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Philosophie/Thalès de Milet/Textes et traductions période Grèce Classique

Un livre de Wikilivres.
Période de la Grèce Hellénistique
Période de la République Romaine
Période du Principat de l’Empire Romain


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Période de la Grèce I Classique

(-480 , Victoire grecque de Salamine contre les Perses — -323 , mort d’Alexandre le Grand II)


(-480, à Halicarnasse en Carie, satrapie de l’Empire achéménide ⤵️-425, à Thourioï, cité grecque ⤴️, fondée sur le site antérieur de Sybaris, dont Hérodote a participé à l’essaimage) 📚

Portrait d’Hérodote, identifié par comparaison avec d’autres bustes nommés de l’historien. Marbre grec, copie romaine d’un original grec du début du IVème siècle AEC.

Provenance : environs de la Porta Metronia, Rome.

Exposition : Rez-de-chaussée 🔍 du Museo nazionale romano di Palazzo Massimo alle Terme PMT 85.



📚

Manuscrits
  • Le Papyrus Oxyrhynchus 18 (en) est un fragment du Livre I des Histoires d’Hérodote (chapitres 105-106), écrit en grec, et daterait du IIIème siècle EC. Il a été découvert par Grenfell et Hunt en 1897 à Oxyrhynque.
  • Le Papyrus Oxyrhynchus 19 (en) est un fragment du Livre I des Histoires d’Hérodote (chapitre 76), écrit en grec. Il daterait du IIème ou du IIIème siècle EC.
  • Le Papyrus Oxyrhynchus 2099 est un fragment du Livre VIII des Histoires d’Hérodote, et daterait de la première partie du IIème siècle EC.


Seule œuvre connue d’Hérodote, il y expose le développement de l’empire perse II (Livres I à IV), puis relate les guerres médiques III qui opposèrent les Perses de l’Empire achéménide ⤵️ aux Grecs ⤴️ au début du Vème siècle AEC (Première : Livres V et VI; Seconde : Livres VII à IX).


Le découpage en neuf livres, chacun portant le nom d’une Muse I n’est pas le fait de l’auteur : la première mention en est faite par Diodore de Sicile ⤵️ au Ier siècle AEC


Victoire du Grand roi achéménide I Cyrus II II sur le roi de Lydie III Crésus IV (Livre I, chapitres VI à XCIV).


Chapitre LXXIV
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Récit de La bataille de l’Éclipse I / de l’Halys II, prédite par Thalès.


Texte grec

74. Μετὰ δὲ ταῦτα, οὐ γὰρ δὴ ὁ Ἀλυάττης ἐξεδίδου τοὺς Σκύθας ἐξαιτέοντι Κυαξάρῃ, πόλεμος τοῖσι Λυδοῖσι καὶ τοῖσι Μήδοισι ἐγεγόνεε ἐπ᾽ ἔτεα πέντε, ἐν τοῖσι πολλάκις μὲν οἱ Μῆδοι τοὺς Λυδοὺς ἐνίκησαν, πολλάκις δὲ οἱ Λυδοὶ τοὺς Μήδους, ἐν δὲ καὶ νυκτομαχίην τινὰ ἐποιήσαντο· [2] Διαφέρουσι δέ σφι ἐπὶ ἴσης τὸν πόλεμον τῷ ἕκτῳ ἔτεϊ συμβολῆς γενομένης συνήνεικε ὥστε τῆς μάχης συνεστεώσης τὴν ἡμέρην ἐξαπίνης νύκτα γενέσθαι. Τὴν δὲ μεταλλαγὴν ταύτην τῇ ἡμέρης Θαλῆς ὁ Μιλήσιος τοῖσι Ἴωσι προηγόρευσε ἔσεσθαι, οὖρον προθέμενος ἐνιαυτὸν τοῦτον ἐν τῷ δὴ καὶ ἐγένετο ἡ μεταβολή. [3] οἱ δὲ Λυδοί τε καὶ οἱ Μῆδοι ἐπείτε εἶδον νύκτα ἀντὶ ἡμέρης γενομένην, τῆς μάχης τε ἐπαύσαντο καὶ μᾶλλόν τι ἔσπευσαν καὶ ἀμφότεροι εἰρήνην ἑωυτοῖσι γενέσθαι. Οἱ δὲ συμβιβάσαντες αὐτοὺς ἦσαν οἵδε, Συέννεσίς τε ὁ Κίλιξ καὶ ΛαβύνητοςΒαβυλώνιος. [4] οὗτοί σφι καὶ τὸ ὅρκιον οἱ σπεύσαντες γενέσθαι ἦσαν καὶ γάμων ἐπαλλαγὴν ἐποίησαν· Ἀλυάττεα γὰρ ἔγνωσαν δοῦναι τὴν θυγατέρα Ἀρύηνιν Ἀστυάγεϊ τῷ Κυαξάρεω παιδί· ἄνευ γὰρ ἀναγκαίης ἰσχυρῆς συμβάσιες ἰσχυραὶ οὐκ ἐθέλουσι συμμένειν. [5] ὅρκια δὲ ποιέεται ταῦτα τὰ ἔθνεα τὰ πέρ τε Ἕλληνες, καὶ πρὸς τούτοισι, ἐπεὰν τοὺς βραχίονας ἐπιτάμωνται ἐς τὴν ὁμοχροίην, τὸ αἷμα ἀναλείχουσι ἀλλήλων.



Traductions 🔍

LXXIV. Cyaxare I les III réclama, le roi de Sardes IV refusa de les III livrer; une guerre s’engagea entre les Lydiens ⤴️ et les Mèdes ⤴️; elle dura cinq ans, pendant lesquels les deux peuples furent tour à tour vainqueurs et vaincus. Il y eut même une sorte de bataille nocturne; ce fut en la sixième année; les succès de la lutte jusque-là se balançaient également; on était aux prises, quand, au fort du combat, soudain le jour devint nuit.1 Thalès de Milet avait annoncé aux Ioniens ⤴️ ce changement et avait même fixé d’avance l’année où il arriva. Les Lydiens et les Mèdes, lorsqu’ils virent la nuit prendre la place du jour, suspendirent le combat, après quoi ils se montrèrent des deux parts plus empressés de faire la paix. Ceux qui les réconcilièrent furent Syennésis (en) V le Cilicien VI, et Labynète (en) VII le Babylonien VIII. Tous les deux hâtèrent la conclusion du traité, d’où résulta un mariage. En effet, ils décidèrent Alyatte IX à donner sa fille Aryénis (en) X à Astyage (en) XI, fils de Cyaxare I. Car, sans un lien puissant, les conventions n’ont aucune solidité. Les traités, chez ces nations, se contractent avec les mêmes cérémonies que chez les Grecs, si ce n’est qu’ils se font aux bras de légères incisions et sucent réciproquement le sang qui s’en échappe.
1 Le 30 septembre 610 avant J. J., dans la matinée XII.
Histoires d’Hérodote (Neuvième edition), Livre I - CLIO, LXXIV, traduction par Pierre Giguet, Librairie Hachette et Cie, 1913



74. Depuis la guerre se mut et continua cinq ans entre les Mèdes et Lydiens, parce que Halyatte ne voulait rendre les Scythes à Cyaxare qui les demandait. Durant ces cinq ans, les Mèdes gagnèrent plusieurs fois contre les Lydiens, et semblablement les Lydiens contre les Mèdes : et fut environ ce temps-là que, à l’heure du combat, le jour fut converti en nuit. Car étant les forces pareilles d’un côté et d’autre, avint, sur la sixième année, que, comme ils combattaient, soudain le jour se tourna en noire nuit. Thalès Milésien avait prédit cette mutation aux Ioniens, et leur avait déterminé l’an qu’elle avint. Ce vu par les Mèdes et Lydiens, ils cessèrent la guerre, et furent près d’entendre au bien de paix, laquelle fut moyennée par Syennésis, roi de Cilicie, et par Labynète, roi de Babylone, qui furent diligents de les allier par mariage. Ils avisèrent que Halyatte donnerait sa fille Arianis à Astyage, fils de Cyaxare, pensant bien que, sans grande nécessité et alliance étroite, tels grands marchés ne peuvent tenir. Ces nations se gouvernent en leurs traités et contrats ainsi que font les Grecs, et davantage s’entament le bras, puis lèchent le sang les uns des autres.



LXXIV. Cyaxare les redemanda. Sur son refus, la guerre s’alluma entre ces deux princes. Pendant cinq années qu’elle dura, les Mèdes et les Lydiens eurent alternativement de fréquents avantages, et la sixième il y eut une espèce de combat nocturne : car, après une fortune égale de part et d’autre, s’étant livré bataille, le jour se changea tout à coup en nuit 1, pendant que les deux armées en étaient aux mains. Thalès de Milet avait prédit aux Ioniens ce changement, et il en avait fixé le temps en l’année où il s’opéra. Les Lydiens et les Mèdes, voyant que la nuit avait pris la place du jour, cessèrent le combat, et n’en furent que plus empressés à faire la paix. Syennésis 2, roi de Cilicie, et Labynète, roi de Babylone, en furent les médiateurs; ils hâtèrent le traité, et l’assurèrent par un mariage. Persuadés que les traités ne peuvent avoir de solidité sans un puissant lien, ils engagèrent Alyattes à donner sa fille Aryénis à Astyages, fils de Cyaxare. Ces nations observent dans leurs traités les mêmes cérémonies que les Grecs; mais ils se font encore de légères incisions aux bras, et lèchent réciproquement le sang qui en découle.
1 Les savants sont divisés sur l’époque précise de cette éclipse. Mais les pères Petau et Hardouin, le chevalier Marsham, le président Bouhier et le père Corsini, clerc régulier des écoles pies, se sont déterminés pour l’éclipse qui parut le 9 juillet 4117. J’ai cru devoir l’adopter, parce qu’elle s’accorde mieux avec la chronologie que toutes les autres. La seule objection qu’on y puisse former, n’est que l’ombre passa au-dessus du Pont-Euxin par la Scythie et le Palus-Maeotis. Il est vrai que cette éclipse ne fut point centrale sur les bords de l’Halys ; cependant elle dut y être très considérable, et il n’est point étonnant qu’elle ait causé de l’épouvante à des nations plongées dans l’ignorance. (L.)
2 Ce nom de Syennésis était commun aux rois de Cilicie ; du moins est-il sûr que quatre princes l’ont porté. Le nom de Labynète se rencontre souvent parmi les rois de Babylone. (BELLANGER.)




[...] Depuis la guerre se meut & continua cinq ans entre les Medes & Lydiés, parce q́ Haliattes ne vouloit rendre les Scythes à Cyaxares qui les demandoit. Durás ces cinq ans, les Medes gaignerét plusieurs fois cótre les Lydiés, & semblablemét les Lydiés cótre les Medes. & fut enuiró ce téps là, qu’à l’heure du combat le iour fut cóuerty en nuit. Car estás les forces pareilles d’vn costé & d’autre, auint sur la sixiéme annee, que cóme ils cóbattoiét, soudain le iour se tourna en noire nuist. Thales Milesien auoit predit ceste mutatió aux Ioniens, & leur uoit determiné l’an qu’elle auint. Ce veu par les Medes & Lydiens, ils cesserent la guerre: & furent prests d’entendre au bien de paix, laquelle fut moyennee par Syennesis Roy de Cilicie, & par Labynet Roy de Babylon, qui furent diligens de les allier par mariage. Ils auiserent que Halyattes dóneroit sa fille Ariane à Astyages fils de Cyaxares, pensans bié que sans grande necessité & alliáce estroicte, tels grands marches ne peuuent tenir. Ces na tions se gouuernent en leurs traictez & contracts ainsi que font les Grecs, & d’auantage s’entament le bras, puis leichent le sang les vns des autres.



Récit de la traversée de l’Halys ⤴️ par l’armée de Crésus ⤴️ grâce à Thalès.


Texte grec

75. Τοῦτον δὴ ὦν τὸν Ἀστυάγεα ⤴️ Κῦρος ⤴️ ἐόντα ἑωυτοῦ μητροπάτορα καταστρεψάμενος ἔσχε δι᾽ αἰτίην τὴν ἐγὼ ἐν τοῖσι ὀπίσω λόγοισι σημανέω· [2] Τὰ Κροῖσος ἐπιμεμφόμενος τῷ Κύρῳ ἔς τε τὰ χρηστήρια ἔπεμπε εἰ στρατεύηται ἐπὶ Πέρσας, καὶ δὴ καὶ ἀπικομένου χρησμοῦ κιβδήλου, ἐλπίσας πρὸς ἑωυτοῦ τὸν χρησμὸν εἶναι, ἐστρατεύετο ἐς τὴν Περσέων μοῖραν. [3] Ὡς δὲ ἀπίκετο ἐπὶ τὸν Ἅλυν ποταμὸν ὁ Κροῖσος, τὸ ἐνθεῦτεν, ὡς μὲν ἐγὼ λέγω, κατὰ τὰς ἐούσας γεφύρας διεβίβασε τὸν στρατόν, ὡς δὲ ὁ πολλὸς λόγος Ἑλλήνων, Θαλῆς οἱ ὁ Μιλήσιος διεβίβασε. [4] Ἀπορέοντος γὰρ Κροίσου ὅκως οἱ διαβήσεται τὸν ποταμὸν ὁ στρατός (οὐ γὰρ δὴ εἶναι κω τοῦτον τὸν χρόνον τὰς γεφύρας ταύτας) λέγεται παρεόντα τὸν Θαλῆν ἐν τῷ στρατοπέδῳ ποιῆσαι αὐτῷ τὸν ποταμὸν ἐξ ἀριστερῆς χειρὸς ῥέοντα τοῦ στρατοῦ καὶ ἐκ δεξιῆς ῥέειν, ποιῆσαι δὲ ὧδε· [5] Ἄνωθεν τοῦ στρατοπέδου ἀρξάμενον διώρυχα βαθέαν ὀρύσσειν, ἄγοντα μηνοειδέα, ὅκως ἂν τὸ στρατόπεδον ἱδρυμένον κατὰ νώτου λάβοι, ταύτῃ κατὰ τὴν διώρυχα ἐκτραπόμενος ἐκ τῶν ἀρχαίων ῥεέθρων, καὶ αὖτις παραμειβόμενος τὸ στρατόπεδον ἐς τὰ ἀρχαῖα ἐσβάλλοι· ὥστε ἐπείτε καὶ ἐσχίσθη τάχιστα ὁ ποταμός, ἀμφοτέρῃ διαβατὸς ἐγένετο, [6] οἳ δὲ καὶ τὸ παράπαν λέγουσι καὶ τὸ ἀρχαῖον ῥέεθρον ἀποξηρανθῆναι. Ἀλλὰ τοῦτο μὲν οὐ προσίεμαι· κῶς γὰρ ὀπίσω πορευόμενοι διέβησαν αὐτόν;



Traductions 🔍

LXXV. Cyrus ⤴️ renversa cet Astyage ⤴️, qui était son grand-père maternel : je dirai plus tard pour quels motifs. Crésus ⤴️ s’armant de ce grief contre Cyrus, consulta l’oracle pour savoir s’il devait engager la guerre contre lui. Lorsqu’il eut reçu la réponse à double sens, il crut qu’elle était en sa faveur et il marcha pour entrer sur le territoire des Perses. Arrivé sur l’Halys ⤴️, il fit passer le fleuve à son armée, en profitant, selon moi, des ponts existants. Selon le récit accrédité en Grèce, ce fut Thalès de Milet qui dirigea le passage : car disent-ils, les ponts n'étaient pas encore construits et Crésus était en peine de l’opérer, quand Thalès, qui se trouvait au camp, détournant le fleuve, le fit couler non plus sur le front, mais sur les derrières de l’armée. Il s’y prit de cette manière : en amont du camp, on commença par creuser un fossé profond qui en embrassa tout le contour, de sorte que les eaux, sortant à l’une des ses extrémités de leurs cours habituel, y rentrassent par l’autre; puis cette tranchée achevée, ils y firent couler le fleuve, pour qu’en se divisant, des deux parts il devînt guéable. Quelques-uns ajoutent que l’ancien lit se trouva tout à fait à sec; pour moi, je ne puis admettre ce récit, car comment, dans la retraite, les Lydiens ⤴️ auraient-ils pu passer ?
Histoires d’Hérodote(Neuvième edition), Livre I - CLIO, LXXV, traduction par Pierre Giguet, Librairie Hachette et Cie, 1913



75. Cyrus donc avait défait celui Astyage, son aïeul maternel, pour cause que je toucherai ci-après en cette mienne histoire. Crésus en fut marri et envoya vers les oracles savoir si devait mener la guerre aux Perses. Entre ces oracles, un fut faux, lequel néanmoins Crésus espéra être à son avantage, et là-dessus s’achemina vers le pays des Perses avec son armée. Arrivé au fleuve Halys, il passa sur les ponts qui y étaient, et telle est mon opinion, encore que la commune renommée des Grecs tienne que Thalès de Milet donna le moyen de passer. Car on dit que, se souciant Crésus comment il passerait son armée, qui fait présupposer faute de ponts, Thalès fut là présent, qui conseilla expédient, suivant lequel le fleuve, qui coulait à gauche pour le respect de l’armée qui là séait 1, coulerait aussi à droite. Et fut son invention telle. Il fit commencer une tranchée au-dessus du camp, et la fit conduire en forme de croissant, afin que l’armée l’eût à dos, et que, prenant le fleuve cours par icelle tranchée, il laissât son canal accoutumé pour environner le camp, puis retournât. Par ce moyen, le fleuve s’écoula incontinent, et fut guéable d’une part en autre. Les aucuns veulent dire que l’ancien giron 2 du fleuve devint tout sec. De ma part, je ne puis accordrer à telles paroles, et je voudrais savoir le moyen de repasser au retour.
1 D’après la situation de l’armée qui campait là. — 2 Lit.



LXXV. Cyrus tenait donc prisonnier Astyages, son aïeul maternel, qu’il avait détrôné pour les raisons que j’exposerai dans la suite de cette histoire. Crésus, irrité à ce sujet contre Cyrus, avait envoyé consulter les oracles pour savoir s’il devait faire la guerre aux Perses. Il lui était venu de Delphes ⤵️ une réponse ambiguë, qu’il croyait favorable, et là dessus il s’était déterminé à entrer sur les terres des Perses. Quand il fut arrivé sur les bords de l’Halys, il le fit, à ce que je crois, passer à son armée sur les ponts qu’on y voit à présent ; mais, s’il faut en croire la plupart des Grecs, Thalès de Milet lui en ouvrit le passage. Crésus, disent-ils, étant embarrassé pour faire traverser l’Halys à son armée, parce que les ponts qui sont maintenant sur cette rivière n’existaient point encore en ce temps-là, Thalès, qui était alors au camp, fit passer à la droite de l’armée le fleuve, qui coulait à la gauche. Voici de quelle manière il s’y prit. Il fit creuser, en commençant au-dessus du camp, un canal profond en forme de croissant, afin que l’armée pût l’avoir à dos dans la position où elle était. Le fleuve, ayant été détourné de l’ancien canal dans le nouveau, longea derechef l’armée, et rentra au-dessous de son ancien lit. Il ne fut pas plutôt partagé en deux bras, qu’il devint également guéable dans l’un et dans l’autre. Quelques-uns disent même que l’ancien canal fut mis entièrement sec ; mais je ne puis approuver ce sentiment. Comment en effet Crésus et les Lydiens auraient-ils pu traverser le fleuve à leur retour ?



[...] Cyrus donque auoit desfait iceluy Astyages son ayeul maternel, pour cause que ie toucheray cy apres en ceste mienne histoire. Cresus en fut marry & enuoya vens les oracles sçauoir, si deuoit mener la guerre aux Perses. Entre des oracles vn fut faux, lequel neantmoins Cresus espera estre à son auantage, & la dessus s’achemina vers le pays des Perses auec son armee. Arriué au fleuue Halys il passa sur les ponts qui y estoyent, & telle est mon opinion, encore que la commune renommee des Grecs tienne que Thales de Milet donna le moyen de passer, car on dit que se souciant Cresus comment il passeroit son armee, qui fait presupposer faute de ponts, Thales fut là présent, qui conseilla expedient, fuyuát lequel, le fleuue qui couloit à gauche pour le respect de l’armee qui la seoit, couleroit aussi à droicte. Et fut son inuention telle. Il feit commencer vne tréchee, au dessus du camp, & la feit conduire en forme de croissant, afin que l’armee l’eust à doz & que prenant le fleuue cours par icelle trenchee, il laissast son canal accoustumé pour enuironner le camp, puis retournast. Par ce moyen le fleuue s’escoula incontinent, & fut gueable d’vne part en autre. Les aucuns veulent dire que l’ancien giron du fleuue deuint tout sec. De ma part ie ne puis accorder à tel les paroles, & ie voudrois sçauoir le moyen de repasser au retour.



Récit du Bouleutérion I à Téos II et témoignage sur l’origine phénicienne III de Thalès.


Texte grec

170. Κεκακωμένων δὲ Ἰώνων καὶ συλλεγομένων οὐδὲν ἧσσον ἐς τὸ Πανιώνιον, πυνθάνομαι γνώμην Βίαντα ἄνδρα Πριηνέα ἀποδέξασθαι Ἴωσι χρησιμωτάτην, τῇ εἰ ἐπείθοντο, παρεῖχε ἂν σφι εὐδαιμονέειν Ἑλλήνων μάλιστα· [2] Ὃς ἐκέλευε κοινῷ στόλῳ Ἴωνας ἀερθέντας πλέειν ἐς Σαρδὼ καὶ ἔπειτα πόλιν μίαν κτίζειν πάντων Ἰώνων, καὶ οὕτω ἀπαλλαχθέντας σφέας δουλοσύνης εὐδαιμονήσειν, νήσων τε ἁπασέων μεγίστην νεμομένους καὶ ἄρχοντας ἄλλων· μένουσι δέ σφι ἐν τῇ Ἰωνίῃ οὐκ ἔφη ἐνορᾶν ἐλευθερίην ἔτι ἐσομένην. [3] Αὕτη μὲν Βίαντος τοῦ Πριηνέος γνώμη ἐπὶ διεφθαρμένοισι Ἴωσι γενομένη, χρηστὴ δὲ καὶ πρὶν ἢ διαφθαρῆναι Ἰωνίην Θάλεω ἀνδρὸς Μιλησίου ἐγένετο, τὸ ἀνέκαθεν γένος ἐόντος Φοίνικος, ὃς ἐκέλευε ἓν βουλευτήριον Ἴωνας ἐκτῆσθαι, τὸ δὲ εἶναι ἐν Τέῳ (Τέων γὰρ μέσον εἶναι Ἰωνίης), τὰς δὲ ἄλλας πόλιας οἰκεομένας μηδὲν ἧσσον νομίζεσθαι κατά περ ἐς δῆμοι εἶεν· οὗτοι μὲν δή σφι γνώμας τοιάσδε ἀπεδέξαντο.



Traductions 🔍

CLXX. Les Ioniens ⤴️, réduits en servitude, ne cessèrent cependant pas de se réunir au Panionium I; à l’une de ces assemblées, comme je l’ai appris, Bias II de Priène III leur donna un conseil excellent ; s’ils l’avaient suivi, ils pouvaient devenir les plus prospères de tous les Grecs. « Équipez une seule flotte, leur dit-il, levez l’ancre, partez pour la Sardaigne IV, fondez-y pour tous les Ioniens une seule ville, rendez-vous heureux en vous affranchissant ainsi. Car, en colonisant la plus grande des îles, vous gouvernerez toutes les autres, tandis que, si vous demeurez en Ionie, je ne vois pas que vous puissiez jamais recouvrer la liberté. » Tel fut le conseil que Bias de Priène donna aux Ioniens, après leurs désastres. Celui de Thalès de Milet, qui avait précédé la ruine de l’Ionie, n'était pas moins salutaire. Thalès, par ses ancêtres d’origine phénicienne ⤴️, fut d’avis qu’ils devaient instituer une assemblée unique, la placer à Téos ⤴️ (car Téos est située au centre de la contrée) et laisser néanmoins les autres villes se gouverner, comme si elles étaient des États isolés. tels furent les deux conseils qui furent donnés aux Ioniens.
Histoires d’Hérodote(Neuvième edition), Livre I - CLIO, CLXX, traduction par Pierre Giguet, Librairie Hachette et Cie, 1913



170. Depuis, voyant la grandeur de leurs calamités, non-obstant qu’ils se fussent donnés aux Perses, ils s’assemblèrent au Panionion : et comme j’entends, Brias de Priénéee donna conseil fort profitable pour les Ioniens, auquel s’ils eussent prêté l’oreille, il leur baillait expédient pour être les plus heureux de tous les Grecs. Il leur conseillait naviguer de compagnie en la Sardaigne, et là bâtir une ville commune à tous les Ioniens : en quoi faisant, ils jetteraient servitude et se rendraient heureux, attendu qu’ils posséderaient une des plus grandes îles du monde, et domineraient sur les autres. Au contraire, s’ils demeuraient en Ionie, il disait qu’il n’apercevait moyen par lequel ils pussent jamais regagner liberté. Tel fut le conseil de Brias de Priénée, après que les Ioniens étaient jà défaits et réduits en servitude. Thalès Milésien bailla pareillement une opinion, laquelle, avant la ruine des Ioniens, eût été fort bonne. Lui, qui était descendu d’une ancienne race des Phéniciens, opina que les Ioniens devaient avoir maison de conseil, et la devaient construire en Téos comme au milieu de Ionie : voulait néanmoins que les autres villes fussent estimées pour ligues et cantons de même autorité que Téos. Ces deux personnages donc baillèrent ce conseil.



CLXX. Quoique accablés de maux, les Ioniens ne s’en assemblaient pas moins au Panionium. Bias de Priène leur donna, comme je l’ai appris, un conseil très avantageux, qui les eût rendus les plus heureux de tous les Grecs, s’ils eussent voulu le suivre. Il les exhorta à s’embarquer tous ensemble sur une même flotte, à se rendre en Sardaigne, et à y fonder une seule ville pour tous les Ioniens. Il leur fit voir que, par ce moyen, ils sortiraient d’esclavage, qu’ils s’enrichiraient, et qu’habitant la plus grande de toutes les îles, les autres tomberaient en leur puissance; au lieu que, s’ils restaient en Ionie, il ne voyait pour eux aucune espérance de recouvrer leur liberté. Tel fut le conseil que donna Bias aux Ioniens, après qu’ils eurent été réduits en esclavage ; mais, avant que leur pays eût été subjugué, Thalès de Milet, dont les ancêtres étaient originaires de Phénicie, leur en donna aussi un qui était excellent. Ce fut d’établir à Téos, au centre de l’Ionie, un conseil général pour toute la nation, sans préjudicier au gouvernement des autres villes, qui n’en auraient pas moins suivi leurs usages particuliers que si elles eussent été autant de cantons différents.



[...] Depuis voyans la grandeur de leurs calamitez, nonobstant qu’ils se sussent donnez aux Perses, ils s’assemblerent au Panionión, & comme i’entens, Bias de Prienee donna conseil fort profitable pour les Iöniens, auquel s’ils eussent presté l’oreille, il leur bailloit expediét pour estre les plus heureux de tous les Grecs. Il leur conseilloit nauiguer de compaignie en la Sardaigne, & là bastir vne ville commune à tous les Iöniens : en quoy faisant ils ietteroient seruitude, & se rendroient heureux, attendu qu’ils possederoient vne des plus grandes isles du monde, & dominoroient sur les autres. Au contraire s’ils demouroient en Iönie, il disoit qu’il n’apperceuoit moyé, par lequel ils peussent iamais regaigner liberté. Tel fut le conseil de Bias de Prienee, apres que les Iöniens estoient ià defaits & reduicts en seruitude. Thales Milesien bailla pareillement vne opinion, laquelle auant la ruine des Iöniens eut esté fort bonne. Luy qui estoit descendu d’vne ancienne race des Pheniciens, opina que les Iöniens deuoient auoir maison de conseil, & là deuoient construire en Tee comme au milieu de Iönie : vouloit neantmoins que les autres villes sussent estimees pour ligues & cantons de mesme auctorité que Tee. Ces deux personnages donque baillerent ce conseil.



― • ―


Réfutation par Hérodote d’une théorie supposément implicite de Thalès sur la crue du Nil I (théorie identique mais explicite rapportée par Sénèque🔄).


Texte grec

20. Ἀλλὰ Ἑλλῄνων μὲν τινὲς ἐπίσημοι βουλόμενοι γενέσθαι σοφίην ἔλεξαν περὶ τοῦ ὕδατος τούτου τριφασίας ὁδούς· τῶν τὰς μὲν δύο τῶν ὁδῶν οὐδ᾽ ἀξιῶ μνησθῆναι εἰ μὴ ὅσον σημῆναι βουλόμενος μοῦνον· [2] Τῶν ἡ ἑτέρη μὲν λέγει τοὺς ἐτησίας ἀνέμους εἶναι αἰτίους πληθύειν τὸν ποταμόν, κωλύοντας ἐς θάλασσαν ἐκρέειν τὸν Νεῖλον. Πολλάκις δὲ ἐτησίαι μὲν οὔκων ἔπνευσαν, ὁ δὲ Νεῖλος τὠυτὸ ἐργάζεται. [3] Πρὸς δέ, εἰ ἐτησίαι αἴτιοι ἦσαν, χρῆν καὶ τοὺς ἄλλους ποταμούς, ὅσοι τοῖσι ἐτησίῃσι ἀντίοι ῥέουσι, ὁμοίως πάσχειν καὶ κατὰ τὰ αὐτὰ τῷ Νείλῳ, καὶ μᾶλλον ἔτι τοσούτῳ ὅσῳ ἐλάσσονες ἐόντες ἀσθενέστερα τὰ ῥεύματα παρέχονται. Εἰσὶ δὲ πολλοὶ μὲν ἐν τῇ Συρίῃ ποταμοὶ πολλοὶ δὲ ἐν τῇ Λιβύῃ, οἳ οὐδὲν τοιοῦτο πάσχουσι οἷόν τι καὶ ὁ Νεῖλος.



Traductions 🔍

XX. Quelques Grecs, ambitieux de se signaler par leur sagesse, ont expliqué ce mouvement des eaux de trois manières dont deux ne mériteraient pas que j’en fisse mention, si je voulais faire plus que les indiquer. Selon l’une de ces solutions 1, les vents étésiens I seraient cause du gonflement du fleuve en empêchant les eaux de s’écouler dans la mer. Or, souvent les étésiens ne soufflent pas et le Nil ⤴️ ne déborde pas moins ; outre cela, si les étésiens avaient cette puissance, les autres fleuves contre lesquels ils soufflent devraient en éprouver les mêmes effets que le Nil, et avec d’autant plus de raison qu’ils sont moindres et qu’ils ont des courants plus faibles. Cependant, il y a beaucoup de fleuves en Syrie II et beaucoup en Libye III qui en aucune façon ne se comportent comme le Nil.
1 Celle de Thalès.
Histoires d’Hérodote(Neuvième edition), Livre II — EUTERPE, XX, traduction par Pierre Giguet, Librairie Hachette et Cie, 1913



20. Certains grands personnages de la Grèce qui se cuident 1 la sagesse même assignent trois causes de ce débord, dont je n’estime les deux dignes d’être récitées; seulement je les veux bien conter ici. En l’une 2, ils disent que les vents étésies sont cause que le fleuve s’enfle, parce qu’ils l’empêchent de se décharger en la mer. Mais je leur réponds que souvent les étésies ne soufflent en sorte qui soit, et néanmoins le fleuve ne laisse à faire son accoutumé. Davantage, si les étésies étaient cause de ce débord, il faudrait que le pareil avînt aux autres fleuves, voire beaucoup plus, d’autant qu’ils sont moindres, et ont leurs cours plus faibles et plus lents que le Nil ⤴️; et on sait assez que plusieurs fleuves sont en Syrie et Afrique I qui ne souffrent rien tel que le Nil.
1 Croient. — 2 C’est l’opinion de Thalès. Diodore de Sicile ⤵️, liv. I, 38 XXIV., la réfute par les mêmes raisons qu’Hérodote.



XX. Cependant il s’est trouvé des gens chez les Grecs qui, pour se faire un nom par leur savoir, ont entrepris d’expliquer le débordement de ce fleuve. Des trois opinions qui les ont partagés, il y en a deux que je ne juge pas même dignes d’être rapportées ; aussi ne ferai-je que les indiquer. Suivant la première, ce sont les vents étésiens qui, repolissait de leur souffle les eaux du Nil, et les empêchant de se porter à la mer, occasionnent la crue de ce fleuve ; mais il arrive souvent que ces vents n’ont point encore soufflé, et cependant le Nil n’en grossit pas moins. Bien plus, si les vents étésiens étaient la cause de l’inondation, il faudrait aussi que tous les autres fleuves dont le cours est opposé à ces vents éprouvassent la même chose que le Nil, et cela d’autant plus qu’ils sont plus petits et moins rapides : or, il y a en Syrie et en Libye beaucoup de rivières qui ne sont point sujettes à des débordements tels que ceux du Nil.



[...] Certains gráds personnages de la Grece qui se cuident la sagesse mesme,assignét trois causes de ce desbord,dót ie n’estime les deux dignes d’estre recitees , seulement ie les veux bien cotter icy. En l’vne ils disent que les vens Etesies sont cause que le fleuue s’enfle , parce qu’ils l’empeschent de se descharger en la mer.Mais ie leur responds,que souuent les Etesies ne soufflent en forte qui soit,& neátmoins le fleuue ne laisse à faire son accoustumé. D’auantage si les Etesies estoyent cause de ce desbord,il faudroit que le pareil auint aux autres fleuues,voire beaucoup plus,d’autant que ils sont moindres,& ont leurs cours plus foibles & plus lés que le Nil.Et on sçait assez que plusieurs fleuues sont en Syrie & Affrique,qui ne souffrent rié tel que le Nil.



Récit de l’apport (supposément implicite) de la Géométrie I en Grèce depuis l’Égypte ⤴️ par Thalès.


Texte grec

109. Κατανεῖμαι δὲ τὴν χώρην Αἰγυπτίοισι ἅπασι τοῦτον ἔλεγον τὸν βασιλέα, κλῆρον ἴσον ἑκάστῳ τετράγωνον διδόντα, καὶ ἀπὸ τούτου τὰς προσόδους ποιήσασθαι, ἐπιτάξαντα ἀποφορὴν ἐπιτελέειν κατ᾽ ἐνιαυτόν. [2] Εἰ δὲ τινὸς τοῦ κλήρου ὁ ποταμός τι παρέλοιτο, ἐλθὼν ἂν πρὸς αὐτὸν ἐσήμαινε τὸ γεγενημένον· ὁ δὲ ἔπεμπε τοὺς ἐπισκεψομένους καὶ ἀναμετρήσοντας ὅσῳ ἐλάσσων ὁ χῶρος γέγονε, ὅκως τοῦ λοιποῦ κατὰ λόγον τῆς τεταγμένης ἀποφορῆς τελέοι. [3] Δοκέει δέ μοι ἐνθεῦτεν γεωμετρίη εὑρεθεῖσα ἐς τὴν Ἑλλάδα ἐπανελθεῖν· πόλον μὲν γὰρ καὶ γνώμονα καὶ τὰ δυώδεκα μέρεα τῆς ἡμέρης παρὰ Βαβυλωνίων ἔμαθον οἱ Ἕλληνες.



Traductions 🔍

CIX. Les prêtres m’ont dit encore que ce roi partagea la contrée entre tous les Égyptiens, donnant à chacun un égal carré de terre; qu’il établit en conséquence ses revenus, fixant la redevance à payer par chacun annuellement. Si le fleuve venait à emporter quelque partie de l’héritage d’un habitant, celui-ci allait trouver le roi et lui déclarait ce qui était advenu. Sésostris (en) I alors envoyait des inspecteurs pour mesurer de combien le champ était diminué, afin que l’impôt fût réduit, et perçu en proportion de ce qu’il en restait. Il me semble que la géométrie ⤴️ fut inventée à cette occasion, et qu’elle passa d’Égypte en Grèce. Quand au cadran solaire, au gnomon II et aux douzes divisions du jour, les Grecs les ont reçus des Babyloniens.
Histoires d’Hérodote(Neuvième edition), Livre II — EUTERPE, CIX, traduction par Pierre Giguet, Librairie Hachette et Cie, 1913



109. Outre, disaient les prêtres, que ledit roi Sésostris avait départi l’Égypte à tous les Égyptiens, baillant à chacun son partage en carré, à la charge d’en payer par chacun an rentes et censives 1; mais avenant que la rivière gagnât sur la portion de quelqu’un, cestui devait avoir recours vers le roi, et faire entendre sa perte. Adonc étaient envoyés commissaires pour visiter les lieux et mesurer la diminution, afin que le tenancier ne payât dorénavant qu’au prorata 2. Par cet acensement, comme je pense, fut inventée géométrie, et de là a été apportée en Grèce : car, quant est de l’élévation du pôle, de l’usage du quadrant et de la division du jour en douze parts, les Grecs ont appris les trois des Babyloniens.
1 Redevances annuelles. — 2 En proportion de ce qui restait.



CIX. Les prêtres me dirent encore que ce même roi fit le partage des terres, assignant à chaque Égyptien une portion égale de terre, et carrée, qu’on tirait au sort ; à la charge néanmoins de lui payer tous les ans une certaine redevance, qui composait son revenu. Si le fleuve enlevait à quelqu’un une partie de sa portion, il allait trouver le roi, et lui exposait ce qui était arrivé. Ce prince envoyait sur les lieux des arpenteurs pour voir de combien l’héritage était diminué, afin de ne faire payer la redevance qu’à proportion du fonds qui restait. Voilà, je crois, l’origine de la géométrie, qui a passé de ce pays en Grèce 1. À l’égard du gnomon du pôle, ou cadran solaire, et de la division du jour en douze parties, les Grecs les tiennent des Babyloniens.
1 Pamphile raconte que Thalès de Milet apprit la géométrie des Égyptiens et qu’il en apporta la connaissance en Grèce. (Diogène Laërce, liv. 1.).



[...] Outre disoyent les prestres que ledict Roy Sesostris auoit departy l’Egypte à tous les Egyptiens,baillant à chacun son partage en carré, à la charge d’en payer par chacun an rentes & censiues, mais auenant que la riuiere gaignast sur la portion de quelcun, cestuy deuoit auoir recours vers le Roy,& faire entendre sa perte. Adonq’estoyent enuoyez commissaires pour visiter les lieux & mesurer la diminution,à fin que le tenancier ne payast doresnauant qu’au prorata. Par cest acensement (comme ie pense) fut inuentee Geometrie,& de la a esté apportee en Grece:car quand est de l’eleuation du Pol, de l’vsage du quadrát,& de la diuision du iour en douze parts,les Grecz ont appris les trois des Babyloniens.



(-428/-427 , Athènes-348/-347 , Athènes) 📚 🔍

Portrait de Platon. Marbre blanc à grain fin ? (hauteur 34 cm), copie romaine du Ier siècle EC du portrait exécuté par Silanion pour l’Académie d’Athènes vers -370 (en).

Provenance : aire sacrée du Largo Argentina, Rome.

Exposition : Second étage de la Centrale Montemartini, Sala Macchine 🔍.


Philosophe ⤴️, citoyen de la démocratie II athénienne III, fondateur de l’Académie IV 🔍 à Athènes et disciple de Socrate V.


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Manuscrits
  • Le Codex Oxoniensis Clarkianus 39.
Dialogue entre Socrate ⤴️ et le sophiste II Protagoras, sur la question de la vertu ou de l’excellence, en s’attachant à définir les parties qui la composent, mais aussi à déterminer si elle peut s’enseigner ou non.


Chapitre CCCXLIII.
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Liste la plus ancienne des Sept sages de la Grèce Antique.


Texte grec

Σωκράτης

Τοῦτο οὖν αὐτὸ καὶ τῶν νῦν εἰσὶν οἳ κατανενοήκασι καὶ τῶν πάλαι, ὅτι τὸ λακωνίζειν (en) πολὺ μᾶλλόν ἐστιν φιλοσοφεῖν (« aimer la sagesse ») ἢ φιλογυμναστεῖν (« aimer la gymnastique »), εἰδότες ὅτι τοιαῦτα οἷόν τ' εἶναι ῥήματα φθέγγεσθαι [343a] τελέως πεπαιδευμένου ἐστὶν ἀνθρώπου. Τούτων ἦν καὶ Θαλῆς ὁ Μιλήσιος καὶ Πιττακὸς ὁ Μυτιληναῖος καὶ Βίας ὁ Πριηνεὺς καὶ Σόλων ὁ ἡμέτερος καὶ Κλεόβουλος ὁ Λίνδιος καὶ Μύσων ὁ Χηνεύς, καὶ ἕβδομος ἐν τούτοις ἐλέγετο Λακεδαιμόνιος Χίλων. Οὗτοι πάντες ζηλωταὶ καὶ ἐρασταὶ καὶ μαθηταὶ ἦσαν τῆς Λακεδαιμονίων (en) παιδείας (en), καὶ καταμάθοι ἄν τις αὐτῶν τὴν σοφίαν τοιαύτην οὖσαν, ῥήματα βραχέα ἀξιομνημόνευτα ἑκάστῳ εἰρημένα· οὗτοι καὶ κοινῇ συνελθόντες [343b] ἀπαρχὴν τῆς σοφίας ἀνέθεσαν τῷ Ἀπόλλωνι εἰς τὸν νεὼν τὸν ἐν Δελφοῖς, γράψαντες ταῦτα ἃ δὴ πάντες ὑμνοῦσιν, γνῶθι σεαυτόν (« Connais-toi toi-même ») καὶ μηδὲν ἄγαν (« Rien de trop »).

Œuvres de Platon, Tome Troisième, Protagoras, 343a, textes établis par Victor Cousin, Bossange Frères, 1824



Traductions

Socrate

« Beaucoup d’observateurs, dans le passé comme de nos jours, ont compris que laconiser I consistait bien moins à cultiver la gymnastique II que la philosophie ⤴️, se rendant compte que prononcer des mots de cette sorte ne pouvait être que le fait d’un homme parfaitement élevé. De ce nombre furent Thalès de Milet, Pittacos III de Mitylène, Bias ⤴️ de Priène ⤴️, notre Solon IV, Cléobule V de Lindos VI, Myson de Chénée VII, et un septième, dit-on, Chilon VIII 🔍 de Lacédémone IX. Tous ces hommes furent des admirateurs passionnés et des disciples de l’éducation lacédémonienne 1; et ce qui prouve bien que leur science était de même sorte, ce sont les mots brefs et mémorables prononcés par chacun d’eux lorsque, s’étant réunis à Delphes X, ils voulurent offrir à Apollon, dans son temple, les prémices de leur sagesse, et qu’ils lui consacrèrent les inscriptions que tout le monde répète, « Connais-toi toi-même » (γνῶθι σεαυτόν) et « Rien de trop » (Μηδὲν ἄγαν).

1. La liste des Sept Sages est quelque peu flottante, et Platon substitue ici Myson à Périandre XI de Corinthe XII. Mais les personnages que la légende y a fait entrer ont comme trait commun d’être des maîtres de sagesse pratique (plusieurs avaient été des hommes d’état) ; leur groupement est surtout intéressant comme signe de l’esprit positif et réaliste qui apparaît au VIe siècle.


Œuvres complètes de Platon, tome III, 1re partie, pp. 20-86, Protagoras, 343a, traduction par Alfred Croiset, texte établi par Alfred Croiset et Louis Bodin, Les Belles Lettres, 1923



[...] Aussi a-t-on remarqué de nos jours, comme certains l’avaient déjà fait autrefois, que l’institution lacédémonienne repose beaucoup plus sur le goût de la philosophie que sur le goût de la gymnastique, parce que le talent de trouver des traits pareils n’appartient qu’à des gens d’une éducation parfaite. De ce nombre étaient Thalès de Milet, Pittacos de Mytilène, Bias de Priène, notre Solon, Cléobule de Lindos, Mison de Khéné et Chilon de Lacédémone qui passait pour être le septième de ces sages. Tous furent des émules, des partisans et des sectateurs de l’éducation lacédémonienne, et il est facile de voir que leur sagesse ressemblait à celle des Lacédémoniens par les sentences concises et dignes de mémoire attribuées à chacun d’eux. Ces sages s’étant rassemblés offrirent en commun à Apollon les prémices de leur sagesse et firent graver sur le temple de Delphes ces maximes qui sont dans toutes les bouches Connais-toi toi-même et Rien de trop.
Œuvres complètes de Platon, Ion, Lysis, Protagoras, Phedre, Le Banquet, Protagoras, traduites en français par Émile Chambry, Garnier frères, 1919.



[...] Aussi a-t-on remarqué de nos jours, comme déjà anciennement, que l’institution lacédémonienne consiste beaucoup plus dans l’étude de la sagesse que dans les exercices de la gymnastique ; car il est évident que le talent de prononcer de pareilles sentences suppose en ceux qui le possèdent une éducation parfaite. De ce nombre ont été Thalès de Milet, Pittacus de Mitylène, Bias de Priène, notre Solon, Cléobule de Lindos, Myson de Chêne 1, et Chilon de Lacédémone, que l’on compte pour le septième de ces sages. Tous ces personnages ont admiré, aimé et cultivé l’éducation lacédémonienne ; et il est aisé de connaître que leur sagesse a été du même genre que celles des Spartiates, par les sentences courtes et dignes d’être retenues, qu’on attribue à chacun d’eux. Un jour s’étant rassemblés, ils consacrèrent les prémices de leur sagesse à Apollon, dans son temple de Delphes, y gravant ces maximes qui sont dans la bouche de tout le monde : Connais-toi toi-même, et rien de trop.
1 Voyez sur Myson, Diogène de Laerte, I, 106. — Chêne était un bourg du mont Oéta. Myson occupe ici parmi les sept sages la place de Périandre.


Œuvres de Platon, Tome Troisième, Protagoras, 343a, traduites par Victor Cousin, Bossange Frères, 1824



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Dialogue de Platon portant principalement sur la justice dans l’individu et dans la Cité.


Platon se livre à la censure de la poésie, par l’excès de force de son pouvoir, son langage séducteur. La poésie, imitative, doit être rejetée absolument, car elle déforme l’esprit de l’auditoire par la transmission de passions qui contaminent l’âme et fait de mauvais citoyens.


Il interroge les poètes : Homère I n’a jamais été ni chef de guerre, ni conseiller, ni inventeur (au contraire de Thalès pour ce dernier point).


Texte grec

Σωκράτης

Ἀλλὰ δή τις πόλεμος ἐπὶ ῾Ομήρου ὑπ’ ἐκείνου ἄρχοντος ἢ συμβουλεύοντος εὖ πολεμηθεὶς μνημονεύεται;

Γλαύκων

Οὐδείς.

Σωκράτης

Ἀλλ’ οἷα δὴ εἰς τὰ ἔργα σοφοῦ ἀνδρὸς πολλαὶ ἐπίνοιαι καὶ εὐμήχανοι εἰς τέχνας ἤ τινας ἄλλας πράξεις λέγονται, ὥσπερ αὖ Θάλεώ τε πέρι τοῦ Μιλησίου καὶ Ἀναχάρσιος τοῦ Σκύθου;

Γλαύκων

Οὐδαμῶς τοιοῦτον οὐδέν.

Σωκράτης

[600a] Ἀλλὰ δὴ εἰ μὴ δημοσίᾳ, ἰδίᾳ τισὶν ἡγεμὼν παιδείας αὐτὸς ζῶν λέγεται ῞Ομηρος γενέσθαι, οἳ ἐκεῖνον ἠγάπων ἐπὶ [600b] συνουσίᾳ καὶ τοῖς ὑστέροις ὁδόν τινα παρέδοσαν βίου ῾Ομηρικήν, ὥσπερ Πυθαγόρας αὐτός τε διαφερόντως ἐπὶ τούτῳ ἠγαπήθη, καὶ οἱ ὕστεροι ἔτι καὶ νῦν Πυθαγόρειον τρόπον ἐπονομάζοντες τοῦ βίου διαφανεῖς πῃ δοκοῦσιν εἶναι ἐν τοῖς ἄλλοις;

Γλαύκων

Οὐδ’ αὖ, ἔφη, τοιοῦτον οὐδὲν λέγεται. Ὁ γὰρ Κρεώφυλος, ὦ Σώκρατες, ἴσως, ὁ τοῦ ῾Ομήρου ἑταῖρος, τοῦ ὀνόματος ἂν γελοιότερος ἔτι πρὸς παιδείαν φανείη, εἰ τὰ λεγόμενα περὶ ῾Ομήρου ἀληθῆ. Λέγεται γὰρ ὡς πολλή τις ἀμέλεια περὶ [600c] αὐτὸν ἦν ἐπ’ αὐτοῦ ἐκείνου, ὅτε ἔζη.

Œuvres de Platon, Tome Dixième, La République, Livre X, §§600a-c, textes établis par Victor Cousin, 1834



Traductions

Socrate

« [600] Mais quelle guerre mentionne-t-on, à l’époque d’Homère ⤴️, qui ait été bien conduite par lui, ou par ses conseils ?

Glaucon I d’Athènes

« Aucune.

Socrate

« Cite-t-on alors de lui, comme d’un homme habile dans la pratique, plusieurs inventions ingénieuses concernant les arts ou les autres formes de l’activité, ainsi qu’on le fait de Thalès de Milet et d’Anacharsis II le Scythe 1 ?

Glaucon d’Athènes

« Non, on ne cite rien de tel.

Socrate

« Mais si Homère n’a pas rendu de services publics dit-on au moins qu’il ait, de son vivant, présidé à l’éducation de quelques particuliers, qui l’aient aimé au point de s’attacher à sa personne, et qui aient transmis à la [600b] postérité un plan de vie homérique, comme ce fut le cas de Pythagore III, qui inspira un profond attachement de ce genre 2, et dont les sectateurs nomment encore aujourd’hui pythagorique le mode d’existence par lequel ils semblent se distinguer des autres hommes ?

Glaucon d’Athènes

« Non, là encore, on ne rapporte rien de pareil; car Créophyle 3 IV, le compagnon d’Homère, encourut peut-être plus de ridicule pour son éducation que pour son nom, si ce qu’on raconte d’Homère est vrai. On dit, en effet, que [600c] ce dernier fut étrangement négligé de son vivant par ce personnage.

1 Sur les inventions de Thalès voy. Zeller, Phil. der Griech., I, p. 183, n. 2. Certains auteurs attribuent à Anacharsis l’invention de l’ancre et de la roue de potier. - Note d’Adam.
2 E. Rôhde fait justement remarquer que si Pythagore parvint à imposer une règle de vie à de nombreux disciples, qui formèrent, comme on sait, une sorte de confrérie, il le dut moins au prestige de sa philosophie - la mystique des nombres - qui n’était pas absolument nouvelle, qu’à son vigoureux ascendant personnel : « Il fut pour les siens un modèle, un exemple, un guide qui les força à le suivre et à se faire ses émules. Personnalité cen­trale autour de laquelle toute une communauté se rassembla comme par une intime nécessité. De bonne heure ce fondateur de religion apparut comme un surhomme, unique, incomparable… Et dans le souvenir de ses adhérents, Pythagore devint un saint, un dieu à figure humaine, de qui la légende racontait des miracles. » (Psyché, trad. A. Reymond, p. 395). Voy. également les pp. 394-403 de cette même traduction (pp. 430-464 de l’éd. allemande de 1894).
3 Certains auteurs, dit le Scoliaste de la République, rapportent que Créophyle était le gendre d’Homère. Son nom, dont Glaucon souligne ici le ridicule, signifie fils de la viande.
Platon. La République, Texte intégral, Livre X, 600-c., traduit par Robert Baccou, Garnier frères, 1936



Socrate

« Mais fait-on mention d’une guerre qui ait eu lieu de son temps et qu’il ait heureusement conduite par lui-même ou par ses conseils ?

Glaucon d’Athènes

« D’aucune.

Socrate

« Mais le donne-t-on pour un homme habile dans les travaux et cite-t-on de lui mainte invention ingénieuse dans les arts ou dans tout autre domaine d’activité, comme on le fait de Thalès de Milet et d’Anacharsis le Scythe 1 ?

Glaucon d’Athènes

« On n’en cite rien de tel.

Socrate

« Mais ce qu’il n’a point fait pour les États, l’a-t-il fait pour les particuliers ? en est-il dont il passe pour avoir dirigé lui-même l’éducation pendant sa vie, qui l’aient aimé pour ses leçons et qui aient transmis à la postérité un plan de vie homérique, comme Pythagore qui fut extraordinairement aimé pour cela, et dont les sectateurs suivent encore aujourd’hui un régime de vie qu’ils appellent pythagorique, régime qui les distingue de tous les autres hommes ?

Glaucon d’Athènes

« On ne rapporte non plus, dit-il, aucun souvenir de ce genre ; car Créophyle 2, le disciple d’Homère, Socrate, est moins ridicule peut-être pour son nom que pour son éducation, s’il en faut croire ce qu’on dit sur Homère. On dit en effet qu’il fut étrangement négligé de son vivant par ce personnage.

1 Sur les inventions de Thalès, voir J. Bidez, Les premiers philosophes grecs techniciens et expérimentateurs (extrait du Flambeau 1921), p. 9 sqq. On attribuait à Anacharsis l’invention de l’ancre et de la roue de potier.
2 Platon parle de Créophyle comme d’un ami ou d’un disciple d’Homère ; d’autres, y compris le scholiaste, prétendent qu’il était son gendre. Le poème épique de la Prise d’Œchalie est attribué à Créophyle par Callimaque ⤵️ ; selon une autre tradition, Créophyle reçut le poème d’Homère lui-même en récompense de son hospitalité. Son nom signifie : Carnigena, fils de la viande.
Platon. Œuvres Complètes. Tome X. La République., Livre X, 600-c., traduit par Émile Chambry, Librairie Garnier Frères, 1934



Socrate

« Fait-on mention de quelque guerre heureusement conduite par Homère lui-même ou par ses conseils ?

Glaucon d’Athènes

« Nullement.

Socrate

« Ou bien encore, ce qu’aurait dû faire un homme habile, s’est-il signalé par beaucoup d’inventions utiles dans les arts ou autres métiers, comme on le dit de Thalès de Milet, et du Scythe Anacharsis 1 ?

Glaucon d’Athènes

« On ne raconte de lui rien de semblable.

Socrate

« Si Homère n’a rendu aucun service au public, en a-t-il du moins rendu aux particuliers ? Dit-on qu’il ait présidé pendant sa vie à l’éducation de quelques jeunes gens qui se soient plu à l’accompagner, et qui aient transmis à la postérité un plan de vie Homérique, comme Pythagore, à ce qu’on dit, fut recherché pendant sa vie dans le même but, à ce point que l’on distingue encore aujourd’hui entre tous les autres hommes ceux qui suivent le genre de vie appelé par eux-mêmes Pythagorique ?

Glaucon d’Athènes

« Non, Socrate, on ne dit rien de pareil d’Homère. Créophyle 2, son compagnon, a dû être encore plus ridicule pour ses mœurs que pour le nom qu’il portait. On dit en effet qu’Homère, pendant sa vie même, fut étrangement négligé par ce personnage.

1 Voyez sur Thalès de Milet, Hérodote, I ⤴️; Aristote, Polit., I ⤵️, 2 ; et Diogène de Laërce, I, 24 et sqq.; sur Anacharsis, Diogène de Laërce, I, 105.
2 Le nom de Créophyle se compose des mots viande et race. Il paraît qu’il circulait dans l’antiquité des traditions peu honorables pour ce personnage, auxquelles Platon fait ici allusion. Il en est parvenu jusqu’à nous quelques-unes, fort incohérentes, sur ses relations avec Homère, soit comme son gendre ou son hôte, soit comme ayant reçu en don un de ses poèmes, qu’il aurait, après la mort de l’auteur, publié sous son propre nom. Voyez Fabricius, Bibl. Gr., I, 4.
Œuvres de Platon, Tome Dixième, La République, 600a, traduction par Victor Cousin, Rey et Gravier, Librairies, 1834
(également disponible ici et )



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Dialogue de Platon sur la recherche d’une définition de la science par Socrate ⤴️ et Théétète I.


Chapitre CLXXIV.
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Récit de la chute dans un puits de Thalès.


Texte grec

Σωκράτης

Ὥσπερ καὶ Θαλῆν ἀστρονομοῦντα, ὦ Θεόδωρε, καὶ ἄνω βλέποντα, πεσόντα εἰς φρέαρ, Θρᾷττά τις ἐμμελὴς καὶ χαρίεσσα θεραπαινὶς ἀποσκῶψαι λέγεται ὡς τὰ μὲν ἐν οὐρανῷ προθυμοῖτο εἰδέναι, τὰ δ' ἔμπροσθεν αὐτοῦ καὶ παρὰ πόδας λανθάνοι αὐτόν. ταὐτὸν δὲ ἀρκεῖ σκῶμμα ἐπὶ πάντας ὅσοι ἐν φιλοσοφίᾳ διάγουσι. τῷ γὰρ ὄντι τὸν τοιοῦτον ὁ μὲν πλησίον καὶ ὁ γείτων λέληθεν, οὐ μόνον ὅτι πράττει, ἀλλ' ὀλίγου καὶ εἰ ἄνθρωπός ἐστιν ἤ τι ἄλλο θρέμμα· τί δέ ποτ' ἐστὶν ἄνθρωπος καὶ τί τῇ τοιαύτῃ φύσει προσήκει διάφορον τῶν ἄλλων ποιεῖν ἢ πάσχειν, ζητεῖ τε καὶ πράγματ' ἔχει διερευνώμενος. μανθάνεις γάρ που, ὦ Θεόδωρε· ἢ οὔ;

Œuvres de Platon, Tome Deuxième, Théétète, 174a, textes établis par Victor Cousin, Bossange Frères, 1824



Traductions

Socrate

L’exemple de Thalès te le fera comprendre, Théodore I. Il observait les astres et, comme il avait les yeux au ciel, il tomba dans un puits. Une servante de Thrace II, fine et spirituelle, le railla, dit-on, en disant qu’il s’évertuait à savoir ce qui se passait dans le ciel, et qu’il ne prenait pas garde à ce qui était devant lui et à ses pieds. La même plaisanterie s’applique à tous ceux qui passent leur vie à philosopher ⤴️. Il est certain, en effet, qu’un tel homme ne connaît ni proche, ni voisin ; il ne sait pas ce qu’ils font, sait à peine si ce sont des hommes ou des créatures d’une autre espèce; mais qu’est-ce que peut être l’homme et qu’est-ce qu’une telle nature doit faire ou supporter qui la distingue des autres êtres, voilà ce qu’il cherche et prend peine à découvrir. Tu comprends, je pense, Théodore; ne comprends-tu pas ?



On raconte de Thalès, Théodore, que tout occupé de l’astronomie I et regardant en haut, il tomba dans un puits 1, et qu’une servante de Thrace, d’un esprit agréable et facétieux, se moqua de lui, disant qu’il voulait savoir ce qui se passait au ciel, et qu’il ne voyait pas ce qui était devant lui et à ses pieds. Ce bon mot peut s’appliquer à tous ceux qui font profession de philosophie. En effet, non-seulement un philosophe ne sait pas ce que fait son voisin, il ignore presque si c’est un homme ou un autre animal : mais ce que c’est que l’homme, et quel caractère le distingue des autres êtres pour l’action ou la passion; voilà ce qu’il cherche, et ce qu’il se tourmente à découvrir. Comprends-tu ou non ma pensée, Théodore ?
1 DIOG. LAERC. I, 24.
Œuvres de Platon, Tome Deuxième, Théétète, 174a, traduction par Victor Cousin, Bossange Frères, 1824
(également disponible ici)



(-384, à Stagire, cité grecque de la péninsule Chalcidique, au nord de la mer Égée-322, à Chalcis, cité grecque de l’île d’Euboea, à l’ouest de la mer Égée) 📚 🔍 ➕➕

Portrait d’Aristote. Marbre Pentélique, copie romaine de période impériale (Ier ou IIème siècle EC) d’un bronze perdu réalisé par Lysippe II de Sicyone.

Provenance : Collection de la Villa Borghèse; acheté au prince Borghèse en 1807.

Exposition : Département des antiquités grecques, étrusques et romaines du Louvre, Salle 344 - Art grec classique et hellénistique 🔍 .


Philosophe ⤴️, polymathe, disciple de Platon ⤴️, enseignant à l’Académie ⤴️ et fondateur de l’école philosophique Lycée III 🔍.


📚

Ouvrage en huit livres dans lequel Aristote étudie la vie d’une Polis.


Discussion sur la cité ou la « communauté politique » I par opposition à d’autres types de communautés et de partenariats tels que le « ménage » II et le village.


Récit de la spéculation de Thalès sur l’abondance de la récolte d’olives, en monopolisant tous les pressoirs de Milet et de Chios I.


Texte grec

§ 5. Πάντα γὰρ ὠφέλιμα ταῦτ' ἐστὶ τοῖς τιμῶσι τὴν χρηματιστικήν, οἷον καὶ τὸ Θάλεω τοῦ Μιλησίου· τοῦτο γάρ ἐστι κατανόημά τι χρηματιστικόν, ἀλλ' ἐκείνῳ μὲν διὰ τὴν σοφίαν προσάπτουσι, τυγχάνει δὲ καθόλου τι ὄν. Ὀνειδιζόντων γὰρ αὐτῷ διὰ τὴν πενίαν ὡς ἀνωφελοῦς τῆς φιλοσοφίας οὔσης, κατανοήσαντά φασιν αὐτὸν ἐλαιῶν φορὰν ἐσομένην ἐκ τῆς ἀστρολογίας, ἔτι χειμῶνος ὄντος εὐπορήσαντα χρημάτων ὀλίγων ἀρραβῶνας διαδοῦναι τῶν ἐλαιουργίων τῶν τ' ἐν Μιλήτῳ (datif singulier) καὶ Χίῳ (datif singulier) πάντων, ὀλίγου μισθωσάμενον ἅτ' οὐθενὸς ἐπιβάλλοντος· ἐπειδὴ δ' ὁ καιρὸς ἧκε, πολλῶν ζητουμένων ἅμα καὶ ἐξαίφνης, ἐκμισθοῦντα ὃν τρόπον ἠβούλετο, πολλὰ χρήματα συλλέξαντα ἐπιδεῖξαι ὅτι ῥᾴδιόν ἐστι πλουτεῖν τοῖς φιλοσόφοις, ἂν βούλωνται, ἀλλ' οὐ τοῦτ' ἐστὶ περὶ ὃ σπουδάζουσιν.
§ 6. Θαλῆς μὲν οὖν λέγεται τοῦτον τὸν τρόπον ἐπίδειξιν ποιήσασθαι τῆς σοφίας· ἔστι δ', ὥσπερ εἴπομεν, καθόλου τὸ τοιοῦτον χρηματιστικόν, ἐάν τις δύνηται μονοπωλίαν αὑτῷ κατασκευάζειν. Διὸ καὶ τῶν πόλεων ἔνιαι τοῦτον ποιοῦνται τὸν πόρον, ὅταν ἀπορῶσι χρημάτων· μονοπωλίαν γὰρ τῶν ὠνίων ποιοῦσιν.
§ 7. Ἐν Σικελίᾳ δέ τις τεθέντος παρ' αὐτῷ νομίσματος συνεπρίατο πάντα τὸν σίδηρον ἐκ τῶν σιδηρείων, μετὰ δὲ ταῦτα ὡς ἀφίκοντο ἐκ τῶν ἐμπορίων οἱ ἔμποροι, ἐπώλει μόνος, οὐ πολλὴν ποιήσας ὑπερβολὴν τῆς τιμῆς· ἀλλ' ὅμως ἐπὶ τοῖς πεντήκοντα ταλάντοις ἐπέλαβεν ἑκατόν.
§ 8. Τοῦτο μὲν οὖν Διονύσιος αἰσθόμενος τὰ μὲν χρήματα ἐκέλευσεν ἐκκομίσασθαι, μὴ μέντοι γε ἔτι μένειν ἐν Συρακούσαις, ὡς πόρους εὑρίσκοντα τοῖς αὑτοῦ πράγμασιν ἀσυμφόρους· τὸ μέντοι ὅραμα Θάλεω καὶ τοῦτο ταὐτόν ἐστιν· ἀμφότεροι γὰρ ἑαυτοῖς ἐτέχνασαν γενέσθαι μονοπωλίαν. Χρήσιμον δὲ γνωρίζειν ταῦτα καὶ τοῖς πολιτικοῖς. Πολλαῖς γὰρ πόλεσι δεῖ χρηματισμοῦ καὶ τοιούτων πόρων, ὥσπερ οἰκίᾳ, μᾶλλον δέ· διόπερ τινὲς καὶ πολιτεύονται τῶν πολιτευομένων ταῦτα μόνον.
Politique d’Aristote, Livre I. Chapitre IV. 1259a. §§ 5-8., texte collationné sur les manuscrits et les éditions principales par J. Barthélemy-Saint-Hilaire, Librairie Philosophique de Ladrange, 1874



Traductions

§ 5. Je citerai ce qu’on raconte de Thalès de Milet ; c’est une spéculation lucrative, dont on lui a fait particulièrement honneur, sans doute à cause de sa sagesse, mais dont tout le monde est capable. Ses connaissances en astronomie lui avaient fait supposer, dès l’hiver, que la récolte suivante des olives serait abondante ; et, dans la vue de répondre à quelques reproches sur sa pauvreté, dont n’avait pu le garantir une inutile philosophie, il employa le peu d’argent qu’il possédait à fournir des arrhes pour la location de tous les pressoirs de Milet et de Chios ⤴️; il les eut à bon marché, en l’absence de tout autre enchérisseur. Mais quand le temps fut venu, les pressoirs étant recherchés tout à coup par une foule de cultivateurs, il les sous-loua au prix qu’il voulut. Le profit fut considérable ; et Thalès prouva, par cette spéculation habile, que les philosophes, quand ils le veulent, savent aisément s’enrichir, bien que ce ne soit pas là l’objet de leurs soins.
§ 6. On donne ceci pour un grand exemple d’habileté de la part de Thalès ; mais, je le répète, cette spéculation appartient en général à tous ceux qui sont en position de se créer un monopole. Il y a même des États qui, dans un besoin d’argent, ont recours à cette ressource, et s’attribuent un monopole général de toutes les ventes.
§ 7. Un particulier, en Sicile, employa les dépôts faits chez lui à acheter le fer de toutes les usines; puis, quand les négociants venaient des divers marchés, il était seul à le leur vendre ; et, sans augmenter excessivement les prix, il gagna cent talents pour cinquante.
§ 8. Denys I en fut informé; et tout en permettant au spéculateur d’emporter sa fortune, il l’exila de Syracuse pour avoir imaginé une opération préjudiciable aux intérêts du prince. Cette spéculation cependant est au fond la même que celle de Thalès : tous deux avaient su se faire un monopole. Les expédients de ce genre sont utiles à connaître, même pour les chefs des États. Bien des gouvernements ont besoin, comme les familles, d’employer ces moyens-là pour s’enrichir ; et l’on pourrait même dire que c’est de cette seule partie du gouvernement que bien des gouvernants croient devoir s’occuper.
§ 5. Thalès de Milet, chef de l’école ionienne, né vers 640 av. J.-C., et mort dans une vieillesse fort avancée ; il était contemporain de Solon, et, comme lui, rangé parmi les sept sages. Voir Platon, Rép., liv. X, p. 245, trad. de M. Cousin. Voir aussi Diogène de Laërte, liv. I. Vie de Thalès, p. 9, § 38, édit. Firmin Didot.
— Cicéron (de Divin , lib. I, cap. III) raconte le même trait. Il est probable qu’il l’avait emprunté à Aristote, dont il connaissait certainement l’ouvrage.
§ 8. Denys l’Ancien, qui régna de 406 à 367 av. J.-C.
Pour les chefs des États. Presque tous les gouvernements modernes, et nous pourrions citer le nôtre en particulier, sont de l’avis d’Aristote, et ils demandent une partie de leurs ressources au monopole.


Politique d’Aristote, Livre I. Chapitre IV. 1259a. §§ 5-8., traduite en français par J. Barthélemy-Saint-Hilaire, Librairie Philosophique de Ladrange, 1874



§ 5. Telle est l’aventure qu’on raconte de Thalès de Milet ; car elle nous fait connaître une invention relative à cette science. Mais on la lui attribue probablement à cause de son habileté connue, car c’est d’ailleurs quelque chose d’assez ordinaire. En effet, comme on lui faisait un sujet de reproche de sa pauvreté, d’où l’on inférait l’inutilité, de la philosophie, on prétend qu’ayant prévu, dès l’hiver, au moyen de ses connaissances en astrologie, qu’il y aurait une abondante récolte d’olives, il loua tous les pressoirs à huile de Milet et de Chios, à un prix fort modéré, attendu que personne ne songeait à enchérir sur lui ; et ensuite, au moment de la récolte, comme il se présentait un grand nombre de demandeurs, qui étaient fort pressés par le temps, il céda (dit-on) ses marchés aux conditions qu’il voulait, et ayant ainsi gagné beaucoup d’argent, il fit bien voir qu’il serait facile aux philosophes de s’enrichir s’ils le voulaient, mais que ce n’est pas à cela qu’ils s’appliquent (1).
§ 6. Telle est donc la manière dont on raconte que Thalès fit montre de son habileté ; mais c’est, comme je l’ai dit, un genre de spéculation fort ordinaire, quand on est à portée de se ménager quelque monopole ; aussi y a-t-il des gouvernements qui ont recours a cette ressource, quand ils manquent d’argent, et qui s’attribuent le monopole ou la vente exclusive des denrées.
§ 7. Il y eut aussi en Sicile un homme qui employa l’argent qu’on avait déposé chez lui à acheter tout le fer qui provenait des mines, et qui ensuite, lorsque les négociants vinrent de tous les marchés pour s’approvisionner, se trouva seul dans le cas de leur en vendre. Sans même augmenter beaucoup le prix ordinaire, il ne laissa pas de faire un bénéfice de cent talents, sur cinquante qu’il avait avancés.
§ 8. Cependant Denis ayant été informé de ce fait lui permit à la vérité d’emporter son argent, mais il lui défendit de demeurer plus longtemps à Syracuse, comme ayant imaginé, pour s’enrichir, un moyen contraire aux intérêts du prince. Au reste, la spéculation de ce Syracusain était la même que celle de Thalès, car tous deux avaient trouvé le moyen d’exercer un monopole. Il est même quelquefois utile à ceux qui gouvernent de connaître, ce genre de ressources (2), car il y a bien des gouvernements qui sont obligés d’employer de pareils moyens pour s’enrichir, aussi-bien que les simples familles, et qui même en ont encore plus besoin. Aussi, parmi ceux qui s’occupent de l’administration des états, y en a-t-il qui sont uniquement appliqués à cette partie [de la science politique, c’est-à-dire celle des finances].
(1) Cicéron (De Divinat, I.i, c. 49) rapporte la même anecdote en ces termes: Qui (Thales scil.) ut objurgatores suos convinceret, ostenderet que etiam philosophum, si ei commodum esset, pecuniam facere posse, omnem oleam, antequam florere cœpisset, in agro Milesio coemisse dicitur. Animadverterat fortasse quadam scientid olearum ubertatem fore.
(2) On trouve, parmi les ouvrages d’Aristote, un petit traité intitulé Œconomica, qui n’est certainement pas de ce philosophe, et dont l’auteur a recueilli un nombre assez considérable d’exemples de ce genre d’industrie, et d’autres traits de violence ou de fourberie encore plus odieux, attribués à des rois, princes, ou républiques. « De quoy (dit L. Leroi, dans ses
« notes sur cet endroit de sa traduction) n’est besoing escrire
« livres, parce que ès cours des rois, et ès maniemens des au-
« tres gouvernemens, se trouvent toujours assez de tels inven-
« teurs, voire plus, bien souvent, qu’il ne seroit besoing : à la
« grande foulle et oppression des subjects, et peu d’avantage
« des seigneurs, qui ne s’en enrichissent guères, despendant
« tout à la mesure qu’ils aient, apportant la facilité de recou-
« vrer facilité de despendre. »


La Morale et La Politique d’Aristote. Tome II. Politique, Livre I. Chap. IV. §§ 5-8., traduites du grec par M. Thurot, Chez Firmin Didot, Père et Fils, 1824



Des spéculateurs adroits en ont tiré grand parti, et ceux qui attachent du prix aux richesses ne doivent pas négliger des connaissances qui peuvent leur apporter un bon intérêt. Je me contenterai de citer ici la spéculation de Thalès de Milet : il fit une affaire d’argent dont le succès fut attribué à ses rares connaissances, quoique, dans le fait, son opération fût fort ordinaire et sûre. On lui reprochait sa pauvreté, d’où l’on concluait que la philosophie ne servait à rien. Il avait prévu par ses connaissances astronomiques qu’il y aurait l’année suivante une grande abondance d’olives; on était encore en hiver; il se procura quelque argent, loua tous les pressoirs de Milet et de Chio, et donna des arrhes ; il les afferma tous à un prix très modéré, attendu qu’il ne se trouva pas d’enchérisseurs ; au moment de la récolte, il y eut concurrence ; alors il mit à ses pressoirs le prix qu’il voulut, fit de gros bénéfices, et prouva ainsi qu’il était facile aux philosophes de gagner de l’argent, quoique les spéculations mercantiles ne soient pas l’objet de leurs études.
Thalès, dit-on, fit cette affaire afin de prouver l'étendue des ressources de la philosophie ; mais, je le répète, son opération n’exigeait pas une science profonde, attendu que l’accaparement réussit toujours. Ainsi, les gouvernements emploient quelquefois le monopole dans la pénurie de leurs finances, et la vente exclusive leur forme une branche de revenu. Un Sicilien avait une sommé- d’argent en dépôt; il en acheta tout le fer qui se trouva dans les forges ; bientôt les marchands arrivèrent de différentes contrées, et ne trouvèrent du fer que chez lui. Quoiqu’il n’en eût pas trop élevé le prix, il doubla cependant sa mise de fonds qui était de cinquante talents.
Denys eut connaissance de cette spéculation. Il ne dépouilla pas cet adroit monopoleur de son argent; mais il lui ordonna de sortir de Syracuse, attendu qu’un tel système de commerce était nuisible à l'État. Ce Sicilien avait fait le même calcul que Thalès, c’est- à-dire que tous deux avaient habilement accaparé à leur profit.
Il est bon que les hommes qui sont à la tête des gouvernements, connaissent ces sortes de spéculations ; elles sont utiles à un État qui a souvent autant et plus besoin qu’une famille, d’argent et de moyens d’en acquérir. Aussi voit-on partout que quelques-uns des premiers magistrats sont uniquement chargés des finances.


La Politique d’Aristote ou La Science des Gouvernements, Tome Premier. Chapitre VII. 1259a., ouvrage traduit du grec par le Citoyen Champagne, Imprimerie d’Antoine Bailleul, An V de la République Française (1797)



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Ensemble de quatorze livres écrits par Aristote, rassemblés et organisés après sa mort par le bibliothécaire Andronicos II de Rhodes III, qui leur donna le titre Métaphysique.


Description de la « philosophie première », qui est une connaissance des premiers principes ou causes des choses. Les sages sont capables d’enseigner parce qu’ils connaissent le pourquoi des choses, contrairement à ceux qui savent seulement que les choses sont d’une certaine manière en fonction de leur mémoire et de leurs sensations. Il y écrit également une courte histoire de la philosophie en examinant la pensée philosophique antérieure de l’époque, de Thalès à Platon ⤴️, en particulier leurs traitements de ses causes.


Fondation par Thalès d’une philosophie d’un type nouveau, la conservation de toutes choses, où d’une manière absolue rien ne naît et rien ne périt ; L’eau est le principe de tout et la Terre repose et flotte sur l’eau.


Texte grec

§ 7. Τῶν δὴ πρώτων φιλοσοφησάντων οἱ πλεῖστοι τὰς ἐν ὕλης εἴδει μόνας ᾠήθησαν ἀρχὰς εἶναι πάντων·
§ 8. ἐξ οὗ γὰρ ἔστιν ἅπαντα τὰ ὄντα καὶ ἐξ οὗ γίγνεται πρώτου καὶ εἰς ὃ φθείρεται τελευταῖον, τῆς μὲν [10] οὐσίας ὑπομενούσης τοῖς δὲ πάθεσι μεταβαλλούσης, τοῦτο στοιχεῖον καὶ ταύτην ἀρχήν φασιν εἶναι τῶν ὄντων, καὶ διὰ τοῦτο οὔτε γίγνεσθαι οὐθὲν οἴονται οὔτε ἀπόλλυσθαι, ὡς τῆς τοιαύτης φύσεως ἀεὶ σωζομένης,
§ 9. ὥσπερ οὐδὲ τὸν Σωκράτην φαμὲν οὔτε γίγνεσθαι ἁπλῶς ὅταν γίγνηται καλὸς ἢ μουσικὸς [15] οὔτε ἀπόλλυσθαι ὅταν ἀποβάλλῃ ταύτας τὰς ἕξεις, διὰ τὸ ὑπομένειν τὸ ὑποκείμενον τὸν Σωκράτην αὐτόν, οὕτως οὐδὲ τῶν ἄλλων οὐδέν·
§ 10. ἀεὶ γὰρ εἶναί τινα φύσιν ἢ μίαν ἢ πλείους μιᾶς ἐξ ὧν γίγνεται τἆλλα σωζομένης ἐκείνης.
§ 11. Τὸ μέντοι πλῆθος καὶ τὸ εἶδος τῆς τοιαύτης ἀρχῆς οὐ τὸ αὐτὸ [20] πάντες λέγουσιν,
§ 12. ἀλλὰ Θαλῆς μὲν ὁ τῆς τοιαύτης ἀρχηγὸς φιλοσοφίας ὕδωρ φησὶν εἶναι (διὸ καὶ τὴν γῆν ἐφ' ὕδατος ἀπεφήνατο εἶναἰ, λαβὼν ἴσως τὴν ὑπόληψιν ταύτην ἐκ τοῦ πάντων ὁρᾶν τὴν τροφὴν ὑγρὰν οὖσαν καὶ αὐτὸ τὸ θερμὸν ἐκ τούτου γιγνόμενον καὶ τούτῳ ζῶν (τὸ δ' ἐξ οὗ γίγνεται, τοῦτ' ἐστὶν [25] ἀρχὴ πάντων) -
§ 13. διά τε δὴ τοῦτο τὴν ὑπόληψιν λαβὼν ταύτην καὶ διὰ τὸ πάντων τὰ σπέρματα τὴν φύσιν ὑγρὰν ἔχειν, τὸ δ' ὕδωρ ἀρχὴν τῆς φύσεως εἶναι τοῖς ὑγροῖς.
§ 14. Εἰσὶ δέ τινες οἳ καὶ τοὺς παμπαλαίους καὶ πολὺ πρὸ τῆς νῦν γενέσεως καὶ πρώτους θεολογήσαντας οὕτως οἴονται περὶ τῆς φύσεως [30] ὑπολαβεῖν· ᾿Ωκεανόν τε γὰρ καὶ Τηθὺν ἐποίησαν τῆς γενέσεως πατέρας, καὶ τὸν ὅρκον τῶν θεῶν ὕδωρ, τὴν καλουμένην ὑπ' αὐτῶν Στύγα [τῶν ποιητῶν]· τιμιώτατον μὲν γὰρ τὸ πρεσβύτατον, ὅρκος δὲ τὸ τιμιώτατόν ἐστιν.
§ 15. [984a] [1] εἰ μὲν οὖν ἀρχαία τις αὕτη καὶ παλαιὰ τετύχηκεν οὖσα περὶ τῆς φύσεως [1] ἡ δόξα, τάχ' ἂν ἄδηλον εἴη, Θαλῆς μέντοι λέγεται οὕτως ἀποφήνασθαι περὶ τῆς πρώτης αἰτίας
Aristotle’s Metaphysics, texte établi par W.D. Ross, Oxford: Clarendon Press. 1924.



Traductions

§ 7. C’est uniquement dans l’ordre de la matière que les premiers philosophes, ou du moins la plupart d’entre eux, ont cru découvrir les principes de tous les êtres.
§ 8. En effet, ce qui constitue tous les êtres sans exception, ce qui est la source primordiale d’où ils sortent, ce qui est le terme où ils finissent par rentrer, quand ils sont détruits, substance qui au fond est persistante et qui ne fait que subir des modifications, ce fut là, aux yeux de ces philosophes, l’élément des choses et leur principe; ils en conclurent que d’une manière absolue rien ne naît et que rien ne périt, puisque cette nature, telle qu’ils la comprenaient, se conserve et subsiste perpétuellement.
§ 9. De même qu’on ne peut pas dire de Socrate ⤴️, d’une manière absolue, qu’il est produit et qu’il naît, par cela seul qu’il devient beau ou qu’il devient savant, et que l’on ne dit pas non plus qu’il périt absolument quand il ne perd qu’une de ces manières d’être, par cette excellente raison que le sujet qui est Socrate lui-même n’en subsiste pas moins ; de même, selon ces premiers philosophes, aucun des autres êtres ne se produit ni ne périt absolument.
§ 10. Car il faut que ce soit ou une nature unique ou des natures multiples, d’où tout le reste puisse sortir, puisque cette nature demeure et persiste toujours.
§ 11. Cependant, quand il s’agît de déterminer le nombre de ces principes ou la nature spéciale de ce principe unique, les opinions ne sont plus unanimes.
§ 12. Par exemple, Thalès, auteur et chef de ce système de philosophie, prétendit que l’eau est le principe de tout, et c’est là ce qui lui fît affirmer aussi que la terre repose et flotte sur l’eau. Probablement, il tira son hypothèse de ce fait d’observation que la nourriture de tous les êtres est toujours humide, que la chaleur même vient de l’humidité, et que c’est l’humidité qui fait vivre tout ce qui vit. C’est ainsi que l’élément d’où proviennent quelques-unes des choses parut à Thalès le principe de toutes choses sans exception.
§ 13 A ce premier motif, qui déjà lui suffisait, il ajouta cette autre observation, que les germes de tous les êtres sont de nature humide, et que l’eau est le principe naturel de tous les corps humides.
§ 14. C’est là, du reste, l’opinion que l’on prête aussi quelquefois aux plus anciens philosophes, qui ont de beaucoup précédé notre âge, et aux premiers Théologies, qui, dit-on, ont compris la nature comme la comprenait Thalès. Pour eux, en effet, l’Océan I et Téthys II passaient pour les auteurs de toute génération ; les dieux ne juraient que par l’eau que les poètes nommaient le Styx III; or, ce qu’il y a de plus ancien est aussi ce qui est le plus sacré, et rien n’est plus sacré que la chose par laquelle on jure.
§ 15. [984a] Du reste, que cette antique et vieille idée de la nature ait été réellement professée, c’est ce qu’on ne sait pas très clairement. Mais le système qu’on vient d’attribuer à Thalès sur la cause première a certainement été le sien.
§ 9. Qu’il est produit et qu’il devient II n’y a qu’un seul mot dans le texte. L’idée de Devenir implique nécessairement l’idée d’existence; pour devenir quelque chose, il faut d’abord être.
Des autres êtres, soit animés, soit inanimés. Sous toutes les modifications, il y a quelque chose qui subsiste et ne change pas, comme le dit le § suivant. C’est ce qu’on appelle la Substance.

§ 10. Une nature. C’est le mot même du texte ; on pourrait traduire aussi : « Une substance naturelle ». Cette dernière ve-sion s’accorderait peut-être mieux avec ce qui suit.

§ 11. Le nombre... ou la nature spéciale... Voir la même pensée, Traité de l’Âme, liv. I, ch. ii, § 9, p. 114 de ma traduction.

§ 12. Thalès. Thalès passe pour le plus ancien des philosophes grecs; il serait impossible de préciser le temps où il a vécu ; mais on peut rapporter son existence d’une manière approximative à l’an 600 avant J.-C. C’est près de trois siècles avant Aristote. Le premier témoignage sur Thalès est celui d’Hérodote, liv. I, ch. CLXX, p. 56, édition Firmin-Didot ; Hérodote faisait descendre Thalès d’une famille phénicienne établie à Milet. Voir sur Thalès la Philosophie des Grecs, de H. Ed. Zeller, t. I, p. 165 et suiv.
Auteur et chef de ce système de philosophie, et non, d’une manière générale, « Fondateur de la philosophie », comme l’ont cru quelques commentateurs. On sait, d’ailleurs, que Thalès n’avait rien écrit.
La terre repose et flotte sur l’eau. Voir le Traité du ciel, liv. II, ch. xiii, § 7, p. 194 de ma traduction. Aristote a parlé plusieurs fois de Thalès, et avec plus d’estime qu’il ne semble en avoir ici.

La nourriture de tous les êtres est toujours humide. Il est vrai qu’il y a une partie des aliments qui est humide ; mais il y en a aussi une bonne partie qui est sèche, et l’observation de Thalès ne serait pas exacte.
La chaleur même vient de l’humidité. Il n’y a pas à s’arrêter beaucoup à ces explications physiques. Dans le Traité de l’âme, liv. 1, ch. ii, § 18, p. 118 de ma traduction, Aristote prête une partie de ces doctrines sur l’eau non point à Thalès, mais à Hippon ; voir plus bas, § 16.

§ 13. Les germes de tous les êtres sont de nature humide. Voir le Traité de l’âme, loc. cit.

§ 14. Aux plus anciens philosophes. Il n’y a guère avant Thalès d’autres philosophes que les Théologues, dont il est question un peu plus bas ; mais ici la contexture de la phrase semble distinguer les uns et les autres, quoique des traducteurs paraissent les avoir confondus.
Aux premiers Théologues. Alexandre d’Aphrodise croit qu’Aristote veut désigner ici Homère ⤴️ et Hésiode. On pourrait sans doute ajouter Orphée.
L’Océan I et Téthys II, Platon dans le Cratyle, p. 55, traduction de M. V. Cousin, cite des vers d’Homère, d’Hésiode et d’Orphée, où se retrouvent des idées analogues.
Les poètes. C’est Homère qui est certainement désigné ici; voir l’Iliade, chant xv, vers 37 et 38 : « Et l’eau noire du Styx III en ses torrents secrets, Le plus grand des serments que les dieux font jamais! »

§ 15. Antique et vieille idée. Les deux épithètes sont dans le texte. Cette idée est celle des Théologues et des poètes qu’Aristote vient d’indiquer, et qui étaient de quatre ou cinq siècles antérieurs à Thalès lui-même.


La Métaphysique d’Aristote, Tome Premier. Chapitre III. §§7-15., traduite en français par Jules Barthélemy-Saint-Hilaire, Librairie Germer-Baillière et Cie, 1879



La plupart de ceux qui philosophèrent les premiers ne considérèrent les principes de toutes choses que sous le point de vue de la matière. Ce d’où sortent tous les êtres, d’où provient tout ce qui se produit, où aboutit toute destruction, la substance persistant la même sous ses diverses modifications, voilà, selon eux, l’élément, voilà le principe des êtres. Aussi pensent-ils que rien ne naît ni ne périt véritablement, parce que cette nature première subsiste toujours. De même que nous ne disons pas que Socrate naît réellement lorsqu’il devient beau ou musicien, ni qu’il périt quand il perd ces manières d’être, parce que le sujet des modifications, parce que Socrate lui-même persiste dans son existence ; de même on ne peut se servir de ces expressions pour aucun des autres êtres. Car il faut qu’il y ait une nature première, soit unique, soit multiple, qui, subsistant toujours, produit toutes les autres choses. Quant au nombre et au caractère propre des éléments, ces philosophes ne sont point d’accord.
Thalès 1, fondateur de cette philosophie, regarde l’eau comme premier principe. C’est pourquoi il va jusqu’à prétendre que la terre repose sur l’eau ; amené probablement à cette idée, parce qu’il voyait que c’est l’humidité qui nourrit toutes choses, que le chaud lui-même en vient, et que tout animal vit de l’humidité. Or, ce dont viennent les choses, est le principe de toutes choses. Une autre observation encore l’amena à cette opinion. Les semences de toutes choses sont humides de leur nature. Or l’eau est le principe de l’humidité des choses humides.
Quelques-uns pensent que les hommes des plus anciens temps, et, avec eux, les premiers Théologiens 2, bien antérieurs à notre époque, se figurèrent la nature de la même manière que Thalès. Ils ont en effet représenté, comme les auteurs de l’univers, l’ Océan et Téthys 3 ; et les dieux jurent, selon eux , par l’eau, par cette eau que les poètes appellent le Styx. Car ce qu’il y a de plus ancien est aussi ce qu’il y a de plus sacré ; et ce qu’il y a de plus sacré, c’est le serment 4. Y a-t-il dans cette vieille et antique opinion une explication de la nature ? c’est ce qu’on ne voit pas clairement. Telle fut toutefois, à ce qu’on dit, la doctrine de Thalès sur la première cause.
1 De Milet, 600 ans avant J.-C. — 2 Orphée, Musée, Eumolpe et les anciens poètes. — 3 Homère, Hésiode, passim. — 4 Le raisonnement est facile à compléter. Donc le serment est ce qu’il y a de plus ancien. Or, le serment se jure par le Styx, par l’eau ; donc l’eau est ce qu’il y a de plus ancien.


La Métaphysique d’Aristote, Tome Premier. III. §§3-5., traduite en français pour la première fois par Alexis Pierron et Charles Zévort, Ébrard, Librairie-Éditeur, Joubert, Librairie-Éditeur, 1840



La plupart des premiers philosophes ont cherché dans la matière les principes de toutes choses. Car ce dont toute chose est, d’où provient toute génération et où aboutit toute destruction, l’essence restant la même et ne faisant que changer d’accidens, voilà ce qu’ils appellent l’élément et le principe des êtres; et pour cette raison, ils pensent que rien ne naît et que rien ne périt, puisque cette nature première subsiste toujours. Nous ne disons pas d’une manière absolue que Socrate naît, lorsqu’il devient beau ou musicien, ni qu’il périt lorsqu’il perd ces manières d’être, attendu que le même Socrate, sujet de ces changemens, n’en demeure pas moins ; il en est de même pour toutes les autres choses; car il doit y avoir une certaine nature, unique ou multiple, d’où viennent toutes choses, celle-là subsistant la même. Quant au nombre et à l’espèce de ces élémens, on ne s’accorde pas.
Thalès, le fondateur de cette manière de philosopher, prend l’eau pour principe, et voilà pourquoi il a prétendu que la terre reposait sur l’eau, amené probablement à cette opinion parce qu’il avait observé que l’humide est l’aliment de tous les êtres, et que la chaleur elle-même vient de l’humide et en vit (1); or, ce dont viennent les choses est leur principe. C’est de là qu’il tira sa doctrine, et aussi de ce que les germes de toutes choses sont de leur nature humides, et que l’eau est le principe des choses humides. Plusieurs pensent que dès la plus haute antiquité, bien avant notre époque, les premiers théologiens ont eu la même opinion sur la nature: car ils avaient fait l’ Océan et Téthys auteurs de tous les phénomènes de ce monde, et ils montrent les Dieux jurant par l’eau que les poètes appellent le Styx. En effet, ce qu’il y a de plus ancien est ce qu’il y a de plus saint; et ce qu’il y a de plus saint, c’est le serment. Y a-t-il réellement un système physique dans cette vieille et antique opinion? c’est ce dont on pourrait douter (2). Mais pour Thalès on dit que telle fut sa doctrine.
(1) Rapport du système d’Aristote à celui de Thalès, de ὕδωρ à l’ὑγρόν, considéré comme le principe même du chaud, τὸ θερμὸν, et par conséquent comme principe unique. Histor. Animal. I, 4, Bekk. I, 489. De partibus animal. II, 3, Bekk. I, 649. Meterol. IV, 4. De longitudine et brevitate vitæe, 5, Bekk. I, 240.
(2) En effet les prêtres de l’Ionie ⤴️ n’avaient pas le système physique de Thalès, et pourtant la mythologie de ces prêtres qui faisaient de l’Océan et de Téthys les auteurs de toutes choses, est le fond primitif d’où plus tard est sorti le système de Thalès á l’insu de Thalès lui-même. La mythologie, non seulement précède, mais enferme déjà la philosophie à l’insu de l’une et de l’autre.


De La Métaphysique d’Aristote, Tome Premier. Chapitre III. §§2,3., essai de traduction du Premier et du Douzième Livres de la Métaphysique par Victor Cousin, Chez Ladrange, Librairie, 1835



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Traité (es) constitué de quatre livres dans lesquels Aristote expose ses théories astronomiques.


Théorie sur la perfection céleste et la sphéricité de la Terre et des corps célestes.


Chapitre XIII.
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Témoignage d’une théorie, de Thalès, de la Terre reposant sur l’eau.


Texte grec

§ 7. Ὥστε τὸ μὲν ἀπορεῖν εἰκότως ἐγένετο φιλοσόφημα πᾶσιν· τὸ δὲ τὰς περὶ τούτου λύσεις μὴ μᾶλλον ἀτόπους εἶναι δοκεῖν τῆς ἀπορίας, θαυμάσειεν ἄν τις. Οἱ μὲν γὰρ διὰ ταῦτα ἄπειρον τὸ κάτω τῆς γῆς εἶναί φασιν, ἐπ´ ἄπειρον αὐτὴν ἐρριζῶσθαι λέγοντες, ὥσπερ ΞενοφάνηςΚολοφώνιος, ἵνα μὴ πράγματ´ ἔχωσι ζητοῦντες τὴν αἰτίαν· διὸ καὶ Ἐμπεδοκλῆς οὕτως ἐπέπληξεν, εἰπὼν ὡς

-εἴ περ ἀπείρονα γῆς τε βάθη καὶ δαψιλὸς αἰθήρ,

-ὡς διὰ πολλῶν δὴ γλώσσης ῥηθέντα ματαίως

-ἐκκέχυται στομάτων, ὀλίγον τοῦ παντὸς ἰδόντων.

Οἱ δ´ ἐφ´ ὕδατος κεῖσθαι. Τοῦτον γὰρ ἀρχαιότατον παρειλήφαμεν τὸν λόγον, ὅν φασιν εἰπεῖν Θαλῆν τὸν Μιλήσιον, ὡς διὰ τὸ πλωτὴν εἶναι μένουσαν ὥσπερ ξύλον ἤ τι τοιοῦτον ἕτερον (καὶ γὰρ τούτων ἐπ´ ἀέρος μὲν οὐθὲν πέφυκε μένειν, ἀλλ´ ἐφ´ ὕδατος),



Traductions

§ 7. C’est donc à bon droit que tous les philosophes ⤴️ se sont occupés de ces questions et ont exposé leurs doutes. Mais l’on doit s’étonner peut-être que les solutions qu’ils ont données du problème, ne leur aient pas paru plus étranges encore que les doutes auxquels elles prétendaient répondre. Ainsi. les uns ont soutenu que le bas de la terre était infini, et ils ont donné à la terre des racines sans fin, comme le fait Xénophane (en) I de Colophon II, afin de s’éviter la peine de rechercher la véritable cause. Aussi Empédocle (en) III lui-même n’a-t-il pas manqué de réfuter ces théories, quand il a dit :

» Les fondements du globe et l’éther impalpable,

» Dont on nous parle tant, ne sont que de vains mots,

» Répétés sans raison par la langue des sots. »

D’autres philosophes font reposer la terre sur l’eau. La plus ancienne opinion de ce genre que nous ait transmise la tradition, est celle de Thalès de Milet, qui a dit, assure-t-on, qu’elle restait immobile, parce qu’elle surnageait comme un morceau de bois flottant ou quelqu’autre matière analogue, attendu que dans l’ordre de la nature les corps ne flottent pas sur l’air, mais sur l’eau.

§ 7. Se sont occupés : le texte n’est pas aussi explicite.

Plus étranges, le mot grec est précisément : « plus absurdes. »

Infini... sans fin, cette répétition est dans le texte, où elle est même encore plus marquée.

— Xénophane de Colophon, Aristote a fait un traité spécial sur le système de Xénophane; et il y rappelle cette théorie sur la profondeur infinie de la terre; voir l’édition de Berlin, page 976, a, 32 ; voir aussi l’étude de M. V. Cousin sur Xénophane, pages 32 et 33, édition de 1847.

Empédocle lui-même, voir les fragments d’Empédocle, édition de Firmin Didot, page 53, colonne 1.

Font reposer la terre sur l’eau, il restait alors à savoir sur quoi reposait l’eau, comme il est dit un peu plus bas, au § 8.

Thalès de Milet, voir sur Thalès, le 1er livre de la Métaphysique, ch. 3, page 134, traduction de M. V. Cousin.

Ou quelqu’autre matière analogue, c’est-à-dire plus légère que l’eau.


La Métaphysique d’Aristote, Livre II. Chapitre XIII. 294b. §7. (également disponible ici), traduite en français pour la première fois (et au moment de l’écriture de cet article, l’unique traduction disponible en ligne) par Jules Barthélemy-Saint-Hilaire, Librairie Philosophique de Ladrange, A. Durand, Librairie-Éditeur, 1866
(également disponible ici)



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Œuvre majeure d’ Aristote sur les principes du vivant, son mouvement, sa génération, ses passions, ses dispositions et ses moyens de connaissance.


Introduction du thème du traité dans le chapitre 1. — Aperçu des points de vue de ses prédécesseurs sur l’âme des chapitres 2 à 5.


Témoignages d’une théorie, de Thalès, de l’âme produisant le mouvement, et de son explication du magnétisme.


Texte grec

§ 13. Ἀναξαγόρας δ' ἔοικε μὲν ἕτερον λέγειν ψυχήν τε καὶ νοῦν, ὥσπερ εἴπομεν καὶ πρότερον, χρῆται δ' ἀμφοῖν ὡς μιᾷ φύσει, πλὴν ἀρχήν γε τὸν νοῦν τίθεται μάλιστα πάντων· μόνον γοῦν φησὶν αὐτὸν τῶν ὄντων ἁπλοῦν εἶναι καὶ ἀμιγῆ τε καὶ καθαρόν. Ἀποδίδωσι δ' ἄμφω τῇ αὐτῇ ἀρχῇ, τό τε γινώσκειν καὶ τὸ κινεῖν, λέγων νοῦν κινῆσαι τὸ πᾶν.
§ 14. Ἔοικε δὲ καὶ Θαλῆς ἐξ ὧν ἀπομνημονεύουσι κινητικόν τι τὴν ψυχὴν ὑπολαβεῖν, εἴπερ τὴν λίθον ἔφη ψυχὴν ἔχειν, ὅτι τὸν σίδηρον κινεῖ·
Aristotle, De Anima, Βιβλιον Πρωτον, Κεφαλαιον B', p.164, 405a, texte établi par August Immanuel Bekker, Oxford, 1837.
(également disponible ici et )



Traductions

[...] Anaxagore I, lui, semble distinguer l’âme et l’intellect — on l’a dit plus haut —, mais les traite l’un et l’autre comme une seule nature, avec cette réserve qu’il considère l’intellect comme principe souverain de toutes choses. Il déclare en tout cas que seul, parmi tous les êtres, il est simple, sans mélange et pur. Il assigne au même principe les deux fonctions de connaître et de mouvoir, disant que c’est l’intellect qui imprime le mouvement à l’univers. Il semble que Thalès, lui aussi, d’après ce qu’on rapporte, considérait l’âme comme un principe moteur : l’aimant, selon lui, possède une âme puisqu’il met le fer en mouvement.
Aristote, De l’ame, Chapitre II, 405a, p.9, traduction de E. Barbotin, Société d’édition « Les Belles Lettres », 1966.



§ 13. Anaxagore semble distinguer l’âme et l’intelligence, comme nous l’avons déjà dit plus haut, bien qu’il les emploie toutes deux, comme si c’était une seule nature : pourtant il fait surtout de l’intelligence le principe de toutes choses. C’est ainsi qu’il dit que, seule de tout ce qui est, l’intelligence est simple, sans mélange et pure. Il attribue à un même principe tout à la fois et de connaître et de mouvoir. quand il avance que l’intelligence meut l’univers.
§ 14. Thalès aussi peut être rangé parmi ceux qui passent pour avoir considéré l’âme comme ce qui produit le mouvement; car il disait que la pierre d’aimant a une âme, parce qu’elle meut le fer.
§ 13. Comme nous l’avons déjà dit, plus haut , § 5. Aristote ne fait guère que répéter ici ce qu’il a déjà dit sur Anaxagore. Voir la note relative au § 9. il semble qu’Aristote ne partage pas l’opinion de Socrate sur le vice du système d’Anaxagore. Voir le Phédon. p. 278, trad. de M. Cousin.
§ 14. Thalès aussi. Philopon blâme Aristote d’avoir ici rapporté l’opinion de Thalès; car il s’agit dans ce passage des philosophes qui ont confondu l’âme avec les principes qu’ils reconnaissaient aux choses, et Aristote revient à l’idée de mouvement dont il n’est plus question. La critique est vraie et cette pensée pouvait être mieux placée.


Psychologie d’Aristote - Traité de l’ame, Chapitre II, 405a, §§ 13-14, traduit en français pour la première fois par J. Barthélemy-Saint-Hilaire, Librairie Philosophique de Ladrange, 1846.



Témoignage d’une théorie, de Thalès, du Tout plein de dieux.


Texte grec

§ 15. Τοῦτο δὲ πέπονθε καὶ ὁ ἐν τοῖς Ὀρφικοῖς καλουμένοις ἔπεσι λόγος· φησὶ γὰρ τὴν ψυχὴν ἐκ τοῦ ὅλου εἰσιέναι ἀναπνεόντων, φερομένην ὑπὸ τῶν ἀνέμων, οὐχ οἷόν τε δὲ τοῖς φυτοῖς τοῦτο συμβαίνειν οὐδὲ [411a] τῶν ζῴων ἐνίοις, εἴπερ μὴ πάντα ἀναπνέουσιν· τοῦτο δὲ λέληθε τοὺς οὕτως ὑπειληφότας.

§ 16. (Εἰ δὲ δεῖ τὴν ψυχὴν ἐκ τῶν στοιχείων ποιεῖν, οὐθὲν δεῖ ἐξ ἁπάντων· ἱκανὸν γὰρ θάτερον μέρος τῆς ἐναντιώσεως ἑαυτό τε κρίνειν καὶ τὸ ἀντικείμενον. Καὶ γὰρ τῷ εὐθεῖ καὶ αὐτὸ καὶ τὸ καμπύλον γινώσκομεν· κριτὴς γὰρ ἀμφοῖν ὁ κανών, τὸ δὲ καμπύλον οὔθ' ἑαυτοῦ οὔτε τοῦ εὐθέος.)

§ 17. Καὶ ἐν τῷ ὅλῳ δή τινες αὐτὴν μεμῖχθαί φασιν, ὅθεν ἴσως καὶ Θαλῆς ᾠήθη πάντα πλήρη θεῶν εἶναι.

Aristotle, De Anima, Βιβλιον Πρωτον, Κεφαλαιον Ε', p.180, 410b-411a, texte établi par August Immanuel Bekker, Oxford, 1837.
(également disponible ici et )



Traductions

Sous ce même grief tombe aussi la doctrine exprimée dans les vers attribués à Orphée : d’après elle, l’âme provient de l’univers extérieur et pénètre dans les êtres vivants par la respiration, les vents lui servant de véhicule — chose impossible dans le cas des plantes et de certains animaux, puisque tous ne sont pas doués de respiration ! C’est ce qui a échappé aux tenants de cette opinion. — Quand bien même il faudrait constituer l’âme en partant des éléments, il n’est nullement nécessaire de les prendre tous comme principes. En effet, l’un ou l’autre terme de la contrariété suffit à se juger lui-même ainsi que son contraire. C’est ainsi que par la ligne droite nous connaissons la ligne droite elle-même et la courbe, car la règle les juge tous deux (tandis que la courbe ne juge ni elle-même ni la ligne droite).

Certains autres penseurs déclarent que l’âme est mêlée à l’univers entier : peut-être est-ce l’origine de l’opinion de Thalès que tout est plein de dieux.

Aristote, De l’ame, Chapitre V, 410b-411a, p.25, traduction de E. Barbotin, Société d’édition « Les Belles Lettres », 1966.



§ 15. C’est là aussi l’erreur que présente cette pensée dans les vers appelés Orphiques. « L’âme, y est-il dit, vient de l’univers entrer dans les animaux, quand ils respirent, apportée par les vents. » Or, cela n’est certes pas possible pour les plantes, ni même pour certains [411a] animaux, puisque tous les animaux ne respirent pas. Mais c’est ce qu’ignoraient ceux qui ont avancé ces assertions hypothétiques.

§ 16. S’il faut d’ailleurs composer l’âme avec les éléments, il ne faut pas du moins la composer avec tous. En effet, il suffit d’une des deux parties de l’opposition, pour juger et cette partie même et l’opposé. Ainsi, par le droit , nous connaissons et le droit lui-même et la courbe. Le juge de tous les deux, c’est la règle, tandis que le courbe ne peut être la mesure ni de lui-même ni du droit.

§ 17. Quelques uns ont cru que l’âme est mêlée dans tout l’univers, et c’est là peut-être ce qui a fait penser à Thalès que tout est plein de dieux.

§ 15. Dans les vers appelés Orphiques. Le mot appelés prouve qu’Aristote ne croyait pas que ces vers fussent réellement d’Orphée (en grec ancien Ὀρφεύς / Orpheús). Le même doute est exprimé encore dans le traité de la Génération des animaux. liv. II. chap. 1, p. 734, a . 19, édit. de Berlin. — Vient de l’univers. Le texte dit « du tout. » Voir aussi sur cette opinion d’Aristote, relative à Orphée, Cicéron, de Natura deorum, liv. 1, chap. 38. — Pour les plantes. Aristote reconnaît une âme dans les plantes, l’âme nutritive. Voir plus loin, liv. Il, chap. 2, § 3.
§ 16. Pour juger et cette partie même. Le texte dit mot à mot . « Et pour que cette partie se juge elle-même. » La traduction que j’ai adoptée me semble plus claire. M. Trendelenbourg rappelle ce principe de Spinoza qui est tout-à-fait identique à celui d’Aristote « Verum sui index et falsi. » — La mesure ni de lui-même ni du droit. Il a donc peut-être eu tort de dire plus haut d’une manière générale qu’une des deux parties de l’opposition est suffisante.
§ 17. Quelques uns ont cru que l’âme est mêlée dans tout l’univers. C’est ainsi que Simplicius comprend ce passage, qui semblerait alors s’adresser aux théories du Timée; mais Philopon admet un autre sens que le texte peut donner aussi « Que l’âme est dans tout corps, et que l’âme se trouve mêlée aux éléments qui composent tous les corps. » Je préfère le premier sens comme étant plus d’accord avec ce qui suit.


Psychologie d’Aristote - Traité de l’ame, Chapitre V, 410b-411a, §§ 15-17, traduit en français pour la première fois par J. Barthélemy-Saint-Hilaire, Librairie Philosophique de Ladrange, 1846.