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Affaire Priore/Les appareils d'Antoine Priore

Un livre de Wikilivres.

Les appareils d'Antoine Priore



Wikipédia propose un article sur : « Affaire Priore ».

Le but de ce chapitre est de faire une présentation aussi fidèle et générale que possible des appareils d’Antoine Priore. Nous verrons les composantes identifiées du rayonnement produit et nous donnerons les quelques éléments connus sur les réglages des champs électromagnétiques utilisés à l’occasion de diverses expériences biologiques. Dans le fascicule N°5 est regroupé un ensemble de détails plus techniques sur ces appareils.

Nous verrons que :

- Les appareils d’Antoine Priore ne sont ni des « boites vides » ni des « boites noires » ;
- Les appareils sont plutôt des « boites grises » dont nous ne connaissons que partiellement le contenu et le fonctionnement.

Un peu d’histoire

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Avant d'entrer dans des aspects purement techniques, rappelons que les appareils d’Antoine Priore ne résultent pas d’une génération spontanée. Des précurseurs existent. En fait, ces appareils s’inscrivent dans le cadre de techniques thérapeutiques qui se sont développées dans la seconde partie du XIX{{{2}}} siècle. Celles-ci utilisaient, pour les soins de certains patients, des ondes électromagnétiques étaient d’usage courant dans de nombreux hôpitaux de par le monde. Le déclin de l’électrothérapie coïncide avec les succès obtenus par la biochimie et son développement intensif vers la fin de la Seconde Guerre mondiale.

L’histoire des applications thérapeutiques de l’électricité statique, des courants continus et des courants alternatifs de basses et hautes fréquences est remarquablement décrite, pour la période allant jusqu’à la fin des années 1930, par Rowbottom et Susskind dans leur livre, paru en 1984, Electricity and Medicine : History of their interaction aux éditions San Francisco Press.

Ainsi, peu de temps après la découverte par Heinrich Hertz, en 1888, de l’oscillateur qui porte son nom, Nikola Tesla aux États-Unis et surtout Arsène d'Arsonval en France, utilisèrent cet oscillateur dans des applications à but thérapeutique. Il a soigneusement étudié les effets physiologiques des courants à haute fréquence.

L’application, aux malades, de courants radiofréquences (30 kHz - 30 MHz) était faite en plaçant le patient dans le champ électromagnétique produit par une bobine d’induction ou par deux antennes, ou encore par décharge dans un tube contenant un gaz rare (néon ou argon) produisant un plasma. Très rapidement, de tels traitements furent utilisés partout en Europe et en Amérique du Nord. Il suffit de consulter la bibliographie succincte des ouvrages à l’usage du corps médical et concernant les techniques de d’Arsonvalisation, de Diathermie et de Thérapie électrique, pour se rendre compte de l’usage intensif de ces techniques dans la première moitié du XX{{{2}}} siècle.

À vrai dire, l’engouement pour les thérapies électriques n’était pas dû à des effets spectaculaires du traitement mais plutôt à la quasi absence de thérapeutiques efficaces pour les maladies graves. La situation est fort bien décrite par un célèbre professeur de médecine de Londres, E. R. Morton en introduction à son livre[1]:

« Of the maladies for which it is used, there are some for which it procures cure or relief where other methods have failed, or where other methods are slower and less efficacious. There are other maladies, incurable by any known method, for which electrical treatment is still sometimes requested, cases which drift down, like derelicts, to the electrical departements of hospitals, on the chance that some benefit may be derived there. »

Avec un foisonnement d’activités et une expérimentation très empirique, les Électrologues de l’époque appliquaient les ondes électromagnétiques à toutes sortes de maladies. Un des effets des courants hautes fréquences, à forte puissance, est de produire un échauffement des tissus profonds, d’où le nom de Diathermie donné à cette technique. Cet échauffement a très probablement un effet anti-inflammatoire et certains médecins utilisaient cet effet pour provoquer une fièvre artificielle dont les vertus restaient toutefois aléatoires. Certain pensaient en outre déceler des effets non-thermiques ou effets spécifiques, mais aucune démonstration convaincante n’a jamais été rapportée.

Avec l’essor des antibiotiques et de la biochimie, ces techniques d’électrothérapie sont tombées dans un quasi oubli. Aujourd’hui, seuls quelques kinésithérapeutes utilisent encore l’effet anti-inflammatoire des appareils de Diathermie dans le soin des entorses.

Nous n’avons pas l’intention d’entrer ici dans une discussion sur les effets réels ou supposés des techniques d’électrothérapie. Notre propos est simplement d’indiquer qu’au cours de la première moitié du siècle dernier existait une réelle culture thérapeutique de l’application des courants radiofréquences au moyen de bobines magnétiques, de tubes à gaz et d’antennes, avec l'espoir d’obtenir des effets bénéfiques dans les maladies les plus graves, comme le cancer. Antoine Priore connaissait ces techniques et les appareils qu’il a imaginés et construits, bien que beaucoup plus complexes, sont issus de cette culture thérapeutique.

La préhistoire des appareils de Priore

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Il semble qu’Antoine Priore ait commencé ses recherches à Bordeaux à la fin de la Deuxième Guerre mondiale. Son but était de trouver un moyen de conserver des fruits et légumes par l’utilisation de champs électromagnétiques. Le rôle des champs électromagnétiques étant d‘inactiver ou de stériliser les bactéries qui se trouvent sur les fruits ou les légumes, sans chauffer ou abîmer les végétaux. (Il est d’ailleurs intéressant de noter que cette idée est ressortie récemment en Californie et plusieurs brevets ont été déposés aux U.S.A..) Nous n’avons que très peu d’information sur ses montages de cette époque, qui va durer jusqu’à environ 1953.

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« Priore et appareil »
« Priore et appareil »
« Priore et appareil »

Les traces les plus anciennes des travaux d’Antoine Priore dans nos archives sont des photographies (5) datant de 1952, dont une fut publiée dans le journal Sud-Ouest du 8 Août 1952. On y voit un lapin entouré d’une bobine et de quelques appareils électriques sur une table. Un examen attentif de ces photographies révèle que le montage semble très proche de celui de d'Arsonval - Oudin réalisé en 1895 pour soigner des malades !

À cette époque, Antoine Priore collaborait avec le Dr. Moureau, de la Faculté de Médecine de Bordeaux, à des expériences utilisant son appareil dans le but tuer des bactéries. Un compte rendu[2] du Dr Marc Moureau, de février 1952, indique qu’il y avait eu un effet de stérilisation. Cet effet était sans doute semblable aux résultats publiés par d'Arsonval dans les années 1890 concernant l’influence des hautes fréquences sur le développement des levures.

À partir de 1952, les appareils construits par Antoine Priore deviennent de plus en plus complexes. Selon les souvenirs[3] d'Yves Badie, (maître verrier à Bordeaux, ayant beaucoup travaillé avec Priore), Antoine Priore ajouta en 1952 à son dispositif un tube au néon dans lequel il mélangeait des courants de radiofréquence, des micro-ondes et des champs magnétiques. Toujours selon les souvenirs de monsieur Badie, de 1952 à 1957 Antoine Priore commandait fréquemment de nouveaux tubes en apportant des modifications à leur forme et à la disposition des électrodes. Progression empirique, mais absolument pas aléatoire.

C’est aussi en 1952 qu’Antoine Priore a rencontré le Dr. Francis Berlureau, chef vétérinaire aux abattoirs de Bordeaux. Avec l’aide du Dr. Berlureau, Priore étudie les caractéristiques électriques des tissus animaux et fait des tentatives de soins sur des animaux porteurs de diverses formes de cancer et destinés à être euthanasiés. À l’aide de dispositifs assez complexes, et sous le contrôle du Dr Maurice Fournier, médecin généraliste, Antoine Priore tentait également à cette époque de soigner diverses maladies humaines, y compris le cancer.

En 1957, il semble que les éléments principaux de ses appareils aient été figés. Seules changèrent, dans les constructions ultérieures, les dimensions, intensités et puissances relatives des divers champs électromagnétiques.

Les appareils d’Antoine Priore à partir de 1957

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Il est commode de distinguer cinq appareils dans la période de 1957 à 1977 :

  • Le P1, circa 1959, utilisé par Biraben et Delmon dans leurs expériences sur la tumeur cancéreuse T8.
  • Le P2, circa 1963-1966, utilisé par les professeurs Rivière et Guérin du centre anticancéreux de Villejuif dans leurs expériences sur diverses tumeurs cancéreuses. Quelques mesures physiques des champs électromagnétiques de cet appareil ont été effectués par MM. Peyches et Ambrose.
  • Le P3 dit « PR1 », circa 1965-1967, construit par P. Ribeau de la société Leroy-Somer dans un contexte très conflictuel avec Antoine Priore. Voir la Note : Leroy-Somer pour un aperçu des divers problèmes liés à l’affaire Priore. Cet appareil ne fonctionnait pas en raison de modifications, non conformes aux indications d’Antoine Priore, apportées par la société Leroy-Somer.
  • Le P4, de 1968-1979, financé avec des fonds collectés par le professeur Pautrizel. La plupart des expériences avec les trypanosomes, les mesures physiques du rayonnement et les traitements de malades ont été réalisés sur cet appareil.
  • Le P5, dit « M600 », en fabrication de 1971 à 1977. Cet appareil financé par la D.G.R.S.T. était construit par la société Leroy-Somer et Antoine Priore. L’appareil a partiellement fonctionné en février 1975 mais un incident technique a détruit les émetteurs hautes fréquences. L’appareil n’a jamais été remis en état de marche depuis cette date.

Aucune version définitive d’un appareil Priore n’a jamais existé. Tous les témoignages concordent pour dire que, de 1957 à 1977, Antoine Priore a perpétuellement modifié ses montages à partir d’une même « idée de base ». Par conséquent, il est impossible de définir précisément ce qu’aurait été un appareil Priore complet et immuable.

Il ne pouvait être question, avec Antoine Priore, d’appliquer une procédure conventionnelle à l’élaboration d’un nouvel appareil. Ainsi, aucun protocole de tests n’a jamais été mis en place techniques et surtout, Antoine Priore lui-même n'a jamais fait de plans de ses appareils.

Antoine Priore modifiait l’appareil existant parce qu’il n’avait pas les moyens financiers de construire un nouvel appareil à chaque amélioration. Il lui était impératif de réutiliser une grande partie des composants d’un appareil existant pour en construire un nouveau.

Une étude attentive de certaines photographies de ses appareils permet de se convaincre qu’Antoine Priore n’avait rien à voir avec un bricoleur du dimanche, ainsi que le prétendaient les « priorephobes ». Ces photographies révèlent, au contraire, le travail soigné d’un radioélectricien hautement qualifié.

Sa réputation de « bricoleur du dimanche » fut attribuée par quelques journalistes et médecins n’ayant eux-mêmes aucune compétence technique, à la vue d’appareils en phase de modification et dans lesquels se trouvaient des composants de provenances diverses, dont un grand nombre issus de récupération. Comme on peut s’en douter, l’ensemble n’était pas enfermé dans des armoires de chrome et d’émail blanc, qualité essentielle à leurs yeux d’un appareil destiné à une activité médicale « sérieuse ».

En effet, la plupart des composants utilisés par Antoine Priore dans ses constructions provenaient de la récupération. Les énormes stocks américains d’équipements militaires, laissés en Europe après la Deuxième Guerre mondiale, étaient alors disponibles et représentaient le nec plus ultra de la technique de l’époque. Il faut y ajouter le matériel militaire français, périodiquement déclassé et disponible près de Bordeaux (Ce site, qui existe toujours à Cadaujac, est une véritable « caverne d'Ali-Baba » pour radioamateurs et bricoleurs d'électronique). Des appareils de toutes sortes, en théorie hors d’usage mais souvent réparables, constituaient quoi qu’il en soit une source de composants de qualité exceptionnelle. Bien entendu, il fallait adapter, modifier ces différents composants qui fréquemment tombaient en panne lorsque Antoine Priore les poussait jusqu’à leurs limites d’utilisation.

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« Appareil P2 »
« Priore et l'appareil P2 »
« Appareil P4 »
« Bâtiment pour le P5 »
« Tube à plasma de M5 »

Les appareils d’électrothérapie construits entre 1900 et 1940, évoqués au paragraphe 1.2, étaient petits, souvent portatifs, et peu impressionnants sur le plan technologique. Les appareils de Priore sont d’un autre gabarit. Il est essentiel de consulter les photographies (9) présentées sur le CDROM pour se rendre compte des dimensions et de la complexité des dispositifs. Ainsi, les appareils P1 et P2 de 1959-1966 remplissait une pièce, l’appareil P4 de 1969 remplissait la même pièce, plus des pièces annexes. Le dernier appareil P5 nécessitait un bâtiment de trois étages !

Les nombreuses photographies consultables des divers appareils sont, soit des photographies originales, soit des photographies publiées dans la presse. (Il convient d’être prudent en ce qui concerne les photos de presse ; par exemple, un article publié en 1971 ou 1972 sur l’affaire Priore montre l’appareil de type P2 de 1960, qui n’existait plus, et non l’appareil P4 qui fonctionnait en 1971 !)

Composants principaux des appareils de Priore

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Les appareils de Priore sont souvent présentés dans la presse populaire et par ses détracteurs comme étant totalement mystérieus, incompréhensibles, des « boites noires », des « bricolages du professeur Nimbus » émettant un rayonnement miracle qui guérit tout.

La réalité est toute autre. Ils s’inscrivent dans la lignée d’une culture thérapeutique qui a vu le jour vers 1890 et qui s’est éteinte après 1950 avec l’essor de la thérapeutique biochimique.

  • Les composants principaux des appareils sont connus.
  • Les appareils émettent un rayonnement électromagnétique qui est, en partie, caractérisé par des physiciens du C.N.R.S.
  • Le rayonnement émis doit être adapté au modèle biologique traité et les paramètres de réglage sont très précis.

Cependant, il reste de nombreuses zones d’ombres. Tout n’est pas connu concernant la construction des appareils et pour le rayonnement émis, ses caractéristiques fines résultant des « réglages secrets » d'Antoine Priore, restent ignorés.

À quoi ressemble un appareil Priore ?

Pour fixer les idées, et en simplifiant un peu, on peut imaginer l’archétype d’un de ces appareils comme :

Appareil Priore - schéma de la lampe à décharge
  • un tube cylindrique en verre, de diamètre 25 cm de longueur environ 200 cm, contenant diverses électrodes et rempli d’un gaz rare (néon ou argon) sous basse pression (quelques mm de mercure), tube dit « Lampe à Plasma » ;
  • dans le tube les nombreuses électrodes servent à introduire des courants et tensions électriques, à diriger les ondes électromagnétiques Haute Fréquence (d’environ 20 MHz), les ondes U.H.F. (d’environ 9,4 GHz - les micro-ondes) ;
  • ces ondes électromagnétiques sont produites par des émetteurs et générateurs très volumineux ;
  • autour de la « Lampe à Plasma » différentes bobines produisent des champs magnétiques variés à l’intérieur du tube ;
  • le ou les champs électromagnétiques qui résultent de ce cocktail sortent par la base de la lampe et irradient les sujets placés sur la table d’expérimentation à environ 25 centimètres en dessous de la base de la lampe.

La figure ci-contre schématise l'élément principal d'un appareil Priore, le tube à décharge, et identifie les différents constituants participant à la production du rayonnement.

Les dimensions du tube à décharge varient en fonction de l'appareil : les premières sont d'environ 20 cm de diamètre et 50 cm de longueur, la dernière est de 60 cm de diamètre et 4 m de longueur ! Le montage de ce dernier est décrit par Pierre Genty[4]

L'ampoule de verre est remplie de néon ou d'argon sous basse pression (quelques mm de mercure) et le gaz est ionisé par : un champ électrostatique, des ondes centimétriques (micro-ondes) et des ondes métriques (ondes H.F.).

Les électrodes du tube sont alimentées par des émetteurs haute fréquence puissants (dans son dernier appareil, le M600, il y a trois émetteurs, chacun de 7,5 kW !). L'accord entre les émetteurs H.F. et le gaz ionisé est très délicat, car la charge peut varier énormément. Une fausse manœuvre provoquera un retour de l’énergie H.F. vers l'émetteur, avec des conséquences dramatiques, détruisant les émetteurs du M600). Autour du tube il y a des bobines qui produisent des champs magnétiques qui interagissent avec le gaz ionisé. À l'intérieur de l'ampoule se trouvent trois composants électroniques :

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« Photo : Tube à décharge c. 1960 »
« Photo : Tube à décharge (M235) »
« Photo : Tube à décharge 1977 »
« Plan : Anode tournant M235 »
« Plan : Cathode (M235 »
« Plan : Cathode (M350) (a) »
« Plan : Cathode (M350) (b) »
« Plan : Anode tournante (M600) (1972) »
« Plan : ampoule (M600) (juin 1972) a »
« Plan : ampoule (M600) (juin 1972) b »
  • Une anode en carbone, muni d’ailettes. Les micro-ondes sont dirigées vers l'anode et puis réfléchis dans l'axe du tube à décharge. L'anode est tournante, ce qui produit une modulation des micro-ondes dans le gaz ionisé.
  • Une cathode intermédiaire chauffante et une deuxième cathode en bas de l'ampoule de verre.

Le champ électromagnétique sortant par la base de la lampe irradie les sujets placés sur la table d’expérimentation à environ 25 cm en dessous.

Description succinct du rayonnement

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Plusieurs chercheurs : I. Peyches, directeur de recherches chez Saint-Gobain, en 1962, E. J. Ambrose, du Chester Beatty Research Institute de Londres en 1965, J. Duhamel de Bordeaux II en 1968, ont procédé à des mesures partielles du champ électromagnétique émis par les appareils Priore.

Une étude partial du rayonnement émis par un appareil Priore a été faite par A-J. Berteaud et A. Bottreau, chercheurs au C.N.R.S. en 1971-1972, dans le cadre d’un contrat entre Antoine Priore et la Direction des Recherches et Moyens d'Essais (organisme de recherche militaire)[5].

Antoine Priore permettait aux physiciens de disposer leurs appareils de mesure autour du tube à décharge, mais pas de manipuler les contrôles de son appareil. Les physiciens ont détecté les composants principaux du rayonnement, malheureusement pour des raisons techniques liées aux appareils de mesure à leur disposition, ils étaient dans l'impossibilité de caractériser finement le champ électromagnétique émis. Toutefois, en collaboration avec le professeur Pautrizel, ils étudiaient l'effet du rayonnement sur des souris trypanosomisées en fonction de l'éloignement de l'axe central du tube à décharge. L'effet est maximum sous l'axe et diminue progressivement pour devenir nul quand les souris sont à plus de 20 cm de l'axe.

  • Le gaz ionisé est créé dans la lampe à décharge dans une atmosphère raréfiée de néon (pression de quelques millimètres de mercure) entre une cathode à chauffage indirect réalisée en molybdène (8) et une anode en carbone (7). La tension de fonctionnement est d’environ 430 volts, pour une intensité du courant de décharge d'environ 200 milliampères.
Le gaz ionisé ou plasma est confiné à l’aide d’un champ magnétique longitudinal créé par des bobines à air (3 et 5) possédant un diamètre intérieur de 30 cm. Ces bobines entourent le tube à décharge et produisent en son centre un champ magnétique maximal d’environ 1 200 gauss.
  • Les ondes électromagnétiques : Les ondes électromagnétiques métriques sont introduites dans la partie haute du tube à l’aide de deux antennes (6) et une autre au même plan mais placée à 120 °. Les ondes centimétriques sont introduits par le cornet (2) placé en face d'une électrode tournante (7), munie de plans réflecteurs qui permet de renvoyer les ondes centimétriques suivant l'axe du tube.
a) L'onde centimétrique : Cette onde, d'une fréquence de 9,4 GHz, est produite par un magnétron délivrant une puissance de 40 kw crêtes. L'émission est pulsée à une fréquence de récurrence de 1 kHz et la durée d'impulsion est 1 microseconde.
Elle est amenée jusqu’au tube à décharge à l’aide d’un guide d’onde et y est introduite en regard de l’anode tournante, par l'intermédiaire d'un cornet à section rectangulaire (2), perpendiculairement à l'axe du tube. Les différents plans réflecteurs de l’anode tournante renvoient alors l'énergie micro-onde parallèlement à l'axe du tube, à travers le plasma.
En étudiant la variation spatiale de la puissance de l’émission UHF dans un plan perpendiculaire à l'axe de l'appareil et à une distance de 5 cm de la face de sortie du tube, A.-M. Bottreau, a obtenu la courbe de variation du champ. Dès que l'on s'écarte de l'axe de l'appareil, la diminution de la puissance moyenne est importante. Au niveau de l'axe de symétrie, cette puissance correspond à une densité d'énergie moyenne égale à 10 microwatts par centimètre carré
b) L'onde métrique (ou H.F.) : Les deux antennes H.F. (6), situées au niveau de l’anode tournante, sont à 120° l'une de l'autre et à 120° du cornet hyperfréquences (2). Elles sont inclinées de 15° par rapport au plan perpendiculaire à l'axe du tube. Elles émettent chacune une onde métrique modulée en amplitude et en fréquence. Selon Antoine Priore, cette onde H.F. sert à moduler l'onde U.H.F. par l'intermédiaire du plasma et à entretenir ce même plasma. La longueur de l’onde H.F. varie entre 10 m et 25 m, selon le modèle biologique à traiter, et la modulation est de 2,5 MHz.
  • Les champs magnétiques : Quatre bobinages produisent des champs magnétiques transverses et longitudinaux par rapport à l’axe du tube. À la base du tube les variations spatiales du champ magnétique sont de deux ordres:
1) une variation suivant l'axe du tube à plasma. A. M. Bottreau, a obtenu la distribution de flux de champ magnétique. On constate ainsi qu'à une distance de 25 cm (distance de la sortie du tube à la table d'expérimentation), la valeur du champ magnétique est voisine de 600 gauss :
2) une variation dans un plan perpendiculaire à l’axe de l'appareil. Le champ magnétique est constant sur une distance d'environ 8 cm autour de l’axe de l’appareil :
  • À côté des constituants essentiels au rayonnement, il existe quelques composantes, certainement accessoires, qui participent au spectre visible. Le spectre montre une émission par des traces de mercure et par le néon. Le mercure provient des dispositifs de pompage et de joints utilisés et le néon est le gaz du plasma. Il est peu probable qu’ils contribuent aux effets biologiques du rayonnement.

Les paramètres de réglage

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Antoine Priore gardait jalousement les principes de réglage de ses appareils et l’information que nous possédons est très fragmentaire. Cette information fut glanée dans les carnets de laboratoire des biologistes qui avaient annoté leurs observations à partir des bribes d’information fournie par Priore, lors de leurs expériences avec les appareils.

Nous pouvons ainsi faire un premier constat pour le champ magnétique pulsé principal (5) : plus l’intensité maximale était forte, plus l’effet biologique était important. Sur l’appareil P2, lorsque l’intensité passait de 320 gauss à 600 gauss, le temps nécessaire pour traiter efficacement les rats était diminué. Sur le P4, l’intensité maximale était de 1 200 gauss et sur le P5, d'environ 3 500 gauss.

Avec des souris infestées avec T. equiperdum, pour obtenir une guérison avec la machine P1 une durée d’irradiation de 12 heures était nécessaire et la première irradiation devait être réalisée au plus tard 24 heures après l’infestation. Avec la machine P2 et un champ de 1 200 gauss, la durée n’était plus que de 6 heures et pouvait débuter 48 heures après l’infestation. Au cours d’une expérience avec le P5 l’irradiation pouvait débuter 72 heures après l’infestation (seulement un jour avant la mort des témoins !) et guérir les animaux.

La fréquence de pulsation du champ magnétique (5) semble avoir été invariable, à savoir 0,8 Hz.

En ce qui concerne les ondes UHF, leur fréquence était toujours de 9,4 gigahertz, qui est la fréquence des magnétrons utilisés par Antoine Priore. La fréquence de répétition et la durée de l’impulsion semblent, elles aussi, être restées toujours les mêmes : 1 kHz et 1 µs, mais il aurait facilement pu les ajuster.

Un paramètre, apparemment très important pour l’obtention des effets biologiques, est la fréquence des ondes H.F. Pour les études sur le cancer, leur longueur d’onde était de 21 mètres. Les premières expériences du professeur Pautrizel avec les souris trypanosomées ne donnaient aucun résultat à cette longueur d’onde. Progressivement, Priore la réduisit et l’effet sur les souris trypanosomées augmenta. Avec une longueur d’onde de 17 mètres, la guérison était obtenue pour toutes les souris. Pour les expériences avec les lapins hypercholéstérisés, la longueur d’onde efficace était de 13 mètres. Ainsi, à chaque changement radical du modèle biologique, il était nécessaire d’adapter ce paramètre par tâtonnements, afin d’obtenir des effets.


Les appareils d’Antoine Priore s’inscrivent dans la lignée d’une culture thérapeutique qui a vu le jour vers 1890 et qui s’est éteinte après 1945 avec l’essor de la thérapeutique biochimique. Ses appareils étaient originaux, substantiels, certainement pas des « bricolages de professeur Nimbus » !

  • Ils émettaient un rayonnement électromagnétique qui fut en partie caractérisé par messieurs Berteaud et Bottreau.
  • Les mesures faites montrent que les appareils Priore ne sont pas des boîtes vides.
  • Le rayonnement utilisé doit être adapté au modèle biologique traité et les paramètres de réglage paraissent précis.
  • Le paramètre ajustable principal est manifestement la fréquence des ondes H.F.

Il reste que de nombreuses zones d’ombres demeurent. Même si nous disposons des grandes lignes, tout n’est pas connu concernant la construction des appareils. Pour le rayonnement émis et ses caractéristiques les choses restent également très vagues mais il existe dans le dossier un ensemble d’informations de première importance qui méritent d'être exploitées.

Cependant, nous signalons au lecteur trop pressé que le « rayonnement Priore »

n'est pas la simple juxtaposition d'un champ magnétique pulsé et d'une émission H.F. d'un vingtaine de MHz ajouté à des microondes pulsées !

Dans 'après-Priore nous donnons une résumé détaillée des tentatives infructueuses de retrouver le « rayonnement Priore » qui ont été portées à notre connaissance.

  1. E.R. Morton, Essentials of Medical Electricity, Saint Louis, C.V. Mosby, , 340 p. (lire en ligne)
  2. M. Moureau, « C.R. d'une expérience 7 février 1952 »
  3. A. Balana, « C.R. d'entretiens »
  4. Pierre Genty, « Montage ampoule M600 »
  5. A-J. Berteaud et A. Bottreau, « Analyse des rayonnement électromagnétiques émis par l'appareil Priore : Convention D.R.M.E. n° 69-34-693-00-480-75-01 », sur Archives de l'Affaire Priore