La politique monétaire/La courbe IS

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Dans ce chapitre, nous allons voir comment le taux d'intérêt de la banque centrale peut influencer l'économie, notamment le PIB réel. A court-terme, une modification des taux (et donc de la quantité de monnaie), implique une variation du PIB et non des prix. Ce résultat, compatible avec la théorie quantitative de la monnaie, provient de l'hypothèse de rigidité des prix. Grâce à elle, une hausse des taux entraine une baisse du PIB (et inversement). La banque centrale peut donc, en réglant ses taux, fixer le PIB à une valeur compatible avec sa cible d'inflation. Ce chapitre parlera des conséquences de la politique monétaire sur le PIB : il montrera comment modéliser l'effet du canal des taux (et du crédit), ainsi que le canal du prix des actifs sur l'économie.

Une description de la courbe IS[modifier | modifier le wikicode]

Courbe IS

Les taux d'intérêts ont une relation assez forte avec le PIB réel. Cette relation est représentée graphiquement par la courbe IS, qui lie PIB et taux d'intérêt réel. Il faut dire que le PIB dépend fortement des investissements, dont les rendements réels dépendent aussi bien des taux nominaux que de l'inflation (pensez à l'équation de Fisher des taux d'intérêts). On remarque immédiatement que cette courbe est une fonction décroissante des taux, ce qui traduit le fait que de forts taux diminuent le PIB, là où des taux faibles le stimulent. Il va de soit que la forme exacte de cette courbe peut être assez compliquée, la seule certitude étant que celle-ci est décroissante. Dans ce qui va suivre, nous allons supposer que cette courbe est linéaire. Cette hypothèse irréaliste nous permettra de simplifier les calculs et le raisonnement, sans trop sacrifier la véracité des conclusions tirées.

Équation IS sans PIB potentiel[modifier | modifier le wikicode]

Cette courbe s'exprime aussi sous la forme d'une équation IS, qui peut se décliner en plusieurs versions selon les démonstrations utilisées. La plus simple se contente de faire intervenir le PIB et le taux réel, sans mention du PIB potentiel ou du taux réel naturel. Celle-ci s'écrit comme suit, avec :

  • le PIB Y ;
  • le PIB quand le taux réel vaut 0 :  ;
  • le taux d'intérêt réel r ;
  • un coefficient a qui indique quelle est l'influence du taux réel sur le PIB.

Équation IS avec PIB potentiel[modifier | modifier le wikicode]

Une version plus complexe fait intervenir le PIB potentiel et le taux naturel, ainsi que le PIB mesuré et le taux réel courant. Pour comprendre cette équation, il faut juste examiner trois cas : ceux où le taux réel est égal, supérieur et inférieur au taux naturel. Si le taux réel est égal au taux naturel, le PIB est au PIB potentiel. S'il est inférieur, cela signifie que les taux sont relativement bas, ce qui stimule le crédit. La création de monnaie crédit va donc stimuler la demande et la production, augmentant le PIB. Et inversement, un taux réel supérieur au taux naturel signifie que le crédit se renchérit, réduisant la dépense et la production. On pourrait aussi analyser les effets sur l'épargne, favorisée par des taux supérieurs au taux naturel et défavorisée au profit de la consommation par des taux bas. On peut donc résumer le tout dans cette équation, avec :

  • le PIB Y ;
  • un PIB potentiel  ;
  • le taux d'intérêt réel r ;
  • le taux d'intérêt naturel  ;
  • un coefficient a qui indique quelle est l'influence du taux réel sur le PIB.

Il est possible de reformuler cette équation en mettant en avant l'écart de production, à savoir la différence entre PIB réel et PIB potentiel. Dans la suite de ce cours, nous noterons cet écart de production , en minuscules. Comme on le verra dans quelques chapitres, cet écart de production est synonyme de tensions inflationnistes (s'il est positif) ou déflationnistes (s'il est négatif). Une manipulation algébrique nous donne l'équation suivante. Celle-ci dit simplement que l'écart de production est proportionnel à l'écart entre taux réel et taux naturel.

Le lien entre taux réel et PIB[modifier | modifier le wikicode]

Le taux réel présent dans l'équation est un peu problématique, pour plusieurs raisons. En premier lieu, les banques centrales contrôlent un taux nominal et non un taux réel. Ce taux réel est donc un taux ex-ante, c'est à dire anticipé par les agents économiques sur la base des taux nominaux. Il est donc égal à : , avec i le taux nominal et l'inflation anticipée. On se retrouve donc avec :

La seconde raison est que les agents n'empruntent pas directement à la banque centrale, mais auprès des banques commerciales. Et si les taux des banques commerciales suivent le taux directeur la plupart du temps, les deux taux n'en sont pas moins différents. Les banques décident des taux en utilisant plusieurs informations, dont le risque de non-remboursement des emprunteurs, l'inflation, les perspectives macro-économiques, la situation globale du système financier, l'état du marché immobilier pour les prêts immobiliers, etc. Pour simplifier, nous allons supposer que les banques prêtent à un taux qui est la somme du taux directeur et d'une prime qui correspond à la compensation du risque de crédit et au profit de la banque. En notant i le taux nominal des prêts commerciaux, le taux directeur et le surplus de taux, on a :

En injectant dans la courbe IS, on a alors :

Cette équation nous permet de décrire ce qui se passe lors d'une crise financière similaire à celle de 2008, au moins dans les grandes lignes. Lors d'une crise financière, les banques se retrouvent en mauvaise situation et doivent augmenter la prime de taux pour diverses raisons. Le taux réel des prêts des banques commerciales va donc fortement augmenter. La courbe IS précédente nous dit que cela va réduire le PIB : la production chute suite à la crise financière, à cause de la hausse des taux. Une solution possible est de faire baisser les taux, en utilisant la politique monétaire. La banque centrale va alors baisser ses taux directeurs, afin de compenser la hausse de la prime de taux. Cela fonctionne tant que les taux directeurs peuvent baisser, mais la banque centrale doit procéder autrement une fois les taux devenus nuls. Mais nous laissons cela au chapitre sur les trappes à liquidité.