La politique monétaire/L'inflation

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L'inflation est définie comme l'augmentation de la moyenne des prix. Cette définition possède quelques subtilités qu'il vaut mieux comprendre, pour éviter tout malentendu. Certains prix peuvent varier plus que d'autres, sans que soit un effet concret de l'inflation. Par exemple, de mauvaises conditions climatiques peuvent entrainer une hausse du prix des céréales. Mais ce n'est pas pour autant de l'inflation proprement dit : il s'agit simplement d'une variation sectorielle toute bête, qui ne présume pas de l'évolution des autres prix. En réalité, l'inflation est une variation de la moyenne des prix, variation au-dessus de laquelle les fluctuations sectorielles s'ajoutent. Pour résumer, l'inflation est la variation en pourcentage du prix moyen .

Il existe diverses méthodes pour mesurer la moyenne des prix : IPC, déflateur du PIB, mais nous n'en parlerons pas ici. A la place, nous allons nous concentrer sur deux choses : quels sont les effets de l'inflation sur l'économie, et quel est son taux optimal. Ces développements seront cruciaux pour les prochains chapitres. Ils permettront notamment de comprendre pourquoi les banques centrales tentent de contrôler l'inflation, mais aussi pourquoi ce rôle est dévolu à la banque centrale.

Les causes de l'inflation[modifier | modifier le wikicode]

Équilibre entre offre et demande, sur le marché des biens et services.

L'inflation ne sort pas de nulle part, et plusieurs raisons peuvent l'expliquer. Pour comprendre d'où vient l'inflation, il nous faut repartir du modèle de base qui permet d'expliquer l'origine des prix : l'offre et la demande sur le marché des biens et services. Au niveau macroéconomique, la description offre-demande est formalisée mathématiquement dans un modèle appelé modèle AD/AS, aujourd'hui remplacé par des alternatives plus crédibles. Mais il est très bien adapté pour parler des causes de l'inflation, d'où son introduction dans ce chapitre. Sur le marché des biens et services, les ménages dépensent une certaine somme d'argent, en échange de biens et de services produits par les entreprises. En clair : la demande des ménages acheteurs rencontre l'offre des entreprises vendeuses. La courbe de demande totale de l'économie est supposée être une fonction décroissance, concave, alors que la courbe d'offre est censée être croissante, convexe. Le point d'intersection des deux courbes donne naissance à un prix, et définit les quantités vendues sur le marché des biens et services. Tout mouvement du point d'intersection entraine une variation du niveau des prix et/ou du PIB, ce qui se traduit par de l'inflation et/ou de la croissance. L'effet exact dépend alors de la forme respective des courbes de demande et d'offre.

Les trois origines de l'inflation[modifier | modifier le wikicode]

Il y a plusieurs raisons qui peuvent déplacer le point d'intersection : un mouvement de la courbe de demande, ou un déplacement de la courbe d'offre.

  • Un mouvement de la courbe de demande est ce qu'on appelle un choc de demande et entraine une inflation par la demande. Elle traduit le fait que les ménages souhaitent acheter plus de choses, ce qui pousse les entreprises à augmenter leurs prix.
  • Un déplacement de la courbe d'offre est un choc d'offre, qui cause une inflation par l'offre. Ces chocs d'offre correspondent à une augmentation des coûts de production, que les entreprises doivent répercuter sur les prix. Ce genre de choc a pour origine une augmentation des prix du pétrole, un désastre naturel, ou toute autre cause du genre.
  • Il existe une troisième raison, qui n'est pas immédiatement visible sur ce graphique : l’inflation est anticipée par les agents économiques et ces anticipations sont performatives. Nous parlerons de ces anticipations d'inflation dans le prochain chapitre.

Tout ce qu'il faut retenir est qu'il existe trois grandes causes à l'inflation : une augmentation de la demande(inflation par la demande), une augmentation des coûts de production (inflation par l'offre), une inflation dirigée par les anticipations des agents économiques. L'expliquer mathématiquement demande de mettre les courbes de demande et d'offre en équation, à partir d'un modèle macroéconomique crédible. Mais sans même faire appel à ces théories, on peut dire rapidement ce qui détermine la demande et l'offre macroéconomique.

L'inflation par la demande[modifier | modifier le wikicode]

La demande dépend du revenu total des agents économiques : plus les gens ont d'argent à dépenser, plus la demande augmentera. Le meilleur moyen de doper la demande est d'utiliser la politique monétaire pour créer de la monnaie, ce que peuvent faire les banques centrales. La monnaie, une fois mise en circulation, atterrira dans les mains des agents, qui vont la dépenser pour acheter des biens et services. Cela va donc gonfler la demande et se répercuter en totalité ou en partie sur le niveau des prix. Une forte injection de monnaie dans l'économie va donc entrainer de l'inflation, sauf cas exceptionnels. Dans les grandes lignes, augmenter la quantité de monnaie dans l'économie a un effet stimulant sur l'activité économique et entraine une augmentation du PIB et/ou de l'inflation. On dit alors que la politique monétaire est une politique monétaire accommodante. Par contre, restreindre la création monétaire freine l'économie : la croissance et l'inflation se font plus faibles. La politique monétaire est alors une politique monétaire restrictive. Les banques centrales actuelles utilisent indirectement la création monétaire pour atteindre leur cible d'inflation et/ou de PIB. La banque centrale utilise une politique restrictive si l'inflation dépasse une cible pré-définie, alors que sa politique est accommodante si l'inflation est inférieure.

Un autre moyen pour donner de l'argent est d'utiliser la politique fiscale en baissant les impôts ou en augmentant les dépenses gouvernementales. Dans ce cas, c'est l'état qui va mettre de l'argent dans les mains de ses administrés, dopant la demande. Diminuer les impôts et augmenter les dépenses gouvernementales va stimuler la demande, ce qui lui vaut le nom de politique fiscale accommodante, par analogie avec la politique monétaire. L'inverse, à savoir une hausse des impôts et/ou une baisse des dépenses a l'effet inverse et réduit la demande. C'est ce qui lui vaut son nom de politique fiscale restrictive, parfois appelée politique d'austérité. Politiques fiscale et monétaire sont donc symétriques, l'une pouvant subvenir à l'autre. La différence principale est que la politique monétaire n'augmente pas la dette de l'état, ce qui fait qu'elle est privilégiée à l'heure actuelle. Mais sa transmission aux agents économiques est moins directe, ce qui fait qu'elle peut parfois se retrouver inefficace.

Les conséquences de l'inflation[modifier | modifier le wikicode]

L'inflation a des conséquences assez variées, qui touchent aussi bien les grandeurs macroéconomiques que microéconomiques. À peu près toutes les variables exprimées en monnaie (euros/dollars/autres) sont touchées par l'inflation. Par exemple, les salaires ont tendance à suivre l'inflation, de même que les taux d'intérêts ou les taux de change. On doit alors faire la différence entre les salaires/taux corrigés de l'inflation de ceux qu ne le sont pas. Les premières sont appelées les variables réelles, alors que les variables non-corrigées sont dites nominales. Pour simplifier, les variables nominales sont généralement proportionnelles au niveau général des prix ou à l'inflation. Les variables réelles sont souvent appelées les variables à prix constants, alors que les variables nominales sont dites à prix courants. L'effet de l'inflation dépend alors de son effet sur les variables réelles, qui est bien moins intuitif que ce qu'on pourrait croire.

L'effet sur les salaires : une baisse temporaire du pouvoir d'achat[modifier | modifier le wikicode]

Si on demande quels sont les défauts de l'inflation à une personne lambda, celle-ci dira que l'inflation cause une perte du pouvoir d'achat en rognant les salaires et l'épargne. C'est intuitif : si les prix montent, à salaire égal, le pouvoir d'achat des salaires diminue. Même chose pour l'épargne : si l'épargne reste constante, une hausse des prix réduit le pouvoir d'achat de l'épargne. Mais un économiste ne serait pas d'accord avec ce raisonnement.

Dans la réalité, l'inflation fait monter tous les prix de l'économie, y compris les salaires et les taux d'intérêts (qui sont le prix du travail et de l'épargne). Une inflation égale à 5% fera certes monter les prix des biens et services de 5%, mais les salaires vont croitre au même pourcentage. En clair, les salaires, qui tendent à suivre l'inflation, même quand ils ne sont pas indexés à celle-ci : l'inflation et les salaires évoluent de la même façon, covarient exactement. Une inflation égale à 5% fera certes monter les prix des biens et services de 5%, mais les salaires vont croitre au même pourcentage. L'inflation n'entraine donc pas de perte de pouvoir d'achat des salaires.

Du moins, ce n'est vrai que dans une certaine mesure. Les salaires n'évoluent pas immédiatement en fonction de l'inflation. Il existe toujours un petit délai entre une hausse des prix et la hausse des salaires induite. On peut toujours réduire ce temps de réaction en indexant légalement les salaires sur l'inflation. De tels dispositifs étaient autrefois utilisés dans de nombreux pays, mais ont été supprimés suite aux périodes de stagflation des années 1970 (une période où l'inflation élevée était associée à un fort chômage de masse, chose mal comprise à l'époque). De nos jours, les salaires sont réévalués moins fréquemment, et surtout sans trop de lien avec l'inflation. Mais les salaires tendent approximativement à suivre l'inflation, avec un peu plus de retard il est vrai. La perte de pouvoir d'achat induite par l'inflation est donc minime.

L'effet sur l'épargne : la taxe d'inflation[modifier | modifier le wikicode]

Une autre conséquence de l'inflation est son effet sur l'épargne. Intuitivement, une hausse des prix entraine une baisse du pouvoir d'achat de l'épargne, si celle-ci reste constante. Sauf que ce n'est pas le cas en réalité : certaines formes d'épargne sont rémunérées avec un intérêt ou un dividende, qui compense l'effet de l'inflation. Par exemple, des taux d'intérêt de 10% font plus que compenser une inflation à 5%.

Il se trouve qu'il existe une relation entre taux d'intérêt et inflation, chose que nous verrons dans le détail dans quelques chapitres, et celle-ci fait que l'inflation ne touche pas vraiment l'épargne. Pour simplifier, une hausse de l'inflation fait monter les prix (et inversement pour une baisse). Une hausse de x% de l'inflation entrainera une hausse des taux d'intérêt, elle aussi de x%, ce qui compensera la hausse de l'inflation. C'est ce qui fait que les dettes à taux variables ne sont pas influencées par l'inflation : leur taux augmente avec celle-ci. Il en est de même pour le prix des actions ou de l’immobilier, qui augmentent en même temps que l'inflation. En clair, le taux corrigé de l'inflation n'est pas touché. En réalité, la relation est plus complexe, les taux augmentant ou baissant plus fort que l'inflation : une hausse de 2% de l'inflation entrainera une hausse des taux de plus de 2%, et inversement pour une baisse. Ce qui fait que dans le système monétaire actuel, l'inflation est en réalité favorable aux épargnants et défavorable aux emprunteurs.

Cependant, il existe un cas où l'épargne est bien rognée par l'inflation : celui de la monnaie, dont le taux d'intérêt est presque toujours de zéro. L'inflation fait donc perdre son pouvoir d'achat à a monnaie, son taux de rendement réel étant de . On peut voir l'inflation comme une taxe sur la détention d'espèces, qui touche surtout les ménages qui détiennent une grande partie de leur patrimoine sous la forme de monnaie.

Généralement, les ménages "riches" font partie des ménages investis en actifs protégés de l'inflation, les ménages modestes étant au contraire les plus touchés. La taxe d'inflation est donc une taxe fiscalement régressive, dont le taux diminue avec le patrimoine et les revenus. De plus, il ne faut pas croire que les ménages et entreprises ne réagissent pas à cette taxe d'inflation. Les ménages tentent de s'en prémunir en réduisant leurs encaisses, en dépensant immédiatement leur argent et en réduisant leur épargne de précaution. Cela entraîne l'apparition de divers coûts, appelés coûts de semelle (Shoe leather cost en anglais). Ce nom, d'inspiration comique, vient du fait que les voyages incessants à la banque lors des épisodes de forte inflation sont censés user plus vite les semelles des ménages. Il faut cependant noter que cette taxe d'inflation ne touche pas les placements rémunérés, ce qui incite les épargnants à placer leur argent, plutôt que de le laisser dormir sur un compte courant ou un livret faiblement rémunéré.

L'effet sur les crédits : un allégement de certains crédits[modifier | modifier le wikicode]

On dit aussi que l'inflation allège le poids des crédits et emprunts. Mais cela n'est pas forcément le cas, vu que le raisonnement précédent s'applique aux taux d'intérêt des crédits. L'effet dépend de si la dette est à taux fixe ou à taux variable.

Si on suppose que les taux suivent exactement l'inflation, Les dettes à taux variables, c'est-à-dire dont les taux sont peuvent varier, ne sont donc pas touchées par l'inflation. Leurs taux covarient avec l'inflation, toute hausse/baisse de l'inflation entrainant une variation équivalente des taux. Cependant, l'inflation rogne bien les dettes dont le taux est fixe. Par exemple, si vous contractez un emprunt immobilier à 2% avec une inflation à 1%, une hausse de l'inflation réduira le taux corrigé de l'inflation (le taux réel), ce qui allégera le poids de votre crédit et facilitera son remboursement. L'inflation aide donc les emprunteurs à taux fixe, mais n'a pas d'effet sur les dettes à taux variable.

Dans la réalité, les taux varient plus amplement que l'inflation : une hausse de x% l'inflation entrainera une hausse supérieure à x% des taux. Ce qui fait que l'inflation a bien un effet défavorable sur les emprunteurs à taux variable, mais favorable pour les emprunteurs à taux fixe. L'effet macroéconomique de l'inflation dépend donc des proportions d'emprunts à taux fixe/variable.

L'influence sur les impôts : des distorsions macroéconomiques[modifier | modifier le wikicode]

L'inflation influence la perception des impôts par divers mécanismes assez contre-intuitifs. En premier lieu, elle réduit la valeur des impôts reçus par l’état. Il existe un certain temps entre le versement des revenus par les ménages, la perception des impôts et leur dépense par l'état. Et durant ce temps, l'inflation rogne la valeur des impôts perçus. Ensuite, les impôts portent sur des variables nominales, et non sur les valeurs réelles, ce qui peut poser quelques problèmes assez subtils, mais particulièrement importants.

Pour ce qui est de l'impôt sur le revenu, cela pose problème quand l'impôt est perçu par tranches. Dans ce cas, il faut que les seuils de chaque tranche suivent l'inflation pour compenser la hausse de l'inflation, et des salaires qui va avec. Si ce n'est pas le cas, quelques ménages qui étaient en dessous de la tranche vont soudainement passer à la suivante, du fait de la hausse des salaires. Les salariés se retrouvent donc à payer des impôts en plus, alors que leur pouvoir d'achat n'a pas augmenté, ce qui réduit la progressivité de l'impôt. Si l'effet est marginal sur une année, il l'est beaucoup moins après quelques décennies. Songez qu'une hausse des salaires de 3% par an se traduit par un doublement en 24 ans...

Dans le cas des revenus du capital, cela entraine une augmentation du taux d'imposition par rapport au taux réellement appliqué (celui définit dans la loi). Et si on tient compte de certaines déductions et réductions d'impôts, cela altère l'attractivité de certains investissements. Les niches fiscales deviennent nettement plus attractives que prévu, et les agents sur-investissent dans celles-ci. Il y a beaucoup d'autres effets de l'inflation sur la perception des impôts ou sur les investissements dépendants des taux d'imposition. Tout cela cause un manque à gagner pour l'état, qui doit être compensé d'une manière ou d'une autre, par une réduction des dépenses ou une augmentation des taxes. Et les effets sont très souvent assez larges, bien plus que pour la taxe d'inflation ou les autres effets. On estime que cela réduit les ressources fiscales de quelques pourcents, la valeur exacte dépendant du pays.

Les couts de menu[modifier | modifier le wikicode]

Un autre problème est que si l'inflation est vraiment forte, les prix doivent être mis à jour régulièrement par les entreprises. Cette mise à jour des prix n'est pas gratuite pour les entreprises, celles-ci devant changer les étiquettes, les menus, les catalogues, etc. De tels coûts de menu sont préjudiciables à la rentabilité des entreprises. Et il faut aussi parler de la mise à jour des salaires ou des taux d'intérêts.

Si l'inflation est vraiment forte, les entreprises doivent mettre à jour les salaires fréquemment (tous les mois ou tous les ans). Dans certains cas, les salaires peuvent même être indexés sur l'inflation. Dans les deux cas, cela a un coût pour les entreprises, qui cherchent à les minimiser le plus possible. Elles vont, par exemple, retarder les hausses de salaires ou en diminuer la fréquence. Cela fait que de nombreux salaires sont fixes à court-terme et ne sont pas réévalués en même temps que l'inflation, ce qui entraîne une baisse de pouvoir d'achat temporaire, compensée quand les salaires sont "dé-fixés". Cela a autant d'effets positifs que négatifs, mais cela entraine une baisse temporaire du pouvoir d'achat des salaires.

La volatilité de l'inflation[modifier | modifier le wikicode]

Volatilité de l'inflation.

Le dernier point est qu'une inflation élevée est souvent une inflation fortement variable dans le temps. Cette volatilité de l'inflation favorise les entreprises financières, au détriment des autres. Plusieurs études estiment qu'une hausse de 10% de l'inflation augmente de plusieurs pourcents la part du PIB gagnée par les sociétés financières. En conséquence, l'inflation aide le transfert des ressources aux banques et organismes financiers. De plus, elle empêche les entrepreneurs et investisseurs d'estimer le rendement réel de leurs investissements.

Pour se prémunir contre une mauvaise anticipation d'inflation, les investisseurs vont anticiper le pire des cas, l'inflation la plus haute possible. Les investisseurs augmenteront les taux d'intérêts pour se prémunir contre le risque d'inflation. Cette hausse des taux entraine une baisse de la production, par des mécanismes que nous aborderons dans quelques chapitres. Ce phénomène disparait quand la banque centrale s'engage à respecter une cible d'inflation : les agents économiques s'attendront à une inflation égale à la cible, et ne négocieront pas une prime de risque liée à l'inflation. Les taux réels sont donc légèrement abaissés, favorisant la production.

Le taux d'inflation optimal[modifier | modifier le wikicode]

Comme on le voit, l'inflation a des effets divers et variés sur l'économie d'un pays. Difficile de savoir quel effet va l'emporter sur les autres, ni si leur intensité est vraiment appréciable. C'est pourtant ce qu'il faudrait savoir pour déterminer le taux d'inflation optimal, le taux qui réduit au maximum les effets négatifs de l'inflation, tout en favorisant les effets positifs. Las, aucune réponse certaine n'est aujourd'hui disponible.

Le consensus est cependant en faveur d'un taux d'inflation positif, mais assez faible. L'idée est qu'un tel taux est assez faible pour ne pas avoir d'effet négatif notable d'un côté, pendant qu'il évite l'arrivée d'une déflation de l'autre (la déflation est une baisse des prix, une inflation négative, aux conséquences économiques particulièrement fâcheuses - nous en reparlerons dans la fin de ce livre). Un taux autour de 1 à 3% ne semble pas trop éloigné du taux optimal, les banques centrales actuelles préférant un taux de 2%. Mais d'autres travaux, plus anciens il est vrai, sont en faveur d'un taux de 0%, voire un taux négatif ! Nous aurons des occasions d'en reparler dans la suite de ce livre.

La taxe d'inflation optimale[modifier | modifier le wikicode]

On a vu plus haut que les agents économiques tentent par tous les moyens de réduire la taxe d'inflation. La seule solution possible est de réduire au maximum la quantité de monnaie détenue, que ce soit pour la dépenser ou pour l'investir dans d'autres actifs. Plus l'inflation est forte, plus les agents réduisent la quantité de monnaie qu'ils ont. On peut modéliser cela selon une relation entre taux d'inflation et demande de monnaie, relation décroissante. On pourrait croire que la taxe d'inflation est nulle quand l'inflation est nulle. Cela va donc dans le sens d'une inflation nulle. Mais on peut pousser le raisonnement plus loin, ce que nous allons faire dans la section suivante.

L'effet du coût d'opportunité de la monnaie[modifier | modifier le wikicode]

Pour comprendre le raisonnement, partons de la définition de la demande de monnaie vue dans le chapitre sur les taux d'intérêts. Celle-ci est, pour rappel, une fonction décroissante des taux d'intérêt nominaux :

On peut alors comparer la demande de monnaie en fonction des taux. L'idéal est que les agents économiques gardent un maximum de monnaie, ce qui signifie que les conséquences de l'inflation sont alors minimales, voire nulles. Pour cela, regardons le diagramme suivant, qui donne la relation entre taux d'intérêts et demande de monnaie. On voit que cette dernière est maximale quand le taux nominal est nul. En clair, la politique monétaire optimale demande de garder un taux d'intérêt nominal nul, égal à 0. D'après l'équation de Fisher , cela signifie un taux d'inflation optimal négatif, égal à l'opposé du taux réel : . La banque centrale doit donc garder le taux nominal à zéro, ce qui est ce qu'on appelle la règle de Friedmann.

Lossinutilityofmoney

Ce raisonnement peut paraitre particulièrement abstrait, mais on peut en donner une explication avec les mains. Le raisonnement de Friedmann part de l'étude du cout d'opportunité de la monnaie. Celui-ci est la perte (ou le non-gain) qu'un agent a à détenir une quantité M de monnaie. En effet, l'agent pourrait faire autre chose de son argent : le dépenser ou l'épargner. Le cout d'opportunité ici correspond à l'argent perdu en ne plaçant pas l'argent, c’est-à-dire les intérêts . Le cout d'opportunité de la monnaie est donc égal à . Friedmann postula que le cout de détention de la monnaie devait être égal au cout de la création de cette même monnaie. Or, ce cout de création monétaire est supposé être nul, d'où un taux d'intérêt nul !

Mais de nos jours, on sait que cette règle n'est probablement pas optimale. Si on prend en compte d'autres effets de l'inflation, on se retrouve avec des frictions qui rendent la règle de Friedmann fausse, ou au moins approximative.

En savoir plus[modifier | modifier le wikicode]

Pour ceux qui veulent des sources d'études portant sur l'inflation optimale, je vous conseille de lire le document .pdf suivant :