La politique monétaire/Le canal des taux d'intérêts

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Il existe plusieurs explications concernant la forme de la courbe IS. Il est possible de la dériver de plusieurs manières, que ce soit via quelques hypothèses ad hoc ou via de véritables fondations microéconomiques. Ces explications sont parfois contradictoires, ou tout du moins portent sur des aspects macro ou microéconomiques forts différents. Nous allons passer celles-ci en revue. La première explication, chère aux keynésiens, part du principe que le PIB est la somme de plusieurs dépenses : la consommation des ménages et entreprises, l'investissement, les dépenses gouvernementales et les exportations et importations (les exportations sont intégrés dans le PIB, alors que les importations en sont soustraites). Ainsi, en posant :

  • le PIB ;
  • la consommation ;
  • l'investissement ;
  • les dépenses gouvernementales ;
  • les exportations ;
  • les importations.

Dans ce qui va suivre, nous allons nous concentrer sur le cas d'une économie fermée, à savoir sans échanges commerciaux avec d'autres pays. Dit autrement, les exportations et importations sont nulles, ou tout du moins négligées. L'analyse en économie ouverte (avec prise en compte des exportations et importations) sera vue dans quelques chapitres. Mais que l'économie soit ouverte ou fermée ne change rien (ou presque) aux résultats que nous allons obtenir dans ce chapitre, qui sont valables dans les deux cas.

La courbe IS : l'influence des taux d'intérêt[modifier | modifier le wikicode]

la consommation est totalement insensible aux variations des taux d'intérêts, du moins dans une certaine mesure, et on peut raisonnablement supposer la même chose pour les dépenses gouvernementales. Par contre, les taux d'intérêt ont une grande influence sur l'investissement. Aussi, il n'est pas étonnant que la macroéconomie keynésienne aie fait grand cas de la relation entre investissements et politique monétaire. Au passage, même si consommation et dépenses ne sont pas influencées par les taux d'intérêts, il est important de les étudier pour comprendre comment la politique fiscale et la politique monétaire interagissent.

La fonction de consommation[modifier | modifier le wikicode]

La consommation réagit suite à une variation des taux, essentiellement car elle soulage ou durcit la situation des ménages qui ont un crédit à taux variable (très courant dans d'autres pays que la France). Cependant, cette situation a un effet sur l'économie qui peut être négligé dans notre analyse. Une spécification totale de la courbe IS ne se limite pas à l'influence des taux d'intérêts sur la consommation, mais prend aussi en compte l'influence du revenu Y (le PIB) et des encaisses réelles . Dans le détail, cela amène à trouver une équation qui détermine la consommation sur la base du revenu, des impôts, des encaisses réelles, etc.

La consommation et le revenu disponible[modifier | modifier le wikicode]

Pour simplifier, la consommation dépend essentiellement du revenu. La consommation dépendante du revenu dépend plus précisément du revenu disponible, le revenu après impôt. Le revenu total avant impôts, au niveau macroéconomique, est par définition égal au produit intérieur brut (nominal ou réel selon qu'on parle du revenu réel ou nominal). Si on note T les impôts/taxes et Y le PIB, le revenu disponible est égal à :

Il est possible de raffiner l'analyse, en postulant que les impôts sont proportionnels aux revenus (et donc au PIB). Mathématiquement, cela donne : . Le revenu disponible après impôts est alors de :

Les agents économiques sont supposés dépenser une fraction de leur revenu disponible et épargner le reste, soit la fraction . La fonction de consommation est alors la suivante :

Si on suppose les impôts proportionnels au revenu, on a :

Fonction de consommation.

Pour quelques raisons techniques, il est préférable de rajouter un terme de consommation indépendante du revenu. La consommation devient alors une fonction affine du revenu disponible, à savoir une équation de la forme : . Dans ce qui va suivre, nous utiliserons la notation suivante :

Avec les impôts proportionnels, elle devient :

L'effet d'encaisses réelles[modifier | modifier le wikicode]

La fonction de consommation précédente, inventée par Keynes, a par la suite été complétée suite aux remarques de Pigou. Divers arguments, liés à des controverses sur l'effet d'une baisse des salaires sur l'emploi, ont poussé Pigou à ajouter les encaisses réelles dans la fonction de consommation. Le raisonnement est que la monnaie est une richesse, qui peut être dépensée pour consommer. Plus les agents ont d'argent placé, plus ils auront tendance à consommer. Par exemple, une personne avec plus de 200.000 euros sur son compte courant a de quoi consommer, même si son revenu est nul. La consommation dépend donc non seulement du revenu, mais aussi de l'épargne accumulée (rappelons que l'épargne est de la consommation différée. Pigou a donné un nom à l'influence de l'épargne monétaire sur la consommation : c'est l'effet d'encaisses réelles. La fonction de consommation devient alors :

Dans la suite de ce chapitre, nous négligerons l'effet d'encaisses réelles. Celui-ci sera cependant utilisé dans les chapitres sur les modèles IS/LM et AD/AS, dans la partie du cours portant sur les théories monétaristes. La raison est que cet effet est fondamentalement monétariste, lié aux agrégats monétaires, au point qu'il se marie assez mal avec les théories Wickseliennes (qui se basent sur des taux d'intérêts).

L'investissement et les taux d'intérêts[modifier | modifier le wikicode]

Courbe concave qui relie l'investissement en fonction du taux réel.

L'investissement est souvent financé par le crédit : les entreprises empruntent aux banques pour financer leurs investissements ou peuvent recourir à des obligations. Les ménages eux-même peuvent investir dans l'immobilier ou dans une voiture en utilisant le crédit. Le coût du crédit dépend fortement du taux d'intérêt : plus ce dernier est élevé, plus les intérêts seront élevés et moins il sera rentable d'emprunter. Plus les taux sont forts, plus le nombre de crédits sera faible. Pour résumer, l'investissement est une fonction décroissante des taux d'intérêt, ce qui fait que le PIB l'est aussi par transitivité. Par souci de simplification, nous allons supposer que l'investissement est une fonction linéairement décroissante du taux réel. Ce choix est purement arbitraire et ne sert qu'à simplifier les calculs. Mais il va de soit que nous aurions pu prendre n'importe quelle autre forme, comme une forme concave ou convexe, plus réaliste. On obtient alors :

Il faut préciser que les entreprises et ménages basent leurs décisions d'emprunt/investissement sur la base des taux réels, et non sur les taux nominaux. Les investisseurs anticipent l'inflation et en déduisent un taux réel à partir d'un taux nominal. En fonction de ce taux réel anticipé, ils décident d'investir ou non si le taux réel est acceptable. Plus le taux réel est intéressant, plus les investisseurs sont attirés par le rendement. Inversement, un taux réel trop faible fera fuir les investisseurs.

De plus, ce sont les taux longs qui sont utilisés et non les taux courts. Les taux courts, décidés par la banque centrale, sont utilisés sur le marché monétaire pour négocier les crédits/investissements d'une durée très courte (quelques jours, quelques semaines, quelques mois, mais pas au-delà d'un an). Par contre, les investissements mettent du temps avant de devenir rentables, quelques années au minimum. En conséquence, les investisseurs empruntent sur des durées suffisamment longues pour que leurs investissements deviennent rentables, soit sur des durées longues. Et les taux associés sont les taux longs, non pas les taux courts. Mais cela ne signifie pas que les taux courts n'ont pas d'influence directe sur le marché des crédits ou des obligations/titres à durée plus longue. On a vu dans le chapitre sur le marché monétaire que les taux longs dépendent des taux courts, les second influençant les premiers. La banque centrale a donc une influence indirecte, mais réelle, sur les aux longs et donc sur l'investissement.

L'équation de la courbe IS[modifier | modifier le wikicode]

Récapitulons. Nous avons vu que la consommation dépend essentiellement du revenu disponible, alors que l'investissement dépend des taux d'intérêt réels. Nous avons établit les deux équations suivantes, qui donnent la consommation et l'investissement en fonction du revenu et des taux d'intérêt.

, équation qui n'est valable que parce que l'équilibre est respecté.

En combinant l'équation précédente avec la définition du PIB : , on a :

On peut alors regrouper le terme : en un seul, que l'on note . On retrouve alors l'équation de la courbe IS :

Les déplacements de la courbe IS[modifier | modifier le wikicode]

Déplacement de la courbe IS suite à une politique fiscale ou monétaire restrictive.

On vient de le voir, la courbe IS dépend de nombreux paramètres, certains relevant de la politique monétaire, et d'autres de la politique budgétaire. Pour ce qui est de la politique budgétaire, la consommation dépend essentiellement du taux d'imposition, tandis que les dépenses gouvernementales sont du fait même des états. Par contre, l'investissement et les exportations nettes sont sous le contrôle direct de la banque centrale, ces deux facteurs dépendant essentiellement des taux d'intérêts.

Dans les faits, une politique monétaire accommodante augmente l'investissement et les exportations nettes, ce qui augmente le PIB (la valeur dépendant du multiplicateur keynésien). Une augmentation des dépenses de l'état aura le même effet, à savoir que cette augmentation augmentera le PIB, par le biais du multiplicateur. Par contre, une politique fiscale à base de baisses d’impôts aura un effet plus faible, portant essentiellement sur la consommation (et sur la valeur du multiplicateur fiscal, dans les modèles plus complets). Dans tous les cas, une politique monétaire ou fiscale accommodante (baisse des impôts, hausse des dépenses, taux bas) augmente fortement le PIB, déplaçant la courbe IS vers la droite. Une politique monétaire ou fiscale restrictive aura l'effet inverse (baisse du PIB, ce qui déplacera la courbe IS vers la gauche.

La pente de la courbe IS et les multiplicateurs keynésien[modifier | modifier le wikicode]

On vient de voir que divers composants du PIB sont dépendants des taux. Mais ceci sont aussi dépendants d'un paramètre nommé le multiplicateur keynésien. Ce multiplicateur n'est pas unique, et il faudrait faire la distinction entre multiplicateur de l'investissement, multiplicateur des dépenses et multiplicateur fiscal.

Les multiplicateurs keynésiens[modifier | modifier le wikicode]

Nous allons commencer par le multiplicateur de l'investissement. Celui-ci indique que l'augmentation de l'investissement a un effet sur le PIB qui est supérieur à l'augmentation de l'investissement lui-même. Dans le détail, si l'investissement augmente d'une quantité , le PIB augmentera d'une quantité égale à :

, avec le multiplicateur de l'investissement.

Il existe un multiplicateur équivalent pour une hausse des dépenses gouvernementales, qui dit de combien augmente le PIB suite à une hausse des dépenses G. Il est définit par :

, avec le multiplicateur des dépenses gouvernementales.

Enfin, il existe la même chose, un multiplicateur fiscal pour les impôts et taxes T. Contrairement aux multiplicateurs précédent, il a une valeur négative, ce qui veut dire qu'une hausse des impôts réduit la production. Ce multiplicateur vaut :

, avec le multiplicateur fiscal.

En combinant les équations précédentes, on peut en déduire quelle est la variation du PIB qui fait suite à une variation de I, G et/ou T.

Quelques développements mathématiques, que nous verrons plus bas, nous disent que les multiplicateurs de l'investissement et des dépenses ont la même valeur. Mathématiquement, on a : . Ce qui permet de simplifier l'équation précédente en :

Si on suppose que les multiplicateurs sont constants, on peut démontrer que les multiplicateurs des dépenses et de l'investissement sont identiques. En tenant compte de ce fait, la formule exacte est la suivante :

, avec un PIB indépendant des multiplicateurs.

La pente de la courbe IS[modifier | modifier le wikicode]

Le multiplicateur de l'investissement modifie la pente de la courbe IS. Pour comprendre pourquoi, il faut partir de la formule de l'investissement que nous avons utilisée plus bas. Celle-ci est, pour rappel :

En étudiant les variations de I par rapport à r, on trouve (avec constant) :

On combine cette équation avec la formule du multiplicateur keynésien  :

Si on trace la courbe sur un graphique i-Y, on voit qu'il s'agit d'une fonction affine dont la pente est égale à . La variation du PIB provenant d'une variation du taux réel est donc égale à :

Le calcul du multiplicateur keynésien[modifier | modifier le wikicode]

Reste à calculer le multiplicateur keynésien pour parfaire notre compréhension de la pente de la courbe IS. Pour cela, nous allons calculer le multiplicateur keynésien dans plusieurs cas : avec ou sans impôts, avec des impôts proportionnels, etc.

Le cas sans impôts[modifier | modifier le wikicode]

Le multiplicateur keynésien peut se calculer assez facilement, en partant de l'équation qui définit le PIB :

On a vu plus haut l'équation de la consommation keynésienne. Pour commencer, nous allons omettre les impôts et taxes et nous limiter à une fonction de consommation de la forme : . Remplaçons la consommation par son équation, calculée plus haut.

Dans le terme de droite, on peut regrouper les termes indépendants de , dans un unique terme égal à . Celui-ci est appelé le PIB neutre, noté . Toute augmentation de l'investissement ou des dépenses gouvernementales modifiera la valeur de celui-ci. Ce sont les variations de ce PIB neutre qui seront multipliée par le multiplicateur de l'investissement, pour donner le PIB final. On a alors :

Quelques manipulations algébriques nous donnent :

On voit que le multiplicateur de l'investissement est égal à .

Le cas avec des impôts forfaitaires[modifier | modifier le wikicode]

On peut raffiner l'analyse en incorporant des impôts forfaitaires, en partant de l'équation qui définit le PIB :

Remplaçons la consommation par son équation, calculée plus haut.

Cette fois-ci, le PIB neutre est égal à , ce qui fait qu'il est plus petit que dans le cas précédent. Par contre, le multiplicateur de l'investissement est toujours égal à .

Le cas avec des impôts proportionnels[modifier | modifier le wikicode]

Il est aussi possible de raffiner l'analyse, en postulant que les impôts sont proportionnels aux revenus (et donc au PIB) : . Pour cela, repartons de l'équation qui définit le PIB :

Remplaçons T par sa valeur .

Cette fois-ci, le PIB neutre devient : .

Dans ces conditions, le multiplicateur vaut .

Pourquoi cette courbe s'appelle-t-elle "courbe IS" ?[modifier | modifier le wikicode]

Les premières démonstrations de la courbe IS keynésienne/classique partaient de l'hypothèse que investissement et épargne sont égaux. Dit autrement elles partaient de la théorie classique des taux d'intérêt, que nous avions abordée dans les premiers chapitres du cours. Les formulations ultérieures ont réussit à s'affranchir de cette théorie des taux d'intérêt, mais conservent le fait que investissement et épargne sont égaux dans le modèle keynésien. En clair, dans le modèle keynésien, l'investissement réalisé est égal à l'épargne effective, bien que ce soit pour des raisons différentes. On a donc :

, avec I l'investissement et S l'épargne (Savings en anglais).
Cette identité comptable a d'ailleurs donné son nom à la courbe IS (courbe Investment-Savings), que nous aborderons plus tard dans ce cours.

Les dérivations de I=S à partir des définitions du PIB[modifier | modifier le wikicode]

Il est possible de retrouver cette égalité à partir de quelques raisonnements sur les identités comptables du style , ce que nous allons faire dans ce qui suit.

Le cas d'une économie fermée sans état[modifier | modifier le wikicode]

On peut "démontrer" cette égalité en partant de la définition du PIB. Dans un monde sans état et en économie fermée, les revenus sont soit dépensés, soit épargnés. On a alors :

Du coté de la production, ce qui est produit est soit consommé, soit investit. On a donc :

En combinant les deux équations précédentes, on trouve bien l'identité comptable :

Le cas d'une économie fermée avec état[modifier | modifier le wikicode]

Maintenant, élargissons le raisonnement et ajoutons un état qui lève des taxes et dépense. Dans une économie fermée avec état, les revenus sont soit dépensés, soit épargnés, soit utilisés pour payer des taxes. Au niveau macroéconomique, on a alors l'identité comptable suivante, toujours vraie :

, avec Y le revenu (le PIB pour être précis), C la consommation, S l'épargne et T les taxes.

Inversement, si on regarde du coté de la production, le revenu provient soit des dépenses de consommation, soit des dépenses d'investissement, soit des dépenses gouvernementales. On néglige les exportations et importations, ce qui donne l'identité comptable suivante :

, avec Y le revenu (le PIB pour être précis), C la consommation, I l'investissement, G les dépenses gouvernementales, E les exportations et M les importations.

On a alors l'égalité suivante :

En simplifiant et en isolant I, on trouve l'équation suivante :

On voit que l'investissement dépend de l'épargne privée S et de l'épargne publique (T - G). L'épargne privée est l'argent que les agents économiques ne dépensent pas et placent à la banque. L'épargne publique est un surplus d'impôts et de taxes qui n'a pas été dépensé par l'état. Ce surplus est mis de coté, placé dans une banque quelconque (banque commerciale ou centrale), utilisé pour réduire la dette de l'état, peu importe : il est de toute façon épargné d'une manière ou d'une autre.

Cette identité comptable permet aussi d'expliquer les conséquences d'un déficit public sur le PIB. Rappelons que le déficit public est l'opposé de l'épargne publique, à savoir . Un état en déficit public est donc un état qui dés-épargne, voire qui s'endette. Il doit trouver de l'argent pour financer ses dépenses, car les impôts ne suffisent pas. La différence entre dépenses et impôts provient soit de l'épargne accumulée par l'état, qu'il consomme alors, soit d'un emprunt sur les marchés financier. Vu que les états avec de l'épargne sont rares, on peut considérer que le déficit est ce que doit emprunter l'état pour financer ses dépenses qui dépassent ses impôts.

L'identité peut se reformuler comme suit, en utilisant la définition du déficit public :

Cette équation peut aussi se reformuler comme suit :

Si on prend le cas où S reste constant, alors un déficit public réduit l'investissement. On fait face à un effet d'éviction : l'épargne est prêtée non pas pour investir, mais pour financer l'état. On peut d'ailleurs le voir immédiatement avec l'équation . L'épargne se répartit entre investissement et financement du gouvernement. Mais ce cas où S reste constant n'apparait que sous certaines conditions. Pour cela, il faut que l'économie soit au moins au plein emploi, au PIB potentiel. Dans ce cas, le PIB est à son maximum et ne peut pas être stimulé par une politique fiscale. L'augmentation du déficit aura certes un effet sur la demande, mais ce dernier sera compensé par l'action de la banque centrale. Dans ce cas, l'action de la banque centrale fait que le déficit public ne stimule pas l'économie et n'augmente pas l'épargne.

Mais si jamais la banque centrale ne réagit pas, alors les choses changent. Le déficit public aura pour effet d'augmenter les dépenses gouvernementales, ce qui augmentera le PIB par l'action du multiplicateur keynésien. Le PIB augmentera d'un montant supérieur à la dépense gouvernementale. Rappelons que le PIB n'est autre que la somme des revenus : une augmentation du PIB signifie donc augmentation des revenus. L'augmentation sera pour partie consommée, pour partie épargnée. Le fait est que l'épargne augmente. Mieux : on peut prouver mathématiquement, en utilisant la valeur adéquate du multiplicateur, que l’augmentation du déficit est strictement égale à l'augmentation de l'épargne. Il n'y a aucun effet d'éviction et l'investissement reste constant.

Une augmentation de G entraine une augmentation du PIB égale à :

Par définition de la propension à épargner, on a :

En combinant les deux équations précédentes, on trouve :

On injecte alors la définition du multiplicateur des dépenses, qui vaut : .

On voit bien que l'augmentation des dépenses est compensée par une augmentation de l'épargne. Ce genre de situation, où la banque centrale ne réagit pas, s'observe quand les taux d'intérêt sont à zéro, mais nous en reparlerons dans le chapitre sur les trappes à liquidité.

Le cas d'une économie ouverte avec état[modifier | modifier le wikicode]

Le cas précédent est celui d'une économie fermée, sans importations ni exportations, qui peu paraitre irréaliste. Mais si on ajoute les exportations et importations, alors le résultat change peu. Les importations s'ajoutent à la demande globale, alors que les exportations s'ajoutent à la production, ce qui donne :

, avec M les importations.
, avec E les exportations.

L'égalité donne donc :

On retrouve le résultat précédent, à ceci près qu'il faut ajouter le terme (M - E). Ce terme n'est autre que le déficit commercial, la différence entre importations et exportations. On verra dans le chapitre sur les taux de change que ce terme est égal au flux de capitaux entrant dans le pays. Dit autrement il s'agit d'une épargne étrangère qui est investie dans le pays domestique. On peut résumer le tout comme suit :

Investissement (I) = Épargne domestique privée (S) + Épargne domestique publique (T - G) + Épargne étrangère (M - E)

On peut reformuler cette équation en faisant appel au déficit public .

Investissement (I) = Épargne domestique privée (S) + Déficit commercial (M - E) - Déficit public (G - T)

Là encore, on peut étudier ce qui se passe dans divers cas particuliers. En premier lieu, on peut étudier le cas où I et S sont constants tous les deux. Dans ce cas, on voit que toute variation de l'épargne domestique publique est compensée par une variation de l'épargne étrangère. Le déficit commercial est alors égal au déficit public. On a alors un second effet d'éviction dans le sens où l'épargne publique évince l'épargne étrangère. L'un remplace l'autre lors de l'investissement. Dans le cas général, pour une économie au PIB potentiel, on n'a pas exactement cette variation. Cependant, l'effet d'éviction épargne-privée-publique se combine avec l'effet d'éviction épargne étrangère-publique, ce qui fait que déficit commercial, déficit public et épargne privée entrent en compétition. Toute variation de l'une se répercute sur les autres. Ainsi, un déficit public absorbe une partie de l'épargne privée au détriment de l'investissement, mais il va aussi absorber une partie de l'épargne étrangère.

L'interprétation de l'identité I=S[modifier | modifier le wikicode]

L'égalité entre investissement et épargne peut sembler contre-intuitive. Rappelons que l'épargne est définie comme tout ce qui n'est pas dépensé/taxé. Mais cet argent peut être conservé de bien des manières. Il peut certes être placé dans une banque ou sur les marchés financiers, mais il peut aussi être thésaurisé et mis sous un matelas. Difficile de comprendre comment de l'argent conservé sous forme d'espèces peut donner lieu à de l'investissement... Mais c'est oublier que l'égalité I=S est une identité comptable qui dépend fortement de la nature de ce qui est compté comme investissement et comme épargne. En triturant les définitions, on peut faire en sorte que l'égalité I=S soit toujours vraie, et c'est ce qui est fait dans le monde réel. Nous allons voir pourquoi dans cette section.

Rappelons que raisonner à partir d'identités comptables mène souvent à des erreurs d'interprétation problématiques.

Prenons le cas où les agents souhaitent thésauriser, c'est à dire augmenter leur épargne non-placée. On va supposer que les agents gardent leur consommation constante, mais qu'ils remplacent de l'épargne investie par de l'épargne thésaurisée, non-investie. En théorie, l'investissement devrait baisser, mais l'épargne devrait rester la même. L'égalité I=S devrait être violée, même en tenant compte de l'épargnée publique ou étrangère. Cependant, si les agents se mettent soudainement à thésauriser, les entreprises ne le voient pas venir et continuent de produire autant qu'avant. Elles vont alors accumuler des inventaires, des invendus, de la production pas encore consommée, mais destinée à l'être. Or, dans les normes comptables actuelles, les invendus sont comptés dans l'investissement. Et c'est assez logique : un invendu est destiné à être vendu dans le futur, donc à rapporter plus tard, comme tout investissement. Une augmentation de la thésaurisation entraine deux remplacements : le remplacement d'une partie de l'épargne placée par de l'épargne non-placée, et un remplacement d'une partie la consommation par des invendus. L'égalité I=S est donc vérifiée, même si c'est par une sorte de triche assez problématique.

Cependant, les entreprises en continuent pas de produire des invendus durant bien longtemps. Elles remarquent que les invendus s'accumulent et comprennent que la demande a baissée (à cause de la baisse de l'investissement). Elles vont donc réduire leur production, couper leurs dépenses, virer leurs employés, et j'en passe. Le résultat est une baisse de l'investissement, qui entraine une baisse du PIB. Dit autrement, cela cause une récession. Et l'effet est encore plus fort si on prend en compte le multiplicateur keynésien : non seulement l'investissement baisse, mais en plus la consommation suit. Dans tous les cas, la récession réduit les revenus, et donc la capacité d'épargne des agents économiques... Les agents qui souhaitaient épargner plus n'y arrivent plus au bout de quelques temps. Ce raisonnement est ce qu'on appelle le paradoxe de l'épargne, un paradoxe vieux comme le monde qui dit que si tous les agents souhaitent augmenter leur épargne, la capacité d'épargne globale chutera. Résultat valide, mais contre-intuitif, d'où le nom de paradoxe qu'on lui donne.

L’identité I=S et le contrôle des taux d'intérêt[modifier | modifier le wikicode]

On a vu que la banque centrale a le pouvoir de contrôler le taux réel sur le cour-terme. On peut se demander comment cela est compatible avec le modèle présenté, dans lequel I=S. Pour cela, il n'y a qu'une seule possibilité : la banque centrale a le pouvoir d'agir sur la courbe d'offre d'épargne. En contrôlant les taux, elle contrôle le point d'intersection entre les deux courbes d'investissement désiré et d'épargne souhaitée. Formellement, elle n'a pas le pouvoir d'agir sur la courbe d'investissement. Déplacer la courbe I(r) ne peut être fait que par des politiques fiscales, budgétaires, financières, d'action pour la recherche et les entreprises technologiques, et bien d'autres politiques gouvernementales, mais pas par la politique monétaire. Cette dernière ne peut que déplacer le point d'intersection sur cette courbe. Elle peut juste stimuler l'investissement en baissant les taux d'intérêts, pas plus. Par contre le flux et le stock d'épargne peuvent être influencés par la politique monétaire. Rappelons que la banque centrale a le pouvoir de créer de la monnaie et de la mettre en circulation par l'intermédiaire du système bancaire. Et une partie de cette monnaie sera épargnée, investie sur les marchés. En injectant de la monnaie dans l'économie, elle en injecte aussi dans les marchés de fonds prêtables et de capitaux, ce qui augmente l'offre de fonds prêtables. En clair, elle déplace la courbe d'offre d'épargne S(r) là où il faut, là où le taux d'intérêt est celui voulu par la banque centrale.

Après, le raisonnement n'est pas parfait et il existe des situations où l'injection de monnaie dans l'économie n'influence pas l'investissement. Peut-être avez-vous déjà entendu, dans les médias, des commentateurs qui accusent les taux bas de réduire l'activité économique. Pour eux, des taux bas incitent les agents économiques à ne pas investir et à faire autre chose de leur argent. En plaçant ses taux trop bas, la banque centrale réduit l'épargne et donc l'investissement, et donc déprime l'activité économique et l'inflation. Néanmoins, ce raisonnement ne vaut que si les agents thésaurisent, pas si l'épargne est remplacée par de la consommation. Si les agents remplacent l'épargne par de la consommation, le PIB reste inchangé. Par contre, tout change si les épargnants thésaurisent. S'ils thésaurisent tout l'argent crée par la banque centrale, la courbe d'offre de fonds prêtables ne changera pas. Les taux d'intérêt restent les mêmes et la banque centrale ne peut plus rien faire pour les changer. Quand cela arrive, l'économie tombe dans une trappe à liquidité, une situation où la banque centrale ne peut plus contrôler les taux d'intérêt. Une telle situation est cependant assez rare et on n'a pas d'exemples précis où cela arrive. En général, elle survient quand les taux sont faibles, proches de zéro. La monnaie devient alors presque identique aux autres investissements. Pourquoi réduire ses liquidités et gagner des clopinettes, alors qu'on peut garder de l'argent liquide au cas où pour un rendement presque identique ? La demande de monnaie augmente alors fortement, alors que l'offre de fonds prêtables reste la même. La consommation reste la même, mais l'investissement s’effondre effectivement, déclenchant une récession. Mais augmenter les taux ne résout pas forcément le problème : cela augmentera certes l’investissement, mais réduira la consommation. L'effet peut être délétère, suivant la valeur du multiplicateur keynésien, de l'ampleur de la substitution épargne investie-consommation, etc.