Les suites et séries/Les sommes partielles

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Dans les chapitres précédents, nous avons étudié les suites et leurs limites, sans nous préoccuper de ce qui se passe quand on additionne les termes d'une suite. Dans ce chapitre, nous allons étudier ce qui se passe quand on additionne tous les termes d'une suite jusqu’à un certain rang. Le résultat de cette opération est ce qu'on appelle une somme partielle, définie par l’opération :

.

Dans ce chapitre, nous allons voir quelques généralités sur les sommes partielles, avant de voir quelques exemples simples mais sans grande importance. Les sommes partielles de suites importantes seront vues dans les chapitres suivants. Nous y verrons quelques sommes partielles de suites classiques, comme la somme des n premiers entiers, la somme partielle d'une suite arithmétique ou géométrique, et bien d'autres.

Les sommes partielles sont un premier tremplin vers le concept final de ce cours : les séries. La différence entre somme partielle et série est assez simple à comprendre : une série additionne tous les termes d'une suite infinie, alors que la somme partielle n'en additionne qu'un nombre fini. Vous vous doutez bien qu'il vaut mieux voir le cas le plus simple, fini, avant de passer aux sommes infinies que sont les séries.

Les opérations sur les sommes partielles[modifier | modifier le wikicode]

Avant de voir un exemple de somme partielle, nous allons voir rapidement les opérations que l'on peut faire avec les sommes partielles. Vous avez vu dans les chapitres précédents qu'il est possible d'additionneur deux suites, de multiplier une suite par une constante, et de faire bien d'autres opérations. Beaucoup de suites peuvent s'écrire comme la somme de deux suites plus simples, ou d'un multiple d'une autre suite. Il est intéressant d'étudier ce qui se passe quand on prend la somme partielle de telles suites. Dans les grandes lignes, les sommes partielles sont juste un enchainement d'additions, en nombre fini. Les propriétés de commutativité, d'associativité et de distributivité tiennent donc, ce qui permet de faire quelques simplifications.

La somme partielle du multiple d'une suite[modifier | modifier le wikicode]

Pour le multiple d'une suite, sa somme partielle est la suivante :

En clair, on peut sortir la constante de la somme, la factoriser comme avec une somme normale.

Précisons aussi que l'on peut faire d'autres raccourcis. Par exemple, la somme partielle d'une suite constante est égal au produit du nombre de rang par la constante. Dit autrement, on a :

Un cas particulier de l'expression précédente est le cas où  :

La somme partielle d'une somme de suites[modifier | modifier le wikicode]

Pour la somme de deux suites, sa somme partielle est la suivante :

Là encore, le résultat est intuitif et est lié à la commutativité de l'addition : on peut changer l'ordre des additions comme on le souhaite sans changer le résultat.

La somme partielle du produit de deux suites[modifier | modifier le wikicode]

Pour le produit de deux suites, le calcul naïf ne marche pas : la somme du produit de deux suites n'est pas la somme des produits.

Le calcul de la somme partielle est beaucoup plus compliqué et il n'existe pas vraiment de formule générale qui fonctionne. On peut cependant déduire un cas particulier, quand la seconde suite est une suite télescopique. Dans ce cas particulier, on peut alors utiliser la sommation par partie, que voici :

On peut appliquer cette formule dans le cas général, en transformant une suite en suite télescopique. Pour montrer comment, partons du cas général :

On peut alors définir la suite suivante :

.

Par définition, on a , ce qui permet de réécrire le produit P comme ceci :

En faisant une sommation par partie, on trouve alors :

Les suites télescopiques[modifier | modifier le wikicode]

Les sommes télescopiques sont les sommes partielles de la forme :

Pour

On peut facilement démontrer que ces sommes convergent vers :

Pour


Démonstration

Partons de la définition d'une suite télescopique :

Développons l'expression :

Pour

On peut changer l'ordre des termes, ce qui donne :

Pour


Démonstration

Partons de la définition d'une suite télescopique :

Appliquons la formule  :

En simplifiant, cela donne :

Pour

Exemples de sommes partielles[modifier | modifier le wikicode]

Il est maintenant temps de voir quelques exemples de suites assez simples. Certaines des suites que nous allons étudier ont étés abordées dans les chapitres précédents.

La somme de la suite des nombres oblongs[modifier | modifier le wikicode]

Pour commencer, nous allons étudier la suite des nombres oblongs. Un nombre oblongs est, par définition, le produit de deux entiers consécutifs, en clair un nombre n tel que , avec i un entier. Ces nombres ont été beaucoup étudiés dans l'antiquité car ils peuvent se représenter visuellement sans difficultés (ils forment un rectangle), au même titre que les nombre triangulaires et d'autres nombres du même genre. Mais ce qui va nous intéresser ici est la somme des n premiers nombres oblongs. En clair, nous allons calculer la somme partielle suivante :

On peut alors démontrer que :


Démonstration

Partons de la définition de la suite des nombres oblongs et développons.

On démontrera dans quelques chapitres que et que En faisant le remplacement, on a :

On met au même dénominateur :

On additionne les termes au numérateur :

Puis on simplifie :

L'inverse de la suite précédente[modifier | modifier le wikicode]

Maintenant, nous allons reprendre la même suite, si ce n'est que nous allons prendre l'inverse de chaque terme. En clair, nous allons étudier la suite suivante :

On peut démontrer que :


Démonstration

Cette propriété se démontre assez facilement en utilisant une preuve par induction.

Initialisation :

On doit commencer par vérifier que cette relation se vérifie pour le premier terme. C'est le cas, comme le prouvent les calculs suivants :

Pour ,
Pour ,

Récurrence :

Si on suppose que la relation à prouver est valable pour n, alors elle doit l'être aussi pour n + 1. Il faut donc prouver la relation suivante :

Par définition, on a :

On suppose alors que la relation est valable pour n, ce qui fait que le premier terme à droite du signe égal vaut  :

On met au même dénominateur :

On additionne et on développe :

On peut remarquer que  :

On simplifie alors par  :


Démonstration

Une autre possibilité consiste à réécrire la suite initiale sous la forme d’une suite télescopique. Pour cela, partons de la suite initiale :

On applique alors la formule

La formule précédente s'identifie à la limite de la suite télescopique . En appliquant la formule des suites télescopiques, on trouve que :

La suite de Fibonacci[modifier | modifier le wikicode]

La somme partielle des n premiers nombres de Fibonacci a une expression assez simple. Si on note le énième nombre de Fibonacci, on a :

Pour ,


Démonstration

Cette propriété se démontre assez facilement en utilisant une preuve par induction.

Initialisation :

On doit commencer par vérifier que cette relation se vérifie pour les trois premiers termes :

Ce qui est le cas :

Récurrence :

Si on suppose que la relation est valable pour n, alors elle doit l'être aussi pour n + 1. Il faut donc prouver la relation suivante :

Par définition, on a :

Or, on a, par supposition : . On peut faire le remplacement dans l'équation précédente, ce qui donne :

On applique alors la définition des nombres de Fibonacci, qui dit que : . On a alors :


La suite harmonique[modifier | modifier le wikicode]

Sommes partielles de la suite harmonique et de la suite de l'inverse des carrés.

La suites de Riemann donnent quelques exemples simples de sommes partielles. Les deux cas les plus importants sont de loin les suites harmoniques et la suite de l'inverse des carrés. Leurs sommes partielles se rencontrent dans de nombreuses situations en économie, en physique ou en mathématiques appliquées.

Commençons par voir la suite harmonique, la plus simple. Pour rappel, la suite harmonique est la suite des inverses des entiers naturels. Il est parfaitement possible d'additionner les n premiers termes de la suite harmonique, ce qui donne les nombres harmoniques. Ceux-ci sont tous des nombres non-entiers, à l'exception de 1 (qui est son propre inverse). Le énième nombre harmonique est simplement la somme des n premiers termes de la suite harmonique. Il vaut :

Ce graphique montre en rouge la suite des nombres harmoniques, et en bleu la fonction logarithme népérien. On voit que les deux suites/fonctions sont assez proches.

Il y a une propriété intéressante avec ces nombres harmoniques. La suite en elle-même converge vers zéro, mais sa somme partielle ne cesse de grandir avec le rang. Si on compare les nombres harmoniques avec , on trouve que les deux valeurs sont assez similaires pour des rangs élevés. Mieux : plus le rang augmente, plus les deux valeurs se rapprochent. Cela a une conséquence assez intéressante : la différence entre un nombre harmonique et converge vers une constante appelée constante d'Euler–Mascheroni, notée . On peut donc résumer le tout avec cette formule :

Et pour être plus précis, en utilisant les notations liées à la vitesse de convergence :

La constante d'Euler–Mascheroni vaut, par définition :

Elle vaut approximativement :