Précis d'épistémologie/Fondements scientifiques pour la psychiatrie et le développement personnel

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Le problème fondamental : l’efficacité de la bonne volonté[modifier | modifier le wikicode]

Les troubles psychiques sont les troubles de l’esprit qui nous empêchent de nous adapter à la réalité pour bien vivre, ou pas trop mal, parce qu’ils privent la bonne volonté de son efficacité.

Tant qu’on est bien portant, les réactions intérieures (émotions, pensées et décisions) nous aident à bien vivre en nous aidant à nous adapter à la réalité. La bonne volonté et l’intelligence commune sont en général suffisantes pour résoudre ou surmonter les problèmes de la vie d’un esprit. Les difficultés intérieures ne sont pas des troubles psychiques tant qu’on est capable de les surmonter spontanément avec un effort de volonté. Elles deviennent des troubles psychiques quand elles dépassent les capacités autoréparatrices de la bonne volonté. Les troubles psychiques sont des troubles qu’un esprit n’arrive pas à surmonter spontanément avec sa bonne volonté et son intelligence. Ils révèlent une inefficacité de la volonté. La volonté est souvent puissante mais elle n’est jamais toute puissante, même lorsqu’il s’agit seulement de se gouverner soi-même.

Tant que les difficultés intérieures ne sont pas trop grandes, la bonne volonté suffit pour résoudre les problèmes, parce que même un débutant peut résoudre des problèmes faciles. Quand les troubles psychiques surviennent, les difficultés intérieures sont devenues trop grandes, la bonne volonté seule ne suffit plus, elle est dépassée par ce qu’elle subit, elle a besoin d’être éclairée et aidée.

Les troubles psychiques surviennent quand la bonne volonté ne marche pas, ou pas très bien.

La guérison psychique est toujours de restaurer l’efficacité de la bonne volonté.

Quand la guérison complète semble impossible, il faut rechercher une guérison partielle, restaurer une partie de l’efficacité de la bonne volonté, afin de mieux vivre avec ses troubles.

Le problème fondamental de la psychiatrie est donc de comprendre l’efficacité de la bonne volonté. Qu’est-ce qui fait qu’elle marche parfois bien ? Quelles sont les conditions de son bon fonctionnement ? Si on comprend comment elle marche, on peut comprendre du même coup pourquoi elle ne marche pas, parce qu’elle fonctionne mal quand les conditions de son bon fonctionnement ne sont pas réunies.

Le développement personnel est d’améliorer le fonctionnement de la bonne volonté. Le savoir sur le développement personnel peut enrichir la psychiatrie, puisqu’il porte sur le fonctionnement de la bonne volonté. Inversement le savoir psychiatrique peut enrichir le savoir sur le développement personnel, pour la même raison.

Les causes prochaines des dysfonctionnements de la bonne volonté[modifier | modifier le wikicode]

Pour que la bonne volonté soit efficace, trois conditions sont nécessaires : connaître la réalité suffisamment bien pour s’adapter, connaître ses capacités, apprécier à leur juste valeur les objectifs qu’on poursuit ou auxquels on renonce. L'ignorance de la réalité, de nos capacités ou de la valeur des fins rend la volonté inefficace mais ne révèle pas forcément un trouble psychique. Il peut s'agir seulement d'un manque d'apprentissage. Nous apprenons tout au long de la vie à connaître la réalité, nos capacités et la valeur des fins. Les troubles psychiques surviennent quand nos facultés naturelles d'apprentissage ne suffisent pas pour que la volonté soit efficace. Ils révèlent un échec de l'apprentissage. Nous n'arrivons pas à apprendre ce qu'il faudrait apprendre, nous restons coincés dans l'ignorance. Cet échec de l'apprentissage se manifeste sous six formes principales, deux pour chacune des trois conditions de l'efficacité de la volonté :

  • Le déni : nier que la réalité est telle qu’elle est.
  • L’illusion : affirmer que la réalité est telle qu’elle n’est pas.
  • L’autodénigrement : nier qu'on est capable alors qu'on est capable.
  • La prétention excessive : affirmer qu'on est capable alors qu'on est incapable.
  • La dévalorisation des fins : nier que des objectifs méritent d’être poursuivis alors qu’ils le méritent.
  • La survalorisation des fins : affirmer que des objectifs méritent d’être poursuivis alors qu’ils ne le méritent pas.

Le déni et l'illusion sont souvent inséparables, parce qu'on nie que la réalité est telle qu'elle est pour croire qu'elle est telle qu'elle n'est pas, et ne sont pas toujours faciles à distinguer, parce qu'une affirmation sur la réalité est aussi une négation, et inversement.

L'autodénigrement peut être considéré comme une forme de déni, parce que nos capacités font partie de la réalité. De même, la prétention excessive peut être considérée comme une forme d'illusion.

La dévalorisation et la survalorisation des fins montrent l’importance du savoir éthique pour la psychiatrie. L’éthique est fondamentale pour la médecine de l’âme. Pas d’éthique, pas de psychiatrie.

Lorsqu'on connaît la réalité, ses capacités et la valeur des fins, on prend de bonnes décisions, mais cela ne suffit pas pour que la bonne volonté soit efficace, parce qu'il faut encore que nos décisions soient suivies d'effets. L'incohérence ou la faiblesse de la volonté, l'hyperactivité, la distraction ou l'oubli sont aussi des causes du dysfonctionnement de la bonne volonté.

Toutes ces causes de dysfonctionnement sont seulement des causes prochaines. Elles ont elles-mêmes des causes plus profondes. Une analyse plus approfondie requiert davantage de compréhension du fonctionnement de la volonté.

La prise de décision dans le cerveau : une administration centralisée sans administrateur central[modifier | modifier le wikicode]

La prise de décision dans le cerveau peut être expliquée avec un modèle d'administration centralisée sans administrateur central : toutes les parties du cerveau peuvent contribuer à la prise d'une décision qui, une fois adoptée, s'impose en retour à toutes les parties du cerveau, comme dans une démocratie sans chef où les décisions prises collectivement s'imposent à tous. Tout ce que nous percevons, imaginons et ressentons influence nos décisions, qui en retour influencent tout ce que nous percevons, imaginons et ressentons.

Les pensées sont des discours imaginaires que nous nous donnons. Elles font toujours l'objet d'une prise de décision, parce que nous choisissons de les approuver, de les désapprouver ou de suspendre notre jugement.

La perception de la réalité ne dépend pas seulement des informations d'origine sensorielle, mais aussi des préconceptions ou des préjugés que nous avons retenus avant même de percevoir. Ces préconceptions définissent des cadres d'interprétation, des schémas, dans lesquels nous intégrons les informations reçues. Nous construisons ces cadres d'interprétation avec des pensées que nous approuvons. Nos pensées peuvent donc influencer nos façons de percevoir.

Les émotions sont des guides pour la décision, parce que nous sommes naturellement incités à rechercher les émotions agréables, les plaisirs, et à éviter les émotions désagréables, les peines (la tristesse, l'angoisse, la colère, la honte, le dégoût...). Un désir est l'anticipation d'un plaisir, ou un rêve accompagné de plaisir. Une aversion est l'anticipation d'une peine. Les désirs et les aversions influencent nos décisions mais ne les déterminent pas, parce qu'on peut renoncer à un désir et surmonter une aversion.

Les émotions sont déclenchées involontairement mais elles sont influencées par nos décisions, parce qu'elles dépendent de nos façons de percevoir et de penser.

Le cerveau fonctionne comme une boucle étrange (Hofstadter 2007) dans laquelle les perceptions, les émotions, les rêves et les pensées conduisent à des décisions qui influencent les perceptions, les émotions, les rêves et les pensées.

L'explosion des émotions[modifier | modifier le wikicode]

Lorsqu'un effet renforce la cause qui l'a produit, on est en présence d'une boucle de rétroaction positive : un écart même minime à la position d'équilibre d'un crayon posé sur sa pointe impose au crayon une force de pesanteur qui l'écarte davantage de sa position d'équilibre ; dans une bombe nucléaire, les neutrons libres cassent les noyaux lourds qui libèrent alors davantage de neutrons ; une étincelle dans une vapeur inflammable libère de la chaleur qui déclenche des réactions chimiques qui libèrent à leur tour davantage de chaleur...

  • La crise de panique

On ressent une angoisse qui nous oppresse et nous fait peur parce qu'on croit qu'elle va nous tuer, comme si le cœur ou la poitrine allait exploser. Croire qu'on va en mourir nous fait davantage angoisser, on est davantage oppressé et on est confirmé dans sa conviction qu'on va en mourir. Dans la crise de panique, l'angoisse elle-même est terriblement angoissante.

  • La dépression

On se sent triste et on se dit que cette tristesse nous empêche de vivre et nous empêchera toujours de vivre. Jamais on ne trouvera le bonheur ou la tranquillité parce qu'on est seulement capable d'être triste. Dès le matin on anticipe une journée de tristesse et de penser ainsi rend démesurément triste. Dans la dépression, la tristesse elle-même est attristante.

  • La joie maniaque

Pour une fois on est de bonne humeur, on se sent bien, comme si on était guéri de la dépression, comme si c'était une renaissance. Cette illusion de guérison renforce la joie que l'on ressent. Lors d'une crise maniaque, l'exaltation elle-même est exaltante.

  • La brûlure du désir

Un désir intense et inassouvi fait souffrir. Plus on souffre de la frustration, plus l'accomplissement du désir est désirable, pour se délivrer de la souffrance. Un désir intense est lui-même une cause d'augmentation du désir.

  • La haine tenace

La haine empêche de profiter de la vie. On n'est même plus capable d'apprécier un bon moment. Cette incapacité permanente est le principal tort infligé par ceux qui nous ont agressé. Même quand ils ne sont plus là pour nous provoquer, la haine est toujours là et elle nous ronge de l'intérieur. On a davantage la haine justement parce qu'on a la haine, parce qu'on a perdu sa vie d'avant. Lorsque la haine est tenace, elle est elle-même une cause d'augmentation de la haine.

  • Avoir honte d'avoir honte

Si on rougit en public, on se sent ridicule et on rougit davantage, au point qu'on songe à partir en courant. La honte elle-même peut être une cause d'augmentation de la honte.

(...)

La vanité[modifier | modifier le wikicode]

La vanité est de s'attacher au sentiment de sa grandeur ou de sa petitesse.

Les vaniteux sont des humiliés. Se sentir injustement humilié renforce la volonté de grandeur. On veut prouver au monde entier qu'on ne méritait pas d'avoir été ainsi humilié.

Un vaniteux qui prend conscience de sa vanité se sent ridicule. Il a honte de sa vanité. Il rêve d'être modeste et veut le prouver aux yeux des autres : regardez comme je suis magnifiquement modeste, admirez ma modestie, c'est moi le plus modeste.

Un vaniteux qui se sent humilié par sa propre vanité est pris dans un cercle infernal.

Le comble de la vanité est de se croire supérieur aux vaniteux.

Quand on humilie un vaniteux pour lui donner une bonne leçon, pour qu'il rabatte ses prétentions, on ne fait que renforcer sa vanité.

Le renoncement à la vanité n'est pas un complet renoncement à soi. Pour bien vivre, il faut s'efforcer de bien penser, de bien vouloir et de bien agir. Il faut bien accorder un peu d'importance à ce qu'on pense et à ce qu'on fait. Le mépris de soi n'est pas la solution. Il peut même être considéré comme une vanité : s'attacher au sentiment de sa petitesse.

Le vaniteux inverse l'ordre des fins et des moyens. La fin de l'esprit est de bien vivre comme un esprit, donc de rendre service à tous les esprits. Avoir une bonne image de soi est un moyen de renforcer sa bonne volonté, mais sûrement pas la fin ultime.

Quand un vaniteux atteint la fin qui l'obsède, devenir un champion, il se rend parfois compte de la vanité de cette fin : le monde est-il devenu meilleur ? Les tortionnaires ont-ils arrêté de torturer ? La misère a-t-elle cessé ? ...

Les effets de la pensée[modifier | modifier le wikicode]

« Il m'a insulté, il m'a battu, il m'a vaincu, il m'a volé ». S'attachent-ils à ces reproches : point d'apaisement pour leur haine !

« Il m'a insulté, il m'a battu, il m'a vaincu, il m'a volé ». Ne s'attachent-ils pas à ces reproches : apaisement pour leur haine !

Assurément, en ce monde jamais haine n'apaisa haine, mais absence de haine le fait : loi éternelle.

(L'éveillé (Le Bouddha), Dhammapada 3-5, traduit par Jean-Pierre Osier)

(...)