Précis d'épistémologie/Métaphysique pour débutants

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L'épistémologie et le métaphysique marchent ensemble. Le savoir est toujours un savoir de ce qui est. Qu'est-ce qui est ? Et qu'est-ce qui peut être connu ? sont deux questions inséparables, parce qu'en répondant à l'une, on répond aussi à l'autre.

Les plus grandes questions[modifier | modifier le wikicode]

La métaphysique étudie les plus grandes questions.

Ce principe n’est pas très éclairant tant qu’on n’a pas dit ce qu’il faut entendre par « grande » question.

Qu’est ce qu’il y a ? Qu’est-ce qui se passe ? Et alors ?

Qu’est ce qu’il y a ? Qu’est-ce qui existe ? Qu’est-ce qui est ? Les corps, les âmes, les vérités et tout ce qui va avec.

Qu’est-ce qui se passe ? Les corps et les âmes sont en mouvement permanent. Entre leur naissance et leur mort ils changent sans cesse. Qu’est ce qui leur arrive ?

Et alors ? Les êtres et leurs mouvements ont-ils un sens ? Ont-ils un but à atteindre ? Y a-t-il des leçons à retenir ?

Ces questions sont considérées comme parmi les plus grandes parce qu’elles sont à la fois très générales, très fondamentales et ultimes. Elles sont très générales parce qu’elles portent sur tout ce qui est, pas seulement sur une domaine particulier de l’être. Elles sont fondamentales parce que tout le savoir que nous développons est fondé sur les réponses que nous leur donnons. Elles sont ultimes parce qu’elles nous interrogent sur tout ce que nous pouvons espérer savoir.

La vue d’ensemble[modifier | modifier le wikicode]

Toutes les disciplines particulières, sauf la métaphysique, étudient certains êtres particuliers et leurs façons d’être particulières. Elles apportent des réponses particulières aux grandes questions, ce qu’il y a, ce qui se passe et à quelles fins. Cela suggère que la métaphysique pourrait n’avoir pas grand chose à ajouter. Les sciences particulières apportent des réponses solides aux grandes questions sur les corps, les âmes et les vérités, la métaphysique ne peut que les répéter et les approuver.

Pour bien comprendre, il faut souvent avoir une vue d’ensemble et reconnaître l’unité de toutes les parties. Pourquoi tout cela, les corps, les âmes et les vérités, est-il tout ensemble ? Il n’y a que la métaphysique qui peut poser la question parce que les sciences particulières ne reconnaissent que des parties de la totalité (Aristote, Métaphysique 1003 a21). Elles apportent de nombreuses réponses particulières aux grandes questions mais elles ne peuvent pas donner la vue d’ensemble.

La métaphysique est une science[modifier | modifier le wikicode]

La science rassemble tous les savoirs qu’on développe avec le raisonnement. Dès que les raisonnements apportent du savoir, il s’agit de la science.

Les raisonnements sont bons s’ils respectent la logique, s’ils s’appuient sur de bons principes et s’ils conduisent à des conclusions importantes qui enrichissent vraiment le savoir.

Les principes sont bons s’ils portent des fruits, s’ils conduisent à des conclusions importantes.

Pour que la métaphysique soit une science, il suffit qu’elle porte des fruits en raisonnant logiquement avec de bons principes. Comment reconnaît-on les fruits de la métaphysique ?

La physique porte des fruits lorsqu’elle nous rend plus capable de comprendre ce qu’est la matière et ce que nous pouvons faire avec elle. La métaphysique porte des fruits lorsqu’elle nous rend plus capable de comprendre tout ce qui est et ce que nous pouvons faire avec.

La métaphysique prend la science à la source[modifier | modifier le wikicode]

Pour développer les sciences nous devons identifier des principes solides, fiables, que l’on peut choisir comme prémisses dans nos raisonnements. Chaque théorie particulière doit être identifiée par les principes (ses axiomes et ses définitions) avec lesquels on peut prouver ses conclusions (ses théorèmes). Les principes ne sont pas tous donnés d’avance une fois pour toutes. Nous devons inventer nos théories en choisissant leurs principes. Nous devons également justifier les principes, c’est à dire montrer qu’ils sont bons. La réflexion sur les principes est au cœur de toutes les sciences. Nous ne pourrions pas développer les sciences si nous n’étions pas capables d’évaluer leurs principes. Comme les principes sont à la source de toutes les sciences, on prend la science à la source quand on réfléchit sur les principes pour les évaluer et les choisir.

Les principes métaphysiques sont les plus généraux et les plus fondamentaux, ils sont donc partagés par toutes les sciences. Même lorsque des sciences particulières adoptent des principes qui leur sont propres, elles ont besoin des principes métaphysiques pour justifier leurs principes particuliers. La métaphysique nous rend donc capables de prendre la science à la source.

Il ne faut pas concevoir la métaphysique comme une discipline séparée et indépendante des autres sciences. Toutes les sciences ont une part métaphysique, parce qu’elles contribuent à la vue d’ensemble de tout ce qui est.

Les propriétés, les relations, le problème de la liaison et les individus[modifier | modifier le wikicode]

Le réel peut être pensé et dit parce qu’on peut lui attribuer des propriétés.

Les vérités les plus simples ne contiennent qu’un seul mot. Aïe, par exemple. C’est déjà une façon de dire la vérité. On dit Aïe quand on a mal. Les détecteurs de douleur donnent une signification à l’expression verbale de la douleur. De façon générale, tous les systèmes de perception ou de détection peuvent donner du sens et de la vérité à nos mots et un mot unique associé à une propriété perceptible suffit pour affirmer que la propriété a été perçue.

Donner la liste des propriétés perçues ou détectées ne suffit pas en général pour décrire le réel, il faut aussi résoudre le problème de la liaison (Quine 1992). Par exemple on peut percevoir simultanément la chaleur et la douleur de deux façons très différentes. Dans le premier cas, ce qui est chaud est ce qui fait mal, la chaleur et la douleur sont liées. On suppose qu’il y a un être qui a deux propriétés, d’être chaud et de faire mal. Dans le second cas, ce qui est chaud n’est pas ce qui fait mal, la chaleur et la douleur ne sont pas liées. On suppose qu’il y a deux êtres, l’un qui est chaud et ne fait pas mal, l’autre qui fait mal et n’est pas chaud.

Les individus sont identifiés à partir de leurs propriétés et de leurs relations. Nous résolvons le problème de la liaison lorsque nous attribuons au même individu plusieurs propriétés ou relations avec d’autres individus. Une relation entre deux êtres peut être considérée comme une propriété de leur couple. Une relation entre trois êtres est une propriété d’un triplet, et ainsi de suite pour les relations plus complexes.

Les propriétés et les relations sont les façons d’être des individus dont elles sont des propriétés ou des relations. L’être d’un individu, c’est à dire sa façon d’être particulière, est déterminé par toutes ses propriétés et ses relations avec les autres individus. Ses propriétés et ses relations font qu’un individu est ce qu’il est. Connaître un individu, c’est connaître ses propriétés et ses relations. Mais qu’est-ce qui détermine l’être des propriétés et des relations ? Qu’est-ce qui fait qu’elles sont ce qu’elles sont ? Comme les propriétés et les relations ont elles-même des propriétés et des relations, on pourrait supposer que leur être est déterminé de la même façon que l’être des individus, mais alors on rencontre une régression à l’infini : pour connaître un individu il faut connaître ses propriétés et ses relations, qui doivent être connues par leurs propriétés et leurs relations, qui à leur tour doivent être connues par leurs propriétés et leurs relations et ainsi de suite à l’infini. Il semble qu’en procédant ainsi on ne pourrait jamais rien connaître.

Tout l’être d’un être est son être dans le tout[modifier | modifier le wikicode]

Un être est ce qu’il est en vertu de la totalité dont il fait partie. Il a sa place dans le tout. Une fois que sa place est déterminée, tout ce qu’il est est déterminé. Tout l’être d’un être est son être dans le tout.

Les propriétés et les relations déterminent la façon d’être d’un individu en déterminant sa place dans le tout. Mais elles aussi sont déterminées par leur place dans le tout.

Tous les êtres du monde, les individus simples ou complexes, les propriétés et les relations ont tous une place dans le monde. Dès que ces places sont déterminées, le monde est déterminé, et tous les êtres qu’il contient aussi, avec leurs propriétés et leurs relations.

Être, c’est être un tout ou être dans un tout. Si un être est dans un tout, son être est déterminé par sa place dans le tout. Si un être est un tout, son être est déterminé quand toutes les places des êtres qui le constituent sont déterminées. Un être peut être à la fois un tout et dans un tout plus vaste. Un tel être est déterminé à la fois par sa structure interne, c’est à dire par l’arrangement de ses constituants, et par sa place dans le tout plus vaste. Il revient au même de dire qu’il est déterminé par la place de tous ses constituants dans le tout plus vaste.

Le principe holiste, que tout l’être d‘un être est son être dans le tout, est d’une application universelle. Il explique à la fois l’être des êtres mathématiques et l’être des êtres naturels.

Les mondes logiquement possibles[modifier | modifier le wikicode]

On définit un monde logiquement possible avec un ensemble de vérités atomiques. Pour cela on se donne des propriétés et des relations fondamentales et un ensemble d’individus auxquels on peut attribuer ces propriétés et ces relations. Un énoncé est atomique lorsqu’il affirme une propriété fondamentale d’un individu ou une relation fondamentale entre plusieurs individus.

Par exemple, l’ensemble des énoncés suivants définit le monde, ou la structure, des nombres naturels : 1 suit 0, 2 suit 1, 3 suit 2… Il faut entendre que cet ensemble contient toutes les vérités atomiques formées avec les noms des nombres naturels et la relation de succession. Un énoncé atomique qui n’est pas dans cet ensemble est par conséquent faux.

La structure des nombres naturels ainsi définie est un monde logiquement possible. De façon générale, n’importe quel ensemble d’énoncés atomiques définit un monde, ou un modèle, ou une structure, logiquement possible. Tous les énoncés atomiques de l’ensemble sont vrais du monde qu’ils définissent ensemble, par construction.

L’ensemble des vérités atomiques qui définit un monde détermine complètement les individus qu’il contient, leurs propriétés et leurs relations. Chaque individu, chaque propriété ou relation fondamentale est déterminé par sa place dans l’ensemble des vérités atomiques. 0 n’est rien d’autre que le nombre naturel qui ne suit aucun nombre naturel et qui est suivi par 1, 1 n’est rien d’autre que le nombre qui suit 0 et qui est suivi par 2… La relation de succession n’est rien d’autre que la relation qui relie à la fois 1 à 0, 2 à 1, 3 à 2… L’être des nombres naturels et de leur relation de succession est complètement déterminé par la totalité des vérités atomiques à leur sujet.

Plus généralement un être mathématique est une structure ou une place dans une structure. Une structure est un monde logiquement possible. Lorsqu’il est une place dans une structure, tout l’être d’un être mathématique est son être dans le tout, la structure. Un être mathématique peut être à la fois une structure et une place dans une structure plus vaste.

Les mondes naturellement possibles[modifier | modifier le wikicode]

Les mondes naturellement possibles sont les mondes logiquement possibles tels que les lois de la Nature y sont vraies.

Une théorie de la Nature énonce des lois fondamentales, ses axiomes, et permet de définir des propriétés ou des relations à partir des propriétés et des relations fondamentales. Si la théorie est vraie, tous les théorèmes de la théorie, c’est à dire les conséquences logiques des axiomes et des définitions, sont des lois de la Nature.

Les mondes logiquement possibles où une théorie est vraie sont en général appelé des modèles de la théorie ou de ses axiomes. Un monde naturellement possible est un modèle d’une théorie de la Nature. Il faut ici distinguer deux sens du concept de vérité. La vérité des axiomes pour un modèle est une vérité formelle ou mathématique. Elle résulte de la définition du modèle. Mais quand on dit d'une théorie de la Nature qu'elle est vraie, on veut dire plus que sa vérité formelle pour un monde logiquement possible, on veut que la théorie soit vraie à propos d'êtres qui existent réellement, on veut que le vérité de la théorie soit physique ou réaliste. Les mondes naturellement possibles sont les modèles d'une théorie de la Nature pourvu qu'elle soit vraie au sens réaliste. Si les lois de la Nature sont formulées avec un système d'équations différentielles, les mondes naturellement possibles sont les solutions du système.

Les propriétés et les relations fondamentales d’une théorie de la Nature sont complètement déterminées par leur place dans l’ensemble des mondes naturellement possibles, qui est lui-même déterminé par le système des lois fondamentales de la Nature postulé par la théorie. Plus généralement, toutes les propriétés et les relations naturelles sont déterminées par leur place dans le système des lois de la Nature, parce que tout l’être des propriétés et des relations naturelles est leur être dans la totalité des mondes naturellement possibles.

L’unité de l’atomisme et du holisme[modifier | modifier le wikicode]

Au principe holiste, que tout l’être d‘un être est son être dans le tout, on oppose souvent un principe atomiste, ou individualiste. Un atome ou un élément ou une substance ou un individu a une nature qui lui est propre. Il reste le même même si le reste du monde est transformé. Ce que les autres font ne change pas ma nature. Il en va de même pour tous les êtres naturels.

Un être naturel peut rester le même dans diverses totalités. La grande totalité qui détermine entièrement l’être d’un être naturel n’est même pas le monde actuel, parce qu’il est trop petit. La totalité qui détermine entièrement l’être d’un être naturel est la totalité des mondes naturellement possibles dont il peut faire partie. Sa place dans la totalité de tous les mondes naturellement possibles détermine son être en totalité.

Ce que les êtres font change le monde actuel et les possibilités accessibles à partir de lui mais ne change pas la totalité de tous les mondes naturellement possibles. Comme la nature d’un être est déterminée par ses propriétés naturelles qui sont elles-mêmes déterminées par leur place dans la totalité des mondes naturellement possibles, elle ne dépend pas des modifications accidentelles du monde actuel.

Tous les mondes naturellement possibles sont constitués de constituants élémentaires – même les milieux continus sont constitués de points – et la nature des constituants élémentaires détermine les combinaisons naturellement possibles. La théorie est donc atomiste ou individualiste, puisque qu’un monde naturellement possible est construit à partir de ses constituants élémentaires, mais la théorie est aussi holiste puisque la nature d’un constituant est déterminée par sa place dans la totalité de tous les mondes naturellement possibles.

La puissance des propriétés naturelles[modifier | modifier le wikicode]

Je dis que ce qui possède une puissance, quelle qu'elle soit, soit d'agir sur n'importe quelle chose naturellement pareille, soit de pâtir - même dans un degré minime, par l'action de l'agent le plus faible, et même si cela n'arrive qu'une seule fois - tout cela, je dis, existe réellement. Et, par conséquent, je pose par définition qui définit les êtres que ceux-ci ne sont autre chose que puissance.

(Platon, Le Sophiste ou De l'Être, 247e, traduit par Nestor L. Cordero)

Les lois fondamentales de la matière sont des lois d’interaction. Si une espèce de matière n’interagissait pas avec le reste de la matière, elle ne pourrait pas être détectée, et donc elle ne pourrait pas être reconnue comme de la matière. Tous les êtres matériels interagissent avec d’autres êtres matériels. Toute la matière que nous pouvons détecter, c’est à dire toute la matière de notre Univers, fait nécessairement partie d’un réseau interconnecté d’interactions dont nous faisons nous aussi partie.

La puissance d’un être, c’est à dire sa capacité à intervenir dans des arrangements naturels, l’effet qu’il y fait sur d’autres êtres, est déterminée par les lois d’interaction entre les êtres. Les lois d’interaction attribue la même puissance à des êtres qui ont les mêmes propriétés naturelles. La puissance d’un être ne dépend que de ses propriétés naturelles. Tout autre être qui a les mêmes propriétés a naturellement la même puissance.

Une propriété naturelle peut elle-même être considérée comme une puissance. Il faut entendre par là qu’elle contribue à la puissance des êtres dont elle est la propriété. Si deux propriétés naturelles ont toujours exactement les mêmes effets naturels, si elle ne peuvent pas être distinguées en tant que puissances naturelles, alors elles sont nécessairement la même propriété (Shoemaker 1980), parce qu’une propriété naturelle est déterminée par sa place dans le système des lois de la Nature. On peut aussi dire qu’une propriété naturelle est déterminée par sa place dans le système des relations de causalité, parce que celui-ci est lui-même déterminé par les lois de la Nature.

Comme les relations géométriques sont des propriétés naturelles, elles aussi sont des puissances. On retient parfois cette conséquence de la théorie comme une objection contre elle, parce que les relations géométriques semblent inertes et incapables d'agir. C'est oublier que la proximité est essentielle pour exercer une puissance. La distance est une puissance parce qu'elle fait partie des conditions d'exercice des diverses puissances. Pour se protéger d'un danger, il suffit souvent de s'éloigner. La distance a donc la puissance de nous protéger.

La science de l'être en tant qu'être[modifier | modifier le wikicode]

On définit souvent la métaphysique comme la science de l'être en tant qu'être, à la suite d'Aristote (Métaphysique Γ) qui définissait ainsi la philosophie première.

La physique, la science de la matière, est la science de l'être en tant que matière. La physique des liquides est la science de la matière en tant que liquide. La physique des liquides doit expliquer la nature des liquides, ce qui fait qu'un liquide est un liquide. La science de la matière en tant que matière est la physique fondamentale, ou la physique première. Elle doit expliquer la nature de la matière, ce qui fait que la matière est la matière.

La science de l'être en tant qu'être doit expliquer la nature de l'être, ce qui fait qu'un être est un être. Elle est la science fondamentale.

Tous les êtres sauf la totalité sont déterminés par leur place dans la totalité. La nature d'un être, ce qui fait qu'un être est un être, est sa place dans la totalité. La nature de la totalité, ce qui fait qu'elle est la totalité, est de donner à chaque être sa place.

La place de l’esprit dans la Nature[modifier | modifier le wikicode]

Du point de vue de la cosmologie moderne, la présence de l’esprit dans l’Univers ressemble à un accident très improbable et un détail presque insignifiant, qui peut être ignoré quand on présente la vue d’ensemble. Mais la métaphysique demande qu’on montre la place de l’esprit dans le Monde. Elle nous interroge à la fois sur le Monde, sur l’esprit, et sur leur relation. La vue d’ensemble que l’on recherche en métaphysique doit montrer la place de l’esprit dans la Nature.

Les propriétés mentales sont des propriétés naturelles. Comme tous les êtres naturels, elles sont déterminées par leur place dans la totalité des mondes naturellement possibles. Comme toutes les propriétés naturelles, elles sont des puissances parce qu’elles contribuent à la puissance des êtres dont elles sont des propriétés. Mais la place des propriétés mentales dans le système des lois de la Nature n’est pas très bien comprise.

Être et être connu[modifier | modifier le wikicode]

Tout ce qui est connu est, au moins en tant qu'objet de connaissance, même si c'est une fiction. Une fiction est une fiction. Elle existe en tant que fiction. Les êtres fictifs n'existent pas dans la réalité mais ils existent en tant qu'objets de pensée.

Tout ce qui est peut-il être connu ?

Il semble que la réponse est non. Pourquoi serions-nous capables de tout connaître ? Il n'est pas interdit de penser qu'il pourrait y avoir d'autres univers, séparés du nôtre, que nous ne pourrons jamais observer. Plus généralement, il semble que l'être n'est pas limité par nos facultés de connaissance. Pourquoi des êtres qui ne peuvent pas être connus ne pourraient-ils pas être ?

Si on dit d'un être qu'il ne peut pas être connu, on ne doit pas prétendre qu'on le sait, parce qu'on prétendrait connaître quelque chose en tant qu'être qui ne peut pas être connu, et ce serait aburde. Il y a peut-être des êtres qui ne peuvent pas être connus, mais nous ne savons rien sur eux, même pas s'ils existent.

Tout ce qui est ou peut être pour nous peut être connu, puisque nous le connaissons dès que nous reconnaissons son être.

Le défi de l'intégration[modifier | modifier le wikicode]

Une justification acceptable est une bonne raison de croire qu'on sait, mais on se sait pas qu'on sait tant qu'on ne sait pas que la justification est concluante.

Quand on a trouvé une preuve, on a prouvé du même coup qu'on est capable de trouver cette preuve. Mais a-t-on vraiment trouvé une bonne preuve ?

Pour savoir, il ne suffit pas de raisonner sur l'objet de la pensée, il faut aussi raisonner sur le sujet qui pense. Sommes-nous vraiment capables de savoir ce que nous essayons de savoir ? Sommes-nous capables de trouver des preuves concluantes ?

Si notre puissance de savoir était connue par avance, il suffirait de vérifier pour chaque preuve qu'elle est un cas particulier de savoir qui nous est accessible. Mais notre puissance de savoir n'est pas connue par avance. Nous découvrons notre capacité à savoir en essayant de savoir. Nous ne savons pas si nous réussirons avant d'avoir essayé. Et même si nous avons réussi, nous ne sommes pas toujours sûrs d'avoir vraiment réussi.

Le savoir et le savoir sur le savoir marchent ensemble. Pour comprendre vraiment ce que nous savons, il ne suffit pas de le savoir, il faut aussi comprendre comment nous le savons.

Le défi de l'intégration est d'unifier les sciences et l'épistémologie. Pour chaque savoir ou prétention au savoir, il faut expliquer comment nous l'acquérons, si c'est un savoir, ou pourquoi il n'est qu'une illusion de savoir, sinon.

Par exemple, on peut dire des vérités arithmétiques qu'elles concernent les résultats de nos expériences quand nous comptons des cailloux ou d'autres objets concrets. De cette façon, on explique comment on acquiert du savoir arithmétique sur le modèle de la connaissance des objets concrets.

On peut aussi dire des vérités arithmétiques qu'elles portent sur un monde de formes numériques impérissables, séparé de notre univers matériel. Mais il faut alors expliquer comment nous pouvons connaître des vérités sur un monde inaccessible à nos sens.

« Le défi de l’intégration consiste à réconcilier une explication plausible de ce qui est impliqué dans la vérité des énoncés d'un genre donné avec une explication crédible de la façon dont nous pouvons connaître ces énoncés, quand nous les connaissons. (…) « le concept de vérité mathématique, tel qu’il est expliqué, doit s’intégrer dans une vue d’ensemble du savoir d'une manière qui rend intelligible comment nous avons le savoir mathématique que nous avons » (Benacerraf 1973). Bien que le défi de l’intégration des mathématiques a certainement ses propres caractéristiques, ce que Benaceraff affirme ici à propos de la vérité mathématique s'applique à n'importe quel sujet. Le concept de vérité, tel qu'il est expliqué dans un domaine donné, doit être inscrit dans une vue d’ensemble du savoir d'une manière qui rend intelligible comment nous avons le savoir que nous avons dans ce domaine. » (Peacocke 1999)


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