Précis d'épistémologie/L'amour de la raison

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La philosophie est l'amour de la sagesse, ou l'amour de la raison.

L’amour de la raison est à la fois le désir, la connaissance et l’acte. Un esprit s’accomplit en aimant la raison, par le désir, la connaissance et l’action.

Connaître la raison, c'est connaître la vérité sur la réalité et sur l'idéal, le bien. Agir par amour de la raison, c'est faire le bien.

Qu’est-ce que le bien ? Comment le fait-on ? Comment le reconnaît-on ?

Le bien est que l’esprit vive pour l’esprit. Un esprit vit bien quand il vit pour que que tous les esprits vivent bien.

L’esprit doit être pour l’esprit. Un esprit s’accomplit en pensant, en parlant et en agissant pour que tous les esprits s’accomplissent, pour que nous développions librement les puissances de l’esprit et pour que nous nous en réjouissions ensemble.

Plus précisément, le bien est que l'esprit vive pour le bien. C'est une définition circulaire du bien. On en déduit qu'un esprit vit pour le bien quand il vit pour que tous les esprits vivent pour le bien. C’est le cercle de la perpétuation de la vie de l’esprit. Vouloir le bien, c’est vouloir que la volonté du bien se perpétue.

Une remarque sur les définitions circulaires. Des principes tels que "la matière est ce qui interagit avec la matière", "un nombre naturel est ou bien zéro ou bien le successeur d'un nombre naturel" et "le bien est que l'esprit vive pour le bien" ne sont pas fautifs. Ils déterminent la signification des concepts fondamentaux. Formellement on les traduit par des axiomes. De façon informelle, on peut dire qu'ils sont vrais par définition, ou qu'ils définissent les concepts fondamentaux. Les définitions circulaires sont interdites seulement pour les concepts dérivés, définis à partir des concepts fondamentaux. Mais elles ne sont pas interdites pour les concepts fondamentaux, parce que les axiomes peuvent être considérés comme des définitions implicites.

Les rêves deviennent réalité pourvu qu'ils soient adaptés à la réalité, qu'ils soient à notre portée, que nous puissions trouver naturellement les moyens de les réaliser. En nous motivant, ces rêves nous conduisent à leur réalisation, ils nous révèlent les moyens qui nous permettent de les accomplir. Si nous avions renoncé au rêve, nous n'aurions jamais trouvé les moyens.

L'idéal rationaliste ressemble au rêve d'un illuminé : que tous les esprits trouvent leur bonheur en vivant pour le bonheur de tous les esprits. Mais il suffit de raisonner pour se rendre compte que c'est aussi un rêve adapté à la réalité, parce que la raison nous donne les moyens d'accomplir la raison.

Que l’esprit doit être pour l’esprit a un sens très terre à terre : on doit travailler pour avoir de bonnes conditions de vie. Si on ne fait pas d’efforts, on vit forcément plutôt mal. Si un esprit veut profiter de la vie, il doit s’en donner les moyens, il doit travailler pour lui-même et pour les autres.

Un esprit s'accomplit en étant bon pour lui-même et son entourage. Mais il peut aussi être bon pour tous les esprits. Les fruits de la raison sont universels. Les bons principes sont les mêmes pour tous. Quand un esprit connaît la raison, il connaît en même temps ce qui est bon pour lui et ce qui est bon pour tous les autres. En révélant la raison, un esprit se prouve à lui-même, et à tous les autres, qu’il peut être bon pour tous les esprits, parce que nous pouvons tous bénéficier des fruits de la raison.

Nous découvrons la raison en prenant conscience des preuves. Les preuves révèlent la raison à tous les esprits. Quand les esprits se donnent des preuves, ils font exister la raison parmi eux.

L’observation et les principes sont les deux sources de toutes les preuves. En tant qu’observateurs, nous sommes des témoins de la réalité. Toutes nos bonnes observations sont des preuves que la réalité est telle qu’elle est. En tant que penseurs, nous pouvons apprendre tout ce que les bons principes enseignent, en raisonnant sur leurs conséquences.

Tous les raisonnements fondés sur des bons principes et des bonnes observations sont des preuves qui révèlent la raison.

On reconnaît les bons principes à leurs fruits. Les bons principes portent des fruits quand ils nous aident à comprendre la réalité et à faire le bien.

Qu’on reconnaît les bons principes à leurs fruits est un bon principe, parce qu’il porte des fruits à chaque fois qu’il nous aide à reconnaître les bons principes.

Comment reconnaît-on les fruits de la raison ? Quand elle nous aide à bien penser et bien vivre.

Un esprit s’accomplit quand il pense bien, quand il fait le bien, quand il vit bien. Mais on se fait facilement des illusions. On peut très facilement croire qu’on pense ou qu’on agit bien pour de très mauvaises raisons. La raison n’apporte pas toujours des réponses tranchées parce que la différence entre les vrais fruits et les fruits illusoires, entre le véritable bien-vivre et les fantasmes, entre le bon grain et l'ivraie, n’est pas toujours claire et nettement marquée.

Les observations ne révèlent que des miettes de la réalité. Nous ne faisons que soulever un tout petit coin du voile, nous n’observons jamais qu’une infime partie de la réalité, beaucoup trop peu pour prétendre que nous la connaissons ainsi. La pensée nous permet de raisonner sur chaque être et sur la totalité de tous les êtres. On connaît un être en connaissant ses relations avec les autres êtres, en connaissant sa place dans une totalité. On connaît une totalité en connaissant tous les êtres qu'elle inclut et leurs relations. Par la pensée on peut connaitre tous les êtres et les totalités qu'ils constituent.

Par l'imagination et la pensée nous pouvons connaître tous les possibles, pas seulement la réalité telle qu’elle est, mais aussi telle qu’elle pourrait être et telle qu’elle ne sera jamais. En tant qu’observateurs, nous ne connaissons qu’une toute petite partie de la réalité. En tant que penseurs, nous pouvons tout connaître, le réel et l’irréel. La réalité n’est qu’une infime partie dans l’espace de tout ce qui peut être pensé.

La pensée est rationnelle quand elle s'adapte à la réalité, quand elle révèle ce qui est réellement possible, naturellement possible, ce qui peut vraiment être.

Les observations ne révèlent des êtres que ce qu'ils sont ou ont été. La pensée permet d'aller plus loin parce qu'elle révèle ce qu'ils pourraient être.

En connaissant ce qui est naturellement possible nous trouvons des moyens d'agir et d'accomplir nos idéaux, pourvu qu'ils soient naturellement à notre portée.

Par la pensée nous pouvons connaître la vérité sur le bien, sur ce que nous devons faire et devons être, puisqu'il suffit de savoir que l'esprit doit vivre pour l'esprit.