Pour lire Platon/Guide des dialogues/Introduction
Ce guide des dialogues platoniciens est écrit dans le même esprit que l'ensemble du livre consacré à Platon : fournir au lecteur débutant en philosophie les éléments indispensables pour aborder la pensée de cet auteur. Dans ce but, la présentation de chaque texte se composera de deux parties : d'une part, une introduction qui donnera un exposé de certains des thèmes les plus importants de l'œuvre ; d'autre part, un commentaire qui visera avant tout à éclairer quelques passages difficiles et à fournir des informations sur des personnes, des lieux, des événements historiques.
Authenticité des dialogues
[modifier | modifier le wikicode]Avant de lire un dialogue attribué à Platon, il convient de se demander s'il est bien de lui. La question peut surprendre : on ne se la pose pas, d'ordinaire, lorsque l'on ouvre Descartes ou Kant. Elle s'impose pourtant pour Platon, comme pour la plupart des auteurs antiques, parce que le corpus qui nous est parvenu sous son nom s'est constitué par sédimentation, et que la tradition scolaire y a intégré, au fil des siècles, des textes dont l'attribution est douteuse ou manifestement fausse. Distinguer le vrai du faux engage ici des enjeux à la fois philologiques et philosophiques : la connaissance que nous avons de Platon dépend, pour une part, de la liste des textes que nous tenons pour authentiques.
Le corpus de Thrasylle
[modifier | modifier le wikicode]La forme canonique du corpus platonicien remonte au grammairien Thrasylle de Mendès, astrologue et conseiller de l'empereur Tibère, qui vivait à Rome au début du Ier siècle de notre ère. Soucieux d'éditer Platon sur le modèle des tragiques, Thrasylle a organisé les œuvres en neuf tétralogies, par analogie avec la trilogie tragique augmentée d'un drame satyrique[1]. Le total atteint ainsi trente-six œuvres, auxquelles la tradition a joint treize Lettres et un recueil de Définitions.
La première tétralogie réunit l'Euthyphron, l'Apologie de Socrate, le Criton et le Phédon : groupement qui dessine, en filigrane, le procès et la mort de Socrate. La deuxième rassemble le Cratyle, le Théétète, le Sophiste et le Politique. La troisième se compose du Parménide, du Philèbe, du Banquet et du Phèdre. La quatrième contient quatre textes à l'authenticité très discutée : l'Alcibiade (ou Alcibiade majeur), le Second Alcibiade, l'Hipparque et les Rivaux. La cinquième réunit le Théagès, le Charmide, le Lachès et le Lysis. La sixième regroupe l'Euthydème, le Protagoras, le Gorgias et le Ménon. La septième comprend l'Hippias majeur, l'Hippias mineur, l'Ion et le Ménexène. La huitième contient le Clitophon, la République, le Timée et le Critias. La neuvième, enfin, rassemble le Minos, les Lois, l'Épinomis et les Lettres.
Dialogues apocryphes
[modifier | modifier le wikicode]Dès l'Antiquité, certains textes de ce corpus ont été mis en doute. Diogène Laërce mentionne une liste de dialogues que, selon lui, nul ne tenait pour authentiques : le Midon, l'Éryxias, l'Alcyon, les Sisyphe, Axiochus, Démodocos, ainsi que quelques autres[2]. La critique moderne a confirmé ce verdict ancien. Mais elle va plus loin : elle rejette aussi un certain nombre de textes intégrés aux neuf tétralogies elles-mêmes. C'est le cas, pour la quasi-totalité des spécialistes, du Second Alcibiade, de l'Hipparque, des Rivaux, du Théagès et du Minos, tous regroupés dans les quatrième, cinquième et neuvième tétralogies. Leur style, la pauvreté doctrinale qui s'y lit, l'absence de toute trace dans les témoignages antérieurs au Portique conduisent à y voir des écrits de l'ancienne Académie, composés à l'imitation de Platon peu après sa mort[3]. L'Épinomis, qui se présente comme une suite des Lois, est le plus souvent attribué à Philippe d'Oponte, disciple de Platon et éditeur des Lois après la mort du maître[4].
Dialogues douteux
[modifier | modifier le wikicode]Entre les œuvres incontestées et les apocryphes se situe une zone grise qui a nourri les débats les plus animés. Trois cas méritent d'être mentionnés. L'Alcibiade majeur, d'abord, a joui d'un prestige considérable dans la tradition néoplatonicienne : Proclus et Olympiodore le plaçaient en tête du cursus philosophique, parce qu'on y voyait une introduction à la connaissance de soi. Friedrich Schleiermacher, dans les introductions à sa traduction allemande des dialogues (1804-1828), a contesté son authenticité ; la majorité des chercheurs du XXe siècle ont suivi son verdict, même si certains, comme Nicholas Denyer ou Julia Annas, ont plaidé récemment pour une authenticité partielle ou entière[5]. L'Hippias majeur, ensuite, a fait l'objet d'un débat comparable : sa facture pourrait être celle d'un disciple imitant le style socratique, mais la plupart des éditeurs modernes penchent aujourd'hui pour l'authenticité[6]. Le Ménexène, enfin, pose un problème particulier : ce dialogue contient un long discours funèbre, attribué à Aspasie de Milet, qui fait difficulté tant par son ton que par certains apparents anachronismes. Aristote, pourtant, le cite à deux reprises en l'attribuant expressément à Platon, ce qui incline la plupart des critiques à le tenir pour authentique, malgré les réserves que certains expriment[7].
Le cas des Lettres
[modifier | modifier le wikicode]Les treize Lettres transmises sous le nom de Platon forment un ensemble à part. La tradition les donnait toutes pour authentiques ; la critique moderne a procédé à un tri sévère. Seules trois sont aujourd'hui considérées comme peut-être authentiques : la troisième, la septième et la huitième, toutes relatives aux affaires de Sicile et à la tentative platonicienne de convertir Denys II de Syracuse à la philosophie. La Lettre VII occupe une place singulière : long récit autobiographique, elle contient la célèbre « digression philosophique » (341 c-345 c) où Platon expose pourquoi il n'a rien écrit, et n'écrira rien, sur ce qui constitue le cœur de sa pensée. Son authenticité a été longtemps tenue pour acquise, notamment par W. K. C. Guthrie et Luc Brisson[8]. Un ouvrage influent de Myles Burnyeat et Michael Frede a cependant ébranlé ce consensus, en concluant à une probable fabrication posthume[9]. Le débat reste ouvert. Les autres lettres sont, pour la plupart, considérées comme des exercices rhétoriques composés par des membres tardifs de l'Académie.
Critères d'authentification
[modifier | modifier le wikicode]Sur quels fondements la critique moderne procède-t-elle à ce tri ? Trois types de critères sont principalement mobilisés. Les premiers sont externes : il s'agit des témoignages des auteurs anciens, et au premier chef ceux d'Aristote, qui cite abondamment les dialogues dans la Métaphysique, la Politique, l'Éthique à Nicomaque et la Poétique. Tout texte cité par Aristote sous le nom de Platon jouit d'une forte présomption d'authenticité. Les seconds sont stylistiques : les études de stylométrie, dont il sera question plus bas, permettent de comparer la langue d'un dialogue avec celle des œuvres assurément authentiques. Les troisièmes, enfin, sont doctrinaux : l'accord ou le désaccord d'un texte avec les positions prêtées à Platon par la tradition. Ce dernier critère est le plus fragile, car il suppose que l'on sache déjà ce que Platon pense, or c'est précisément l'objet de la lecture. On ne peut donc lui accorder qu'un rôle auxiliaire.
Chronologie
[modifier | modifier le wikicode]Une fois établie la liste des dialogues authentiques, une autre question se pose : dans quel ordre ont-ils été composés ? Platon, à la différence d'Aristote, ne date aucun de ses textes ; il n'y fait jamais référence explicite à d'autres de ses œuvres. Il faut donc reconstituer la chronologie à partir d'indices. Le problème peut paraître technique, mais ses enjeux philosophiques sont considérables : selon que l'on place le Parménide avant ou après la République, par exemple, l'interprétation de la théorie des Formes n'est pas la même.
Un problème sans solution définitive
[modifier | modifier le wikicode]Il importe d'abord de reconnaître la difficulté intrinsèque du problème. Les indices internes, renvois d'un dialogue à l'autre, allusions à des événements datables, sont rares et parfois ambigus. Le Théétète fait référence, dans sa scène d'introduction, à une bataille de Corinthe : s'agit-il de celle de 394 ou de celle de 369 av. J.-C. ? Les philologues penchent pour la seconde, ce qui daterait la rédaction du dialogue au plus tôt à la fin des années 360[10]. Le Ménexène mentionne la paix d'Antalcidas (386), ce qui impose une date postérieure à cet événement. La République, en revanche, ne contient guère d'allusions exploitables, et pour la majorité des dialogues on ne dispose d'aucun point de repère historique véritablement précis.
La méthode stylométrique
[modifier | modifier le wikicode]Face à cette pénurie d'indices, la philologie du XIXe siècle a élaboré une méthode originale : la stylométrie. Son postulat est simple : la langue d'un auteur évolue au cours de sa carrière, et l'on peut mesurer cette évolution en relevant, de façon statistique, la fréquence de certains traits stylistiques, particules, hiatus, rythmes de clausule, tournures de phrase, choix lexicaux.
Le point de départ en est l'ouvrage de l'Écossais Lewis Campbell, The Sophistes and Politicus of Plato, paru en 1867[11]. Campbell a le premier observé que les Lois, dialogue que la tradition plaçait déjà en fin de carrière, partageaient avec le Sophiste, le Politique, le Philèbe, le Timée et le Critias un certain nombre de particularités lexicales et rythmiques qui les distinguaient des autres dialogues. On tenait ainsi un « groupe tardif » constitué sur une base linguistique objective.
Cette voie a été développée par Wilhelm Dittenberger, Constantin Ritter et, surtout, par le philosophe polonais Wincenty Lutosławski, qui a forgé en 1897 le terme même de « stylométrie » dans son livre The Origin and Growth of Plato's Logic[12]. Au XXe siècle, les travaux de Gerard Ledger, puis la synthèse de Leonard Brandwood, ont consolidé la méthode en tirant parti du traitement informatique des données[13].
La stylométrie n'offre pas un classement complet des dialogues, mais elle permet d'isoler avec une forte probabilité le groupe des œuvres tardives. Pour les autres, il faut combiner les indices linguistiques avec des considérations doctrinales et historiques.
Les trois grands groupes
[modifier | modifier le wikicode]La majorité des chercheurs s'accorde aujourd'hui pour répartir les dialogues authentiques en trois ensembles, sans prétendre fixer, à l'intérieur de chaque ensemble, un ordre strict.
Le premier groupe, dit des « dialogues de jeunesse » ou « dialogues socratiques », rassemble des textes généralement brefs, souvent aporétiques, centrés sur la définition d'une vertu particulière : Apologie de Socrate, Criton, Euthyphron, Ion, Lachès, Lysis, Charmide, Hippias mineur, Protagoras. On y joint parfois l'Euthydème, le Ménexène, l'Hippias majeur, voire le premier livre de la République. Ces œuvres seraient contemporaines ou peu postérieures au premier voyage de Platon en Sicile (388 av. J.-C.). Leur Socrate est encore proche du personnage historique : il interroge, réfute, mais n'expose aucune doctrine positive, et la plupart des entretiens s'achèvent sur un aveu d'ignorance.
Le deuxième groupe, dit des « dialogues de maturité », comprend le Ménon, le Phédon, le Banquet, la République (à partir du livre II), le Phèdre et, selon les auteurs, le Cratyle. On y trouve l'exposition la plus ample de la théorie des Formes et de la doctrine de l'immortalité de l'âme ; c'est là aussi que Platon déploie ses grandes mises en scène littéraires. Leur composition se situerait entre le premier voyage en Sicile et le deuxième (c'est-à-dire, en gros, entre 388 et 367 av. J.-C.). C'est l'époque où la production de l'Académie, fondée vers 387, bat son plein.
Le troisième groupe, dit des « dialogues de vieillesse » ou « dialogues tardifs », contient le Parménide, le Théétète, le Sophiste, le Politique, le Philèbe, le Timée, le Critias et les Lois. Ces textes, postérieurs au deuxième voyage en Sicile (367), sont marqués par un effort poussé de formalisation logique et méthodologique, notamment par la « méthode de division » mise en œuvre dans le Sophiste et le Politique, ainsi que par une réflexion critique sur la théorie des Formes elle-même, particulièrement dans la première partie du Parménide.
Les points de débat
[modifier | modifier le wikicode]Cette tripartition, reçue par la plupart des manuels, n'est pas exempte de difficultés. Trois questions, en particulier, demeurent ouvertes.
La première concerne le Timée. La tradition le tenait pour tardif, mais Gwilym Ellis Lane Owen a proposé en 1953 de le redater et de le placer avant la République, dans le groupe de maturité[14]. Harold Cherniss lui a répondu point par point dès 1957 et le consensus, après un débat très nourri, est revenu à la position classique[15]. La question, toutefois, n'est pas close.
La deuxième porte sur le Parménide. Ce dialogue présente un jeune Socrate soumis à une critique serrée de la part du vieux Parménide : la théorie des Formes y est attaquée par une série d'arguments, dont le fameux « argument du troisième homme », auxquels Platon ne fournit aucune réfutation explicite. Faut-il y voir une crise interne de la pensée platonicienne, un moment où Platon douterait de sa propre doctrine, ou un exercice dialectique destiné à préparer le lecteur à une refonte de la théorie ? La réponse engage toute l'interprétation des derniers dialogues[16].
La troisième, enfin, oppose deux lectures générales de l'œuvre. Les lectures dites « développementales », majoritaires aujourd'hui, voient dans le passage d'un groupe à l'autre une véritable évolution de la pensée, avec ses remises en cause, ses progrès et ses renoncements. Les lectures dites « unitariennes », défendues notamment par Paul Shorey au début du XXe siècle[17], puis par Harold Cherniss, tiennent au contraire que la pensée de Platon est substantiellement stable d'un bout à l'autre des dialogues, et que les différences apparentes tiennent à la diversité des sujets traités ou des interlocuteurs mis en scène. Une position médiane, articulée par Holger Thesleff, refuse la linéarité chronologique elle-même : Platon aurait composé plusieurs dialogues en parallèle, les retouchant au fil des années, de sorte qu'il n'existerait pas un ordre strict mais plusieurs « couches » de rédaction imbriquées[18].
Le lecteur débutant retiendra cette leçon : la chronologie des dialogues est un cadre commode, utile pour orienter la lecture, mais il ne faut pas le prendre pour un fait établi. On peut très bien lire Platon en suivant un autre ordre, thématique, par exemple, sans rien perdre de l'essentiel.
Pagination
[modifier | modifier le wikicode]Qui ouvre une édition moderne de Platon, qu'il s'agisse de la collection Budé, de la collection GF-Flammarion, de l'Oxford Classical Texts ou de la Loeb Classical Library, y trouve, en marge du texte, des chiffres et des lettres : « 509 b », « 247 c », « 71 e ». Ces références, qui paraissent énigmatiques au premier abord, constituent en réalité le système de citation universel de Platon, connu sous le nom de « pagination de Stephanus ». Leur emploi mérite d'être expliqué, car elles sont la clef de toute référence précise au texte.
Henri Estienne et l'édition de 1578
[modifier | modifier le wikicode]Henri II Estienne, humaniste et imprimeur parisien (vers 1528-1598), est l'un des plus grands éditeurs de textes grecs de la Renaissance. On lui doit, entre autres monuments, le Thesaurus Graecae Linguae (1572), dictionnaire de grec ancien qui est resté l'ouvrage de référence pendant près de trois siècles. En 1578, installé à Genève où il s'était réfugié pour raisons religieuses, il publie une édition complète des œuvres de Platon en trois volumes in-folio, sous le titre latin Platonis opera quae extant omnia[19]. Le nom latin d'Estienne étant Stephanus, l'usage international désigne depuis lors cette édition comme celle de « Stephanus ».
Son dispositif typographique est remarquable. Chaque double page présente, à gauche, le texte grec ; à droite, une traduction latine nouvelle, due à Jean de Serres (Serranus). Et, afin de faciliter le va-et-vient entre les deux langues, Estienne a divisé chacune de ses pages en cinq sections à peu près égales, désignées, en marge, par les lettres A, B, C, D et E. Pour localiser un passage, il suffit ainsi d'indiquer le numéro de page et la lettre de la section. Par exemple, « République, 509 b » signifie : page 509 du volume où se trouve la République, section B de cette page.
Un standard international
[modifier | modifier le wikicode]Cette pagination a connu une fortune exceptionnelle. Dès le XIXe siècle, elle s'est imposée dans toutes les éditions savantes, et toutes les éditions modernes, y compris les traductions en langues vernaculaires, la reproduisent en marge. Elle joue pour Platon le rôle que joue, pour Aristote, la pagination de l'édition d'Immanuel Bekker (Berlin, Académie royale de Prusse, 1831-1870). Un étudiant qui lit le Phédon dans la traduction de Monique Dixsaut[20] et un commentateur anglo-saxon qui l'étudie dans la version de David Gallop[21] peuvent ainsi dialoguer sans ambiguïté, en renvoyant l'un et l'autre à « 72 e » ou à « 100 b ».
Usage pratique
[modifier | modifier le wikicode]Dans la pratique, la référence complète comporte trois éléments : le titre du dialogue, le numéro de page Stephanus et la lettre de section. Ainsi République 514 a renvoie-t-il au début de l'allégorie de la caverne ; Phédon 72 e-73 a, au passage qui articule la théorie de la réminiscence ; Banquet 209 e-210 a, au début du fameux discours de Diotime. Lorsque la citation s'étend sur plusieurs pages, on indique la page et la section de début, puis, séparé par un tiret, la page et la section de fin : Ménon 81 a-86 c, par exemple, pour l'épisode de l'esclave géomètre. À l'intérieur d'une section, certains éditeurs ajoutent encore un numéro de ligne (« Stephanus 509 b 6 » désignera alors la sixième ligne de la section B de la page 509), mais cette précision, courante dans les travaux philologiques, n'est pas indispensable au lecteur ordinaire.
Quelques particularités méritent d'être signalées. L'Apologie de Socrate occupe, dans la numérotation Stephanus, les pages 17 à 42 du premier volume ; la République, parce qu'elle est de loin l'œuvre la plus étendue, court de la page 327 à la page 621 : toute référence située dans cette fourchette y renvoie, sauf mention contraire. Les Lettres forment, dans le volume III de l'édition d'Estienne, un ensemble numéroté à part, à partir de la page 309. Pour un petit nombre de textes, principalement les Définitions et quelques dialogues apocryphes, la pagination Stephanus est moins uniformément utilisée, et l'on trouve parfois des systèmes alternatifs.
Il faut savoir, enfin, que cette pagination ne correspond à aucune division interne du texte voulue par Platon lui-même : il s'agit d'un découpage typographique, commode mais arbitraire. Les livres de la République ou des Lois, en revanche, reflètent une division éditoriale ancienne, probablement antérieure à Thrasylle, et vraisemblablement héritée de la bibliothèque d'Alexandrie. Les subdivisions par paragraphes ou par chapitres, présentes dans certaines éditions, sont, elles, l'œuvre des traducteurs modernes et peuvent varier de l'une à l'autre. Pour se repérer sans faille dans la littérature secondaire, mieux vaut donc se fier à la pagination Stephanus : elle seule est universellement partagée.
Notes
[modifier | modifier le wikicode]- ↑ Diogène Laërce rapporte cette classification dans Vies et doctrines des philosophes illustres, III, 56-61 ; voir l'édition sous la direction de Marie-Odile Goulet-Cazé, Paris, Le Livre de Poche, « La Pochothèque », 1999, livre III. Thrasylle a vraisemblablement adapté une classification plus ancienne due à Aristophane de Byzance (IIIe siècle av. J.-C.), qui regroupait les dialogues par trilogies.
- ↑ Diogène Laërce, Vies et doctrines des philosophes illustres, III, 62.
- ↑ Voir Luc Brisson, « Introduction générale », dans Platon, Œuvres complètes, sous la direction de Luc Brisson, Paris, Flammarion, 2008, p. IX-LXIX ; ainsi que Julia Annas et Christopher Rowe (dir.), New Perspectives on Plato, Modern and Ancient, Washington, Center for Hellenic Studies, 2002.
- ↑ Leonardo Tarán, Academica : Plato, Philip of Opus, and the Pseudo-Platonic Epinomis, Philadelphie, American Philosophical Society (Memoirs of the American Philosophical Society, vol. 107), 1975.
- ↑ Nicholas Denyer (éd.), Plato, Alcibiades, Cambridge, Cambridge University Press, « Cambridge Greek and Latin Classics », 2001, p. 14-26 de l'introduction.
- ↑ Pour un état de la question, voir Paul Woodruff, Plato : Hippias Major, Indianapolis, Hackett, 1982, introduction.
- ↑ Aristote, Rhétorique, I, 9, 1367 b 8 ; III, 14, 1415 b 30. Pour une discussion, voir Susan Sara Monoson, Plato's Democratic Entanglements, Princeton, Princeton University Press, 2000, chapitre 7.
- ↑ Luc Brisson, Lettres, introduction, traduction et notes, Paris, Flammarion, « GF », 1987, rééd. 2004.
- ↑ Myles Burnyeat et Michael Frede, The Pseudo-Platonic Seventh Letter, édité par Dominic Scott, Oxford, Oxford University Press, 2015.
- ↑ Pour un examen de la question, voir Auguste Diès, notice au Théétète, dans Platon, Œuvres complètes, tome VIII, 2e partie, Paris, Les Belles Lettres, « Collection des universités de France », 1924, p. 116-120.
- ↑ Lewis Campbell, The Sophistes and Politicus of Plato, Oxford, Clarendon Press, 1867, en particulier l'introduction.
- ↑ Wincenty Lutosławski, The Origin and Growth of Plato's Logic, with an Account of Plato's Style and of the Chronology of his Writings, Londres, Longmans, Green & Co., 1897.
- ↑ Gerard R. Ledger, Re-counting Plato : A Computer Analysis of Plato's Style, Oxford, Clarendon Press, 1989 ; Leonard Brandwood, The Chronology of Plato's Dialogues, Cambridge, Cambridge University Press, 1990.
- ↑ G. E. L. Owen, « The Place of the Timaeus in Plato's Dialogues », The Classical Quarterly, vol. 3, n° 1-2, 1953, p. 79-95.
- ↑ Harold Cherniss, « The Relation of the Timaeus to Plato's Later Dialogues », American Journal of Philology, vol. 78, 1957, p. 225-266.
- ↑ Pour une présentation de la question, voir Constance C. Meinwald, Plato's Parmenides, Oxford, Oxford University Press, 1991 ; et, en français, Denis O'Brien, Le Non-être : deux études sur le Sophiste de Platon, Sankt Augustin, Academia Verlag, 1995.
- ↑ Paul Shorey, The Unity of Plato's Thought, Chicago, University of Chicago Press, 1903.
- ↑ Holger Thesleff, Studies in Platonic Chronology, Helsinki, Societas Scientiarum Fennica (Commentationes Humanarum Litterarum, vol. 70), 1982 ; repris et actualisé dans Platonic Patterns : A Collection of Studies, Las Vegas, Parmenides Publishing, 2009.
- ↑ Platonis opera quae extant omnia. Ex nova Ioannis Serrani interpretatione, perpetuis eiusdem notis illustrata, 3 vol., [Genève], Henri Estienne, 1578.
- ↑ Platon, Phédon, traduction, introduction et notes par Monique Dixsaut, Paris, Flammarion, « GF », 1991.
- ↑ Plato, Phaedo, translated with notes by David Gallop, Oxford, Clarendon Press, « Clarendon Plato Series », 1975.