La politique monétaire/Les rigidités nominales de court-terme

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Le chapitre précédent a donné un bon aperçu de l'effet de la politique monétaire sur le long-terme. On a vu que sur le long-terme, les prix et salaires peuvent s'adapter selon la loi de l'offre et de la demande. De plus, la vélocité, bien que variable, tend à rester aux environ de sa valeur moyenne que l'on peut supposer constante. Dans ces conditions, toute augmentation de la masse monétaire se traduit par de l'inflation et une hausse des taux d'intérêts nominaux, mais que celle-ci n'a pas d'effet sur le PIB ou sur les taux réels. Mais ce qui est vrai pour le long-terme ne l'est pas sur le court-terme, l’ajustement des prix et salaires n'étant pas immédiat. On peut schématiquement distinguer deux catégories principales de rigidités de ce type :

  • une rigidité des prix : les prix mettent un certain temps avant d'égaliser offre et demande, suite à la mise en place d'une politique monétaire quelconque ;
  • et une rigidité des salaires, à savoir que les salaires évoluent peu à court-terme, notamment quand il s'agit de les baisser : peu d'employés accepteraient, à raison, une baisse de salaire, même justifiée par la conjoncture économique.

Salaires et des prix ont en commun le fait qu'ils sont des variables dites nominales, à savoir dépendantes du niveau général des prix. Les deux hypothèses peuvent ainsi fusionner en une seule, qui stipule des rigidités nominales. Ce chapitre vise à étudier plus en détail les rigidités nominales. Ces rigidités sont modélisées dans diverses théories. Ces théories sont obligées de postuler l'existence de frictions, d’imperfections de marchés qui empêchent l'offre et la demande de s'égaliser à court-terme. Il existe diverses théories qui visent à rendre compte des rigidités nominales, deux modèles étant le plus souvent utilisés : le modèle de Taylor pour la rigidité des salaires, et le modèle de Calvo pour la rigidité des prix. Mais ces deux modèles sont loin d'être les seuls, des modèles plus complets et réalistes, mais aussi plus compliqués à appréhender, existent. Dans les grandes lignes, on peut classer ces modèles en trois types d’explications différentes : ceux qui se basent sur une asymétrie d'information dans le marché des biens, d'autres qui expliquent la rigidité des salaires, et enfin des théories qui expliquent la rigidité des prix. Ces approches, que nous étudierons peut-être en détail plus tard, arrivent cependant aux mêmes conclusions. Nous en reparlerons plus en détail dans le chapitre sur la courbe de Phillips. Ces dernières postulent que mettre à jour les prix et/ou salaires entraine des couts pour les entreprises, couts défavorables à la mise à jour des prix.

La rigidité des prix[modifier | modifier le wikicode]

A court-terme, la stimulation de la demande par la politique monétaire entrainera des effets sur le PIB et les taux réels, qui se résorberont quelques mois ou années plus tard.

L'effet sur le PIB[modifier | modifier le wikicode]

Pour étudier les conséquences de la rigidité des prix, on peut partir de l'équation suivante, vue au chapitre précédent :

La rigidité des prix se traduit par le fait que les prix restent constants, ce qui induit que . L'équation se simplifie alors en :

On voit alors qu'une politique monétaire accommodante peut avoir deux conséquences : soit en stimule la production et le PIB augmente, soit la vélocité diminue. La diminution de la vélocité provient du fait que les agents économiques épargnent la monnaie crée et refusent de la dépenser : pas de dépense supplémentaire, pas d'augmentation du PIB. En comparaison, la hausse du PIB a lieu quand l'argent crée circule dans l'économie, quand il est dépensé. Évidemment, la réalité se situe souvent entre les deux : une part de l'argent crée est épargné tandis que l'autre est dépensé.

Toujours est-il que la dépense de l'argent crée va stimuler temporairement l'activité économique, augmentant temporairement le PIB. Ce n'est que par la suite que cette augmentation du PIB se transformera en inflation. Dit autrement, la théorie quantitative de la monnaie ne vaut qu'à long-terme, une fois que les effets transitoires sur le PIB disparaitront au profit d'une variation des prix. Nous verrons comment cette transformation s'opère dans le chapitre sur la courbe de Phillips.

L'effet sur les taux réels[modifier | modifier le wikicode]

La rigidité des prix a aussi des conséquences sur le taux réel (les deux étant reliés, comme on le verra plus tard). Pour rappel, le taux réel est égal à . Cette équation pose le problème du calcul du taux au moment où un agent effectue un investissement. L'agent économique souhaite se prémunir contre l'inflation, en négociant un taux réel. Cela demande de connaitre l'inflation future. Pour prédire le rendement réel, les investisseurs vont estimer l'inflation future, faire des anticipations d'inflations. Ainsi, l'équation de Fisher, qui permet de calculer le taux réel à parti de l'inflation, se reformule en remplaçant l'inflation par l'inflation anticipée. Cette relation est appelée l'équation de Fisher des taux d'intérêts :

A cause de la rigidité des prix, les agents économiques ne s'attendent donc pas à une variation soudaine de l'inflation : les anticipations d'inflation sont fixes. Ainsi, toute variation des taux nominaux se répercute sur les taux réels et non sur les anticipations d'inflations. Il se trouve, comme on le verra plus tard, que la banque centrale peut modifier certains taux nominaux dans l'économie : la banque centrale a ainsi le contrôle des taux réels sur le court-terme. Mais à long-terme, l'inflation va augmenter, de même que les anticipations d'inflation. Cette augmentation va progressivement rogner les taux réels (à taux nominaux égaux), faisant repasser celui-ci à sa valeur naturelle.

Anticipations d'inflation[modifier | modifier le wikicode]

Toute modélisation du phénomène précédent demande de modéliser les anticipations d'inflation. Les premières théories monétaristes ont tenté de modéliser les anticipations des agents économiques avec des anticipations adaptatives, où les agents utilisent l'inflation passée pour prédire l'inflation future. Avec celles-ci, les agents anticipent l'inflation en faisant une moyenne pondérée des valeurs passées de l'inflation. Les valeurs passées de l'inflation ont un poids qui diminue exponentiellement avec le temps. Dans le cas le plus simple, celui des anticipations fixes, les agents ne prennent en compte que la dernière valeur de l'inflation. Néanmoins, ces anticipations adaptatives ne sont pas parfaites, et les utiliser dans des modèles économiques est relativement compliqué. Leur défaut principal est que les agents peuvent tenter de prédire l'inflation future en fonction de sources d'information relativement différentes, et non de la seule inflation passée. Certains traders peuvent surveiller les taux et la politique monétaire, identifier les chocs d'offre ou de demande, et ainsi de suite.

Pour résoudre ces problèmes, les anticipations adaptatives ont progressivement été remplacées par les anticipations rationnelles, la théorie des anticipations aujourd'hui la plus répandue (non sans être critiquée). Avec cette théorie, les agents économiques anticipent l'inflation en utilisant toute l'information disponible. Cela ne signifie pas que tous les agents se forgeront la même anticipation : au contraire, chaque agent peut se faire sa propre anticipation, fortement différente des anticipations des autres agents. Par exemple, les agents économiques peuvent se tromper avec des anticipations rationnelles. Néanmoins, et c'est là le cœur des anticipations rationnelles, la moyenne des anticipations de tous les agents ne se trompe pas : elle est égale à la valeur réelle qu'aura l'inflation dans le futur, si aucun évènement imprédictible n'a lieu. L'hypothèse des anticipations rationnelle ne postule donc pas des agents rationnels, mais des marchés rationnels : il s'agit plus d'un postulat d'intelligence collective que de rationalité individuelle. Avec des anticipations rationnelles, en absence de chocs d'offre ou de demande, l'inflation est prédite à la perfection et la politique monétaire n'a alors aucun effet. Celle-ci est parfaitement prédite par les agents économiques, qui s'adaptent et annule tout effet qu'elle aurait pu avoir. En théorie, seule l'inflation non-anticipée a un effet sur le PIB ou les taux réels. Certains auteurs ont réussi à rendre compte de l'existence d'un effet à court-terme de la politique monétaire tout en utilisant des anticipations rationnelles, mais cela demande d'ajouter des frictions dans les théories utilisées.

La rigidité des salaires[modifier | modifier le wikicode]

Chômage classique et Keynésien.

La première théorie à faire appel aux rigidités salariales était la théorie de Keynes, détaillée dans son best-seller "Théorie générale de l'emploi, de l'intérêt et de la monnaie". Celle-ci se démarquait des explications de l'économie dite "classique", qui considérait que les salaires s'adaptaient à la demande et à l'offre sur le marché du travail. Sur le marché du travail, une offre de travail de la part des ménages rencontre une demande de travail de la part des entreprises. Le prix qui égalise offre et demande est le salaire réel , à savoir le rapport entre salaire "normal" (appelé salaire nominal) et niveau des prix  : . Ces anciennes théories ne pouvaient pas rendre compte d'un chômage involontaire, non-causé par une différence entre offre et demande sur le marché du travail, et se bornaient à expliquer le chômage par un chômage volontaire. Mais Keynes pensait que les rigidités des salaires nominaux pouvaient être la cause d'un chômage involontaire, à savoir d'une différence entre offre et demande de travail. Pour cela, il postula que les salaires nominaux devaient rester stables, y compris en cas de récession économique (ce qui correspond effectivement à ce que l'on observe en cas de récession).

La théorie de Keynes[modifier | modifier le wikicode]

Dans les grandes lignes, la théorie de Keynes part de cette hypothèse de rigidité des salaires nominaux. Cette rigidité fait que les salaires réels restent stables eux aussi, la rigidité des salaires nominaux se transférant aux salaires réels. Or, lors d'une récession, l'offre de travail change radicalement du fait de la baisse de l'activité. Les salaires réels devraient chuter pour égaliser l'offre et la demande sur le marché du travail. Mais du fait de leur stabilité, les salaires réels ne peuvent alors pas jouer leur rôle d'égalisation de l'offre et de la demande de travail, mais jouent un rôle similaire à celui d'un prix plancher. Dans ces conditions, les employeurs, ne pouvant baisser les salaires réels, doivent licencier pour égaliser offre et demande sur le marché du travail. On fait alors face à un chômage involontaire.

Keynes montra que cet emploi involontaire peut être combattu par la politique monétaire. Pour cela, il faut que quelque chose égalise offre et demande, en faisant varier les salaires réels. Et si les salaires nominaux ne peuvent baisser, il est possible de faire monter le niveau des prix grâce à une politique monétaire adaptée, en créant de la monnaie. En faisant cela, le salaire réel va baisser du fait de l'inflation. Ce faisant, la baisse du salaire réel va limiter les licenciements par les entreprises et favoriser les embauches. Ce qui lutte facilement contre le chômage involontaire. Un tel effet de la politique monétaire sur le chômage ne vaut cependant que dans une situation où le salaire réel devrait baisser, mais où la rigidité nominale l'en empêche. Une telle situation apparait lors des récessions, notamment les plus sévères.

Un modèle simplifié des rigidités salariales[modifier | modifier le wikicode]

Dans ce qui va suivre, nous allons étudier le fonctionnement de l'économie quand les salaires nominaux sont gelés. La rigidité des salaires individuels a des conséquences similaires à la rigidité des prix : elle permet à la politique monétaire d'avoir des effets réels. Pour comprendre pourquoi, nous devons voir d'où proviennent les salaires. Pour faire simple, une économie produit des biens ou services qu'elle vend à un prix moyen , les quantités de biens vendues étant notées . Dans ce cadre, le produit est tout simplement égal au PIB nominal et la quantité Q est égale au PIB réel. Le PIB nominal représente donc le chiffre d'affaires total de l'économie, l'ensemble de l'argent qui circule dans l'économie et achète des biens.

Liens entre salaires et quantité de travail[modifier | modifier le wikicode]

Les biens ou services sont produits par le travail des employés, ainsi qu'avec l'aide du capital de l'économie. On omettra le capital dans les raisonnements suivants, ce qui ne change rien à l'idée générale. Ce travail va être rémunéré par un salaire nominal. La somme de tous les salaires nominaux est assez facile à déterminer : c'est le PIB nominal ! En effet, tout argent dépensé pour acheter quelque chose sera un revenu pour le vendeur. Ultimement, toute rémunération provient du fait que quelqu'un a payé pour (via les impôts pour les fonctionnaires, directement pour les employés du privé). Donc, la somme des salaires nominaux est égale au PIB nominal et le PIB réel n'est autre que la somme des salaires corrigés du niveau des prix (le salaire réel). Un raisonnement trivial nous permet de déduire une équation qui relie le salaire individuel au salaire global (le PIB nominal). Celle-ci dit simplement que le salaire total est égal au salaire horaire moyen (salaire nominal) multiplié par le nombre d'heures de travail. Cette dernière n'étant autre que la quantité de travail, on a :

De même, le PIB réel est égal à la somme des salaires réels de toute l'économie. Dit autrement, il est égal au produit des salaires réels par la quantité de travail.

La fonction de production[modifier | modifier le wikicode]

Pour comprendre comment les rigidités salariales influencent le PIB, il nous faut ajouter deux équations à la précédente. La raison à cela est que le lien entre salaires et PIB réel n'est pas direct, mais dépend de la quantité de travail fournie pour créer ce PIB, cette production globale. Les économistes ont depuis longtemps créé des théories qui expliquent l'origine du PIB réel, la majeure partie de ces théories étant des théories de la croissance économique. La plus connue est de loin la théorie de Solow, mais nous n'en parlerons pas dans le détail ici. Nous allons juste réutiliser la base des théories de la croissance : la fonction de production.

Les théories de la croissance nous disent que le PIB et sa croissance dépendent de plusieurs paramètres : le stock de capital, la quantité de travail fournie par les travailleurs, et la productivité, à savoir la quantité produite par personne et par heure. La quantité de travail fournie correspond à une quantité totale d'heures de travail fournies par les travailleurs. Elle dépend du nombre d'employés (on produit plus avec 1000 employés qu'avec 100), mais aussi du nombre d'heures travaillées par employé (on produit plus en 100 heures de travail qu'en seulement 10). Dans ce qui va suivre, nous noterons : C le capital, T la quantité de travail et A la productivité. Le PIB réel est alors modélisé par une fonction qui dépend de ces trois paramètres, appelée fonction de production. Voici quelques formes usuelles de fonctions de production :

Il est possible de placer quelques contraintes intuitives sur cette fonction, la première étant d'imposer ce qu'on appelle des rendements décroissants. Une augmentation d'un facteur se traduit par une augmentation moindre de la production. Par exemple, si on triple le travail sans tripler le capital, la production n'est pas triplée, mais augmente de moins de trois fois. Cette propriété est relativement crédible : si on double le nombre d'employés sans doubler le nombre de machine, l'entreprise ne pourra pas produire deux fois plus.

Par contre, doubler le nombre de machines et d'ouvrier permettra certainement de produire deux fois plus : si on multiplie la force de travail et le capital par deux, la production est doublée. De manière générale, augmenter les deux facteurs dans les mêmes proportions augmentera la production d'autant. On parle alors de rendements d'échelle constants.

Dans ce qui va suivre, nous allons omettre le stock de capital pour simplifier les explications, ce qui simplifie la fonction de production en :

En combinant avec l'équation , on trouve que :

Cette équation nous dit que le salaire réel est la rémunération de la productivité des employés. Cela explique pourquoi les salaires réels sont généralement rigides : tant que la productivité est stable, les salaires réels doivent rester stable eux aussi. En conséquence, en cas de récession, les salaire réels ne peuvent pas s'adapter pour accommoder la récession, comme vu plus haut.

Le modèle complet[modifier | modifier le wikicode]

Le modèle total est donc composé des trois équations suivantes :

La rigidité des salaires nominaux signifie que est une constante qui ne varie pas à court-terme. Si la quantité de monnaie diminue, cela va naturellement diminuer le PIB nominal. La troisième équation nous dit que cette baisse ne se répercutera pas sur les salaires nominaux moyens, mais qu'elle se traduira par une baisse de la quantité de travail. Cela entraînera naturellement une augmentation du chômage, chose qui arrive dans toute récession. Or, si la quantité de travail diminue, alors le PIB réel diminuera aussi : c'est le résultat de la seconde équation. On voit donc que la politique monétaire, qui modifie la quantité de monnaie, a un effet sur les variables réelles comme le chômage et le PIB réel.

L'asymétrie d'information[modifier | modifier le wikicode]

Les théories basées sur une asymétrie d'information sur le marché des biens sont relativement peu nombreuses, mais ont eu une influence déterminante sur la macroéconomie théorique. Le mécanisme à l'origine des effets réels de la politique monétaire a été formulé par Milton Friedmann, sous une formulation essentiellement verbale. Celui-ci se base sur un biais cognitif nommé l'illusion monétaire, le fait que les salariés ne perçoivent pas correctement la hausse des prix, ou tout du moins mettent du temps avant de s'en rendre compte. Cette illusion monétaire est à l'origine d'une différence entre les salaires réels effectifs et les salaires réels perçus par les entreprises et salariés. Suite à une hausse de l'inflation, les salaires nominaux vont naturellement augmenter, alors que les salaires réels vont rester les mêmes. Les salariés vont voir la hausse des salaires nominaux, mais vont tarder à voir la hausse des prix : ils vont croire que la hausse des salaires nominaux est synonyme d'une hausse des salaires réels. Dans ce cas, plus de monde souhaitera travailler pour des salaires nominaux plus élevés, à savoir pour des salaires réels plus bas : l'emploi augmente et le taux de chômage baisse. Mais cela ne dure que tant que l'illusion monétaire se fait sentir. Quand les salariés commencent à voir la hausse des prix, ils vont alors revoir leurs estimations du salaire réel, et adapter l'offre de travail en conséquence. Le chômage revient alors à son taux naturel, à savoir le taux de chômage lié au PIB potentiel.

Modèle des îles de Lucas[modifier | modifier le wikicode]

Le mécanisme décrit par Friedmann était une formulation essentiellement verbale, et non une théorie mathématique. Il fallut attendre quelque temps avant que ce modèle soit traduit sous forme mathématique sous la forme d'un modèle théorique. Le modèle de ce genre le plus connu est le modèle des îles de Lucas, la première théorie de ce genre qui aie été inventée. Elle aboutit à la formulation de l'équation suivante, appelée courbe d'offre de Lucas, où :

  • est le niveau moyen des prix ;
  • est le niveau futur des prix anticipé par les entreprises ;
  • le PIB et le PIB potentiel ;
  • un coefficient de proportionnalité.

D'autres approches, que nous étudierons peut-être en détail plus tard, arrivent cependant à des conclusions similaires. Nous en reparlerons plus en détail dans le chapitre sur la courbe de Phillips.

Le fonctionnement de l'économie avec des rigidités nominales[modifier | modifier le wikicode]

On a vu que les rigidités nominales ont des conséquences assez diverses, des variations du PIB et taux réel, notamment. Il est maintenant temps de voir comment l'économie fonctionne sur le court-terme.

Le fonctionnement à court-terme[modifier | modifier le wikicode]

Politique monétaire et modèle à trois équations.

On verra dans quelques chapitres que la politique monétaire a une influence sur l'économie à court-terme, influence qui est causée par plusieurs mécanismes. On peut résumer la politique monétaire assez simplement en disant que la banque centrale a le contrôle sur les taux réels sur le court-terme. Cette baisse des taux incite les ménages et entreprises à s'endetter, ce qui facilite l'investissement : acheter des machines, des usines, une voiture ou de l'immobilier se fait souvent à crédit. Il faut dire que le cout réel du crédit dépend du taux réel et non du taux nominal : l'inflation va rogner le cout des intérêts. Baisser les taux réels favorise donc l’investissement, qui fait lui-même partie du PIB : le PIB augmente en conséquence. On pourrait anticiper sur les chapitres suivants en disant que cette augmentation de l’investissement se répercute sur la consommation, augmentant encore l'effet (les connaisseurs auront reconnu le multiplicateur keynésien, qui sera vu dans quelques chapitres). Dit autrement, la baisse des taux réels injecte de la monnaie dans l'économie sous la forme de prêts, qui seront dépensés. La consommation et l'investissement vont augmenter et les entreprises vont augmenter leurs ventes. En clair, la demande va augmenter, induisant ainsi une hausse de la production et du PIB. Pour résumer, une baisse des taux réels entraine une hausse du PIB, et inversement. Cette relation est connue sous le nom de courbe IS, et sera détaillée dans quelques chapitres.

L'augmentation de la production va rapidement être remarquée par les commerçants et producteurs. Du fait du jeu de l'offre et de la demande, ceux-ci vont augmenter leurs prix jusqu'à ce que l'offre et la demande soient égales. On peut en dire plus sur cette transition vers le long-terme, en la résumant en une relation entre PIB et inflation : plus le PIB est élevé, plus l'inflation le sera aussi. Cette relation, connue sous le nom de courbe de Phillips, sera abordée en détail d'ici quelques chapitres. Cependant, il est bon d'en toucher un mot à cet endroit du cours.

Mais la hausse de l'inflation ne va pas durer très longtemps. La durée de cette phase dépend énormément de la réaction de la banque centrale, de la manière dont elle prend en compte l'inflation. La banque centrale surveille régulièrement l'évolution de l'inflation et réagit si celle-ci devient trop importante. Elle vérifie aussi le PIB, dont les variations permettent de prédire l'inflation, via la courbe de Phillips. Cette réaction se base sur une modification des taux réels, à l'initiative de la banque centrale, par le biais d'une modification des taux nominaux. On peut résumer ces points dans le schéma de droite, qu'il est bon de retenir. La suite du cours se basera sur ce diagramme, essentiellement pour détailler les relations entre chaque variable, que ce soit la courbe IS, la courbe de Phillips ou la fonction de réaction de la banque centrale. Un chapitre sera d'ailleurs dédié à chaque courbe/relation.

Transition entre court et long-terme[modifier | modifier le wikicode]

Politique monétaire et modèle à trois équations, version détaillée avec la masse monétaire

On verra dans quelques chapitres que la politique monétaire n'a pas tout à fait le contrôle des taux réels, mais le contrôle des taux nominaux. Elle peut modifier les taux des crédits, des emprunts immobiliers, des obligations, etc. Elle contrôle donc une variable nominale, mais une variable nominale particulièrement importante pour le fonctionnement de l'économie. Du fait de la rigidité des anticipations d'inflation, toute baisse des taux nominaux par la banque centrale se répercute sur les taux réels. Mais cela ne vaut que pour le court-terme. Sur le long-terme, les anticipations d'inflation et s'adaptent pour devenir de plus en plus précises, et ce d'autant plus que les anticipations d'inflation sont performatives, à savoir que l'inflation finit toujours par être égale à ses anticipations sur le long-terme. Sur le long-terme, les anticipations d'inflation des agents économiques vont contrecarrer l'effet de la politique monétaire. Pour simplifier, l'inflation va se répercuter dans les taux nominaux, réduisant le taux réel à sa valeur naturelle. Le PIB évoluera en même temps que les taux, et finira par atteindre le PIB d'équilibre. L'effet sur le PIB de la politique monétaire est alors annulé, au prix d'une variation des prix. Sur le long-terme, le taux reste égal au taux naturel, les anticipations d’inflation s'adaptant naturellement à la politique de la banque centrale, en neutralisant celle-ci. Pour résumer, on voit que la création monétaire a des effets différents à court et à long-terme. On verra dans quelques chapitres que l'action de la banque centrale sur les taux nominaux est indirecte, à savoir que la banque centrale fait varier la quantité de monnaie en circulation pour modifier les taux nominaux.