Invariants intégraux

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[modifier] Notes de lecture des "Leçons sur les invariants intégraux", Elie Cartan, 1922.

[modifier] Cas du point matériel libre en coordonnées cartésiennes

[modifier] 1

Pour un point matériel de masse m dans un potentiel V, l'action élémentaire sur un intervalle de temps dt est définie par

dS = \left(T-V\right)dt

différence de l'énergie cinétique T et de l'énergie potentielle V fois l'intervalle de temps.

Soient x,y,z les coordonnées orthonormales du point, \dot{x}, \dot{y}, \dot{z} les composantes de sa vitesse. L'action entre les instants t0 et t1 est l'intégrale

S = \int_{t_0}^{t_1}\left(\frac{1}{2} m \left(\dot{x}^2 + \dot{y}^2 + \dot{z}^2\right)-V(x, y, z)\right)dt

L'action peut être calculée sur la trajectoire réellement suivie par le point matériel entre les instants t0 et t1, mais aussi sur une trajectoire infiniment voisine x(t) + δx(t),y(t) + δy(t),z(t) + δz(t). On suppose dans cette section que les points de départ et les points d'arrivée restent inchanchés :

0 = δx(t0) = δy(t0) = δz(t0) = δx(t1) = δy(t1) = δz(t1)

La variation de l'action entre ces deux trajectoires vaut

\delta S = \int_{t_0}^{t_1}\left(
m \left(\dot{x} \delta \dot{x} + \dot{y} \delta \dot{y} + \dot{z} \delta \dot{z}\right)-
\frac{\partial V}{\partial x} \delta x + \frac{\partial V}{\partial y} \delta y + \frac{\partial V}{\partial z} \delta z
\right)dt

Au mème instant, et pendant un intervalle de temps dt, on a une coordonnée qui passe de x à x + \dot{x} dt sur une trajectoire et de x + δx à x + \delta x + \dot{x} dt + \frac{d \left(\delta x\right)}{dt} dt sur l'autre. On a donc \delta \dot{x} = \frac{d \left(\delta x\right)}{dt}, ce qui nous permet d'intégrer

\int_{t_0}^{t_1} \dot{x} \delta \dot{x} dt = \int_{t_0}^{t_1} \dot{x} d \left(\delta x\right) =  \dot{x} \delta x |_{t_0}^{t_1} - \int_{t_0}^{t_1} \ddot{x} \delta x dt

Comme δx est supposé nul en t0 et t1, il ne reste que le second terme, que l'on peut introduire dans le calcul de la variation de l'action :

\delta S = - \int_{t_0}^{t_1}\left(
\left(m \ddot{x} + \frac{\partial V}{\partial x} \right) \delta x +
\left(m \ddot{y} + \frac{\partial V}{\partial y} \right) \delta y +
\left(m \ddot{z} + \frac{\partial V}{\partial z} \right) \delta z
\right)dt

Il est équivalent d'écrire que l'action est extrémale pour une variation quelconque de la trajectoire sauf aux extrémités (principe de la "moindre" action de Hamilton), que δS est nul, et que l'on a les équations de la dynamique

m \ddot{x} = - \frac{\partial V}{\partial x}
m \ddot{y} = - \frac{\partial V}{\partial y}
m \ddot{z} = - \frac{\partial V}{\partial z}

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Par rapport à la section précédente, on permet que la trajectoire différe aux extrémités, en position aussi bien spatiale que temporelle. À la variation δS déja calculée, il faut rajouter le terme


   \left(\frac{1}{2} m \left(\dot{x}^2_1 + \dot{y}^2_1 + \dot{z}^2_1\right) - V_1\right) \delta t_1
 - \left(\frac{1}{2} m \left(\dot{x}^2_0 + \dot{y}^2_0 + \dot{z}^2_0\right) - V_0\right) \delta t_0

ainsi que le terme

m \left(\dot{x} \delta x + \dot{y} \delta y + \dot{z} \delta z\right)|_{t_0}^{t_1}

Pour calculer ce terme, on remarque que la variation de l'extrémité δx1 est la somme de la variation de la trajectoire \delta x |_{t_1} et de \dot{x}_1 \delta t_1, et par suite

\dot{x} \delta x |_{t_0}^{t_1}
= \dot{x}_1 \left(\delta x_1 - \dot{x}_1 \delta t_1\right)
- \dot{x}_0 \left(\delta x_0 - \dot{x}_0 \delta t_0\right)

On peut finalement écrire


\delta S =
\omega_\delta |_0^1
- \int_{t_0}^{t_1}\left(
\left(m \ddot{x} + \frac{\partial V}{\partial x} \right) \delta x +
\left(m \ddot{y} + \frac{\partial V}{\partial y} \right) \delta y +
\left(m \ddot{z} + \frac{\partial V}{\partial z} \right) \delta z
\right)dt

avec 
\omega_\delta =
m \dot{x} \left(\delta x - \dot{x} \delta t\right) +
m \dot{y} \left(\delta y - \dot{y} \delta t\right) +
m \dot{z} \left(\delta z - \dot{z} \delta t\right) +
\left(\frac{1}{2} m \left(\dot{x}^2 + \dot{y}^2 + \dot{z}^2\right) - V\right) \delta t
ou


\omega_\delta =
m \dot{x} \delta x +
m \dot{y} \delta y +
m \dot{z} \delta z
- \left(\frac{1}{2} m \left(\dot{x}^2 + \dot{y}^2 + \dot{z}^2\right) + V\right) \delta t

La variation de l'action entre trajectoires réelles se réduit donc à

δS = ωδ | 1 − ωδ | 0

En considérant une famille de trajectoires formant un tube de l'espace-temps, la somme δS est nulle et les intégrales sur les deux courbes fermée de l'espace-temps à chaque extrémité du tube sont égales. On a

ωδ = ωδ
1 0

[modifier] 3

Étant donné un ensemble de trajectoires formant un tube de l'espace-temps, l'intégrale

\int \omega_\delta = \int - E d t + m v_x d x + m v_y d y + m v_z d z

étendue à une courbe fermée formée de points du tube est indépendante du choix de cette courbe, elle ne dépend que du tube. Le terme intégré est quadrivecteur énergie-impulsion \left(-E, \dot{\mathbf{r}}\right).

[modifier] 4

  • invariant de Poincaré

Henri Poincaré a donné le nom d'invariant intégral à une forme restreinte de la formule précédente, ne considérant l'intégrale que sur des courbes à t constant, donc sans que l'énergie intervienne :

\int m \left(v_x d x + v_y d y + v_z d z \right)
  • action de Hamilton

L'intégration du vecteur énergie-impulsion sur une des trajectoires formant le tube conduit à remplacer dx par vxdt, etc. et donc l'intégrale sur cette courbe (en principe ouverte) donne

\int \left(\frac{1}{2} m \left(v_x^2 + v_y^2 + v_z^2\right) - V\right) \delta t

c'est à dire tout simplement l'action de Hamilton.

[modifier] 5

Le fait que \int \omega_\delta soit un invariant intégral est une condition nécessaire des équations du mouvement. On va montrer que c'est aussi une condition suffisante, qui remplace le principe de Hamilton.

Partant d'équations différentielles quelconques

\frac{dx}{X} = \frac{dy}{Y} = \frac{dz}{Z} =
ds = \frac{dv_x}{V_x} = \frac{dv_y}{V_y} = \frac{dv_z}{V_z} = \frac{dt}{T},

où les dénominateurs sont des fonctions de x,y,z,vx,vy,vz,t

Soit

I = ωδ
(C)

l'intégrale sur une courbe

x,y,z,t donnée et I + δI l'intégrale sur une courbe voisine portée par le même tube de trajectoires. On a


\delta I = \int_{(C)} m \delta v_x dx + m \delta v_y dy + m \delta v_z dz - \delta E dt +
m v_x \delta \left(dx \right) + m v_y \delta \left(dy \right) + m v_z \delta \left(dz \right)
- E \delta \left(dt \right)

On calcule \int_{(C)} v_x \delta \left(dx \right)
= \int_{(C)} v_x d \left(\delta x \right)
= v_x \delta x |_{(C)} - \int_{(C)} d v_x \delta x
= - \int_{(C)} d v_x \delta x et idem pour les trois autres termes, donc

δI = mδvxdx + mδvydy + mδvzdz − δEdtmδxdvxmδydvymδzdvz + δtdE
(C)

ou


\delta I = \int_{(C)}
  \left(m dx - \frac{\partial E}{\partial v_x} dt \right) \delta v_x 
+ id.
+ \left(- m d v_x - \frac{\partial E}{\partial x} dt \right) \delta x
+ id.
+ \left(dE - \frac{\partial E}{\partial t} dt \right) \delta t

Ce terme doit être nul pour tout déplacement du contour δxyzvxvzvzt On en tire les équations du mouvement

m d v_x = - \frac{\partial E}{\partial x} dt ou m \frac{d v_x}{d t} = - \frac{\partial V}{\partial x}
m d x = \frac{\partial E}{\partial v_x} dt ou m \frac{d x}{d t} = m v_x

idem y et z

[modifier] 6

Invariants intégraux/Cartan1922/006

[modifier] Cas général

[modifier] 7

Invariants intégraux/Cartan1922/007

[modifier] Intégrales premières

[modifier] 28

Considérons un système de N équations différentielles ordinaires du premier ordre, en notant \mathbf{q} le vecteur des N variables dépendantes et t la variable indépendante :


\frac{d \mathbf{q}}{d t} = \mathbf{Q}(\mathbf{q}, t)

Une solution 
\mathbf{q} = \mathbf{q}_S (t)
est appelée trajectoire du système.

Une fonction quelconque 
f(\mathbf{q}, t)
a pour différentielle


df = \left(\nabla f\right) \cdot d\mathbf{q} + \frac{\partial f}{\partial t} dt

Prise sur une trajectoire, cette différentielle devient


df = \left(\left(\nabla f\right) \cdot \mathbf{Q} + \frac{\partial f}{\partial t} \right) dt

On appelle intégrales premières du système d'équations différentielles les fonctions 
u(\mathbf{q}, t)
qui restent constantes le long d'une trajectoire quelconque. Ces fonctions sont donc les solutions de l'équation aux dérivées partielles linéaire du premier ordre


\left(\nabla u\right) \cdot \mathbf{Q} + \frac{\partial u}{\partial t} = 0

Réécrivons la différentielle de f sous la forme


df = \left(\nabla f\right) \cdot \left(d\mathbf{q} - \mathbf{Q} dt\right) + 
\left(\left(\nabla f\right)\cdot \mathbf{Q} + \frac{\partial f}{\partial t} \right) dt

Pour une intégrale première, on a


du = \left(\nabla u\right) \cdot \left(d\mathbf{q} - \mathbf{Q} dt\right)

Donc la différentielle d'une intégrale première quelconque est une combinaison linéaire des N formes différentielles linéaires


d q_1 - Q_1 dt, d q_2 - Q_2 dt, \ldots, d q_N - Q_N dt

Réciproquement, si la différentielle de v est une combinaison linéaire


dv = \mathbf{c} \cdot \left(d\mathbf{q} - \mathbf{Q} dt\right)

des N formes, écrivant


dv = \left(\nabla v\right) \cdot d\mathbf{q} + \frac{\partial v}{\partial t} dt

on en déduit \mathbf{c} = \nabla v et \left(\nabla v\right) \cdot \mathbf{Q} + \frac{\partial u}{\partial t} = 0, donc que v est une intégrale première.

Si l'on se donne N intégrales premières indépendantes, le système linéaire


du_j = \left(\nabla u_j\right) \cdot \left(d\mathbf{q} - \mathbf{Q} dt\right)

peut être inversé, c'est à dire que chaque forme dqiQidt est une combinaison linéaire des duj