La politique monétaire/La création monétaire : du crédit à la banque centrale

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La banque centrale est une banque un petit peu spéciale, qui peut créer de la monnaie à sa guise, condition sine qua non pour lui permettre de remplir ses objectifs. La banque centrale dispose de plusieurs instruments, qui visent à contrôler la quantité de monnaie en circulation dans l'économie. Mais ce contrôle de la quantité de monnaie n'est pas un contrôle direct, les banques commerciales et d'investissement peuvent en effet créer à tout moment de la monnaie, dans une certaine mesure. Aussi bizarre que cela puisse paraitre, la création monétaire n'est pas que le fait de la banque centrale, mais aussi des banques commerciales. Pour comprendre pourquoi, nous allons devoir parler plus en détail des banques et de leur fonctionnement. La banque centrale peut créer de la monnaie à loisir, mais les banques commerciales ont aussi leur rôle à jouer.

Pour rappel, la masse monétaire est composée de deux types de monnaie :

  • La base monétaire regroupe l'argent détenu et crée par la banque centrale. Il s'agit de l'ensemble des espèces (pièces et billets) et de ce qu'on appelle les réserves bancaires (nous verrons ce que c'est dans ce qui suit).
    • Les espèces regroupent les pièces et les billets. C'est une forme de monnaie que seule la banque centrale peut créer : elle a le monopole de leur fabrication.
    • La monnaie des banques commerciale qui est placée à la banque centrale, qui porte le nom de réserves bancaires. On en reparle dans ce qui suit.
  • Le reste est de la monnaie crée par les banques commerciales. Elle est créée lorsque des agents économiques contractent un emprunt auprès d'une banque. En conséquence, nous appellerons cette forme monnaie par le terme monnaie crédit dans ce qui suit. Il s'agit toujours de monnaie scripturale, la banque centrale ayant le monopole de la création d'espèces.
Monnaie non-scripturale Monnaie scripturale
Base monétaire Espèces Réserves bancaires
Masse monétaire Monnaie scripturale hors-réserves

La création monétaire par la banque centrale[modifier | modifier le wikicode]

La banque centrale a le monopole de l'émission de monnaie centrale, le monopole de création de la base monétaire. Elle peut en théorie créer de la monnaie sans se soucier de l'égalité entre actifs et passif, bien que cela n'ait jamais été tenté jusqu'à présent. Cependant, la création monétaire de la banque centrale ne doit pas être illimitée. Il vaut mieux que la banque centrale ne puisse pas imprimer plus de monnaie que nécessaire pour l'économie. Pour cela, la banque centrale ne peut qu'échanger des actifs contre de la monnaie ou prêter aux banques commerciales.

Politique de création monétaire Description
Politique monétaire conventionnelle Contrôle des taux directeurs, via des prêts ou des opérations d'open market.
Assouplissement quantitatif Rachat de titres (obligations d'état) sur le marché secondaire, avec de la monnaie créée spécialement pour l'occasion.
Monnaie hélicoptère Création monétaire pure, sans achat d'actifs. Peut se traduire par un versement direct d'argent au public, ou à l'état, ou encore par un prêt au trésor public.

Les prêts de la banque centrale[modifier | modifier le wikicode]

En temps normal, la création monétaire prend la forme d'un prêt interbancaire, un prêt de la banque centrale aux banques commerciales. La monnaie du prêt est créée de toutes pièces et est détruite une fois le prêt remboursé. Le prêt aux états était autrefois autorisé mais est aujourd'hui interdit, ce genre de politique étant extrêmement inflationniste. Ce n'est que dans les périodes de l'étalon-or (et des accords de Bretton-Woods) que ces prêts étaient autorisés, l'étalon-or limitant fortement la création monétaire par la banque centrale (et donc le volume des prêts aux états). Au passage, les taux d'emprunt à la banque centrale sont appelés les taux directeurs. Retenez bien ce terme, car il reviendra très souvent dans la suite de ce chapitre, et plus généralement de ce cours.

La politique monétaire conventionnelle se borne à modifier les taux directeurs des prêts interbancaires. Une telle politique modifie donc les taux à court-terme, ce qui a une influence sur les autres taux bancaires, comme les taux des crédits immobiliers, les taux des obligations, et bien d'autres. La banque centrale ne s'engage pas à créer une quantité fixe de monnaie, mais doit fournir la liquidité nécessaire pour atteindre sa cible de taux d'intérêt. Mais Quand la gestion des taux court n'est plus possible (quand ceux-ci sont à zéro, par exemple), la banque centrale peut utiliser d'autres méthodes pour relancer l'économie.

Les échanges d'actifs avec la banque centrale[modifier | modifier le wikicode]

Outre les prêts, la banque centrale peut ainsi créer de la monnaie pour acheter des actifs, ou en détruire en les vendant, la monnaie ayant servi à payer étant détruite. Lorsqu'elle achète des titres à une banque, elle va payer le montant acheté sous la forme de réserves. Lors d'une vente, la banque centrale va retirer le prix des obligations des réserves de la banque commerciale acheteuse. La banque centrale n'a pas le droit d'acheter n'importe quel actif, mais doit se limiter à une classe d'actifs autorisés, sauf cas particuliers. Il s'agit le plus souvent d'actifs sûrs, à faible risque, assez liquides : les obligations d'états qui ont une maturité de court-terme sont les plus indiquées. Il arrive exceptionnellement que la banque centrale soit autorisée à acheter d'autres titres, mais nous en reparlerons plus tard.

La banque centrale ne peut pas acheter directement des dettes d'états lors de leur émission (elle n’achète pas sur la marché dit primaire). Elle ne peut qu'acheter ou vendre des dettes/titres déjà émis et achetés par les banques commerciales (elle achète des obligations sur le marché dit secondaire, le marché de l'occasion des obligations). Cette contrainte empêche aux états de monétiser leur dette, à savoir la faire financer par la banque centrale. Une telle monétisation est en effet extrêmement inflationniste, et tous les pays qui l'ont pratiqué ont subi une hyperinflation, situation où l'inflation est très forte (plus de 30% par mois).

En se limitant aux obligations d'états, la banque centrale garantit que la somme (dette d'état + monnaie) reste constante, malgré les achats ou ventes d'actifs. La politique monétaire ne fait que changer la part de cette somme détenue sous la forme de monnaie. Seul l'état peut augmenter ce stock, en créant des obligations. Une telle politique est alors appelée une politique fiscale.

Illustration du fonctionnement de la politique monétaire conventionnelle par opérations d'open market et de l'assouplissement quantitatif, ainsi que de la différence entre politique monétaire et fiscale.

Pour faire ces achats et ventes de titres, la banque centrale peut utiliser deux mécanismes différents. Cet échange peut prendre deux formes différentes, selon que le prêt implique une hypothèque quelconque ou non. On distingue ainsi les prêts repos et les opérations d'Open Market. Dans les deux cas, ces ventes ou achats se payent avec des réserves.

  • Avec les repos, la banque centrale achète des titres à une banque commerciale, celle-ci s'engageant à les racheter ultérieurement à un prix supérieur. L'achat ou la vente est alors temporaire, et non permanente. On peut voir les repos comme un prêt pour lequel l'emprunteur doit fournir une "hypothèque", un collatéral. Les collatéraux acceptés par la banque centrale sont relativement limités, dans le sens où ils ne doivent contenir que des titres de haute qualité, le plus souvent des dettes d'état. Ce n'est que quand la liquidité se fait rare que la banque centrale accepte des collatéraux risqués. Mais dans tous les cas, la banque centrale applique une décote au prix de marché du collatéral, l'haircut, en fonction de la qualité du prêt.
  • Une autre technique consiste à vendre ou acheter des obligations d'états de maturité inférieure à deux mois, sans avoir à les racheter ou les revendre plus tard. On parle alors d'opération d'open market au sens strict.

La monnaie hélicoptère[modifier | modifier le wikicode]

Enfin, il est possible pour la banque centrale de créer de la monnaie sans l'échanger ou la prêter. La monnaie est alors crée sans contrepartie et est distribuée soit à l'état, soit à ses citoyens. Il s'agit de création monétaire pure, sans contraintes. Une telle création monétaire est considérée comme étant des plus inflationnistes, la monnaie étant créée sans contrepartie. De plus, cette monnaie est créée de manière définitive. En comparaison, l'assouplissement quantitatif crée de la monnaie de manière temporaire : la banque centrale peut toujours retirer cette monnaie de la circulation en vendant les actifs achetés. À l'heure actuelle, divers arguments théoriques nous disent que création monétaire temporaire et définitive n'ont pas les mêmes effets sur l'économie. Mais laissons cela pour une autre fois !

La création monétaire par les banques commerciales/privées[modifier | modifier le wikicode]

On vient de voir que la base monétaire et la masse monétaire sont deux grandeurs différentes. On peut alors se demander s'il existe une relation entre les deux et, si oui, laquelle. Diverses explications ont étés formulées dès les années 70-80, à l'époque du monétarisme, et gardent un fond de vérité qu'il est important de connaitre avant d'aller plus loin. Les anciens modèles monétaristes présentaient une explication assez précise des relations entre base et masse monétaire, que nous allons vous présenter en premier lieu. Nous parlerons ensuite des explications post-kéynésiennes. La différence entre les deux tient dans la direction de la causalité entre base monétaire et masse monétaire. Par exemple, si la base monétaire augmente, est-ce que la masse monétaire suivra la danse ? Ou alors est-ce que la base monétaire répond aux variations de la masse monétaire ? Les monétaristes partent du principe que la masse monétaire évolue en réaction aux variations de la base monétaire. À l'inverse, les post-keynésiens ont une vision totalement opposée, où c'est la base monétaire évolue qui en réaction à la masse monétaire.

On peut grossièrement classer les théories sur le sujet en deux catégories : les théories à monnaie exogène et les théories à monnaie endogène. Les différences entre monnaie endogène et exogène sont nombreuses. La première tient dans l'existence ou non d'une limite à la création monétaire, liée à la politique de la banque centrale. Dans les théories à monnaie exogène, les banques sont limitées par la base monétaire, par l'encours de réserves imprimées par la banque centrale. Dans les théories à monnaie endogène, elles ne le sont pas. L'autre différence est la causalité entre base monétaire et masse monétaire. Avec les théories à monnaie exogène, la banque centrale créée la base monétaire et la masse monétaire s'en déduit : la base monétaire est donc exogène (sous-entendu, déterminée par la banque centrale) et la masse monétaire est endogène. Avec une monnaie endogène, la masse monétaire est créée par les banques commerciales et la banque centrale adapte la base monétaire en réaction : base et masse monétaire sont toutes deux dites endogènes. On voit donc que l'attribut endogène/exogène est à attribuer à la base monétaire, pas à la masse monétaire.

L'auteur de ce wikilivre pense que les deux types de théories répondent à une question mal posée. Ces théories ont en effet un défaut assez visible : elles pensent en termes d'agrégats monétaires et laissent complètement de côté la question des taux d'intérêt, taux qui sont pourtant primordiaux pour la gestion de politique monétaire. Dans un monde où les banques centrales ont abandonné le contrôle de la masse/base monétaire et fixent les taux d'intérêts, mieux vaut penser en premier lieu en termes de taux d'intérêt qu'en termes d'agrégats monétaires. Ainsi, au lieu de se demander si la base monétaire est la source de la masse monétaire ou inversement, il vaudrait mieux se demander si les deux n'ont pas une source commune liée aux taux d'intérêts. On verra dans le chapitre suivant que les deux sont déterminées par les taux d'intérêt et que la source première n'est autre que les taux directeurs de la banque centrale. Mais cela n’empêche pas de voir en détail ces théories endogène et exogène, qui ont des choses importantes à nous apprendre

Cette dichotomie entre deux types de théories ne doit cependant pas faire croire qu'il y a une vraie guerre des tranchées dont seule une d'entre elle devrait en sortir vivante. En réalité, elles ont toutes deux une part de vérité et il n'est pas impossible qu'elles représentent deux faces d'une même pièce. A ce propos, toutes ces théories s'accordent sur quelques hypothèses de base, communes à la fois aux théories à monnaie exogène et endogène.

  • Le premier, et de loin le plus important de tous, est que les banques (les banques commerciales, mais aussi la banque centrale) créent de la monnaie par les crédits, quand les agents économiques empruntent. Toute somme empruntée correspond à une création monétaire de valeur équivalente. Inversement, tout remboursement de crédit détruit de la monnaie. Vu que les crédits à destination des ménages et des entreprises sont le fait des banques commerciales, ce sont elles qui sont les responsables finaux de la création monétaire. On peut le résumer ainsi : la masse monétaire est endogène.
  • Le second point est que la monnaie crée par les banques va circuler dans l'économie et passer de mains en mains. Tout emprunteur va acheter quelque chose avec l'argent d'un prêt, ce qui fait que l'argent va aller au vendeur, vendeur qui dépensera aussi cet argent, et ainsi de suite. A la fin de ce processus de circulation, une partie de la monnaie va être transformée en liquidités (espèces, argent sur un compte courant), alors que le reste sera transformé en dépôts bancaires. Les deux premiers points peuvent se résumer avec la maxime suivante : "les crédits font les dépôts".

Les théories à monnaie endogène[modifier | modifier le wikicode]

Les théories à monnaie endogène se limitent aux points précédents et sont donc plus simples que les théories à monnaie exogène, ce qui fait que nous allons les voir en premier lieu. Dans ces théories, les banques privées créent la monnaie à la demande des clients, quand ceux-ci veulent emprunter. Elles ne sont pas contraintes de quelque façon que ce soit, du moins individuellement, et peuvent créer autant de monnaie qu'elles le souhaitent. Une fois la monnaie crée, celle-ci circule dans l'économie est transformée en dépôts et en liquidités. Les agents souhaitent détenir une partie de leur argent sous la forme de liquidités, que la banque centrale doit fournir : sa création d'espèce répond aux besoins de l'économie, qu'elle ne fait qu'accommoder. Les banques privées vont aussi vouloir conserver une partie des dépôts sous la forme de réserves, réserves qu'elles doivent acquérir auprès de la banque centrale. Actuellement, la banque centrale ne limite pas la quantité de réserves et peut en créer à volonté. La banque centrale va donc créer la quantité de réserves demandée par les banques privées. La base monétaire, somme des réserves et des liquidités, est donc le fait d'un choix des banques privées et des agents économiques : sa valeur dépend du souhait plus ou moins important des agents à conserver des liquidités et/ou des réserves.

Pour résumer, la base monétaire se déduit d'une masse monétaire imposée par le volume de prêt des banques commerciales. La base monétaire s'en déduit en la divisant par le taux de réserves (plus précisément, la relation entre base et masse monétaire fait intervenir le multiplicateur du crédit, que nous verrons dans la suite du chapitre). La base monétaire est donc endogène, dans le sens où la banque centrale ne la contrôle pas. Elle ne peut pas décider de créer des réserves à volonté et doit attendre que les banques se présentent à elle avec quelque chose à vendre ou pour emprunter. De plus, la banque centrale ne contrôle pas plus ses taux directeurs, qui lui sont imposés par la demande de réserves. Chose qui est incompatible avec le fonctionnement actuel des banques centrales, mais passons sur ce détail.

Ce schéma décrit le fonctionnement de la création monétaire tel qu'il est décrit par les théories à monnaie endogène.

Mais heureusement, les banques vont limiter d'elle-même la quantité de prêt qu'elles accordent et ce pour plusieurs raisons.

  • Premièrement, rappelons que les banques doivent avoir un capital suffisant par rapport à leur actif, sans quoi elles risquent de faire faillite. Cela peut les amener à limiter leurs encours de prêts si elles n'ont pas assez de capital. Mais ces limites ne sont que des limites microéconomiques, pas des limites macroéconomiques. En dehors de cette limite maximale imposée par le capital, les banques prêtent un montant qui dépend des taux en vigueur, ce qui nous amène à la deuxième raison.
  • La demande de crédit des emprunteurs est naturellement limitée. Non seulement il n'y a pas une infinité d'emprunteurs, mais en plus leur nombre varie fortement selon les taux proposés : certains n'empruntent pas si les taux sont trop élevés, par exemple. Ce qui fait que la création monétaire d'une banque est donc limitée par la demande d'emprunt, qui dépend elle-même des taux d'intérêt. Ainsi, la masse monétaire dépend donc de la demande de crédit de la part des agents économique et du taux choisit par les banques. Cela a tendance à conditionner la masse monétaire a la santé de l'économie : plus l'économie va bien, plus les ménages auront confiance et emprunteront. La masse monétaire dépend alors de ce qui détermine les taux d'intérêts.

Le modèle à monnaie endogène le plus simple[modifier | modifier le wikicode]

Rappelons que les banques, comme toute entreprise, cherchent à maximiser leurs profits, profits qui lui viennent des intérêts des prêts. Elle va donc fixer un taux d'emprunt qui lui permet de rentabiliser au maximum ses activités de prêts, taux qui détermine la création monétaire.L'ensemble du modèle, base et masse monétaire inclue, est résumé dans le schéma ci-dessous.

Détermination de la masse monétaire dans un modèle de monnaie endogène

Ces théories disent que la masse monétaire dépend de la volonté des agents de s'endetter, ainsi que de la volonté des banques de maximiser leur profit. La masse monétaire nait de la rencontre entre une demande de crédit de la part des agents économiques et un taux décidé par les banques. Tout se passe comme si la masse monétaire était choisie par les agents économiques. L'offre de crédit de la part des banques n'est pas limitée par les réserves bancaires et on voit mal comment la politique monétaire pourrait intervenir pour la limiter, ni même pour la contrôler finement. Ces théories disent donc que la politique monétaire est complètement impotente : elle ne peut pas limiter la création monétaire par les banques privées. Chose qui est passablement incompatible avec la réalité : on observe bien que les banques centrales ont bien réussi à contrôler l'inflation et la masse monétaire depuis plusieurs décennies... Avec l'apparition du régime de ciblage de l'inflation, les banques centrales ont toutes réussi à maintenir l'inflation proche de leur cible de 2%, alors que les théories à monnaie endogène disent clairement que c'est impossible.

D'ailleurs, chose liée au problème précédent, ces théories n'expliquent pas pourquoi les taux d'intérêts servis par les banques dépendent des taux directeurs, les taux d'emprunt à la banque centrale. En théorie, le taux d'intérêt servi par les banques commerciales ne devrait dépendre que de la maximisation de leur profit. Le taux auquel elles empruntent leurs réserves ne devrait pas jouer du tout sur leur profitabilité. Pourtant, dans le monde réel, les taux directeurs et les taux des banques commerciales covarient très fortement : quand l'un monte, l'autre le fait presque exactement dans les mêmes proportions. Une hausse de 1% du taux directeur se répercute à l'identique sur les taux bancaires. Impossible d'expliquer cela sans recourir d'une manière ou d'une autre à un mécanisme de monnaie exogène, ce que les théories concurrentes font très bien !

Qui plus est, ces théories n'expliquent pas pourquoi le taux de réserve est utilisé par certaines banques centrales comme instrument de leur politique monétaire. Avec un effet macroéconomique sur l'emprunt qui est très loin d'être négligeable.

D'ailleurs, ces théories n'expliquent pas pourquoi les banques détiennent des réserves excédentaires. En théorie, les banques devraient limiter au maximum leurs réserves excédentaires, qui ne leur servent à rien. Elles ne peuvent pas les prêter si le besoin s'en fait sentir, mais leur emprunt leur coute beaucoup à cause des taux d'intérêts de la banque centrale. Elles ont besoin d'emprunter juste ce qu'il faut pour respecter les taux de réserves obligatoires, mais pas plus. Limiter au maximum les réserves excédentaires est donc une chose très importante, qui s'est observé durant un long moment (jusqu'à la crise de 2008), mais qui est aujourd'hui incompatible avec le gigantesque niveau de réserves excédentaires. Tout cela semble indiquer que les banques commerciales ont intérêt à avoir des réserves excédentaires, ce qui est incompatible avec le fait que ces réserves leur coutent.

Au passage, le fait que les réserves sont rémunérées à un taux d'intérêt positif n'y change rien : ce taux est de toute façon inférieur au taux d'emprunt de ces réserves. De plus, en zone euro, les banques acceptent des réserves excédentaires alors que le taux de rémunération de celles-ci était négatif !

Et pour finir, ces théories n'expliquent pas pourquoi les banques cherchent à attirer des dépôts, ni pourquoi elles empruntent sur les marchés financiers. Pourquoi s’embêtent-elles à rémunérer les livrets, comptes à terme et autres formes dépôts bancaires, alors qu'elles n'en ont pas besoin ? En théorie, elles n'ont pas besoin de dépôts pour fonctionner et on peut s'étonner que les banques aient conservé une activité de banque de détail. Alors pourquoi attirer des fonds en promettant de les rémunérer avec un intérêt ? De même, pourquoi les banques empruntent-elles autant d'argent, au point d'avoir des ratios capital/passif proches du pourcent ? Pourquoi une telle quantité d'emprunts interbancaires, pourquoi empruntent-elles sur les marchés obligataires ? Autant l'emprunt aux banques centrales peut se comprendre, vu qu'elles font face à des contraintes réglementaires qui imposent un taux de réserve minimal. Mais les autres formes d'emprunt ne collent absolument pas avec les théories à monnaie endogène ! Impossible d'expliquer la structure du bilan d'une banque avec ces théories, alors que les théories à monnaie exogène le font parfaitement bien !

Le modèle à monnaie endogène de type horizontal[modifier | modifier le wikicode]

Le modèle précédent, trop simpliste, est une fiction à laquelle aucun économiste ne croit. Il s'agit d'une création de l'auteur, qui a pour but de simplifier les explications qui vont suivre. Ce modèle pédagogique doit naturellement être amendé, au vu de ses nombreux problèmes. Pour cela, nous allons revenir sur une hypothèse : le taux d'intérêt servi par les banques ne dépend que de leur volonté de faire du profit. Si le gout pour l'argent des banques n'est pas à démontrer, il faut cependant ajouter un paramètre : le taux des banques dépend du taux servi par la banque centrale. En effet, les banques commerciales acquièrent leurs réserves en les empruntant à la banque centrale, ou alors en lui vendant quelque chose. Dans la majorité des cas, elles empruntent à la banque centrale à un certain taux : le taux directeur.

Le modèle que nous allons voir suppose qu'il existe une relation entre les taux directeurs et les taux bancaires. Dans le monde réel, les taux directeurs et les taux des banques commerciales varient en même temps : quand l'un monte ou descend, l'autre le fait presque exactement dans les mêmes proportions. Mais taux directeur et taux bancaires ne sont pas identiques. Dans les faits, les taux bancaires sont un peu plus élevés que les taux directeurs, pour diverses raisons. Expliquer cela demanderait d'utiliser une explication de type exogène, à savoir quelque chose d'incompatible avec une monnaie purement endogène. Mais qu'à cela ne tienne, certains théoriciens ont ajouté une relation entre taux directeur et taux bancaire dans leurs modèles. Le résultat est ce qu'on appelle un modèle endogène de type horizontal, qui est à opposer aux autres modèles endogènes plus élaborés que nous verrons plus loin. Dans ceux-ci, ils ajoutent la relation mathématique suivante :

, avec i le taux d'un crédit, le taux sans risque et un sur-taux qui permet aux banques de se rémunérer et de se couvrir contre d'éventuels non-remboursements.

La banque centrale choisit son taux directeur, et les banques doivent suivre. Ce faisant, la politique monétaire gagne un pouvoir de contrôle indirect de la masse monétaire. En choisissant son taux directeur, elle peut augmenter ou diminuer les taux bancaires et donc la création de nouveaux crédits. Ce faisant, la création monétaire est freinée ou accélérée selon que la banque centrale augmente ou diminue ses taux directeurs. Par contre, elle n'a pas le choix de sa base monétaire, qui est toujours imposée par le taux de réserves (et plus précisément par le diviseur/multiplicateur du crédit, que nous verrons plus bas). Le modèle complet est illustré ci-dessous.

Modèle de monnaie endogène de type horizontal

On peut aussi raffiner le modèle en ajoutant quelques contraintes sur l'offre de crédit de la part des banques. Par exemple, on peut supposer qu'elles évitent de trop prêter, pour diverses raisons. Par exemple, on peut supposer que plus leur encours de crédit est fort, plus cela signifie qu'elles ont prêtent à des emprunteurs risqués. En effet, les banques prêtent en priorité aux emprunteurs surs, dont elles pensent qu'ils vont rembourser avec certitude. Le proverbe dit bien qu'on ne prête qu'aux riches ! Autant les premiers prêts sont réservés à des emprunteurs extrêmement surs, autant les prêts suivants sont réalisés à des emprunteurs de moins en moins solvables. Plus l'encours de crédits augmente, plus les clients qui restent sont risqués. On peut aussi ajouter une hausse du taux directeur avec la masse monétaire, qui sert à limiter son extension : plus la masse monétaire augmente, plus la banque centrale augmente ses taux pour en limiter les effets, pour contrôler l'inflation, par exemple. Nous en reparlerons dans les chapitres ultérieurs.

Modèle de monnaie endogène de type horizontal, amélioré

On voit que plusieurs défauts de la théorie précédente sont corrigés. D'abord, la banque centrale a enfin un impact sur la masse monétaire, sa politique monétaire n'est plus impotente et elle gagne un certain pouvoir de gestion de l'inflation. Tout cela grâce à son influence sur les taux directeurs, qui se répercutent par l'intermédiaire des taux bancaires sur la masse monétaire. Cela rend le modèle particulièrement intéressant, bien qu'imparfait. En tout cas, c'est une approximation pas trop mauvaise de ce qui se passe dans le monde réel. Par contre, le modèle n'est pas exempt de défauts. Déjà, s'il intègre une relation entre taux directeur et taux bancaires, il ne l'explique pas. Il faut dire que, comme on l'a dit plus haut, expliquer cette relation ne peut se faire qu'avec une théorie à monnaie exogène... Ensuite, les autres problèmes ne sont pas résolus : il n'explique pas pourquoi les banques conservent des réserves excédentaires, pourquoi le taux de réserves est utilisé par certaines banques centrales avec la même efficacité que le taux directeur, pourquoi le bilan des banques est ce qu'il est, etc.

Les théories à monnaie exogène[modifier | modifier le wikicode]

Après avoir vu les théories à monnaie endogène, il est temps de passer aux théories à monnaie exogène. Dans celle-ci, les banques sont vues différemment et la création monétaire par celles-ci est mieux contrainte. Ces théories posent des limites à la création monétaire en disant que la quantité de prêts accordée par les banques dépend de leurs dépôts. Contrairement à ce qu'on observe dans les théories à monnaie endogène, la création monétaire par les banques privées est limitée : elles ne peuvent pas créer autant de monnaie qu'elles le souhaitent. C’est le point qui différencie ces deux théories : création monétaire non-bornée d'un côté, limitée de l'autre. La création monétaire des banques commerciales est limitée pour plusieurs raisons qui ne se voient pas dans le bilan comptable. La plus importante est qu'elles doivent faire face aux retraits et aux virements, ce qui leur demande d'avoir suffisamment de réserves bancaires.

L'argent créé lors d'un crédit circule dans l'économie, par le biais des virements, paiements et retraits. Suite à cette circulation, il peut parfaitement se retrouver sur le compte d'une autre banque. Inversement, une banque peut recevoir de l'argent créé par une autre banque, suite à des dépenses ou des virements. Ces mouvements d'argent ne se compensent pas forcément, certaines recevant un surplus d'argent tandis que d'autres subissent des fuites vers d'autres banques. Une banque qui crée trop de monnaie a de fortes chances de voir sa monnaie fuir vers d'autres banques. Or, ces fuites se traduisent du point de vue de la banque par un échange de réserves. Si je fais un virement de 1000 euros la banque A vers la banque B, la banque A va devoir envoyer 1000 euros de réserves bancaires à la banque B.Plus précisément, les banques A et B font la somme des entrées et sorties et calculent le montant net qu'elles se doivent l'une l'autre, montant qui est échangé ensuite sous la forme de réserves. Pour être plus général, les banques peuvent aussi d'échanger des actifs autres que les réserves, mais c'est un détail.

Chaque banque est ainsi attentive à ne pas trop créer de monnaie, sans quoi elle n'aura pas assez de réserves pour assurer ses virements. Il arrive qu'une banque n'ait pas assez de réserves dans ses coffres : on dit qu'elle manque de liquidités. Cela arrive aussi si jamais les retraits des déposants sont plus importants que prévu. Il arrive aussi que les banques manquent d'argent pour servir toutes les demandes de prêt qu'elles reçoivent. La création monétaire est donc contrainte par le montant des réserves bancaires. Si une banque n'a pas assez de réserves, elle ne pourra pas créer de monnaie, sauf à risquer la faillite. Reste à expliquer plus précisément ce mécanisme.

Le système bancaire à réserves fractionnaires[modifier | modifier le wikicode]

Intermédiaires financiers.

Dans les théories à monnaie exogène, les banques sont des intermédiaires financiers entre les épargnants et les emprunteurs. Les épargnants déposent leur argent à la banque, sur des placements rémunérés, pour qu'il soit prêté à d'autres clients. Ce qui est résumé par l'adage : "les dépôts font les crédits". La banque fait comme si l'argent déposé restait sur les comptes des déposants, alors que ce n'est pas tout à fait le cas. Ce mécanisme ne pose pas de problèmes tant que ceux-ci ne le retirent pas. D'expérience, la banque sait que les épargnants ne vont pas tous retirer leur argent au même moment, ce qui fait qu'une petite quantité d'argent est réellement retirée chaque année. Une bonne partie de l'argent va rester sur les comptes d'épargne suffisamment longtemps pour que les prêts effectués avec soient remboursés. Mais il n’empêche que si un épargnant retire son argent, la banque doit trouver de l'argent liquide pour rembourser le déposant. Pour cela, la banque ne va pas prêter la totalité des dépôts, mais va en garder une partie en réserve, pour assurer la liquidité de ses placements. Elle a aussi besoin de garder des réserves pour respecter certaines réglementations, comme le taux de réserves, les ratios de liquidité ou d'endettement par effet de levier.

Money-creation

Pour résumer ce qui vient d'être dit, la banque prête ses dépôts pour faire des crédits. L'argent prêté va être déposé sur le compte de l'emprunteur et deviendra un dépôt comme un autre : "les crédits font les dépôts". Mais la banque va ensuite pouvoir utiliser les dépôts de ses clients pour les prêter : on dit que "les dépôts font les crédits". Cela permet une nouvelle forme de création monétaire, dite secondaire, à l'initiative de la banque commerciale. Pour comprendre pourquoi, prenons l'exemple suivant : un déposant place 1000 euros dans sa banque, la banque en met en réserve 50 euros par sécurité, et prête les 950 restants. Les 950 euros restants sont alors versés sur un compte de dépôt ou convertis en espèces. Rappelons que la banque fait semblant que les dépôts des clients n'ont pas bougés dans son bilan comptable (ce qui fait que les dépôts sont plus une dette que de la vraie monnaie, mais passons). La masse monétaire est alors composée des 1000 euros déposés initialement et des 950 euros du crédit : la masse monétaire a donc augmenté suite au crédit. Le remboursement du crédit a l'effet inverse : si on omet les intérêts du prêt il ne restera que les 1000 euros du dépôt initial. Le remboursement du crédit a détruit la monnaie que celui-ci avait créé.

En quelque sorte, tout se passe comme si l'argent prêté était créé de toutes pièces lors du prêt et détruit lors du remboursement du crédit ! Tout cela trahit le fait que les dépôts bancaires ne sont en réalité pas de la vraie monnaie, mais sont en fait une dette que la banque s'engage à rembourser sous la forme de monnaie, la demande de remboursement n'étant autre qu'un retrait ou un virement. La vraie monnaie est donc limitée à l'argent qui circule réellement dans l'économie (on verra plus tard qu'il s'agit de l'argent crée par la banque centrale, la base monétaire), non l'argent sur les comptes bancaires (la masse monétaire).

Le mécanisme décrit précédemment ne s’arrête pas à la souscription d'un prêt par une banque commerciale. L'emprunteur va naturellement dépenser ou investir l'argent emprunté, ce qui va le faire circuler dans l'économie. Deux possibilités peuvent alors survenir : soit l'argent du crédit est converti en espèces, soit il finit sur un compte de dépôt. Si l'argent est converti en espèces, le circuit s’arrête ici et aucune création monétaire supplémentaire n'a lieu. Dans l'autre cas, l'argent mis en circulation dans l'économie circule de main en main et finit par devenir des dépôts. Les dépôts sont alors prêtés par les banques commerciales, sans que cela se voit dans le bilan comptable, ce qui permet à la seconde forme de création monétaire d’opérer. Les dépôts font les prêts, qui eux-mêmes font des dépôts, qui eux-mêmes font des prêts, etc. Un nouveau tour de création monétaire a lieu à chaque dépôt : le mécanisme d'auto-alimente de lui-même ! On pourrait croire que le mécanisme peut s'emballer, mais il n'en est rien. Ce mécanisme va être limité par la mise en réserve des dépôts par les banques, et les fuites sous la forme d'espèce.

Cette création monétaire de second ordre est cependant limitée par deux grands facteurs : les besoins en réserves obligatoires et la demande d'espèces.

  • D'un côté, les réserves obligatoires s’accroissent à chaque nouveau dépôt créé, vu que le taux de réserve frappe la masse monétaire totale. À chaque fois que quelqu'un dépose de l'argent à la banque, la banque doit en conserver une partie sous la forme de réserves. Dit autrement, à chaque dépôt, une petite partie des dépôts ne peut plus être prêtée et cesse de circuler dans l'économie. Petit à petit, le stock de fonds prêtables diminue à chaque tour de création monétaire, à chaque dépôt. Plus les contraintes en termes de réserves sont fortes, plus la somme prêtable se réduit à chaque dépôt/prêt.
  • La seconde limite vient du fait que les clients des banques veulent retirer des espèces, ce qui transforme des dépôts appartenant à la masse monétaire en espèce appartenant à la base monétaire. Ces deux fuites limitent la quantité totale de monnaie qui peut être créé dans l'économie. La relation exacte entre base et masse monétaire est donc liée au taux de réserve obligatoire, au taux de réserves excédentaires accepté par les banques et à la propension à détenir des espèces.
Description du processus de création monétaire par les théories à monnaie exogène. Les ajouts des théories exogènes sont indiqués en jaune.
Il faut noter que tout ce qui vient d'être dit marche aussi en remplaçant les crédits par les achats d'actifs. Il est en effet possible qu'une banque achète des actions, des obligations ou de l'immobilier avec l'argent des déposants. Cette possibilité est cependant très encadrée par la réglementation bancaire, quand elle n'est pas tout simplement interdite. Mais mettons cela de côté et supposons que la banque ait le droit d'acheter des actifs. Dans ce cas, l'argent donné au vendeur va se retrouver sur un compte de dépôt, au même titre que l'argent d'un crédit. Les mécanismes décrits plus haut fonctionnent donc de la même manière : l'achat d'actifs par une banque commerciale crée de la monnaie ! À vrai dire, on peut interpréter la création monétaire par le biais du crédit comme un cas particulier d'achat d'actif. Un contrat de prêt est en effet un actif comme un autre, si ce n'est qu'il est rémunéré par un intérêt (comme les obligations, mais pas comme une action).

La source primaire de la création monétaire[modifier | modifier le wikicode]

La présentation précédente peut laisser penser que seuls les dépôts sont la source de la création monétaire. En réalité, il n'est pas rare que les banques se financent par d'autres sources que les dépôts bancaires. Pour résumer, si une banque doit financer ses prêts, elle n'a pas forcément besoin de les associer à un montant équivalent de dépôts, ce qui réduit quelque peu la validité des théories à monnaie exogène. A ce propos, il n'est pas rare que certaines banques aient un encours de prêts supérieurs à l'encours de leurs dépôts. Le rapport entre prêt et dépôts est souvent proche de 100% pour la plupart des banques, mais il arrive qu'il dépasse cette limite et atteigne des valeurs de 110%, 120%, etc. Lorsque cela arrive, c'est signe que la banque a financé ses prêts non seulement par ses dépôts, mais aussi par d'autres solutions. Un rapport prêt/dépôts élevé est souvent mauvais signe pour une banque et est d'ailleurs assez mal vu par les marchés financiers. Précisons que dans certains pays, il existe une limite légale au rapport prêts/dépôts, qui ne peut pas dépasser une valeur maximale précisée par la loi.

Pour acquérir les réserves dont elles ont besoin, les banques peuvent faire appel aux dépôts des particuliers, mais cette solution trouve rapidement sa limite une fois que tous les dépôts ont étés consommés. Elles ont alors recours à l'emprunt auprès d'une autre banque commerciale ou de la banque centrale. En clair, la banque commerciale emprunte de l'argent pour le prêter, ce qui peut paraitre paradoxal, mais a en fait du sens. Ce comportement bizarre qui s'explique bien si le taux de l'emprunt est plus faible que le taux du crédit : la banque se rémunère sur la différence entre les deux. Les emprunts interbancaires s'effectuent sur le marché monétaire, un marché informel sur lequel interviennent les banques commerciales, la banque centrale, les trésors publics nationaux, les assureurs, les établissements de crédit, etc. Sur ce marché, les banques peuvent se prêter ou emprunter de la monnaie. La banque emprunteuse fournit en contrepartie un ensemble d'actifs financiers appelé collatéral. Ces prêts ont une durée inférieure à deux ans, les durées les plus communes étant de quelques jours à quelques mois. Cela fait dire à certains économistes que les banques emprunter à taux courts pour prêter à taux longs. Les emprunts sur le marché monétaire sont en effet des emprunts de courte durée (moins d'un an), alors que les emprunts des clients ont des maturités plus longues (supérieures à l'année).

Si on remonte la source de chaque emprunt ou dépôt sur les marchés monétaires, on s’aperçoit que celui-ci provient soit d'un autre dépôt/emprunt, soit de la création de réserves par la banque centrale. Si on remonte aussi loin que possible, on s’aperçoit que toute monnaie provient d'un emprunt ou d'une vente d'actif réalisé à la banque centrale. La banque centrale prête ou échange des réserves avec les banques commerciales, qui se chargent ensuite de les faire circuler dans l'économie. Avec ce modèle, la création monétaire commence avec la création des réserves par la banque centrale, qui sont ensuite prêtées ou échangées avec les banques commerciales. C'est une première forme de création monétaire : la base monétaire nait ainsi. Les banques acquièrent ainsi les réserves obligatoires dont elles ont besoin, mais aussi les réserves excédentaires. On peut résumer cela comme suit : "la banque centrale crée des réserves, qu'elle échange aux banques commerciales contre des actifs".

Le fait est que les banques commerciales n'aiment pas détenir de réserves excédentaires, qui ne sont pas très bien rémunérées, alors qu'elles pourraient acheter des actifs bien plus rémunérateurs ailleurs. Les banques vont donc se débarrasser de ces réserves en les échangeant contre autre chose. Par exemple, elles peuvent prêter leurs réserves excédentaires à leurs clients ou à d'autres banques. C'est alors une seconde forme de création monétaire : l'activité de prêts injecte de la monnaie dans l'économie, en transformant une partie de la base monétaire (les réserves prêtées) en monnaie de la masse monétaire. Rappelons que les réserves ne font pas partie de la masse monétaire, ce qui explique que la monnaie semble créée lors d'un prêt. Pour résumer, les banques commerciales se débarrassent de leurs réserves excédentaires, non rémunératrices, en les prêtant ou en achetant des actifs rentables. Pour résumer, les banques centrales créent de la monnaie, qui est mise en circulation par les banques commerciales. Ces dernières ne créent pas vraiment de la monnaie, mais transforment une partie de la base monétaire en masse monétaire. Tout semble donner l'illusion que les banques commerciales créent la monnaie dans les bilans comptables, mais la dynamique exacte est tout autre.

Comme on le voit, cette vision, bien que réaliste, repose sur une hypothèse bien précise : les banques commerciales ne souhaitent pas garder de réserves excédentaires. Cela est réaliste sous certaines conditions. La première est que les réserves excédentaires ne sont pas rentables par rapport aux autres actifs. Par exemple, supposons que les réserves ne soient pas rémunérées. La banque peut cependant les échanger contre des obligations d'état ou d'autres actifs jugés sûrs, qui sont bien plus rémunérateurs. Entre des réserves non-rémunérées et une obligation d'état rémunérée à, mettons, 3%, avec un très faible risque de défaut, le choix est vite fait. Même chose pour le choix entre conserver des réserves et un prêt immobilier qui rapporte du 2%, avec peu de risque de défaut. Mais depuis la crise de 2008, il est apparu que dans certaines circonstances, les banques commerciales acceptent de conserver de grandes quantités de réserves excédentaires. Cela arrive quand les autres placements ne sont pas rentables et/ou trop risqués : si les rendements obligataires ou monétaires sont trop faibles par rapport au risque, autant garder ses réserves. Cela est encore aggravé si les réserves sont rémunérées par la banque centrale, avec un intérêt annuel : le rendement des autres actifs doit être plus important que cet intérêt pour que la banque commerciale abandonne ses réserves. Si les banques commerciales conservent leurs réserves au lieu de les prêter, la mise en circulation des réserves ne se fait pas. La banque centrale a beau créer de grandes quantités de réserves, la masse monétaire reste la même

L'influence de la banque centrale sur la création monétaire[modifier | modifier le wikicode]

On pourrait croire que les banques peuvent créer autant de monnaie qu'elles le souhaitent. Si elles manquent de fonds à prêter, elles ont juste à emprunter à la banque centrale ou sur le marché monétaire. Celle-ci va alors créer la monnaie demandée, dans la limite permise par ses objectifs. Si la banque centrale contrôle la quantité de monnaie, les banques ne peuvent pas emprunter une quantité infinie de monnaie et ne peuvent pas créer autant de monnaie qu'elles le souhaitent. Les choses changent un petit peu si la banque centrale cible les taux d'intérêts, du moins sur le court-terme. Dans ce cas, la quantité de monnaie crée par le crédit est limitée par les taux d'emprunt sur le marché monétaire. En effet, les banques n'empruntent pas si les taux du marché monétaire sont plus grands que les taux de leurs crédits. Inutile d'emprunter à 5% sur le marché monétaire si les crédits ne rapportent que 2% à la banque. Les banques vont donc adapter les taux de leurs crédits à ceux du marché monétaire, la demande de crédit à ces taux limitant la création monétaire.

En conséquence, il y a une relation entre taux monétaires, taux des crédits et création monétaire : plus les taux monétaires sont élevés, plus les banques doivent augmenter les taux longs pour compenser le cout de l'emprunt et moins de crédits sont demandés par les agents économiques. Vu que la banque centrale a le contrôle quasi-total des taux monétaires, on devine qu'elle peut ainsi décider plus ou moins finement de la création monétaire des banques commerciales. Il lui suffit de remonter ses taux directeurs pour limiter l'expansion du crédit, et de les baisser pour favoriser l'emprunt. Pour résumer, la banque centrale contrôle les taux courts, ce qui influence les taux longs et donc la masse monétaire. Si la masse monétaire n'est pas vraiment limitée sur le court-terme, la banque centrale a le contrôle total de la masse monétaire sur le long-terme. Tout ce qui compte est qu'elle adapte les taux pour obtenir la masse monétaire demandée.

Nous reparlerons plus en détail de tout cela dans le chapitre nommé "Les relations entre taux et agrégats monétaires". Ce chapitre peut d'ailleurs être vu comme une conclusion des chapitres sur la création monétaire, mais qui est reporté après les chapitres sur le marché monétaire, pour diverses raisons didactiques.

Pour résumer, ces théories donnent une limite maximale à la masse monétaire, limite qui dépend de la quantité de liquidités et de réserves bancaires. La masse monétaire est donc limitée par la base monétaire, ce qui permet à la banque centrale de contrôler la masse monétaire, par l'intermédiaire de la base monétaire. Quand la banque centrale crée de la monnaie, elle l'injecte dans l'économie, ce qui augmente la quantité de dépôts et d'emprunts. Cela se traduit par une augmentation générale de la masse monétaire, qui est amplifiée par le fait que les dépôts sont prêtés, ce qui crée de nouveaux dépôts, qui eux-mêmes créent de nouveaux prêts, etc. En clair, la masse et la base monétaire covarient, sauf dans le cas où les banques accumulent les réserves excédentaires. Ce qui est un avantage du modèle sur les théories à monnaie endogène : les théories exogènes expliquent pourquoi la banque centrale peut contrôler la masse monétaire et l'inflation, par son action sur la base monétaire et/ou les taux directeurs.

Le multiplicateur du crédit[modifier | modifier le wikicode]

Dans les deux théories précédentes, il est raisonnable de supposer une relation proportionnelle entre la base monétaire et la masse monétaire. Le coefficient de proportionnalité entre les deux est appelé le multiplicateur du crédit, ou encore le multiplicateur monétaire, plus rarement diviseur du crédit.

Notations :

  •  : espèces (pièces et billets) ;
  •  : dépôts bancaires ;
  •  : la base monétaire  ;
  •  : la masse monétaire  ;
  • : le taux de réserve.

Le multiplicateur monétaire est défini par cette formule :

, ce qui est équivalent à dire que :

On peut en donner une approximation on ne prend en compte que les réserves et où les espèces sont négligées. La base monétaire se résume alors aux réserves, alors que la masse monétaire se résume aux dépôts bancaires. On a alors :

,

En injectant dans la formule : , on a :

On voit que le multiplicateur monétaire n'est autre que l'inverse du taux de réserves, dans ce cas particulier.

L'interprétation du multiplicateur monétaire[modifier | modifier le wikicode]

L'interprétation du coefficient monétaire c est différente dans les modèles à monnaie endogène et dans les modèles à monnaie exogène. Les théories à modèle exogène nous disent que ce coefficient doit s'interpréter comme un multiplicateur. Il dit, pour chaque unité de base monétaire crée, de combien la masse monétaire va augmenter. À l'inverse, les théories à monnaie endogène supposent que ce coefficient est un diviseur : la masse monétaire est crée par les banques commerciales et la banque centrale doit créer alors 1/c unités de base monétaire pour chaque unité de masse monétaire crée.

Le diviseur du crédit dans les théories à monnaie endogène[modifier | modifier le wikicode]

Avec une monnaie endogène, les banques commerciales créent le montant de crédit qu'elle souhaite et imposent la masse monétaire. Elles vont alors acquérir le montant de réserves nécessaires pour respecter leurs obligations légales, et acquérir suffisamment d'espèces pour couvrir les retraits. Si on omet les espèces, les banques commerciales vont d'abord créer la masse monétaire , puis acquérir une quantité de réserves. La banque centrale crée ces réserves sur demande, en les prêtant ou en les échangeant contre des actifs. La causalité va donc de la masse monétaire vers la base monétaire, ce qui fait que ce coefficient est à interpréter comme un diviseur de la masse monétaire.

Changer le taux de réserve n'a donc pas d'influence directe sur la masse monétaire et ne permet pas d'augmenter la masse monétaire : cela permet juste de modifier la quantité de réserves à masse monétaire inchangée. Le taux de réserves n'est donc pas un instrument de la politique monétaire et ne peut pas servir pour contrôler ni la masse monétaire, ni l'inflation, ni quoi que ce soit d'autre. Évidemment, cela ne colle pas parfaitement au monde réel, où certaines banques centrales utilisent ou ont utilisé leur taux de réserve comme instrument, avec une certaine réussite. Par exemple, la réserve fédérale américaine a utilisé le taux de réserve comme instrument à l'époque de l'étalon-or. Plus récemment, les banques centrales chinoises, brésiliennes, russes et quelques autres utilisent encore le taux de réserves comme instrument, avec à chaque fois un effet sur la masse monétaire. Les augmentations du taux de réserves réduisent bien la création de nouveaux prêts par les banques, alors que les réductions les facilitent.

Le multiplicateur du crédit dans les théories à monnaie exogène[modifier | modifier le wikicode]

Dans les théories à monnaie exogène, l'interprétation du multiplicateur du crédit est l'inverse de celle en monnaie endogène. Cette fois-ci, la banque centrale crée la base monétaire, qui est exogène, et le système bancaire s'occupe de fabriquer la masse monétaire à partir des réserves. Dans ce processus, la création monétaire par les banques commerciales fait que la masse monétaire augmente, par rapport à la base monétaire. Au final, la masse monétaire totale devient égale à la base monétaire multipliée par le multiplicateur du crédit. En quelque sorte, la création monétaire des banques commerciales s'occupe de multiplier la base monétaire par le multiplicateur du crédit. La base monétaire est donc exogène, alors que la masse monétaire est endogène.

Pour comprendre comment font les banques pour "multiplier la base monétaire", prenons le cas où la masse monétaire est nulle initialement. La banque centrale crée une base monétaire égale à une certaine somme, qui sert de dépôts bancaires. Les banques commerciales vont alors garder la quantité nécessaire de réserves (avec éventuellement des réserves excédentaires), mais vont prêter le reste. Or, les prêts qu'elles vont établit vont être considérés comme de la monnaie crée par les banques commerciales. La masse monétaire, initialement du fait de la banque centrale, augmente par le biais des prêts, d'un montant qui dépend du taux de réserves (qui impose de ne pas prêter une certaine quantité des dépôts). Ce processus est illustré dans le schéma ci-contre. Mais ce n'est que la première étape : la monnaie crée ainsi va aussi être déposée, une partie va être mise en réserves, et le reste prêté. La masse monétaire va donc encore augmenter d'un certain montant, plus faible que le montant de l'étape précédente. Et le processus va se répéter ainsi indéfiniment. Nous avions vu ce mécanisme dans le paragraphe sur la monnaie exogène, mais il est intéressant de détailler ce processus étapes par étape, afin de le mettre en équations.

Le tableau ci-dessous donne un exemple de ce processus itéré de création monétaire, étape par étape. On suppose que le taux de réserves est de 10%, et que la masse monétaire initiale est de 100 euros.

Illustration du processus de création monétaire avec un exemple chiffré (taux de réserves = 10%)
Tour de création monétaire Réserves Crédits Dépôts
1 100
2 100 * 10% = 10 100 * 90% = 90 100 + 90 = 190
3 190 * 10% = 19 190 * 90% = 171 190 + 171 = 361
4 361 * 10% = 36.1 361 * 90% = 324.9 361 + 324.9 = 685.9
...
100 900 1000

Il est intéressant de mettre ce processus en équation, en regardant ce qui se passe étape par étape. Dans ce qui suit, nous allons partir d'une quantité de dépôts fixe et regarder quelle est la quantité de crédits créée à chaque étape, et la quantité de dépôts obtenue. Voici le déroulement complet :

1 : La banque centrale crée une quantité de dépôts, qui sont placés dans les banques commerciales.

2 : Les banques commerciales vont mettre en réserve une fraction des dépôts et vont prêter le reste. La quantité de crédit sera alors de . La masse monétaire totale sera égale à la masse monétaire initiale à laquelle il faut ajouter l'encours des nouveaux crédits. On a alors :

3 : Encore une fois, les banques vont mettre en réserve une fraction des dépôts et vont prêter le reste. On a alors : . La masse monétaire totale sera égale à la masse monétaire de l'étape précédente à laquelle il faut ajouter l'encours des nouveaux crédits. On a alors :

4 : Même principe que pour les étapes précédentes, ce qui donne :

Et ainsi de suite. Au énième tour de création monétaire, on a :

Le processus se répète indéfiniment (ou presque), ce qui donne, pour une infinité de tours de création monétaire :

Quelques calculs algébriques nous donnent la somme totale des dépôts :

On peut alors calculer la quantité totale de réserves qui correspond, en multipliant la formule précédente par le taux de réserves, ce qui donne :

Si on néglige totalement l'existence des espèces, la quantité finale de dépôts n'est autre que la masse monétaire et la quantité totale de réserves n'est autre que la base monétaire. On a alors :

On retrouve bien la formule simplifiée obtenue pour le multiplicateur monétaire.

Un défaut de ce modèle est qu'il part du principe que la banque centrale crée la base monétaire, qu'elle décide combien de réserves mettre en circulation dans l'économie. Ce qui n'est pas le cas dans le système monétaire actuel, où la banque centrale contrôle les taux directeurs, mais pas la quantité de monnaie qu'elle crée.

Comme défaut plus important, il suppose que les banques ne gardent pas de réserves excédentaires, du moins dans une version naïve du modèle. Si les banques commerciales gardent des réserves excédentaires, la masse monétaire est alors inférieure à celle prédite par la formule naïve du multiplicateur. On peut cependant résoudre ce problème en remplaçant le taux de réserves obligatoires par le taux de réserve effectif (qui prend en compte toutes les réserves, qu'elles soient obligatoires ou excédentaires).

À noter que l'existence des réserves obligatoires peut s'expliquer de plusieurs manières : soit les banques ne veulent pas prêter leurs réserves excédentaires, soit elles ne le peuvent pas. Par exemple, elles peuvent très bien garder leurs réserves excédentaires parce qu'elles sont rémunérées à un taux positif par la banque centrale, parce que les opportunités d'investissements sont mauvaises (préteurs trop risqués, rares, ..). Elles peuvent aussi vouloir les prêter, mais ne pas trouver suffisamment de demande de crédit. On en revient un peu à ce qui était dit dans le paragraphe sur la monnaie endogène. Tout cela pour dire que les versions naïves des théories à monnaie exogène est une sorte de théorie de l'offre, mais appliquée à la monnaie : elle considère que la demande de crédit n'est pas un facteur limitant, et que toute réserve pouvant être prêtée l'est. La prise en compte des réserves excédentaires dans le calcul du multiplicateur monétaire résout cependant ce problème, là où les théories endogènes ne peuvent de toute façon pas expliquer l'existence de ces mêmes réserves excédentaires...

Les formules de calcul du multiplicateur monétaire[modifier | modifier le wikicode]

Dans cette section, nous allons donner une formule pour le calcul du multiplicateur qui est un peu plus précise que la formule . Nous utiliserons ensuite cette formule plus élaborée pour discuter de l'influence du taux de réserves ou de la présence d'espèces sur la politique monétaire. Il faut noter qu'il existe un multiplicateur différent pour chaque agrégat monétaire : le multiplicateur de l'agrégat M1 n'est pas celui du M2, ou du M3 ! Dans ce qui va suivre, nous allons nous concentrer sur le multiplicateur de l'agrégat M1, histoire de nous concentrer sur le cas le plus simple. Pour rappel, l'agrégat regroupe les espèces et l'argent déposé sur les comptes de dépôts. On va aussi prendre en compte le fait que les réserves se décomposent en réserves obligatoires et excédentaires. Notons les réserves obligatoires, et les réserves excédentaires. Le taux de réserves est égal à . On pose aussi , et (ce dernier est appelé le coefficient de liquidité). On a :

Or, de par la relation , il vient :

Le taux de réserve[modifier | modifier le wikicode]

La formule précédente permet de déterminer la valeur maximale possible du multiplicateur du crédit, pour une valeur de fixée. Ce maximum est atteint quand le coefficient k vaut 0 : tout l'argent est alors déposé à la banque, ce qui maximise la création monétaire par le crédit. On obtient alors :

Illustration de l'effet du taux de réserve sur la création monétaire maximale, toutes choses égales par ailleurs.

On peut remarquer que le taux de réserves influence le multiplicateur du crédit et donc la quantité totale de monnaie dans l'économie. A ceci près que ce raisonnement prend en compte le taux de réserves excédentaires. Supposons qu'il n'y ait pas de réserves excédentaires, toutes les banques cherchant à prêter leurs réserves au maximum. Dit autrement, on suppose que la demande de crédit de la part des emprunteurs est suffisamment grande pour ne pas avoir d'influence, seule l'offre de crédit de la part des banques étant limitante. Dans ces conditions, l'offre de crédit sera contrainte par les réserves détenues par les banques. Celles-ci seront limitées par le fait qu'elles ne peuvent pas prêter au-delà de ce qu'impose le taux de réserves. Augmenter la base monétaire, diminuer le taux de réserves, permettra aux banques d'avoir plus d'argent à prêter, augmentant ainsi la masse monétaire totale. Du moins, le raisonnement reste valide tant que les banques ne veulent pas garder de réserves excédentaires...

Abaisser le taux de réserves permet ainsi de créer de la monnaie, dans une certaine mesure. Mais de nos jours, cet instrument est peu utilisé par les économies avancées, même si quelques utilisations récentes par la Chine ou l'Inde font exception. Comme exemple, on peut citer le cas de la réserve fédérale américaine lors de la dépression de 1929, qui a baissé son taux de réserves pour faire face à la crise (entre autres). Le fait est que modifier le taux de réserves a peu d'impact sur la quantité de réserves stockées par les banques. Diminuer le taux de réserve permet de libérer des réserves, devenues excédentaire après modification du taux, mais cela n'implique pas que les banques vont les utiliser. Elles peuvent décider de garder ces réserves sous la forme de réserves excédentaires. Augmenter le taux de réserves a certes un peu plus d'impact, forçant les banques à accumuler les réserves, mais cela peut mettre en difficulté le système bancaire, par raréfaction des réserves. Beaucoup de pays ont supprimé la contrainte du taux de réserve, celui-ci étant nul au Canada, au Royaume-uni, et dans quelques autres pays.

Le coefficient de liquidité[modifier | modifier le wikicode]

Le coefficient k, qui décrit comment les agents répartissent leur monnaie sous forme d'espèce ou de dépôts, a aussi une influence importante. Ces fuites sous forme d'espèces imposent une seconde limite à la création monétaire. Si la banque crée énormément de monnaie sous la forme de crédit, une part de celle-ci quittera les comptes de la banque, à cause des virements ou des retraits. Au final, une partie pourra être transformée en billets ou en pièces, que la banque devra fournir. Et la banque doit avoir assez de billets et de pièces pour répondre aux besoins : si elle prête trop, l'argent des crédits ne pourra être retiré faute de billets et de pièces en circulation. Au maximum, la création monétaire ne peut pas dépasser une valeur dépendant uniquement du taux de liquidité, qui se calcule en posant le taux de réserve comme nul :

On voit alors que plus est petit, plus le multiplicateur du crédit est fort. Cela se comprend intuitivement : plus les personnes préfèrent la monnaie, moins les dépôts seront importants, réduisant les réserves et donc les prêts. Les banques prêtant moins, la monnaie crédit sera alors moins importante, réduisant d'autant la masse monétaire. Il est donc important de comprendre ce qui fait que les agents économiques préfèrent utiliser des dépôts ou des espèces.

  • Un premier paramètre est tout simplement la différence de rendement des dépôts comparé aux espèces. Il arrive que les comptes courants soient rémunérés, chose courante dans d'autres pays que la France. Dans cette situation, conserver son argent en dépôts est plus rentable que de convertir en espèces. Les ménages préféreront conserver des dépôts en lieu et place des espèces, faisait augmenter le coefficient .
  • Un autre paramètre est le fait que les espèces sont utilisées pour les dépenses. Les ménages qui dépensent une faible partie de leur revenu ont donc moins besoin d'espèces et peuvent préférer conserver leur argent sur des comptes courants. Ces ménages sont souvent des ménages à fort revenus, ou tout du moins dont les revenus couvrent bien plus que leurs dépenses courantes. Le revenu et la richesse globale de l'économie diminuent donc le coefficient .
  • L'activité illégale a besoin d'espèces, les transferts d'argent importants étant surveillés sur les réseaux bancaires. Les criminels, vendeurs de drogue et autres malfrats ont besoin d'espèces pour conserver la confidentialité de leurs transactions délictueuses.
  • De plus, ce coefficient évolue fortement dans les situations de crises financières et bancaires, quand le risque de faillite d'un grand nombre de banques augmente. Lors de ces crises, les agents économiques tentent de se prémunir d'une éventuelle faillite en retirant leur argent. Dit autrement, ils voient les dépôts comme étant plus risqués et préfèrent donc garder leur monnaie sous forme d'espèces. Le coefficient k augmente alors, pouvant aggraver la situation financière des banques. Si le nombre de retrait est suffisamment important pour aggraver fortement la situation des banques, on parle de situation de bank-run.