Précis d'épistémologie/Les fondements de l'éthique

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L'éthique est le savoir sur le bien de l'esprit. L'épistémologie est le savoir sur le savoir. Elle est un savoir éthique parce que le savoir est un bien de l'esprit.

Le bien est ce qui doit être. Est bien ce qui est tel qu'il doit être.

La matière inerte n'a pas de devoir être, ou plutôt elle est déjà ce qu'elle doit être.

Le bien de la vie est de persévérer dans son être. La santé est d'avoir pleinement les moyens de continuer à vivre. La reproduction est la perpétuation de la vie. Le bien de la vie est de continuer à être ce qu'elle est déjà. L'esprit n'a pas à lui prescrire ce qu'elle doit être.

Le bien de l'esprit est de bien vivre comme un esprit, donc de bien vouloir, bien penser, bien ressentir, bien agir, bien percevoir et bien imaginer. L'éthique est le savoir sur le bien de l'esprit donc sur le bien vivre de l'esprit.

Un esprit s'accomplit quand il vit bien, quand il vit comme il doit vivre.

La bonne volonté est centrale et fondamentale, parce que bien penser, bien agir, bien ressentir, bien percevoir et bien imaginer, c'est penser, agir, ressentir, percevoir et imaginer en accord avec la bonne volonté (Kant 1785).

Bien vouloir, c'est vouloir le bien[modifier | modifier le wikicode]

Bien vouloir, c'est nécessairement vouloir le bien, vouloir le faire autant qu'on peut.

Vouloir le bien, percevoir, imaginer, penser, ressentir et agir pour le bien, c'est vivre pour le bien.

Le bien de l'esprit est de vivre pour le bien. Pour un esprit, vivre bien, c'est vivre pour le bien.

L'amour du bien est le désir, la connaissance et l'acte. Aimer le bien, c'est le vouloir, et percevoir, imaginer, penser, ressentir et agir pour le réaliser, dans la mesure du possible. Aimer le bien, c'est vivre pour le bien.

Le bien de l'esprit est d'aimer le bien. Un esprit s’accomplit en aimant le bien, par le désir, la connaissance et l’action.

Comme la bonne volonté est un bien, on doit vouloir que la volonté du bien se perpétue quand on veut le bien. C’est le cercle de la perpétuation de la vie de l’esprit.

Pour bien vivre, il faut vouloir bien vivre. On ne peut pas bien vivre sans avoir une bonne volonté. L'esprit doit vouloir le bien de l'esprit, il doit vivre pour l'esprit.

On peut prendre des décisions sur sa façon de prendre des décisions. On peut exercer sa volonté sur sa façon d'exercer sa volonté. On peut décider d'adopter des principes qui déterminent le bien qu'on doit rechercher. On décide ainsi de toujours se décider en respectant les principes qu'on a adoptés. On peut se décider à toujours prendre ses décisions en voulant le bien.

Que l’esprit doit vivre pour l’esprit a un sens très terre à terre : on doit agir pour avoir de bonnes conditions de vie. Si on ne fait pas d’efforts, on vit forcément plutôt mal. Si un esprit veut profiter de la vie, il doit s’en donner les moyens et travailler.

La formule "l'esprit doit vivre pour l'esprit" est ambiguë. Il faut entendre que l'esprit doit vivre pour le bien de l'esprit, pas seulement pour que l'esprit vive. Le crime organisé vit pour continuer à vivre et il n'est pas un bien de l'esprit.

Une action motivée par la bonne volonté est un bien, même si elle manque son but, parce que la bonne volonté est un bien. Inversement une action qui n'est pas motivée par la bonne volonté n'est pas un bien, même si elle a des conséquences bénéfiques, parce que l'absence de bonne volonté est un mal (Kant 1785). Les intentions sont essentielles pour évaluer les actions, parce que la bonne volonté est la condition fondamentale du bien-vivre, mais il ne faut pas ignorer les conséquences pour autant : nous avons le devoir de prévoir les conséquences de nos actions, autant qu'il est possible et adapté à la situation.

Une remarque sur les définitions circulaires : des principes tels que "la matière est ce qui interagit avec la matière", "un nombre naturel est ou bien zéro ou bien le successeur d'un nombre naturel" et "le bien est que l'esprit vive pour le bien" ne sont pas fautifs. Ils déterminent la signification des concepts fondamentaux. Formellement on les traduit par des axiomes. De façon informelle, on peut dire qu'ils sont vrais par définition, ou qu'ils définissent les concepts fondamentaux. Les définitions circulaires sont interdites seulement pour les concepts dérivés, définis à partir des concepts fondamentaux. Mais elles ne sont pas interdites pour les concepts fondamentaux, parce que les axiomes peuvent être considérés comme des définitions implicites des concepts fondamentaux.

Des émotions pour bien vivre[modifier | modifier le wikicode]

On a besoin des émotions pour bien vivre. Elles nous enseignent ce qu'il faut rechercher, quand elles sont plaisantes, et ce qu'il faut éviter, quand elles ne le sont pas. Elles nous font connaître l'idéal : comment bien vivre. Elles nous font aussi connaître la réalité, et même de la façon la plus importante qui soit, parce qu'elles nous avertissent sur ce qui peut nous aider à bien vivre, ou au contraire nous empêcher de bien vivre. Elles nous font connaître la réalité en nous donnant les moyens de l'évaluer.

Une même décision peut avoir de nombreuses conséquences, les unes plaisantes, les autres non. L'exercice de la bonne volonté requiert une vue d'ensemble et une appréciation équilibrée des conséquences prévisibles (Aristote, Éthique à Nicomaque).

Le émotions nous éclairent en nous montrant comment évaluer les fins et les moyens. Mais elles peuvent aussi nous aveugler. Une émotion particulière ne montre qu'un aspect de la situation. Si elle est forte, elle peut empêcher d'avoir une vue d'ensemble équilibrée et nous conduire à une décision partiale, intolérante et injuste. Les émotions ne s'opposent pas à la raison comme des ennemis, parce qu'elles nous éclairent sur les moyens de bien vivre, mais comme des intérêts particuliers qui s'opposent parfois à l'intérêt commun.

Les plaisirs sont des indicateurs du bien vivre. Mais le bien vivre ne se réduit pas à la recherche des plaisirs. La bonne volonté ne se réduit pas à l'obéissance aux émotions parce qu'elle requiert une appréciation équilibrée de l'ensemble des conséquences prévisibles de nos décisions. Suivre le plaisir du moment ne suffit pas pour faire une bonne volonté.

Le bon savoir[modifier | modifier le wikicode]

Pour bien vouloir, on a besoin d'un bon savoir. Il faut connaître le bien qu'on veut et la réalité où on est. Et il faut les connaître bien : bien percevoir, bien imaginer les conséquences de nos décisions, bien ressentir et bien penser.

Pour bien penser, il ne faut pas se contenter de croire ce qui nous plaît, il faut connaître de bonnes raisons de croire ce qu'on croit. On doit être capable de justifier ce qu'on croit savoir avec des bons principes, des bonnes observations et des bons raisonnements.

Nous n'avons pas toujours besoin d'être experts pour bien penser mais nous avons toujours besoin d'un minimum de bon sens, pour reconnaître des bons principes et les appliquer correctement.

On connaît et on respecte la raison, quand on raisonne correctement avec de bons principes et de bonnes observations.

On reconnaît les bons principes à leurs fruits. Ils portent des fruits quand ils nous aident à bien vivre.

La raison est bonne pour tous les esprits. Ses fruits sont universels. Les bonnes observations les bons principes et les bons raisonnements sont bons pour tous les esprits.

Quand nous comprenons que la raison est universelle, nous comprenons du même coup le grand principe à partir duquel fonder tout le savoir rationnel. Tout se passe comme si la raison était une divinité généreuse, qui donne sa sagesse à tous ceux qui veulent vraiment la connaître. La première vérité sur la raison est qu'elle est généreuse. Elle n'est pas envieuse, elle ne nous prive pas du meilleur. Elle ne serait pas la meilleure si elle privait un seul d'entre nous du meilleur. « Il n'est pas possible que la divinité soit envieuse. » (Aristote, Métaphysique, livre A, 983a) En sachant que le savoir rationnel peut être partagé par tous, nous avons le savoir fondamental qui nous donne les moyens de comprendre tout le savoir rationnel.

Vivre pour le bien de tous les esprits[modifier | modifier le wikicode]

On ne peut pas faire le bien d'autrui contre son gré parce qu'on ne peut pas prendre ses décisions à sa place. Son bien est qu'il ait une bonne volonté et qu'il l'exerce librement. Comme on n'a pas le devoir de faire ce qu'on ne peut pas faire, on pourrait en conclure qu'on n'a jamais le devoir de faire le bien d'autrui, qu'on ne doit s'occuper que de son propre bien. Un esprit égoïste, qui vit seulement pour son bien, sans se soucier du bien des autres esprits, peut-il bien vivre ?

On ne peut pas faire le bien d'autrui à sa place mais on peut lui donner des moyens de le faire, ou au contraire l'empêcher de bien vivre.

Un esprit égoïste renonce à sa nature sociale. Il peut être bon pour les autres esprits mais il renonce à l'être. C'est un rabougrissement de l'esprit.

Un esprit vit bien en étant bon pour lui-même et son entourage. Mais il peut aussi être bon pour tous les esprits, parce que les fruits de la raison sont universels. Quand un esprit connaît la raison, il connaît en même temps ce qui est bon pour lui et ce qui est bon pour tous les autres. En révélant la raison, un esprit se prouve à lui-même, et à tous les autres, qu’il peut être bon pour tous les esprits, parce que nous pouvons tous bénéficier des fruits de la raison.

En refusant d'être bon pour autrui un esprit égoïste renonce du même coup à être vraiment bon pour lui-même parce qu'il se prive de la puissance de la raison. On apprend en même temps à être bon pour soi-même et à être bon pour les autres. Si on ne sait pas être bon pour les autres, on ne sait pas être bon pour soi-même.

Un esprit vit bien quand il vit pour le bien de tous les esprits, le sien et celui de tous les autres. Le bien d'un esprit n'est pas séparable du bien de tous les esprits.

« Agis de façon telle que tu traites l'humanité, aussi bien dans ta personne que dans la personne de tout autre, toujours en en même temps comme fin, jamais simplement comme moyen. » (Kant, 1785) Considérer un esprit seulement comme un moyen, c'est ignorer délibérément son bien. Pour le considérer vraiment comme une fin, il faut vouloir son bien.

Aimer un esprit, c'est vivre pour son bien. La raison prescrit de vivre pour le bien de tous les esprits, donc de les aimer.

« Tu aimeras ton prochain comme toi-même » (Lévitique 19, 18) n'est pas seulement un principe religieux, c'est aussi un principe rationaliste. Si les êtres humains ne veulent pas s'entraider la raison ne peut pas être parmi eux.

La haine rend fou parce qu'elle est contraire à la raison, qui nous prescrit de toujours vouloir le bien de tous les esprits. Si on veut garder la raison, il faut « aimer ses ennemis » (Matthieu 5, 44). Il faut pardonner parce que la haine empêche de vouloir le bien, et donc de bien vivre.

La vertu[modifier | modifier le wikicode]

La vertu est d'être toujours disposé à bien percevoir, bien imaginer, bien ressentir, bien penser, bien vouloir et bien agir, ou presque toujours. Les vertus sont des façons particulières d'être vertueux.

La vertu est nécessaire au bien vivre mais elle ne suffit pas. A elle seule, elle ne guérit pas les maladies, elle n'arrête pas la main des tortionnaires, elle ne sauve pas de la misère. Pour bien vivre un esprit a besoin de conditions favorables en plus de la vertu : santé, paix et prospérité.

La vertu n'est pas donnée d'avance. Un esprit doit apprendre à être ce qu'il doit être. Quand il apprend à être vertueux, un esprit n'est pas encore ce qu'il doit être, parce qu'il doit l'apprendre, mais d'une autre façon il est déjà ce qu'il doit être, parce qu'il doit apprendre, parce que la phase d'apprentissage doit être. Apprendre à être vertueux, c'est déjà commencer à l'être, parce que vouloir le bien est un bien. Le désir de la sagesse est le commencement de la sagesse. Quand on aime le bien, on aime ce qui est déjà là, pas seulement un bien qu'on désire sans l'avoir, parce que l'amour du bien est le bien. « Qui boira de cette eau n'aura plus jamais soif car elle est une source d'où jaillit la vie sans fin. » (Jean 4, 14)

Bien ressentir, avoir des émotions qui nous aident à nous adapter à la réalité en accord avec la bonne volonté, fait partie de la vertu ((Aristote, Éthique à Nicomaque, Hursthouse 2001). Mais les émotions ne sont pas directement sous le contrôle de la volonté. On ne décide pas d'être ému. On ne choisit pas d'aimer. Comment alors pourrait-on vouloir bien ressentir ? La raison nous demande d'aimer tous les esprits, mais l'amour ne se commande pas. La vertu requiert l'équilibre émotionnel, mais les émotions n'obéissent pas aux ordres de la volonté.

Le déclenchement des émotions n'est pas directement sous le contrôle de la volonté, mais les émotions ne sont pas pour autant toutes puissantes face à la volonté. On peut contrôler volontairement l'expression des émotions, les retenir ou les libérer. On peut aussi contrôler volontairement les conditions, extérieures et intérieures, qui les déclenchent. En particulier, les émotions dépendent des façons d'interpréter la réalité. Nous pouvons nous servir de la pensée pour modifier nos réactions émotionnelles en changeant nos interprétations. Nous pouvons donc exercer notre bonne volonté pour apprendre à bien ressentir, à aimer et à être équilibré.

Est-ce le rêve d'un illuminé ?[modifier | modifier le wikicode]

L'accomplissement de la raison ressemble au rêve d'un illuminé : que tous les esprits trouvent leur bonheur en donnant du bonheur à tous les autres, que nous soyons tous philosophes, tous dans l'amour de la raison, tous vertueux, comme si la philosophie pouvait être la musique fondamentale qui fait danser tous les esprits et qui transforme la planète en paradis.

Les rêves deviennent réalité pourvu qu'ils soient adaptés à la réalité, qu'ils soient à notre portée, que nous puissions trouver naturellement les moyens de les réaliser. En nous motivant, ces rêves nous conduisent à leur réalisation, ils nous révèlent les moyens qui nous permettent de les accomplir. Si nous avions renoncé au rêve, nous n'aurions jamais trouvé les moyens.

Nous sommes tous naturellement capables de connaître ce qui est naturellement possible et comment bien vivre. Nous sommes tous naturellement capables d'apprendre à être vertueux et nous avons tous intérêt à l'apprendre, parce que c'est ainsi qu'on vit bien. Un monde où la plupart des gens sont plutôt vertueux la plupart du temps, ou apprennent à l'être, est naturellement possible. Ainsi entendu, un monde plutôt juste mais pas parfait, l'idéal rationaliste est adapté à la réalité.

La nature de l'esprit est de rêver à l'idéal pour s'accomplir comme un esprit digne de l'idéal. C'est ainsi qu'il se révèle pleinement comme un esprit. Un esprit est naturellement porté par le désir de l'idéal et il révèle ce qu'il est réellement en réalisant ce désir. Un paradis où tous les esprits trouvent leur bonheur dans le bonheur de tous est simplement un monde où tous les esprits sont fidèles à leur nature spirituelle. C'est ce pour quoi nous sommes faits naturellement, ce vers quoi nous sommes portés quand nous voulons être de véritables esprits.


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