Précis d'épistémologie/La logique de l'identité et des ressemblances

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Rien de nouveau sous le Soleil[modifier | modifier le wikicode]

Si tout était toujours nouveau, on ne pourrait jamais rien prévoir, parce qu'une nouveauté prévue n'est pas vraiment une nouveauté.

Si on ne pouvait jamais rien prévoir, on ne pourrait pas vérifier nos observations, parce que pour vérifier, il faut anticiper ce qui doit être observé.

Si on ne pouvait pas vérifier nos observations, on ne pourrait pas développer le savoir sur la réalité observable.

Pour que le savoir soit possible, il ne faut pas que tout soit toujours nouveau, il faut plutôt au contraire que tout soit toujours pareil.

La lumière qui nous vient des étoiles éloignées est la même que celle du Soleil, ou que celle que nous produisons sur Terre. Elle se comporte toujours de la même façon. « Il n'y a rien de nouveau sous le Soleil. » (Écclésiaste) Les lois de l'optique sont parmi les mieux connues et elles sont toujours vérifiées, souvent avec une excellente précision. Partout dans l'Univers la lumière est toujours la même et obéit toujours aux mêmes lois.

La lumière révèle les propriétés de la matière. Une substance naturelle peut toujours être identifiée par la spectroscopie, c'est à dire l'analyse de la lumière absorbée ou émise.

La lumière révèle que la matière est toujours la même partout dans l'Univers. Nous pouvons connaître la composition chimique des astres éloignés en analysant leur lumière.

Les substances naturelles se comportent toujours de la même façon dès qu'elles sont pures. L'eau pure a toujours les propriétés de l'eau pure. Elle obéit toujours aux mêmes lois. Pour elle aussi, rien de nouveau sous le Soleil.

Une substance naturelle est pure si elle est constituée de molécules ou d'atomes de la même espèce. L'eau pure contient seulement des molécules .

Être de la même espèce n'exclut pas a priori d'avoir des propriétés différentes. Une espèce peut être divisée en sous-espèces. Pour qu'une substance naturelle soit vraiment pure, les molécules de la même espèce ne doivent pas pouvoir être séparées en sous-espèces, sinon la substance serait un mélange. Les espèces chimiques qui caractérisent les corps purs sont des espèces ultimes, qui ne peuvent pas être analysées davantage.

L'existence des corps chimiquement purs suggère que les atomes et les molécules sont naturellement indiscernables, parce que deux molécules de la même espèce chimique ne peuvent pas appartenir à des variétés différentes. Mais l'argument n'est pas pleinement concluant. Les molécules pourraient être individualisables par des propriétés différentes sans que ces propriétés permettent de distinguer des sous-espèces.

Que la lumière obéisse toujours aux mêmes lois suggère que ses particules, les photons, sont naturellement indiscernables. Rien dans le comportement d'un photon ne permet de le distinguer d'un autre photon.

Deux êtres naturels sont naturellement indiscernables lorsqu'ils ont les mêmes propriétés naturelles intrinsèques. Les propriétés naturelles intrinsèques sont les propriétés qu'ils conservent quand les circonstances varient, quand ils se trouvent pris dans divers arrangements naturellement possibles.

La nature d'un être est déterminée par ses propriétés naturelles. Un être n'est rien sans ses propriétés. Elles font tout ce qu'il est. Deux êtres qui ont les mêmes propriétés naturelles sont essentiellement semblables. L'un peut toujours être remplacé par l'autre. Tout ce qui est naturellement possible avec l'un est naturellement possible avec l'autre.

La physique des particules élémentaires et la thermodynamique imposent que les particules, les atomes et les molécules d'une même espèce sont naturellement indiscernables.

Différence ou identité des indiscernables ?[modifier | modifier le wikicode]

Le principe d'identité des indiscernables : si tout ce qui est vrai d'un être est également vrai de l'autre et inversement, alors ils sont le même être.

En un sens, l'identité des indiscernables est triviale. Si est x différent de y, il y a au moins une propriété vraie de x qui n'est pas vraie de y, d'être identique à x.

Mais pour l'indiscernabilité naturelle le principe d'identité des indiscernables est faux. Les particules, les atomes et les molécules d'une même espèce sont naturellement indiscernables, ils ont essentiellement les mêmes propriétés naturelles.

Le principe d'identité des indiscernables semble vrai si on se promène dans un jardin à la recherche de deux feuilles naturellement indiscernables, parce que les feuilles sont des êtres naturels très complexes. La diversité des feuilles naturellement possibles excède de très loin toutes les feuilles que notre univers pourrait contenir. Il y a une probabilité négligeable que deux feuilles aient exactement les mêmes propriétés naturelles, mais cette possibilité n'est pas exclue par les lois de la Nature. Elles n'interdisent pas que des êtres naturels aient exactement la même constitution et les mêmes propriétés naturelles. Au contraire, elles montrent que tous les êtres élémentaires d'une même espèce naturelle sont naturellement indiscernables.

Les êtres complexes tels que nous-mêmes sont toujours naturellement discernables. Il ne peut y avoir deux jumeaux naturellement indiscernables, parce que dans le monde actuel les possibilités naturelles ne se produisent qu'une fois, dès qu'elles sont suffisamment complexes. La probabilité que deux possibilités naturelles complexes soient indiscernables est toujours négligeable.

Science de l'individuel ou science du général ?[modifier | modifier le wikicode]

La science est-elle plutôt de connaître des individus ou des lois ?

La science doit être la connaissance de la la vérité sur la réalité. Or seuls les individus sont vraiment réels. Les lois ne sont que des théories. La science doit donc être la science des individus pour être vraiment la science.

La science doit être un savoir universel, le même pour tous. Or les individus concrets ont une existence éphémère. Ils viennent de la poussière et redeviendront poussière. Comment la connaissance d'un individu pourrait-elle mériter le nom de science ? Comment pourrait-elle être un savoir qui mérite d'être partagé par tous ?

Une loi porte toujours sur un domaine d'individus. Elle peut ne mentionner aucun individu particulier. Sa vérité est alors générale et dépend seulement des propriétés et des relations qu'elle mentionne. Elle est donc un savoir de l'universel. Il semble que pour mériter d'être partagée par tous, la science doit être la connaissance des lois, donc être un savoir de l'universel. La science est parfois définie ainsi : le savoir universel de l'universel (Aristote, Seconds Analytiques).

Faut-il en conclure que la science ne connaît que des lois et qu'elle ignore les individus ?

La connaissance des lois n'est pas séparée de celle des individus parce qu'on connaît les individus à partir de leurs propriétés et de leurs relations et parce qu'on connaît les propriétés et les relations à partir des lois qui déterminent leur place dans la totalité.

Pour bien connaître un individu il ne suffit pas de le percevoir, ou de savoir ce que d'autres ont perçu de lui, il faut aussi savoir raisonner à son sujet, parce qu'on peut ainsi déduire ce qui n'a pas encore été perçu. Et pour raisonner il faut connaître des lois. Même si on s'intéresse avant tout aux individus concrets, et non aux lois, on a besoin des lois, donc de la science du général, pour faire la science des individus.

Un individu est toujours connu avec la constellation de ses propriétés et de ses relations. Une telle conjonction suffit en général pour l'identifier parmi les autres individus, parce qu'elle suffit pour le distinguer parmi les autres, mais elle ne détermine pas complètement son individualité, parce qu'elle pourrait être également vraie d'un autre individu, une sorte de jumeau, naturellement très semblable. Un individu n'est donc jamais vraiment connu dans son individualité, mais seulement comme exemple d'une possibilité naturelle.

Certaines propriétés ne sont vraies que d'un seul individu : la propriété d'être identique à x n'est vraie que de x. On les appelle des haeccéités. Une haeccéité identifie un être dans son individualité. Or un individu concret est toujours connu à partir de ses propriétés observables et il peut toujours en principe avoir un jumeau, qui a les mêmes propriétés observables intrinsèques. Pour déterminer une haeccéité il faut davantage que les propriétés observables intrinsèques de l'individu identifié. Une haeccéité est déterminée avec les relations entre l'individu identifié et d'autres individus.

La permanence est un critère d'identification qui permet d'identifier un être durable. Si on suit en continu la trajectoire d'un mobile, et s'il ne s'est pas évaporé en cours de route, on peut être à peu près sûr que l'individu à la fin est le même qu'au début. C'est ainsi que nous nous reconnaissons nous-mêmes comme des individus. Je sais que je suis moi et que je ne serai jamais un autre parce que je suis un témoin permanent de moi-même. La permanence permet d'identifier un être durable par ses relations avec ses origines (Kripke 1972).

Plus généralement, tous les êtres sont identifiés par leur relations avec d'autres êtres. En particulier, nous situons tous les êtres concrets à partir de nous-mêmes et nous les identifions par leurs relations avec nous.

La ressemblance[modifier | modifier le wikicode]

Deux êtres sont semblables lorsqu'une partie de ce qui est vrai de l'un est également vraie de l'autre. Deux êtres sont différents lorsqu'une partie de ce qui est vrai de l'un est fausse de l'autre.

Attribuer une propriété à un individu est une façon de de connaître ses ressemblances et ses différences. Dès que la même propriété est vraie de plusieurs êtres ils sont tous semblables entre eux, et tous différents de tous les êtres qui n'ont pas la même propriété.

Comme on connaît toujours les individus à partir de leurs propriétés (les relations sont des propriétés des couples ou des systèmes d'individus), connaître c'est toujours connaître des ressemblances et des différences.

Pourquoi les lois sont-elles parfois vraies ? Pourquoi y a-t-il des vérités générales ? Les événements et les individus sont toujours très différents, pourquoi alors la même affirmation devrait-elle être vraie de très nombreux cas particuliers ? Les êtres sont tous différents, mais ils sont aussi très semblables. Les lois énoncent ce qu'ils ont en commun.

Lorsqu'une loi est vraie de nombreux individus, ils sont tous semblables entre eux, parce qu'ils obéissent à la même loi, et tous différents de ceux qui ne lui obéissent pas. Pour connaître les lois, il faut donc connaître les façons dont les êtres peuvent se ressembler. Les principes de la science énoncent toujours des ressemblances fondamentales entre les individus et entre les systèmes.

Le raisonnement par similitude et les types[modifier | modifier le wikicode]

Le raisonnement par similitude consiste à affirmer que puisque a et b sont semblables, ce qui a été dit de a doit être également vrai de b. Utilisé sans aucune restriction le raisonnement par similitude est généralement faux, parce que deux êtres semblables sont aussi différents et qu'il y a donc des énoncés vrais de l'un qui ne sont pas vrais pour l'autre. Un raisonnement par similitude n'est pas logiquement correct.

Pour justifier le raisonnement par similitude, on peut recourir à la typologie. On ne se contente pas de dire que a et b sont semblables, on dit qu'ils appartiennent à un même type, et que ce qui a été dit de a est vrai de tous les exemples du même type. On se sert ainsi d'une loi. On peut alors conclure en bonne logique que ce qui a été dit de a est également vrai de b.

Un propriété commune est partagée par tous les individus d'un même type. Si p est une propriété commune du type t alors la loi générale 'pour tout x de type t, x est p' est vraie.

L'utilisation de typologies est fondamentale dans toutes les sciences. On peut songer aux structures mathématiques (en tant que types d'objets mathématiques), aux espèces de particules élémentaires, d'atomes et de molécules, aux espèces vivantes...

Les structures en tant que propriétés[modifier | modifier le wikicode]

Lorsqu'on parle de ressemblance entre deux individus, on entend qu'une partie des propriétés qui sont attribuées à l'un peut être attribuée à l'autre. Lorsqu'on parle de ressemblance entre deux systèmes, l'expression 'ce qui est vrai de l'un est également vrai de l'autre' peut recevoir une signification plus subtile. On entend qu'il existe une projection f qui permet de remplacer les individus x du premier système par des individus f(x) du second système, de telle façon que des énoncés vrais sur le premier système soient remplacés par des énoncés vrais sur le second système. Une telle projection est appelée en mathématiques un morphisme, ou un isomorphisme si elle est bijective, pour dire que les deux systèmes ont la même forme, ou la même structure.

L'usage courant du concept de structure est ambigu. La structure désigne tantôt l'objet, le système, tantôt sa propriété. Les structures ont une structure. Du point de vue logique, une structure en tant qu'objet est un monde logiquement possible ou une partie d'un tel monde. Une structure en tant que propriété peut être définie à partir de la relation d'équivalence x a la même structure que y. Cette relation d'équivalence peut être définie avec le concept d'isomorphisme :

Deux structures (ou deux systèmes) ont la même structure si et seulement si elles sont isomorphes.

Un isomorphisme entre deux structures E et F est une fonction bijective f qui remplace les individus de E par des individus de F de telle façon que toutes les propriétés et les relations fondamentales soient conservées. Formellement :

Si P est une propriété fondamentale, pour tout x dans E, x a la propriété P si et seulement si f(x) a la propriété P.

Si R est une relation binaire fondamentale, pour tout x et tout y dans E, xRy si et seulement si f(x)Rf(y)

Il en va de même pour les relations fondamentales entre davantage de termes.

(Une relation entre les éléments de E et les éléments de F définit une application de E dans F lorsque chaque élément de E est relié à un unique élément de F. Une application de E dans F est bijective lorsque chaque élément de F est relié à un unique élément de E. Autrement dit, une fonction bijective est une application dont l'inverse est aussi une application.)

Un isomorphisme f entre deux structures permet de transformer tous les énoncés vrais à propos de l'une en énoncés vrais à propos de l'autre. Il suffit de remplacer partout x par f(x). Lorsque deux structures sont isomorphes, elles sont des modèles des mêmes théories. Tout système d'axiomes vrai de l'une est nécessairement vrai de l'autre.

Un être naturel complexe est une structure naturelle, définie avec des propriétés et des relations naturelles. Deux êtres naturels complexes isomorphes sont essentiellement semblables, naturellement indiscernables. Ils ont les mêmes propriétés naturelles. Tout ce qui est naturellement possible avec l'un est naturellement possible avec l'autre. La nature d'un être naturel complexe est sa structure. Deux êtres naturels complexes isomorphes ont la même nature.

Le concept d'isomorphisme est souvent défini d'une façon plus générale. On permet à la fonction bijective f de remplacer non seulement les individus mais également les propriétés et les relations, toujours de telle façon que les énoncés vrais sur un système soient remplacés par des énoncés vrais sur un autre système. Lorsque la ressemblance entre des systèmes est définie de cette façon, on dit couramment que les systèmes semblables sont analogues et que la projection f est une analogie. Un isomorphisme peut être défini comme une analogie bijective.

On peut aussi définir le concept de structure d'une façon plus générale :

Deux structures ont la même structure si et seulement si elles sont des modèles de la même théorie.

Avec cette seconde définition, une structure en tant que propriété est déterminée par les axiomes d'une théorie. Plus précisément, des systèmes d'axiomes différents définissent la même structure lorsqu'ils ont les mêmes modèles, lorsque tout modèle de l'un est un modèle de l'autre.

Une théorie est catégorique lorsque tous ses modèles sont isomorphes. Les structures fondamentales des mathématiques, l'ensemble des nombres naturels et celui des nombres réels en particulier, sont déterminées avec des théories catégoriques. Une théorie catégorique interdit toute contingence. Il y a essentiellement un seul monde logiquement possible qui obéit à ses principes. Les lois de la Nature ne déterminent pas une théorie catégorique de la Nature. Elles laissent de la place pour la contingence.

Lorsqu'une théorie n'est pas catégorique, des structures ou des systèmes différents, non-isomorphes, peuvent avoir la même structure, telle qu'elle est définie par la théorie. Par exemple, on peut dire de tous les espaces vectoriels qu'ils ont une structure d'espace vectoriel.

Les structures symétriques[modifier | modifier le wikicode]

Un automorphisme d'une structure E est un isomorphisme interne, un isomorphisme de E dans E.

Toute structure a un automorphisme trivial, la fonction-identité définie par id(x)=x.

Une structure est symétrique lorsqu'elle a au moins un automorphisme non-trivial.

Un automorphisme non-trivial est une symétrie d'une structure.

Les automorphismes d'une structure forment un groupe, au sens algébrique, parce que l'inverse d'un automorphisme est un automorphisme et parce que la composée de deux automorphismes est également un automorphisme.

Le groupe de tous les automorphismes d'une structure est aussi appelé le groupe de ses symétries. Par exemple, le groupe des symétries d'un cercle, ou d'un disque, est le groupe des rotations autour de leur centre et des réflexions par rapport à un diamètre.

Lorsqu'il existe un automorphisme g tel que y=g(x), x et y sont essentiellement indiscernables à l'intérieur de la structure, au sens où toute vérité sur l'un peut être transformée en une vérité équivalente sur l'autre.

La classe d'équivalence, ou l'orbite, d'un élément x d'une structure symétrique est l'ensemble des y tels que y=g(x) où g est un automorphisme de la structure.

Une classe d'équivalence est un ensemble d'éléments essentiellement indiscernables à l'intérieur de la structure. Par exemple, tous les points d'un cercle sont dans la même classe d'équivalence parce que rien ne permet de les distinguer sur le cercle. Tous les points d'un disque à la même distance du centre sont aussi dans une même classe d'équivalence, mais des cercles concentriques différents y sont des classes d'équivalence différentes, parce que les points sont distingués par leur distance au centre.

Une structure est symétrique lorsqu'elle contient des éléments distincts mais essentiellement indiscernables, parce que leurs propriétés et leurs relations à l'intérieur de la structure déterminent des places distinctes mais équivalentes.

Une structure naturelle est parfaitement symétrique lorsqu'elle contient des éléments naturellement indiscernables tels que leurs relations à l'intérieur de la structure leur attribuent des places équivalentes.

Une structure naturelle est imparfaitement symétrique lorsqu'elle contient des éléments naturellement très semblables tels que leurs relations à l'intérieur de la structure leur attribuent des places équivalentes ou presque équivalentes.

Les deux ailes des papillons (ici une vanesse du chardon) sont symétriques par réflexion : l'une est comme l'image dans un miroir de l'autre.
Cette fleur est symétrique par rotation : si on la tourne d'un cinquième de tour, on retrouve la forme initiale.
Saturne et ses anneaux. Les planètes et les étoiles sont à peu près symétriques pour toutes les rotations autour de leur axe.
Flocon de neige
Une rotation d'un sixième de tour permute les atomes de la molécule de benzène sans modifier la structure.
Les empilements de sphères dures sont des modèles de la structure de certains cristaux. Ils sont symétriques par translation.
Image au microscope de la surface de SrTiO3. Les atomes les plus clairs sont Sr et les plus sombres sont Ti.
Volvox est une algue verte d'eau douce microscopique à symétrie sphérique. Les jeunes colonies peuvent être vues à l'intérieur des plus grandes.
Coupe sagittale d'une coquille de nautile. Une spirale logarithmique est symétrique par similitude.
La fonction d'onde d'une particule initialement très localisée.
Écoulement parfait autour d'un cylindre. En plus de la symétrie bilatérale, il y a une symétrie entre l'amont et l'aval par inversion du sens du temps. La permanence est une symétrie pour les translations dans le temps.
Une onde sphérique périodique est symétrique pour les rotations autour de son centre et pour les translations dans le temps d'un multiple de sa période.
Une trajectoire d'un système imprévisible (Chua). Chaos et symétrie ne sont pas exclusifs.
Détection simulée de particules dans une expérience d'interférence. Une structure symétrique peut résulter d'un phénomène aléatoire.
Une structure fractale est symétrique par changement d'échelle.
Le rayonnement du fond cosmologique. Ce sont les faibles écarts de température par rapport à un Univers homogène. L'Univers était donc presque symétrique pour toutes les translations et les rotations.

Le principe d'équivalence de tous les observateurs[modifier | modifier le wikicode]

« Il n'est pas possible que la divinité soit envieuse. » (Aristote, Métaphysique, livre A, 983a)

Pour développer la science empirique, il faut postuler que tous les expérimentateurs sont équivalents, au sens où toute expérience faite par l'un doit pouvoir être refaite par un autre. Les expériences doivent être reproductibles. Si une expérience ne l'est pas, alors elle n'est pas bien contrôlée. Pour que les expériences soient reproductibles, il faut en particulier que leurs résultats ne dépendent pas du lieu ou du moment. Les conditions expérimentales doivent pouvoir être reproduites toujours et partout et conduire toujours au même résultat. En postulant le principe d'équivalence des observateurs, on postule donc du même coup que les lois de la physique sont vraies toujours et partout. Cela conduit à définir le groupe des symétries de l'espace-temps. Tous les points de l'espace-temps sont nécessairement semblables, ils sont tous dans la même classe d'équivalence. Quand on en connaît un, on les connaît tous. Il en va de même pour toutes les directions de l'espace et plus généralement pour tous les référentiels d'observation. Il n'y pas de centre de l'espace-temps, pas de direction spatiale privilégiée (isotropie, pas de haut et de bas), et pas non plus d'état de repos absolu (principe de relativité de Galilée-Einstein). Comme les chevaliers de la Table Ronde, mais dans un espace beaucoup plus grand, les observateurs de l'espace-temps n'ont jamais de position privilégiée. Le groupe des symétries de l'espace-temps (le groupe de Poincaré) est une traduction mathématique du principe d'équivalence de tous les observateurs, de même que le groupe des symétries d'une table ronde est une traduction mathématique du principe d'équivalence de tous les chevaliers.

Le principe d'équivalence de tous les observateurs est au fondement non seulement de la physique théorique, mais aussi de toutes les sciences, parce que la raison exige que le savoir soit universel, que tout ce qui est un savoir pour l'un puisse également être un savoir pour tous les autres.

Quand nous comprenons que le savoir est universel, nous comprenons du même coup le grand principe à partir duquel fonder tout le savoir rationnel. Tout se passe comme si la vérité était une divinité généreuse, qui donne sa sagesse à tous ceux qui veulent vraiment la connaître. La première vérité sur la vérité est que justement elle est généreuse. Elle n'est pas envieuse, elle ne nous prive pas du meilleur. Elle ne serait pas la meilleure si elle privait un seul d'entre nous du meilleur. En sachant que le savoir peut être partagé par tous, nous avons le savoir fondamental qui nous donne les moyens de comprendre tout le savoir rationnel.

La Nature obéit-elle vraiment à des lois ?[modifier | modifier le wikicode]

Nous croyons aux conclusions de nos raisonnements parce que nous croyons à la vérité des lois avec lesquelles nous raisonnons. Nous croyons que nous sommes capables de développer les sciences parce que nous croyons au principe d'équivalence de tous les observateurs.

Il est dans la nature de l'esprit de raisonner et donc de postuler des lois avec lesquelles raisonner. Un esprit ne peut pas développer son esprit sans penser à des lois. Il semble donc que l'existence des lois résulte de la nature de l'esprit. Mais la matière semble en général naturellement sans esprit, pourquoi obéirait-elle à des lois ?

Pour justifier nos savoirs et le principe d'équivalence de tous les observateurs, nous avons besoin de postuler que la Nature obéit à des lois, mais est-ce vraiment une croyance justifiée ? N'est-ce pas plutôt prendre son désir pour une réalité ? Il se pourrait que toutes les lois de la Nature auxquelles aujourd'hui nous croyons soient toutes réfutées par des observations à venir. Et la Nature ne pourrait-elle pas être sans loi ?

La matière ne serait pas la matière si elle n'obéissait pas à des lois. La matière est nécessairement détectable, elle doit donc obéir à des lois de détection, qui résultent des lois fondamentales d'interaction. Une matière qui n'obéirait à aucune loi ne serait pas détectable, et il n'y aurait pas de raison de l'appeler matière. Nous ne savons pas du tout ce que ce pourrait être, cela semble inconcevable.

Tout se passe comme si la matière et l'esprit avaient été faits l'un pour l'autre, parce que la nature de la matière est d'obéir à des lois et que la nature de l'esprit est de connaître les lois.

Ni la matière, ni a fortiori la vie et la conscience, ne pourraient exister et se développer si la Nature n'obéissait pas à des lois. Nous ne serions pas là pour en parler.

Nous n'avons pas à attendre de nos expériences qu'elles prouvent définitivement que la Nature obéit à des lois, ce qu'elles ne peuvent pas faire, puisque toute loi vérifiée aujourd'hui pourrait être réfutée demain, mais seulement qu'elles nous aident à trouver les lois de la Nature. Nous savons d'avance que la Nature obéit à des lois mais nous ne savons pas lesquelles. Comme la Nature ne semble pas être malicieuse, mais plutôt généreuse, il semble qu'un travail honnête et des expériences bien contrôlées suffisent pour trouver et prouver les lois auxquelles elle obéit. Si une loi est vérifiée par une expérience bien contrôlée, ou si elle est une conséquence logique de prémisses déjà bien prouvées, elle peut être considérée comme prouvée, jusqu'à preuve du contraire.

La diversité des noms d'un même être[modifier | modifier le wikicode]

x=y veut dire que x et y sont des noms du même être. On a besoin de la relation d'identité lorsqu'on ne peut pas conclure de la diversité des noms à la diversité des êtres parce qu'un même être peut être nommé de plusieurs façons.

Connaître la diversité des noms d'un même être peut nous enseigner beaucoup sur lui lorsque les noms sont des expressions composées. Aristote est le meilleur élève de Platon veut dire Aristote = Le meilleur de élève de Platon. "Le meilleur élève de Platon" est un des nombreux noms d'Aristote.

"Le meilleur élève de" est le nom d'un fonction qui associe à un professeur son meilleur élève. De façon générale, on nomme tous les êtres en se donnant des noms simples et des noms composés avec des fonctions.

Une fonction f(x) à un argument x définit une relation binaire y=f(x).

Une fonction f(x,y) à deux arguments x et y définit une relation ternaire z=f(x,y).

Il en va de même bien sûr pour les fonctions qui ont davantage d'arguments.

Les fonctions sont également appelées des opérateurs.

En remplaçant les fonctions par les relations qu'elles définissent, on peut toujours associer à une structure définie avec des fonctions une structure équivalente définie seulement avec des relations. C'est pourquoi il n'est pas nécessaire de mentionner les fonctions dans la définition des mondes logiquement possibles.

Le principe d'indiscernabilité des identiques[modifier | modifier le wikicode]

Sachant que x=y veut dire que x et y sont des noms du même être, les principes de réflexivité de l'identité x=x, de symétrie, si x=y alors y=x, et de transitivité, si x=y et y=z alors x=z sont vrais par définition, comme le principe d'indiscernabilité des identiques :

Si x=y, tout ce qui est vrai de x est également vrai de y.

Si E(x) et x=y alors E(y)

pour tout énoncé E(x) à propos de x.

Le principe d'indiscernabilité des identiques permet de prouver le principe de transitivité. En remplaçant E(z) par w=z on obtient :

Si w=x et x=y alors w=y

On peut aussi s'en servir pour déduire le principe de symétrie à partir du principe de réflexivité, en remplaçant E(z) par z=x :

Si x=x et x=y alors y=x

Or x=x

Donc :

Si x=y alors y=x

x=x peut être entendu de deux façons : un être est toujours identique à lui-même, ou un nom x doit toujours nommer le même être.

L'identité des individus dans les mondes naturellement possibles[modifier | modifier le wikicode]

Quand on raisonne sur les possibilités qui nous sont accessibles, on raisonne sur les arrangements naturellement possibles des êtres actuels, y compris nous-mêmes. On raisonne donc sur des mondes possibles différents qui contiennent les mêmes êtres. Les mêmes individus existent virtuellement dans plusieurs mondes possibles.

Quand on raisonne sur les possibilités absolues, il n'y a pas beaucoup de sens à identifier un même individu dans des mondes différents. Par exemple, si on raisonne sur deux univers matériels possibles différents, il n'y a pas de sens à dire qu'un point ou une particule de l'un est identique à un point ou une particule de l'autre. Et même si j'imagine que j'aurais pu avoir d'autres destinées, les autres versions de moi ne sont jamais vraiment moi. Je ne suis pas responsable de leurs actes virtuels.

Un être naturel existe dans un seul monde naturellement possible. Pour nous, ce monde est le monde actuel. Mais la nature d'un être naturel est déterminée par ses propriétés naturelles, et la nature des propriétés naturelles est déterminée par leur place dans tous les mondes naturellement possibles. C'est pourquoi la nature d'un être naturel est déterminée par sa place dans tous les mondes naturellement possibles même si un être naturel existe dans un seul monde naturellement possible.

Un raisonnement sur un même individu dans plusieurs mondes naturellement possibles peut toujours être remplacé par un raisonnement sur des individus différents mais naturellement indiscernables (Lewis 1986, mais sa théorie des mondes possibles est différente).

L'identité des propriétés et des relations[modifier | modifier le wikicode]

Une propriété ou une relation naturelle est déterminée par sa place dans tous les mondes naturellement possibles, donc par sa place dans un système d'axiomes qui définit les lois de la Nature.

Plus généralement une propriété ou une relation théorique est déterminée par sa place dans un système d'axiomes qui définit une théorie.

Deux propriétés naturelles qui sont vraies des mêmes êtres dans tous les mondes naturellement possibles y occupent la même place. Elles sont donc essentiellement la même propriété. Il en va de même pour les relations naturelles. On a donc justifié le principe d'extensionnalité des propriétés et des relations naturelles :

Deux propriétés ou relations naturelles sont identiques si et seulement si elles sont vraies des mêmes êtres dans tous les mondes naturellement possibles.

On obtient de même le principe d'extensionnalité pour les propriétés et les relations théoriques :

Deux propriétés ou relations théoriques sont identiques si et seulement si elles sont vraies des mêmes êtres dans tous les modèles de la théorie, c'est à dire dans tous les mondes logiquement possibles tels que ses axiomes sont vrais.


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