La politique monétaire/Le canal des taux d'intérêts

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Il existe plusieurs explications concernant la forme de la courbe IS. Il est possible de la dériver de plusieurs manières, que ce soit via quelques hypothèses ad hoc ou via de véritables fondations microéconomiques. Ces explications sont parfois contradictoires, ou tout du moins portent sur des aspects macro ou microéconomiques forts différents. Nous allons passer celles-ci en revue. La première explication, chère aux keynésiens, part du principe que le PIB est la somme de plusieurs dépenses : la consommation des ménages et entreprises, l'investissement, les dépenses gouvernementales et les exportations et importations (les exportations sont intégrés dans le PIB, alors que les importations en sont soustraites). Ainsi, en posant :

  • le PIB ;
  • la consommation ;
  • l'investissement ;
  • les dépenses gouvernementales ;
  • les exportations ;
  • les importations.

Dans ce qui va suivre, nous allons nous concentrer sur le cas d'une économie fermée, à savoir sans échanges commerciaux avec d'autres pays. Dit autrement, les exportations et importations sont nulles, ou tout du moins négligées. L'analyse en économie ouverte (avec prise en compte des exportations et importations) sera vue dans quelques chapitres. Mais que l'économie soit ouverte ou fermée ne change rien (ou presque) aux résultats que nous allons obtenir dans ce chapitre, qui sont valables dans les deux cas.

Investissement et consommation[modifier | modifier le wikicode]

Courbe concave qui relie l'investissement en fonction du taux réel.

Parmi ces paramètres, la plupart est totalement insensible aux variations des taux d'intérêts. C'est le cas de la consommation et des dépenses gouvernementales, du moins dans une certaine mesure. Par contre, les taux d'intérêt ont une grande influence sur l'investissement. Aussi, il n'est pas étonnant que la macroéconomie keynésienne aie fait grand cas de la relation entre investissements et politique monétaire. Au passage, même si consommation et dépenses ne sont pas influencées par les taux d'intérêts, il est important de les étudier pour comprendre comment la politique fiscale et la politique monétaire interagissent.

L'investissement et les taux d'intérêts[modifier | modifier le wikicode]

L'investissement est souvent financé par le crédit : les entreprises empruntent aux banques pour financer leurs investissements ou peuvent recourir à des obligations. Les ménages eux-même peuvent investir dans l'immobilier ou dans une voiture en utilisant le crédit. Le coût du crédit dépend fortement du taux d'intérêt : plus ce dernier est élevé, plus les intérêts seront élevés et moins il sera rentable d'emprunter. Plus les taux sont forts, plus le nombre de crédits sera faible. Pour résumer, l'investissement est une fonction décroissante des taux d'intérêt, ce qui fait que le PIB l'est aussi par transitivité. Par souci de simplification, nous allons supposer que l'investissement est une fonction linéairement décroissante du taux réel. Ce choix est purement arbitraire et ne sert qu'à simplifier les calculs. Mais il va de soit que nous aurions pu prendre n'importe quelle autre forme, comme une forme concave ou convexe, plus réaliste. On obtient alors :

Il faut préciser que les entreprises et ménages basent leurs décisions d'emprunt/investissement sur la base des taux réels, et non sur les taux nominaux. De plus, ce sont les taux longs qui sont utilisés et non les taux courts. Les taux courts, décidés par la banque centrale, sont utilisés sur le marché monétaire pour négocier les crédits/investissements d'une durée très courte (quelques jours, quelques semaines, quelques mois, mais pas au-delà d'un an). Les taux courts n'ont pas d'influence directe sur le marché des crédits ou des obligations/titres à durée plus longue. Mais on a vu dans le chapitre sur le marché monétaire que les taux longs dépendent des taux courts, les second influencant les premiers. La banque centrale a donc une influence indirecte, mais réelle, sur les aux longs et donc sur l'investissement.

La consommation, le revenu et les encaisses réelles[modifier | modifier le wikicode]

La consommation réagit exactement de la même manière suite à une variation des taux, essentiellement car elle soulage ou durcit la situation des ménages qui ont un crédit à taux variable (très courant dans d'autres pays que la France). Cependant, cette situation a un effet sur l'économie qui peut être négligé dans notre analyse. Une spécification totale de la courbe IS ne se limite pas à l'influence des taux d'intérêts sur la consommation, mais prend aussi en compte l'influence du revenu Y (le PIB) et des encaisses réelles . Dans le détail, cela amène à trouver une équation qui détermine la consommation sur la base du revenu, des impôts, des encaisses réelles, etc.

Fonction de consommation.

Dans le cas le plus simple, la consommation est la somme d'une consommation minimale , et d'une consommation qui dépend essentiellement du revenu (et plus précisément du revenu disponible, le revenu après impôt). Or, le revenu total (avant impôts) de l'économie est par définition égal au produit intérieur brut (nominal ou réel selon qu'on parle du revenu réel ou nominal). Les agents économiques sont supposés dépenser une fraction de leur revenu et épargner le reste, soit la fraction . La consommation est donc une fonction affine du revenu, à savoir une équation de la forme : . Dans ce qui va suivre, nous utiliserons la notation suivante :

, avec T les impôts.

Cette fonction de consommation, inventée par Keynes, a par la suite été complétée suite aux remarques de Pigou. Divers arguments, liés à des controverses sur l'effet d'une baisse des salaires sur l'emploi, ont poussé Pigou à ajouter les encaisses réelles dans la fonction de consommation. Le raisonnement est que la monnaie est une richesse, qui peut être dépensée pour consommer. Plus les agents ont d'argent placé, plus ils auront tendance à consommer. Par exemple, une personne avec plus de 200.000 euros sur son compte courant a de quoi consommer, même si son revenu est nul. La consommation dépend donc non seulement du revenu, mais aussi de l'épargne accumulée (rappelons que l'épargne est de la consommation différée. Pigou a donné un nom à l'influence de l'épargne monétaire sur la consommation : c'est l'effet d'encaisses réelles. La fonction de consommation devient alors :

Dans la suite de ce chapitre, nous négligerons l'effet d'encaisses réelles. Celui-ci sera cependant utilisé dans les chapitres sur les modèles IS/LM et AD/AS, dans la partie du cours portant sur les théories monétaristes. La raison est que cet effet est fondamentalement monétariste, lié aux agrégats monétaires, au point qu'il se marie assez mal avec les théories Wickseliennes (qui se basent sur des taux d'intérêts).

Dérivation du multiplicateur kéynésien[modifier | modifier le wikicode]

On vient de voir que divers composants du PIB sont dépendants des taux. Mais ceci sont aussi dépendants d'un paramètre nommé le multiplicateur keynésien. Ce multiplicateur n'est pas unique, et il faudrait faire la distinction entre multiplicateur de l'investissement, multiplicateur des dépenses de transferts et multiplicateur fiscal. Nous allons commencer par le multiplicateur de l'investissement. Celui-ci indique que l'augmentation de l'investissement a un effet sur le PIB qui est supérieur à l'augmentation de l'investissement lui-même. Dans le détail, si l'investissement augmente d'une quantité , le PIB augmentera d'une quantité égale à . Le coefficient est appelé le multiplicateur de l'investissement.

Calcul sans impôts[modifier | modifier le wikicode]

Celui-ci peut se calculer assez facilement, en partant de l'équation qui définit le PIB :

On a vu plus haut l'équation de la consommation keynésienne. Pour commencer, nous allons omettre les impôts et taxes et nous limiter à une fonction de consommation de la forme : . Remplaçons la consommation par son équation, calculée plus haut.

Dans le terme de droite, on peut regrouper les termes indépendants de , dans un unique terme égal à . Celui-ci est appelé le PIB neutre, noté . Toute augmentation de l'investissement ou des dépenses gouvernementales modifiera la valeur de celui-ci. Ce sont les variations de ce PIB neutre qui seront multipliée par le multiplicateur de l'investissement, pour donner le PIB final. On a alors :

Quelques manipulations algébriques nous donnent :

On voit que le multiplicateur de l'investissement est égal à .

Calcul avec des impôts forfaitaires[modifier | modifier le wikicode]

On peut raffiner l'analyse en incorporant des impôts forfaitaires, en partant de l'équation qui définit le PIB :

Remplaçons la consommation par son équation, calculée plus haut.

Cette fois-ci, le PIB neutre est égal à , ce qui fait qu'il est plus petit que dans le cas précédent. Par contre, le multiplicateur de l'investissement est toujours égal à .

Calcul avec impôts proportionnels[modifier | modifier le wikicode]

Il est aussi possible de raffiner l'analyse, en postulant que les impôts sont proportionnels aux revenus (et donc au PIB) : . Pour cela, repartons de l'équation qui définit le PIB :

Remplaçons T par sa valeur .

Cette fois-ci, le PIB neutre devient : .

Dans ces conditions, le multiplicateur vaut .

Détermination de la pente de la courbe IS[modifier | modifier le wikicode]

Ce multiplicateur modifie la pente de la courbe IS. En effet, celle-ci donne la variation du PIB en fonction d'une variation des taux. Pour nous en rendre compte, reprenons l'équation , en détaillant le contenu de . Remplacons l'investissement et les exportations nettes par les équations vues plus haut :

On peut regrouper tous les termes indépendants à la fois du taux d'intérêt ensemble, dans un terme . Cela donne l'équation suivante pour la courbe IS, avec le multiplicateur keynésien et un coefficient qui donne l'influence du taux sur le PIB neutre :

On voit que la variation du PIB provenant d'une variation du taux réel est égale à :

Déplacements de la courbe IS[modifier | modifier le wikicode]

Déplacement de la courbe IS suite à une politique fiscale ou monétaire restrictive.

On vient de le voir, la courbe IS dépend de nombreux paramètres, certains relevant de la politique monétaire, et d'autres de la politique budgétaire. Pour ce qui est de la politique budgétaire, la consommation dépend essentiellement du taux d'imposition, tandis que les dépenses gouvernementales sont du fait même des états. Par contre, l'investissement et les exportations nettes sont sous le contrôle direct de la banque centrale, ces deux facteurs dépendant essentiellement des taux d'intérêts. Dans les faits, une politique monétaire accommodante augmente l'investissement et les exportations nettes, ce qui augmente le PIB (la valeur dépendant du multiplicateur keynésien). Une augmentation des dépenses de l'état aura le même effet, à savoir que cette augmentation augmentera le PIB, par le biais du multiplicateur. Par contre, une politique fiscale à base de baisses d’impôts aura un effet plus faible, portant essentiellement sur la consommation (et sur la valeur du multiplicateur fiscal, dans les modèles plus complets). Dans tous les cas, une politique monétaire ou fiscale accommodante (baisse des impôts, hausse des dépenses, taux bas) augmente fortement le PIB, déplaçant la courbe IS vers la droite. Une politique monétaire ou fiscale restrictive aura l'effet inverse (baisse du PIB, ce qui déplacera la courbe IS vers la gauche.