Psychologie cognitive pour l'enseignant/Introduction

Un livre de Wikilivres.
Aller à : navigation, rechercher


De nombreux paramètres interviennent dans la réussite scolaire : la motivation, le bien-être de l'élève, ses capacités intellectuelles, ses connaissances antérieures, etc. Parmi ces paramètres, il en est un qui est peu connu des professeurs, malgré son importance capitale pour la pédagogie : il s'agit de la mémoire. Apprendre, c’est avant tout une question de mémoire : si un élève ne retient pas ce qui a été vu en classe, il n’apprend pas.

Cela peut paraitre évident, mais beaucoup de professeurs ne savent pas vraiment comment fonctionne la mémoire. Certains d'entre eux confondent mémoriser et apprendre par cœur, croient qu'il existe des élèves « visuels » et d'autres « auditifs », certains pensent qu'il suffit d'apprendre pour comprendre, etc. De nombreuses idées reçues sur la mémoire, présentes chez nombre d'enseignants, sont parfois à l'origine de pratiques pédagogiques des plus délétères. Pourtant, les recherches sur la mémoire permettent de donner des conseils directement applicables en classe. Pour commencer, nous allons faire un petit rappel sur la mémoire, ou plutôt les mémoires, car un humain en possède plusieurs.

Il faut tout d'abord savoir qu'un humain possède deux grands types de mémoires :

  • des mémoires temporaires ;
  • et des mémoires à long terme.

Multistore model.png

La première forme de mémoire est celle qui contient l'ensemble des connaissances et souvenirs que nous avons mémorisés : ce contenu passera alors dans la mémoire à long terme, cible de tout apprentissage. Celle-ci stocke nos souvenirs, nos connaissances, les mots que nous connaissons et d'autres choses encore. C'est cette mémoire à long terme que nous appelons « mémoire » dans le langage courant : les informations sont stockées dans notre mémoire à long terme sur de longues durées, voire pour toute la vie. Connaître le fonctionnement de cette mémoire donne de nombreux recommandations utiles pour l'enseignant et qui vont faire l'objet des prochain chapitres. Mais avant tout, une petite introduction théorique s'impose.

Mémoire explicite[modifier | modifier le wikicode]

La mémoire à long terme est décomposée en plusieurs sous-mémoires, localisées dans des régions différentes du cerveau :

  • une mémoire explicite, qui stocke connaissances et souvenirs ;
  • et une mémoire implicite qui gère certains automatismes perceptifs, moteurs et cognitifs.

La mémoire explicite est celle qui mémorise nos souvenirs et nos connaissances. Par connaissances, on entend l'immense base de faits et de concepts que nous avons appris au cours de notre vie, notamment dans notre scolarité ou au cours de nos lectures.

Concepts et connaissances[modifier | modifier le wikicode]

Les formes les plus simples de connaissances sont des informations sensorielles :

  • images ;
  • sons ;
  • odeurs ;
  • propriétés tactiles : doux, rugueux, chaud, froid, etc ;
  • formes : fin, mince, gros, énorme, etc ;
  • couleurs ;
  • etc.

Les psychologues ont regroupé ces informations dans une sorte de « sous-mémoire » que l'on appelle le système de représentations perceptives.

Mémoire - système de représentation perceptive.PNG

A coté de ce informations sensorielles, on trouve des informations verbales :

  • mots ;
  • lettres ;
  • chiffres ;
  • nombres ;
  • symboles chimiques ;
  • notations mathématiques ;
  • etc.

Ces connaissances sont mémorisées dans une mémoire spécialisée dans le langage : le lexique mental, ou mémoire lexicale.

Second apercu de la mémoire explicite.PNG

Ces connaissances de base sont secondées par des connaissances qui ont un sens, qu'il s'agisse de faits ou d'abstractions plus élaborées. Ces concepts sont stockés dans une mémoire dédiée : la mémoire sémantique.

Modèle simple de la mémoire explicite-déclarative.PNG

Si l'on en croit les expériences en neurosciences ainsi que les observations sur des patients souffrant de lésions au cerveau, cette mémoire sémantique est organisée autour de catégories, de concepts simples qui ne sont pas composés d'un grand nombre de sous-concepts qui interagissent. Par exemple, certains patients ayant des lésions au cerveau sont incapables de reconnaitre les objets animés, sans qu'ils aient la moindre difficulté avec les objets inanimés (ou l'inverse). Ces catégories nous permettent de regrouper différentes informations en provenance de l'environnement dans une seule entité qui a un sens. Cela permet aussi de faire des prédictions et des déductions : à chaque fois que je rencontre une situation, un objet ou un concept déjà connu, je peux accéder à mes connaissances sur cette entité depuis ma mémoire à long terme et les réutiliser. Par exemple, si je catégorise un ensemble de perceptions comme étant un homme armé, je sais que je dois décamper ou me cacher le plus rapidement possible. Ce mécanisme de catégorisation permet d'effectuer des inférences, des raisonnements, ou de résoudre des problèmes.

Organisation en réseau[modifier | modifier le wikicode]

La mémoire n'est pas qu'une simple armoire de concepts et de faits empilés les uns sur les autres. Si c'était le cas, se rappeler quelque chose nécessiterait de rechercher le matériel à rappeler dans toute la mémoire sémantique : cette recherche serait vraiment longue et inefficace. Or se souvenir de quelque chose n'est pas si difficile. Les modèles actuels résolvent ce problème en supposant que la mémoire est structurée de manière à faciliter le rappel.

D'après ces théories, la mémoire est intégralement constituée d'un réseau d'informations reliées entre elles par des associations d'idées : un mot sera associé au concept qui lui correspond, plusieurs idées seront reliées entre elles par un lien ce causalité, etc., l'ensemble forme ce qu'on appelle un réseau sémantique.

Spreading Activation Model Mental Lexicon.png

La recherche de l'information à rappeler se fait en parcourant ce réseau d'interconnexions de proche en proche, ce qui est relativement rapide. Cette organisation par association est assez bien montrée par des expériences de chronométrie mentale. Dans ces expériences, on donne une phrase à un cobaye qui doit dire si celle-ci est vraie ou fausse et on mesure le temps qui'il met pour répondre : plus ce temps est long, plus le cerveau a dû parcourir de nœuds dans la mémoire sémantique pour trouver la réponse.

Ces associations font que la mémoire sémantique est une mémoire « intelligente » qui mémorise le sens des choses et leurs relations. Il est évident que la mémoire d'un bon élève est quantitativement différente de celle d'un élève faible : le bon élève a mémorisé beaucoup plus de concepts et de faits qu'un mauvais élève. Mais il existe aussi une différence qualitative : les concepts et faits mémorisé par le bon élève sont fortement interconnectés entre eux. Cela ne veut pas dire qu'avoir beaucoup de connaissances soit une mauvaise chose, bien au contraire, mais ces connaissances ne sont pas une liste isolée de faits.

D'après les théories hiérarchiques de classes, les catégories sont reliées entre elles par ce qu'on appelle des **taxonomies**. Dans celles-ci, si une catégorie est une sous-catégorie d'une autre, la sous-catégorie est appelée la catégorie fille et l'autre la catégorie mère. Dans une taxonomie, une catégorie est reliée à une autre si elle est une catégorie-fille ou une catégorie-mère.

Hierarchical semantic network.PNG

Quelques observations semblent conforter cette théorie : toutes les cultures utilisent des hiérarchies de catégories de ce genre et celles-ci sont presque identiques d'une culture à une autre. Des comparaisons ont étés faites sur les taxonomies d'animaux sauvages : entre les équipes de taxonomistes envoyés dans la jungle et les taxonomies des cultures locales, il n'y a pas beaucoup de différences. Cependant, si l'en croit certaines expériences de chronométrie mentale, cette hiérarchie taxonomique n'est pas toujours respectée : plus un concept est familier, plus on peut y accéder rapidement sans que sa position dans la hiérarchie taxonomique y change quoi que ce soit. De plus, la hiérarchie est violée dans certains cas particuliers. Par exemple, il est plus lent de vérifier la véracité de la phrase un chien est un mammifère que celle de la phrase un chien est un animal, alors que les théories hiérarchiques prédisent l'inverse.

Les théories actuelles ne se contentent pas des relations taxonomiques : de nombreuses associations viendraient se rajouter. On peut classer ces associations en plusieurs types :

Taxonomiques En relation avec les hiérarchies taxinomiques.
Ressemblances et opposition Les associations de ressemblances vont relier des traits sémantiques ou des catégories qui se ressemblent. Par exemple :
  • liquide sera relié avec fluide ;
  • vomitif sera relié avec dégoûtant ;
  • simple sera relié avec facile ;
  • etc.

Les associations d'opposition vont relier des traits sémantiques ou des catégories qui s'opposent. Par exemple :

  • chaud sera relié à froid ;
  • dur sera relié avec mou ;
  • etc.
Contiguïté Les associations par contiguïté sont de deux types :
  • contiguïté spatiale ;
  • contiguïté temporelle.

Deux concepts sont associés par contiguïté spatiale quand les objets qu'ils représentent sont spatialement proches l'un de l'autre. Par exemple, deux pays proches sur une carte seront mentalement associés. Ainsi, si je prononce le mot "France", et que je vous demande de penser à un nom de pays, vous avez de fortes chances de citer "Italie" ou "Allemagne" plutôt que "Namibie" ou "Australie".

Deux concepts sont associés par contiguïté temporelle quand les objets qu'ils représentent apparaissent souvent en même temps. Par exemple, le concept de "médecin" sera plus associé au concept d'"hôpital" qu'à celui de "diplôme", en raison du fait que l'on voit plus souvent un médecin quand on va à l’hôpital que quand on est face à un diplôme.

Causalité Les associations par causalité naissent entre deux concepts quand l'objet représenté par un concept est la cause de l'objet représenté par un second concept. On peut exploiter ces associations en expliquant le pourquoi des choses et en donnant de nombreuses explications.

Processus de rappel[modifier | modifier le wikicode]

L'utilisation de la mémoire sémantique se base sur trois capacités :

  • premièrement, le matériel à apprendre est mémorisé : il produit une trace mnésique stockée dans le cerveau ;
  • ensuite, cette trace doit être consolidée dans le cerveau : durant une période de quelques minutes à quelques heures, l'information est fragile et peut s'effacer relativement facilement en cas de dommage au cerveau ;
  • et enfin, on peut se rappeler l'information stockée : c'est la capacité de rappel.

Le fonctionnement du processus de rappel est relativement simple : il consiste à activer les catégories en mémoire. Par activation, on veut dire que le réseau de neurones qui stocke un concept peut émettre des influx nerveux. La quantité d'activation reçue par une catégorie détermine sa facilité à être rappelée : plus l'activation est forte, plus la probabilité de rappel de la catégorie activée est grande.

Cette activation ne reste pas en place : elle va se propager à travers le réseau sémantique, en passant par les associations, les synapses. Celles-ci peuvent alors propager plus ou moins bien l'activation suivant leur force. Il arrive que par endroits, un concept reçoive de l'activation en provenance de plusieurs associations. Les activations convergentes s'additionnent. En somme, certains concepts servent de points de convergence dans le réseau sémantique.

Spreading-activation-graph-1.png

Plus un concept a un grand nombre de voisins dans ce réseau associatif, plus il peut être rappelé facilement : chacun des voisins peut servir de point de convergence, d'indice de récupération. L'efficacité de la mémorisation dépend donc fortement de l’accessibilité de l'information en mémoire : tout dépend du nombre d'interconnexions entre concepts, de l'élaboration de la mémoire sémantique. Une grande partie de nos capacités de raisonnement ou de réflexion proviennent d'ailleurs de ces associations : souvent, ce sont elles qui permettent de faire des inférences dans des domaines connus.

C'est pourquoi donner un indice facilite le rappel d'une information que l'on croyait avoir oubliée : l'indice va activer des connaissances proches et cette activation va rapidement se propager jusqu'à la connaissance à rappeler. Et cela explique aussi le fait que donner un indice faux ou très éloigné du mot à rappeler, n'a pas d'effet : l'indice activé est situé trop loin pour être efficace. Le fait que donner des indices favorise le rappel s'appelle l'effet d’amorçage sémantique.

Ces indices sont en quelque sorte les points de départ de l'activation diffusante : on les nomme souvent des **indices de récupération**. Leur perception va directement activer la connaissance associée en mémoire lexicale/sensorielle. Par exemple, tout texte, situation, énoncé, problème, contient des indices de récupération. Les indices de récupération les plus communs sont :

  • des indices phonétiques ou lexicaux : des mots, des sons, des syllabes, etc. ;
  • des images, si l'information a été codée visuellement ;
  • des indices sémantiques, quand on comprend quelque chose ;
  • des indices épisodiques : on se souvient du contexte dans lequel on a encodé ;
  • des indices émotionnels : le matériel à apprendre me plaisait, j'étais énervé, etc.

Ces indices ne sont pas toujours explicites et peuvent être plus ou moins cachés. Par exemple, essayez de deviner laquelle des deux listes suivante fonctionne le mieux.

Liste 1 :

  • vache
  • cheval
  • poney
  • poulain
  • cochon
  • rat
  • souris
  • lézard

Liste 2 :

  • vache
  • cochon
  • poulain
  • souris
  • cheval
  • lézard
  • poney
  • rat

C'est la première, car les mots sont classés par catégories : le fait de lire des mots appartenant à la même catégorie les uns à la suite des autres va activer celle-ci en mémoire, permettant un meilleur rappel de la liste triée.

Mais ce processus d’amorçage peut aller encore plus loin : il peut donner des illusions de rappel. On peut se souvenir de choses qui n'étaient pas dans le matériel appris à l'origine et croire que ces informations en faisaient bel et bien partie.

Par exemple, lisez cette suite de mots :

  • bonbon
  • aigre
  • caramel
  • amer
  • bon
  • goût
  • dent
  • joli
  • miel
  • soda
  • chocolat
  • cœur
  • gâteau
  • manger
  • tarte

Maintenant, je prend des mots de cette liste, que je mélange avec des nouveaux mots. J'obtiens ceci :

  • goût
  • point
  • sucré
  • chocolat
  • caramel
  • gentil

Quels sont les mots de la liste initiale ? Comme 90% des cobayes de cette expérience, vous avez probablement cru que « sucré » était dans la liste initiale ! Cela vient du fait que l'activation diffusante peut activer des concepts proches, ou qui ont un lien avec le matériel original, mais qui n'en faisaient pas partie.

Mais les indices ne sont pas tout puissants : toute information n'est pas accessible à partir de n'importe quel indice. La mémoire sémantique est plus ou moins organisée en sous-réseaux don chacun contient un ensemble d'informations fortement interconnectées entre elles mais qui n'ont pas beaucoup de connexions avec les informations en dehors de ce sous-réseau. On nomme souvent de tels ensembles des schémas. On peut voir ceux-ci comme des ensembles d'informations organisés autour d'un thème ou sous-thème bien précis. Vu que ces schémas ont peu de connexions avec le reste de la mémoire, il va de soi que les informations d'un schéma ne peuvent pas être réutilisée en dehors de leur contexte d'utilisation habituel. En conséquence, la pratique d'un domaine disciplinaire quelconque ne permet pas d’améliorer ses performances dans un autre domaine relativement différent :

  • les spécialistes du calcul mental ne peuvent pas transférer leurs capacités dans d'autres domaines que le calcul mental ;
  • de même, apprendre à jouer aux échecs ne développe pas un sens stratégique qui pourrait être réutilisable dans un contexte militaire ; *les études faites sur l'apprentissage de la programmation[1][2] montrent que celui qui apprend à programmer n'apprend jque cela, sans aucun gain dans les autres domaines ;
  • même chose pour le latin[3][4], qui, contrairement aux idées reçues, ne permet pas de favoriser la mémoire ou de structurer l'esprit.
  • même chose pour les mathématiques, comme le prouvent les échecs des divers programmes éducatifs censés améliorer les capacités de raisonnement de cobayes en les entrainant aux mathématiques.

Les exceptions correspondent à des situations où les schémas acquis sont réutilisables dans un autre domaine : par exemple, faire des mathématiques permettra d'améliorer ses résultats dans les portions du programmes de physique qui mettent en application les outils mathématiques appris.

L'oubli[modifier | modifier le wikicode]

Il arrive souvent que l'on oublie : cela fait partie de la vie courante et c'est notamment problématique lors d'un examen. Mais pourquoi oublie-on ?

Première théorie : les informations s'effacent progressivement de la mémoire si elles ne sont pas utilisées. Le seul moyen pour éviter cela serait la répétition et le rappel fréquent.

Nombreux sont les psychologues qui pensent que l'oubli provient aussi d'un raté du processus de rappel, comme quand « on a un mot sur le bout de la langue » : l'information est en mémoire mais les indices de récupération ne sont pas suffisants pour déclencher le rappel à cause d'un réseau sémantique trop pauvre. Cela a été plus ou moins montré par Ebbinghaus, le tout premier à avoir étudié scientifiquement la mémoire. Dans une de ses expériences, il apprenait une suite de mots jusqu'à obtenir un taux de rappel de 100% et réapprenait celle-ci une fois qu'il l'avait totalement oubliée. Il remarqua qu'il mettait nettement moins de temps à réapprendre la liste que lors de la première fois : la liste était encore partiellement dans sa mémoire, du moins en partie, mais elle était inaccessible.

L'oubli peut donc venir d'une mémorisation mal faite qui n'a pas associé l'information dans le réseau sémantique, ou ne l'a pas fait suffisamment. Conséquence : plus on intègre une connaissance dans un réseau sémantique riche, mieux on s'en souvient. La première mesure contre l'oubli est d'abord une mémorisation qui relie bien chaque nouvelle connaissances aux connaissances antérieures. Exemple : lors du vieillissement, les personnes âgées ont du mal à faire des associations entre concepts. D'ailleurs, les thérapies contre la perte de mémoire effectuées par les orthophonistes consistent en grande partie à améliorer les réseaux sémantiques des personnes âgées. Ensuite, plus on a fait d'études, plus le vieillissement cérébral est lent : lors des études, les réseaux sémantiques se sont développés et contiennent un grand nombre d'associations qui facilitent le travail de l'activation diffusante.

Il existe une dernière cause de l'oubli : l'interférence entre connaissances semblables. A partir des mêmes indices de récupérations, deux concepts associés ou proches dans le réseau sémantique peuvent s'activer simultanément et entrer en compétition pour le rappel, diminuant leurs chances de rappel respectives. Ces interférences ont souvent lieu entre des informations assez semblables et que l'on peut confondre : l'interférence est très faible entre informations très différentes ou très ressemblantes. Par exemple, les apprentissages de deux listes de mots interféreront plus facilement si les mots des différentes listes sont phonétiquement proches. A l'inverse, rassembler des mots de la même catégorie dans la même liste diminue fortement l'interférence.

Selon l'ordre d’apprentissage des informations interférentes, on distingue deux types d'interférences :

  • l'interférence pro-active : d'anciennes connaissances empêchent la mémorisation de nouvelles idées ;
  • et l'interférence rétro-active : des connaissances récentes ont tendance à favoriser l'oubli d'anciennes informations.

L'interférence rétro-active permet de remplacer des connaissances inadaptées ou obsolètes par des connaissances plus récentes, souvent valides. C'est donc une forme d'oubli assez intéressante : elle permet d'oublier nos erreurs pour les remplacer par la correction appropriée. Mais l'interférence pro-active joue contre cet oubli des connaissances inadaptées et tend donc à jouer de nombreux tours aux enseignants. On peut éviter ce genre d'interférence en explicitant les différences entre concepts semblables, en montrant en quoi ils différent. Insister sur les différences est notamment très important lors de l'usage d'analogie ou lors de l'apprentissage de concepts ressemblants.

Mémoire implicite[modifier | modifier le wikicode]

La mémoire explicite est secondée par une mémoire nettement « intelligente », spécialisée dans des automatismes. Il faut savoir que tous les processus n'utilisent pas la même quantité d'attention : certains sont automatiques et ne requièrent aucune attention, tandis que certains demandent beaucoup de concentration. Or, certains processus inconscients possèdent une mémoire dédiée qui prend en charge les automatismes moteurs, les réflexes, les habitudes, les automatismes perceptifs, voire des automatismes cognitifs.

Modèle simple de la mémoire.PNG

Sousètypes de mémoires implicites[modifier | modifier le wikicode]

Les travaux de Squire et Kandel nous disent que cette mémoire ne peut mémoriser que :

  • des conditionnements pavloviens ;
  • des habitudes inconscientes ;
  • des automatismes moteurs, acquis lors de l'apprentissage sportif ;
  • des automatismes perceptifs liés à la vision et l'audition ;
  • des automatismes liés à la familiarité d'un stimulus.

Dans ce qui va suivre, nous allons rapidement parler de la mémoire implicite qui s'occupe des informations perceptives très élémentaires, celles qui permettent de reconnaitre des motifs sonores ou visuels simples : on parle de mémoire perceptive. Pour la vision, cette mémoire perceptive peut identifier des barres verticales, des contours d'objets, des couleurs, etc. Pour la mémoire perceptive auditive, cette mémoire permet de reconnaitre des motifs sonores simples, comme la note produite par un instrument, un bruit, etc.

Effet Stroop[modifier | modifier le wikicode]

Le meilleur moyen d'illustrer l'existence d'automatismes de ce genre est de montrer que certains automatismes peuvent interférer avec des tâches conscientes : c'est l'effet stroop. Pour cela, nous allons prendre l'exemple de la reconnaissance des mots : essayez de donner la couleur dans laquelle sont écrits les mots suivants :

Vert Rouge Bleu Jaune Bleu Jaune

Bleu Jaune Rouge Vert Jaune Vert

Logiquement, la seconde liste devait être plus difficile. Cela vient du fait que les mots de la seconde liste sont plus souvent coloriés dans des couleurs qui ne correspondent pas au mot écrit (vert colorié en rouge, par exemple), tandis que ls mots de la première ont une en majorité couleur qui leur correspond (rouge écrit en rouge, par exemple). Pour les mots écrits dans une couleur qui ne leur correspond pas, la reconnaissance automatique du mot va venir perturber le processus d'identification de la couleur : le cerveau devra inhiber l'automatisme de lecture automatique du mot pour se concentrer sur sa couleur (chose qui est assez difficile, vu que les lecteurs normaux ne sont pas trop habitués à ce genre d'exercice).

Mémoires temporaires[modifier | modifier le wikicode]

Les mémoires à long terme sont capables de mémoriser des informations sur de longues durées, voire durant toute une vie. Mais il existe aussi des formes de mémoire nettement moins durables qui ne peuvent pas mémoriser d'information au-delà de la minute. Toute information présente dans ces mémoires s'efface rapidement, au bout de quelques secondes : ce sont les mémoires temporaires.

Mémoires sensorielles[modifier | modifier le wikicode]

Une idée reçue que l'on entend souvent dans les médias ou dans la bouche des professeurs, c'est qu'il existerait des mémoires auditives, visuelles, kinesthésiques, dont l'efficacité varierait chez les individus. Cette idée reçue date des années 1920. Dans les faits, il existe bien des mémoires similaires : un humain dispose de mémoires sensorielles qui retiennent des informations sensorielles durant une durée très courte. Elles correspondent aux mémoires auditives, visuelles et kinesthésiques. Mais ces mémoires s'éloignent grandement du portrait qui en est fait dans la vulgarisation destinée au grand public.

Mémoire sensorielles

Les mémoires sensorielles peuvent retenir un quantité d'informations sensorielles non négligeable mais elles ont une durée de rétention des informations qui est assez brève. Au delà de 2/3 seconde, ces mémoires ont totalement perdu leur contenu.

Une bonne partie du contenu de ces mémoires n'est pas perçue consciemment. L'attention, notre capacité à nous concentrer, va faire un tri dans le contenu de ces mémoires sensorielles pour n'en retirer que les informations essentielles. Ainsi une bonne partie des informations stockées dans les mémoires sensorielles n'atteint pas la conscience et est oubliée.

Un traitement est effectué sur le contenu de ces mémoires, mais c traitement est automatique et ne fait pas intervenir la conscience : ce peut être des processus de détection des contours d'objets pour la mémoire visuelle, des processus de détection de la tonalité ou de l’intensité sonore pour la mémoire auditive, etc.

Qui dit traitement automatique dit implication de la mémoire implicite : mémoires sensorielles et mémoire à long terme implicite sont intimement liées. Les mémoires sensorielles correspondent à la portion activée de la mémoire perceptive. Quand on reconnait un objet, le réseau de neurones qui mémorise cet objet en mémoire perceptive va automatiquement s'activer : l'ensemble des informations activées en mémoire perceptive correspond aux mémoires sensorielles.

Mémoire à court terme[modifier | modifier le wikicode]

Si les informations en mémoire implicite peuvent s'activer, il en est de même pour les informations en mémoire explicite, celle qui mémorise connaissances et souvenirs. Ces informations activées en mémoire explicite peuvent alors être accessibles à l'esprit : on s'en souvient. La portion activée de la mémoire à long terme forme ce que l'on appelle une mémoire à court terme.

Si on parle de mémoire à court terme, c'est parce que les informations en mémoire à court terme restent accessibles à l'esprit durant quelques dizaines de secondes : l'activation finit fatalement par s'estomper. C'est cette mémoire à court terme qui sert à mémoriser un numéro de téléphone avant de le composer ou qui sert à mémoriser temporairement ce que dit le professeur pour le recopier sur papier.

Cette mémoire a une capacité limitée et ne peut retenir qu'un faible d'informations nombre et variable suivant la situation : sa limite est de l'ordre de 7 pour des informations symboliques (lettres ou chiffres).

Mémoire de travail[modifier | modifier le wikicode]

La mémoire à court terme est loin d'être une zone de stockage totalement passive. En effet, les informations en mémoire à long terme ne restent pas activées indéfiniment : au bout d'un certain temps, les informations se désactivent et "quittent" la mémoire à court terme.

Cependant, il existe des mécanismes de rafraîchissement qui permettent de maintenir des informations en mémoire à court terme durant de long laps de temps. La répétition mentale est un premier mécanisme mais il existe un autre mécanisme qui fait intervenir notre capacité à se concentrer : l'attention.

Dans le langage courant, l'attention permet de limiter la quantité d'informations présentes à l'esprit en même temps : elle sélèctionne les informations pertinentes dans la mémoire à court terme mais elle est aussi utilisée pour maintenir des informations en mémoire à court terme durant un laps de temps relativement long. L'ensemble des informations maintenues en mémoire à court terme par l'attention forme ce que l'on appelle la mémoire de travail.

Cette mémoire de travail est utilisée pour effectuer un traitement actif du matériel à apprendre ou à manipuler et elle est notamment mise à contribution lors de la résolution de problème. Dès que l'on pense, que l'on réfléchit, que l'on résoud un problème, la mémoire de travail est sollicitée pour mémoriser des résultats temporaires ou toute autre information pertinente.

La faible capacité de la mémoire de travail impose des limites à la quantité d'informations maintenue simultanément dans la mémoire à court terme. Cette capacité serait limitée au alentours de 3 à 4 informations, voire moins lors de tâches complexes.

Depuis, on a découvert que cette mémoire de travail est composée de plusieurs sous-systèmes :

  • le premier est une mémoire de travail verbale qui intervient dans la compréhension du langage et peut traiter des informations symboliques comme des lettres, syllabes, mots, chiffres, ou nombres : on l'appelle la boucle phonologique ;
  • elle est secondée par le calepin visuo-spatial, une mémoire de travail utilisée pour la gestion des images et des manipulations dans l'espace : rotations mentales, orientation sur une carte, retrouver son chemin, etc ;
  • et enfin, on trouve une mémoire de travail « fourre-tout », capable de mémoriser tout type d'informations et qui peut combiner des informations en provenance des deux autres mémoires de travail : l'executive buffer.

mémoires de travail

Références[modifier | modifier le wikicode]

  1. Pea and Kurland 1984
  2. Salomon and Perkins 1987
  3. Thorndike and Woodworth (1901)
  4. Thorndike (1923)