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Pour lire Platon/Premiers pas

Un livre de Wikilivres.


Ce chapitre est une foire aux questions destinée aux grands débutants. Il a pour but de donner une première culture générale sur Platon.

On ne propose ici que des réponses brèves, en termes simples, sur des questions générales, sans entrer dans les détails. La présentation sous forme de questions doit permettre au lecteur de trouver facilement une réponse aux interrogations qu’il peut se poser au moment de commencer l’étude de Platon.

La liste des questions n’est pas close, et chacun peut en proposer d’autres afin d’améliorer l’utilité du chapitre.

Qui est Platon ?

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Platon est un philosophe grec qui a vécu aux Ve et IVe siècles av. J.-C., il y a environ vingt-quatre siècles. Il appartenait à une famille aristocratique d’Athènes, qui était alors l’une des plus puissantes cités et l’un des grands centres culturels de la Grèce antique.

Platon est l’un des tout premiers, et l’un des plus importants, philosophes de la tradition occidentale. Il a joué un rôle décisif dans la définition classique de ce que l’on appelle la philosophie.

Pourquoi Platon a-t-il écrit ?

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Platon est issu d’une famille aristocratique, et son éducation le destinait à la vie politique. Plusieurs facteurs l’ont toutefois détourné de cette voie : sa rencontre avec Socrate, l’exécution de celui-ci, ainsi que la corruption d’Athènes et, en particulier, les régimes arbitraires qui ont suivi la défaite contre Sparte.

Platon a alors jugé nécessaire de réfléchir à ce que doit être une cité juste, et il a cherché à concilier la pensée philosophique et l’action politique.

Qu’a-t-il écrit ?

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Sous le nom de Platon, nous possédons plus d’une trentaine de dialogues, un recueil de définitions et quelques lettres. Tous ces textes ne sont pas attribués avec certitude à Platon.

On classe généralement ces dialogues en trois groupes selon le degré de certitude de leur authenticité : les dialogues reconnus comme authentiques, les dialogues douteux, et les dialogues dont il est certain qu’ils ne sont pas de lui.

Il peut naturellement y avoir des désaccords entre les spécialistes sur le classement de certains dialogues.

Dans quel ordre Platon a-t-il écrit ses dialogues ?

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Nous ne le savons pas avec certitude. Le classement qui fait l’objet du plus large accord distingue trois groupes : les dialogues de jeunesse, de maturité et de vieillesse. Ce classement possède une certaine objectivité, dans la mesure où il repose en partie sur l’analyse du style et du vocabulaire.

À l’intérieur de chacun de ces groupes, en revanche, il est impossible d’établir un ordre chronologique sûr. De plus, certains dialogues peuvent être placés par certains commentateurs dans un groupe plutôt que dans un autre, selon l’interprétation qu’ils donnent de leur contenu. Il arrive par exemple qu’un dialogue de jeunesse paraisse contenir des thèses qui le rapprochent davantage des dialogues de maturité. Dans ce type d’argumentation, les certitudes restent faibles.

La question de la chronologie ne paraît d’ailleurs pas globalement essentielle pour commencer à lire Platon.

Pourquoi Platon a-t-il écrit des dialogues et non des traités ?

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On peut en donner plusieurs raisons.

Les dialogues de Platon ne sont ni des cours ni des exposés systématiques de sa pensée, mais des conversations inscrites dans le cadre de la vie quotidienne de l’Athènes de la fin du Ve siècle av. J.-C.

La conversation permet aux personnages de confronter leurs opinions et de voir s’ils sont capables de répondre aux objections qui surgissent au cours de l’examen. Elle constitue donc une manière de philosopher qui suppose que les interlocuteurs acceptent de prendre en compte des avis différents pour progresser dans la recherche de la vérité.

La forme dialoguée illustre ainsi l’effort sur soi que doivent accomplir les interlocuteurs, alors qu’un traité ne permet pas un tel échange avec le lecteur.

L’importance que Platon accorde au dialogue se voit aussi au fait qu’un dialogue ne s’achève pas nécessairement sur une réussite. Même lorsqu’elle échoue, la recherche a permis de mettre des opinions à l’épreuve de la réfutation, ce qui représente déjà un gain réel : les personnages se sont délivrés de certains préjugés, même s’ils n’ont pas encore découvert la vérité.

On peut ajouter une autre raison : l’attitude de Socrate à l’égard de certains interlocuteurs peu aptes à ce genre de discussion. Socrate feint alors l’ignorance afin de les pousser à parler avec trop d’assurance, ce qui permet de les mettre plus facilement face à leurs contradictions et à leur ignorance. Une telle dramatisation serait difficile à rendre dans un traité.

Qui sont les personnages des dialogues de Platon ?

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Les personnages des dialogues sont des jeunes Athéniens, des savants étrangers, des artistes, des devins, des amis de Socrate ou des proches de Platon. Mais le personnage qui revient dans presque tous les dialogues est son maître, Socrate.

Les jeunes gens présents dans les dialogues rappellent le lien privilégié que Socrate entretient avec la jeunesse. Cette relation s’inscrit dans un contexte culturel grec bien particulier, mais Socrate la transforme en relation de maître à élève, dans laquelle le souci de l’âme prend le pas sur l’attirance pour la beauté corporelle.

Lorsque les personnages sont des savants, des artistes, des devins ou des sophistes, Socrate cherche généralement à mettre au jour leur ignorance et la vanité de leurs prétentions, ce qui donne parfois lieu à des échanges très vifs.

Dans certains cas, les personnages sont aussi des disciples célèbres de Socrate, connus pour le rôle funeste qu’ils ont joué dans l’histoire grecque. C’est le cas de Critias, de Charmide, qui était l’oncle de Platon, et d’Alcibiade. La conversation montre alors que Socrate les a encouragés dans la voie de la philosophie, mais qu’ils ont échoué à comprendre véritablement ce qu’il leur enseignait, par exemple lorsque la discussion porte sur la sagesse ou sur l’art politique.

Ces dialogues ont donc également une portée apologétique.

Pourquoi Socrate est-il le personnage principal des dialogues de Platon ?

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Le dialogue socratique n’est pas un genre propre à Platon, et celui-ci ne l’a sans doute pas inventé. Il s’est développé tout au long du IVe siècle av. J.-C. La mise en scène de Socrate constitue une forme d’apologie d’un philosophe dont la mort a profondément marqué ses disciples, soucieux de défendre sa mémoire.

À partir des grands dialogues de vieillesse, cependant, le personnage de Socrate tend à s’effacer, et il n’apparaît plus dans les Lois. L’une des raisons avancées pour expliquer cet effacement est que les thèses de Platon seraient alors devenues trop éloignées de ce que ses contemporains savaient du Socrate historique.

Le personnage de Socrate est-il une image fidèle du Socrate historique ?

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Comme cette mise en scène de Socrate est aussi une création littéraire et philosophique, il est difficile de distinguer ce qui revient à Platon de ce qui devrait être attribué à Socrate. Ce problème n’a pas reçu de solution pleinement satisfaisante parmi les commentateurs.

Certaines thèses présentes dans les dialogues sont néanmoins souvent rapportées à Socrate, comme l’importance accordée à la définition des concepts et le rôle central de l’enquête morale, que l’on observe notamment dans les dialogues dits socratiques.

De quoi Platon parle-t-il dans ses dialogues ?

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Les sujets sont très nombreux, et il ne saurait être question d’en proposer ici une liste complète ni un résumé détaillé.

On peut toutefois s’en faire une idée générale de la manière suivante. Un certain nombre de dialogues, souvent les plus courts, que l’on regroupe sous le nom de dialogues socratiques, portent sur des questions morales : le courage, la vertu, le mensonge, l’amitié, la piété ou encore la justice. Dans l’ensemble, ces dialogues s’organisent autour de l’idée que la vertu est une forme de connaissance. Ces recherches éthiques culminent notamment dans le Ménon et le Protagoras.

D’autres dialogues ont pour objet la politique, comme la République, le Politique et les Lois.

D’autres encore abordent longuement des questions métaphysiques, telles que l’être, le non-être et la connaissance, en particulier le problème de la connaissance des réalités vraies.

Par souci de clarté, on peut soutenir que tous ces sujets sont liés entre eux par ce que l’on appelle la théorie des Formes. Cette théorie pose l’hypothèse de réalités immuables, qui servent de modèles au monde sensible et changeant. Pour le philosophe, la connaissance de ces Formes permet de fonder la morale et la politique, deux domaines dont le but est le soin de l’âme, qui constitue l’un des soucis majeurs de Platon.

Les dialogues de Platon forment-ils un système philosophique ?

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La réponse à cette question varie selon les interprètes, et il est difficile d’en donner une idée précise sans entrer dans des détails qui dépasseraient le cadre de cette introduction. On se contentera donc ici d’une réponse schématique en deux points.

Si l’on considère que Platon n’a pas exposé sa pensée dans ses dialogues, mais dans un enseignement oral aujourd’hui perdu pour nous, ou si l’on estime simplement que les dialogues sont d’abord écrits pour mettre à l’épreuve la réflexion du lecteur sans lui imposer de doctrine, alors les textes ne nous mettent pas vraiment en présence d’un ensemble ordonné et cohérent de thèses philosophiques que l’on pourrait appeler un système.

Si, au contraire, on pense que Platon a bien exposé ses idées dans les dialogues, alors l’ensemble des textes forme un tout, même si ce tout ne présente pas de manière évidente un système achevé. Cette interprétation, qui est la plus répandue, s’accompagne généralement de l’idée qu’il faut distinguer plusieurs groupes de dialogues correspondant à différents moments de la pensée de Platon.

On aurait ainsi moins affaire à un système constitué d’un seul bloc qu’à une pensée cohérente et systématique en évolution, comme en témoigne le fait que les dialogues se présentent toujours sous la forme de recherches portant sur une question déterminée.

Pourquoi lire un auteur mort il y a vingt-quatre siècles ?

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La civilisation de Platon et ses valeurs ne sont pas les nôtres, et elles nous sont très éloignées dans le temps. Même si la Grèce ancienne est pour nous l’un des lieux d’origine de la science et de la philosophie, et même si la civilisation européenne n’aurait pas été ce qu’elle est sans l’Antiquité, ses manières de voir le monde, la nature, l’être humain et la vie peuvent sembler trop lointaines pour nous intéresser encore.

Que peut donc nous apporter la lecture de Platon ?

Les questions posées par Platon dans ses dialogues ne sont pas différentes de celles que l’on retrouve dans toutes les cultures et à toutes les époques : qu’est-ce que l’univers ? que peut-on connaître ? qu’est-ce que l’être humain ? qu’est-ce que la mort ? Platon écrit donc sur des sujets qui demeurent toujours actuels : le sens de l’existence, la meilleure manière de vivre, le mal, la justice, l’amitié, l’amour, la sexualité, le plaisir ou l’art.

Sur toutes ces questions qui continuent de nous concerner, Platon apporte des réponses depuis une perspective culturelle différente de la nôtre. Cette différence de point de vue peut nous aider à prendre du recul par rapport à certaines opinions qui nous paraissent évidentes simplement parce que notre culture nous les a inculquées très tôt.

Bien sûr, certaines de ses réponses sont aujourd’hui scientifiquement dépassées ou ne sont plus philosophiquement admises. Il vaut mieux lire un ouvrage d’astrophysique qu’un dialogue de Platon pour apprendre quelque chose sur l’univers.

Il reste pourtant utile d’être attentif à la manière dont Platon aborde ces questions. Même si sa représentation de l’univers est fausse, et même si certains de ses textes peuvent paraître très ennuyeux sur ce point, les cadres de sa pensée ne sont pas pour autant automatiquement disqualifiés.

Enfin, toutes les réponses de Platon ne nous sont pas devenues étrangères. Sur certains sujets, nous continuons encore aujourd’hui à réfléchir dans le cadre intellectuel qu’il a contribué à définir. Ce point sera illustré dans le chapitre suivant.