La politique monétaire/Le modèle IS/LM

Un livre de Wikilivres.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche

Dans ce chapitre, nous allons expliquer comment fonctionne l'économie avec des rigidités nominales et quel est l'effet de la politique monétaire dans ces conditions. Le modèle IS/LM, d'inspiration keynésienne, explique fort bien le fonctionnement de l'économie quand la masse monétaire est constante et que les prix/salaires sont rigides. Il permet de montrer comment la politique monétaire et le marché des biens interagissent, l'interaction entre ces deux marchés étant le fait des taux d'intérêt.

Les briques de base du modèle : la courbe IS et la courbe LM[modifier | modifier le wikicode]

Pour obtenir le modèle IS-LM, on doit poser quelques hypothèses simplificatrices, qui seront levées dans le chapitre suivant. Les voici :

  • L'offre n'est pas limitée, dans le sens où les entreprises peuvent répondre à toute augmentation de la demande en utilisant des capacités laissées inexploitées (heures supplémentaires, embauches, remise en marche de machines, et ainsi de suite).
  • L'hypothèse de rigidité des prix est respectée. En conséquence, toute modification des taux directeurs par la banque centrale entraînera une variation similaire des taux réels dans l'économie, tout du moins à court-terme. La conséquence est que le recours au crédit est favorisé, ce qui booste l'investissement des entreprises, les crédits à la consommation ou les crédits immobiliers. En conséquence de cette augmentation de l'investissement, le PIB augmente.
  • La quantité de monnaie est fixée par la banque centrale, et celle-ci est contrainte, constante. Cette hypothèse est fondamentale et sera la base de ce chapitre, ainsi que du suivant. Sans cela, on ne peut pas modéliser correctement l'économie sous l'étalon-or, celui-ci contraignant la création monétaire.

La courbe IS[modifier | modifier le wikicode]

Courbe IS

La première pièce du modèle IS--LM a déjà été vue en détail dans les chapitres précédents. Il s'agit de la courbe IS, une relation décroissante entre les taux d'intérêts nominaux et le PIB réel. Dans le modèle IS/LM de base, la courbe IS relie le taux d'intérêt nominal au PIB, et non le taux réel comme dans le modèle IS/MP. Il n'y avait pas le choix, sachant que la politique monétaire est décrite par son taux nominal dans le reste du modèle. Et cette utilisation de taux nominaux par le modèle lui a valu quelques critiques compréhensibles, sachant que l'investissement dépend du taux réel et non du taux nominal. Par la suite, le modèle IS/LM a été amendé pour que la courbe IS utilise un taux réel et non nominal. Pour cela, il a fallu rajouter la relation de Fisher au modèle. La courbe IS est donc devenue la suivante, avec :

  • le PIB Y ;
  • le PIB quand le taux réel vaut 0 :  ;
  • le taux d'intérêt nominal i ;
  • l'inflation anticipée  ;
  • un coefficient a qui indique quelle est l'influence du taux réel sur le PIB.

Reste à ajouter l'hypothèse de rigidité des prix au modèle. Celle-ci dit que les prix sont considérés comme fixes, au moins à court-terme, ce qui fait que l'inflation anticipée reste la même. En conséquence, toute modification des taux nominaux se répercute à l'identique sur les taux réels. Même mécanisme que pour le modèle IS/MP, donc.

La courbe LM[modifier | modifier le wikicode]

Illustration du marché monétaire.

Maintenant, regardons ce qui se passe sur le marché monétaire. Ici, point de contrôle des taux d'intérêts par la banque centrale : la banque centrale contrôle la quantité de monnaie en circulation dans l'économie. Cette quantité de monnaie, aussi appelée offre de monnaie, rencontre la courbe de demande de monnaie, la rencontre déterminant le taux d'intérêt. On a vu il y a quelques chapitres que la demande de monnaie dépend de plusieurs facteurs, le revenu étant l'un d'eux. Il va de soi que plus un ménage a un fort revenu, plus ses dépenses seront importantes, et plus il devra détenir de monnaie pour ses transactions. On sait aussi que la demande de monnaie est une fonction décroissante des taux. On peut illustrer cette relation décroissante sur un graphique, ce qui donne une courbe de demande de monnaie. L'équation qui correspond est la suivante :

Que se passe-t-il quand le PIB augmente ? Très simple : la demande de monnaie augmente, à taux d'intérêt identique. En conséquence, la courbe de demande de monnaie va se déplacer vers le haut/la droite, alors que la courbe d'offre va rester immobile. Le point d'intersection de ces deux courbes va donc remonter, ce qui se traduit par une hausse des taux d'intérêt. Dit autrement, les taux d'intérêt augmentent avec le PIB. Les taux directeurs ont une relation indirecte avec le PIB. Dans les grandes lignes, une hausse du PIB entraînera systématiquement une hausse des taux directeurs. On peut résumer le tout avec une courbe qui relie PIB et taux d'intérêt sur le marché monétaire : la courbe LM.

Courbe LM

L'équilibre IS/LM[modifier | modifier le wikicode]

Équilibre IS-LM

Le modèle complet est définit par ces deux équations :

  •  : Courbe IS
  •  : Courbe LM

La courbe LM est croissante alors que la courbe IS est décroissante. Il existe donc un point d'intersection qui définit l'équilibre macroéconomique. Pour déterminer cet équilibre, il suffit de placer les courbes IS et LM sur le même graphique, avec le PIB en abscisse et le taux d'intérêt en ordonnée. Les deux courbes se croisent en un point unique, le point d'équilibre IS/LM, qui donne le taux d'intérêt et le PIB qui prévalent dans l'économie. Il faut noter que la position exacte de ce point d'intersection peut varier : tout ce qui fait bouger la courbe IS ou la courbe LM vont faire bouger ce point, et donc faire varier les taux et le PIB. Dans les grandes lignes, la politique fiscale/budgétaire peut faire bouger la courbe IS, alors que la politique monétaire va faire bouger la courbe LM. Mais d'autres paramètres ont aussi leur importance : une révision des anticipations d'inflation va modifier les deux courbes, une augmentation du taux d’épargne va modifier la courbe IS, etc.

L'effet de la politique budgétaire[modifier | modifier le wikicode]

Effet d'une politique de relance sur l'équilibre IS/LM.

Maintenant, étudions l'effet de la politique budgétaire. Pour rappel, le PIB est la somme de l'investissement I, de la consommation C, des exportations E et des dépenses gouvernementales G.

Toute augmentation de l'un d'eux, à taux d'intérêt égal, se répercute sur le PIB. Sur le graphique, cela se traduit par un déplacement de la courbe IS vers la droite : le PIB augmente à taux égal. Le gouvernement peut faire appel à une politique fiscale accommodante (augmenter les dépenses budgétaires ou baisser les impôts) pour augmenter le PIB, déplaçant la courbe IS vers la droite. Une politique budgétaire restrictive aura l'effet inverse (baisse du PIB), ce qui déplacera la courbe IS vers la gauche. La politique budgétaire modifie donc la courbe IS, en déplaçant celle-ci vers la gauche ou la droite.

L'effet d’éviction[modifier | modifier le wikicode]

Prenons l'exemple d'une politique budgétaire accommodante, à savoir une politique de relance qui fait se déplacer la courbe IS vers la droite. Une augmentation de du PIB se traduira par un déplacement vers la droite de la courbe IS de unités. En conséquence, le point d'intersection des deux courbes se déplacera vers la droite : le PIB augmente. Le déplacement exact dépend de la forme de la courbe LM.

Dans le cas général, la courbe LM étant croissante, le point d'intersection va remonter, ce qui fait qu'il se déplacera vers la droite d'une longueur inférieure à unités. Dit autrement, la politique monétaire va quelque peu contrecarrer la relance budgétaire. En effet, l'augmentation du PIB se traduira par une augmentation de la demande de monnaie. Mais l'offre étant fixée, le taux d'intérêt va naturellement augmenter. Cette augmentation du taux va se répercuter sur l'investissement, qui diminuera, compensant partiellement l'augmentation du PIB induite par la relance. Pour résumer, une partie de l'investissement public remplacera l'investissement privé : c'est ce que l'on appelle l'effet d'éviction.

Dans le cas extrême où la courbe LM est verticale, l'effet d'éviction, est total : toute politique de relance est systématiquement compensée par une baisse identique de l'investissement, et le PIB reste le même. C'est la vision des monétaristes, qui pensent que la courbe LM est verticale, ou tout du moins très proche de la verticale. Dans ces conditions, toute politique de relance est inutile : elle ne fera que faire monter le taux d'intérêt, sans effet sur le PIB. La politique monétaire est alors la seule à pouvoir répondre à une variation soudaine de l'activité. L'arme monétaire est ainsi la seule à pouvoir contrer les récessions.

Le cas des trappes à liquidité[modifier | modifier le wikicode]

Trappe à liquidité.

Les Keynésiens ne sont évidemment pas de cet avis, et pensent plutôt que la courbe LM est proche de l'horizontale. Ils pensent notamment que la courbe LM est horizontale sur une portion bien délimitée, là où les taux d'intérêt sont faibles. Dans ces conditions, une baisse des taux d'intérêts n'entraîne pas de hausse ou de baisse du PIB. Une telle situation où une baisse des taux d'intérêt n'a pas d'effet sur le PIB et ne permet pas de stimuler l'économie est appelée une trappe à liquidité. Dans ce cas, l'effet d'éviction est strictement nul : une politique de relance n'augmente pas les taux d'intérêt et se traduit par une augmentation du PIB calculée par le multiplicateur keynésien. La politique budgétaire est alors efficace, là où la politique monétaire est réduite à une inefficacité totale.

L'effet de la politique monétaire[modifier | modifier le wikicode]

Effet d'une augmentation de la masse monétaire et/ou d'une baisse de la demande de monnaie sur l'équilibre IS/LM.

Toute modification de la quantité de monnaie entraîne une variation de la courbe LM. A PIB égal, un accroissement de la quantité de monnaie se traduit par une baisse des taux (et inversement pour une hausse de la masse monétaire). Ainsi, une augmentation de la quantité de monnaie se traduira par un déplacement vers le bas de la courbe LM, tandis qu'une diminution de l'offre de monnaie la fera monter.

La courbe IS restant identique, le point d'intersection des deux courbes va se déplacer vers la droite ou la gauche. Pour une baisse de la courbe LM, cela se traduit par une baisse des taux d'intérêt et une augmentation du PIB. Le mécanisme complet est relativement simple. Une augmentation de la masse monétaire entraîne une baisse des taux d'intérêt, ce qui stimule le crédit et l'investissement : le PIB augmente en proportion. Une diminution de l'offre de monnaie aura l'effet inverse : cela diminuera le PIB, via une contraction de l'investissement.

L'effet d'un choc de demande de monnaie[modifier | modifier le wikicode]

La demande de monnaie n'est pas fixe, mais peut varier assez fortement dans le temps. Il faut dire qu'elle dépend du comportement des agents économiques, de leur volonté d'épargner, de leur consommation et de bien d'autres choses. On peut comprendre les conséquences d'une variation de la demande de monnaie à partir du schéma offre-demande de monnaie. Une variation de la demande de monnaie, à offre de monnaie égale, se répercute sur les taux : une baisse de la demande de monnaie fait baisser les taux et inversement. Tout cela impacte directement la courbe LM, qui se déplace vers le bas pour une baisse de la demande de monnaie et vers le haut pour une hausse. L'effet se répercute sur le PIB par l’intermédiaire de la courbe IS. Pour comprendre ce qui se passe, prenons l'exemple d'une baisse de la demande de monnaie. A offre de monnaie égale, cela fait baisser les taux d'intérêt sur le marché monétaire. Cette baisse des taux va, par l'intermédiaire de la courbe IS, stimuler l'économie et augmenter le PIB.

Une conclusion intéressante de ce raisonnement est appelé le paradoxe de l'épargne. Ici, l'épargne considérée est l'épargne monétaire, non-investie sur les marchés financiers ou utilisée pour faire crédit. Dit autrement, il s'agit de l'épargne sous forme de monnaie, que ce soit sous forme d'espèces ou de dépôts bancaires. Si tous les agents économiques augmentent leur épargne monétaire, l'effet sur l'économie est récessif. En effet, l’augmentation de l'épargne monétaire, sous forme de monnaie, se traduit par une forte hausse de la demande de monnaie. L’impact est alors récessif, avec une baisse du PIB. Qui dit hausse de l'épargne monétaire, à masse monétaire constante, dit moins de monnaie pour les transactions, donc moins d'achats et moins de PIB. On peut voir cela comme une baisse de la vélocité de la monnaie induite par un surplus d'effort d'épargne monétaire.

On pourrait croire que l'épargne supplémentaire est utilisée pour l'investissement, ce qui pourrait compenser l'effet précédent. Dans ce cas, la monnaie épargnée est remise en circulation par l'investissement et la vélocité de la monnaie reste la même. C'est effectivement ce qui se passe pour une épargne non-monétaire, investie en crédits ou sur les marchés financiers. Mais le cas en question n'entraine pas de hausse de la demande de monnaie, vu que l'épargne en question est composée de crédits, de titres ou d'actions, pas de monnaie. Le cas étudié est une hausse de l'épargne monétaire, non-investie, ce qui fait que l'investissement n'augmente pas.

Une autre conséquence est que le contrôle de la masse monétaire n'est pas optimal si la demande de monnaie est instable. Le modèle IS/LM dit que si la banque centrale contrôle la masse monétaire, les fluctuations de se répercutent sur le PIB, en sens inverse : une hausse de entraine une baisse de Y et réciproquement. Si la demande de monnaie est instable, à savoir qu'elle fluctue beaucoup, alors le PIB et les variables associées (comme l'emploi et l'inflation) en feront de même. La volatilité de la demande de monnaie se répercute aussi sur l'inflation : elle entraine une volatilité du PIB, qui se transmet à l'inflation par le biais de la courbe de Phillips. La banque centrale doit alors ajuster sans cesse la quantité de monnaie à sa demande pour garder l'inflation sous contrôle. Rien de tout cela n'a lieu avec un contrôle des taux directeurs, raison pour laquelle cette politique est préférée par les banques centrales.