elle signale une difficulté plus générale : comment définir l’omnipotence sans tomber dans des contradictions logiques ? La réponse classique consiste à dire que Dieu peut tout ce qui est logiquement possible, mais pas ce qui est intrinsèquement contradictoire (un « cercle carré », par exemple).
Autre source de tension : la compatibilité entre omniscience et liberté humaine. Si Dieu sait à l’avance, avec certitude, ce que je ferai demain, puis‑je faire autrement ? Ne suis‑je pas, d’une certaine manière, enfermé dans un avenir déjà connu et fixé ? Diverses solutions ont été proposées : certains affirment que la connaissance divine est « hors du temps » et ne fait donc pas partie des causes qui déterminent mon choix ; d’autres soutiennent que la connaissance divine dépend, d’une façon mystérieuse, de ce que feront librement les créatures (Dieu sait ce que je ferai parce que je le ferai librement, et non l’inverse).[56]
On évoque aussi la tension entre omniscience et immutabilité : si Dieu connaît des vérités temporelles changeantes (par exemple, « nous sommes en 2026 »), son savoir ne change‑t‑il pas lui aussi ? Et, si son savoir change, Dieu n’est‑il pas soumis au devenir ? Les défenseurs du théisme classique répondent en distinguant différents modes de connaissance (Dieu connaîtrait les choses dans une éternelle présence, non par succession), ou en refusant que les « vérités temporelles » fassent partie de la connaissance proprement dite que Dieu a de lui‑même et de sa création.
Face à ces difficultés, certains théistes choisissent de modifier le portrait divin (c’est le cas du théisme ouvert ou processuel), tandis que d’autres maintiennent le cadre classique en le complétant par une série de distinctions subtiles. Les débats sur les attributs divins montrent que le théisme n’est pas une notion monolithique, mais un champ où différentes conceptions de Dieu rivalisent.
5.4. Pluralité des monothéismes
[modifier | modifier le wikicode]Plus récemment, certains philosophes ont souligné que, même si l’on admet des arguments en faveur d’un monothéisme général (il existe un Dieu transcendant), il subsiste une multitude de modèles possibles de ce Dieu. Un dieu limité, un dieu indifférent, un dieu malveillant, un dieu impersonnel, un dieu qui commence d’exister avec le monde, sont, en principe, des possibilités logiques. Le théisme « classique » – Dieu omnipotent, omniscient, parfaitement bon – n’est alors qu’une option parmi d’autres, difficile à privilégier par la seule raison.[57]
Cette pluralité des « monothéismes possibles » affaiblirait, selon certains, la portée des arguments pro‑théistes. Même si ceux‑ci rendaient plausible l’existence d’un être divin quelconque, ils ne permettraient pas de conclure aisément qu’il s’agit du Dieu décrit par le théisme abrahamique classique. Il faudrait alors des arguments supplémentaires, tirés peut‑être de la Révélation ou de l’histoire religieuse, pour passer d’un monothéisme philosophique abstrait à une conception déterminée de Dieu.
Le théisme, en tant que thèse philosophique, se trouve ainsi placé entre deux exigences : d’un côté, proposer une conception suffisamment riche de Dieu pour être intéressante (et pas seulement « il existe quelque chose »), de l’autre, rester assez générale pour ne pas se confondre avec une théologie confessionnelle particulière.
6. Le statut philosophique du théisme
[modifier | modifier le wikicode]Le théisme n’est ni une simple donnée culturelle, que l’on enregistrerait comme un fait sociologique parmi d’autres, ni une hypothèse scientifique formulée et testée dans un cadre expérimental. Il se présente plutôt comme une thèse métaphysique globale sur l’ultime structure de la réalité. À ce titre, il interagit avec plusieurs domaines de la philosophie.
En métaphysique, le théisme soulève des questions sur l’être nécessaire, la causalité, le temps, la liberté. Affirmer qu’il existe un Dieu créateur, c’est prendre position sur la manière dont le monde dépend d’autre chose que de lui‑même, sur la distinction entre contingent et nécessaire, sur l’existence d’un sens ultime du réel. La notion de création ex nihilo, par exemple, modifie profondément la compréhension de la relation entre Dieu et le monde par rapport aux conceptions antiques d’un cosmos éternel.
En épistémologie, le théisme interroge la rationalité de la croyance religieuse : peut‑on croire raisonnablement en Dieu sans preuves décisives ? La foi est‑elle un mode spécifique de connaissance ou une simple attitude pratique ? Quel rôle donner à l’expérience intérieure, au témoignage, aux traditions religieuses, dans la formation de la croyance théiste ? Ces questions sont au cœur de l’épistémologie réformée et de la philosophie analytique de la religion.
En éthique, le théisme intervient dans la réflexion sur le fondement des valeurs et des normes. Si Dieu existe et qu’il est bon, les commandements moraux peuvent être compris comme l’expression d’une sagesse divine, et la vie morale comme une réponse à un appel. S’il n’existe pas, il faut penser autrement l’objectivité éventuelle des valeurs (par un réalisme moral non théiste, par exemple), ou renoncer à cette objectivité. Le théisme pose ainsi la question : les notions de devoir, de dignité, de mérite conservent‑elles la même portée selon que l’on admet ou non une référence à Dieu ?
En philosophie du langage et en philosophie de la religion, enfin, le théisme suscite l’examen des conditions de sens du discours sur un être transcendant. Thomas d’Aquin, par exemple, propose une théorie du langage analogique : lorsque l’on dit que Dieu est « bon » ou « sage », on n’emploie pas ces termes au sens exactement identique à celui qu’ils ont pour les créatures, ni dans un sens totalement équivoque, mais de manière analogique, en s’appuyant sur une certaine ressemblance entre Dieu et ce qu’il a créé.[58] D’autres, comme Maïmonide, insistent davantage sur la théologie négative : nous pouvons dire ce que Dieu n’est pas, plutôt que ce qu’il est.
Pour certains auteurs, le théisme fournit un cadre explicatif unifié et structurant, permettant de penser à la fois la contingence du monde, l’orientation morale, l’expérience du sacré et l’espoir d’une justice ultime. Pour d’autres, il multiplie inutilement les entités, répond à des désirs de consolation ou d’ordre, et se trouve supplanté par des approches naturalistes de la réalité, qui cherchent à expliquer le monde, la conscience, la morale, la religion elle‑même, sans recourir à une réalité divine.
Références
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- L’Encyclopédie philosophique, articles « Dieu », « Croyance religieuse », en ligne : https://encyclo-philo.fr.