Aller au contenu

Manuel de terminale de philosophie/Langage

Un livre de Wikilivres.
Manuel
de philosophie
Culture et Création
ArtLangageReligionTravail
Monde et Nature
NatureTempsTechnique
Connaissance
RaisonScienceVérité
Politique et Droit
ÉtatJusticeDevoir
L'Individu
ConscienceInconscientLibertéBonheur
Repères

I. Qu'est-ce que le langage ?

[modifier | modifier le wikicode]

Pour comprendre le langage philosophiquement, trois questions doivent nous guider. Le langage est-il un simple outil de communication, ou bien la condition même de la pensée ? Est-il naturel, conventionnel, ou socialement institué ? Libère-t-il la pensée, ou peut-il aussi l'appauvrir, la tromper, voire la confisquer ? Ces axes traverseront chaque section du cours et permettront de relier entre elles les doctrines présentées.

La définition du langage

[modifier | modifier le wikicode]

Ce qu'est le langage

[modifier | modifier le wikicode]

Chez l'être humain, le langage désigne la capacité à créer et à utiliser des systèmes de signes articulés, conventionnels et productifs, qui nous permettent de communiquer et de nous exprimer. La question de savoir si d'autres espèces possèdent quelque chose de comparable sera examinée plus loin. Mais attention : le langage n'est pas la même chose qu'une langue, ni qu'une parole. Le linguiste suisse Ferdinand de Saussure a établi une distinction importante entre ces trois notions[1]. La langue, c'est un système précis comme le français, l'anglais ou le chinois. La parole, c'est la façon dont chaque personne utilise concrètement cette langue au quotidien. Le langage, lui, c'est la faculté générale qui rend tout cela possible[2].

Saussure invite donc à penser à trois niveaux : le langage comme capacité universelle de l'espèce humaine, la langue comme institution sociale partagée par une communauté, et la parole comme acte individuel et unique à chaque instant.

Les propriétés essentielles du langage humain

[modifier | modifier le wikicode]

Le langage humain présente plusieurs caractéristiques qui le rendent original. Premièrement, il repose sur des signes arbitraires et conventionnels. Cela signifie qu'il n'existe pas de lien naturel nécessaire entre le mot et la chose : un arbre s'appelle « arbre » en français, « tree » en anglais ou « Baum » en allemand sans qu'aucun de ces noms ait davantage de droits que les autres. Cet arbitraire, chez Saussure, ne suppose pas qu'une communauté ait un jour explicitement décidé d'un accord : il signifie que le rapport entre signifiant et signifié relève d'une institution sociale héritée et partagée. Concrètement : nous recevons les mots d'une communauté linguistique avant de les utiliser nous-mêmes, et nous n'avons pas le pouvoir d'en changer arbitrairement la valeur.

Deuxièmement, le langage possède une structure grammaticale qui donne un pouvoir créatif considérable : avec un nombre limité de mots, on peut former une infinité de phrases nouvelles[3]. Le linguiste Noam Chomsky a beaucoup insisté sur cette propriété : nous ne répétons pas seulement des phrases apprises, nous produisons constamment de nouveaux énoncés que nous n'avons jamais entendus auparavant[4].

Enfin, le langage articule plusieurs dimensions complémentaires. La dimension phonétique concerne les sons que nous produisons. La dimension morphologique touche à la formation des mots (comment on construit « refaire » à partir de « faire », par exemple). La dimension syntaxique organise les phrases selon des règles (on ne dit pas « le chien court » de la même façon qu'« court le chien »). La dimension sémantique porte sur le sens des mots et des phrases. Et la dimension pragmatique concerne l'usage du langage en contexte réel : dire « il fait froid ici » peut être une simple constatation ou une façon de demander à quelqu'un de fermer la fenêtre[5].

Cette complexité du langage explique pourquoi il est à la fois si naturel pour nous (nous l'apprenons spontanément enfants) et si sophistiqué dans son fonctionnement (il faut des années d'étude pour en comprendre tous les mécanismes).

Le langage, ce qui fait l'humanité

[modifier | modifier le wikicode]

Aristote : parole, raison et cité

[modifier | modifier le wikicode]

Depuis l'Antiquité, de nombreux philosophes ont vu dans le langage une caractéristique majeure de l'humanité. Aristote, dans son ouvrage la Politique, affirme que l'homme est par nature un « animal politique » (en grec : ζῷον πολιτικόν, zoon politikon)[6]. Pourquoi ? Parce qu'il possède le λόγος (logos), un mot grec qui désigne en même temps la parole et la raison[7]. Pour Aristote, les animaux peuvent utiliser leur voix pour exprimer la souffrance ou le plaisir. Mais seul le logos humain permet, selon lui, d'exprimer des notions morales comme le juste et l'injuste, le bien et le mal. C'est cette capacité qui rendrait possible la vie en société et l'organisation politique.

La vision de Rousseau : langage et liberté

[modifier | modifier le wikicode]

Au XVIIIe siècle, Jean-Jacques Rousseau a développé cette idée dans son Discours sur l'origine et les fondements de l'inégalité parmi les hommes[8]. Il distingue le langage de convention, propre aux humains, des simples cris naturels qui servent seulement à exprimer des besoins immédiats[9]. Pour Rousseau, le langage humain marque un écart avec l'instinct animal : il montre que nous ne sommes pas prisonniers de la nécessité naturelle, mais que notre esprit est libre. Cet écart est rendu possible par ce que Rousseau appelle la « perfectibilité » : à la différence des animaux, l'homme n'est pas fixé par son instinct ; il peut apprendre, se transformer et se déprendre de ses déterminations naturelles. Le langage et la perfectibilité vont donc de pair, car parler suppose la capacité d'inventer, de transmettre et de modifier ce qui se dit d'une génération à l'autre.

Communications animales et spécificité du langage humain

[modifier | modifier le wikicode]

Le langage est-il vraiment le propre de l'homme ? Les sciences contemporaines apportent à cette question une réponse nuancée. Le langage humain présente plusieurs caractéristiques qui le distinguent, mais il s'inscrit dans une continuité partielle avec d'autres systèmes de communication animale. La spécificité humaine n'est pas une coupure absolue : elle tient à une combinaison de propriétés que l'on retrouve, séparément, ailleurs dans le vivant.

Les communications animales
[modifier | modifier le wikicode]

De nombreuses espèces communiquent de manière organisée. Les grands singes peuvent apprendre à utiliser des symboles arbitraires : le bonobo Kanzi, étudié par Sue Savage-Rumbaugh, a appris à communiquer au moyen de lexigrammes (symboles abstraits sur un clavier) et comprend certains énoncés en anglais parlé. Les chercheurs estiment qu'il en reconnaît et en utilise environ trois cents[10]. Il faut donc se garder de confondre langue des signes utilisée par certains chimpanzés (comme Washoe) et l'usage des lexigrammes propre aux bonobos.

Les baleines à bosse produisent des chants longs et organisés selon une structure hiérarchique : des unités sonores forment des phrases, qui se regroupent en thèmes[11]. Les abeilles, étudiées par Karl von Frisch (prix Nobel de physiologie en 1973), transmettent par leur danse l'emplacement d'une source de nourriture : l'angle de la danse indique la direction par rapport au soleil, sa durée la distance[12]. Les singes vervets émettent des cris d'alarme distincts selon le type de prédateur (léopard, aigle, serpent), et leurs congénères réagissent différemment à chaque cri[13].

Des recherches récentes ont identifié dans certaines communications animales des formes de combinaison structurée. Une étude publiée en 2023 a ainsi montré, chez les chimpanzés sauvages, des combinaisons d'appels suggérant une forme de traitement compositionnel[14]. Chez les singes de Campbell, certains appels se concatènent en séquences corrélées à des contextes spécifiques[15].

Ce qui caractérise le langage humain
[modifier | modifier le wikicode]

Ces découvertes invitent à formuler avec prudence ce qui distingue le langage humain. Plutôt que de soutenir que les cris animaux ne se décomposent jamais, on dira que les animaux ne possèdent pas, à notre connaissance, une syntaxe productive comparable à celle du langage humain.

La productivité illimitée. Avec un nombre fini de mots et de règles, les locuteurs humains produisent et comprennent une infinité de phrases nouvelles. Vous comprenez la phrase « Le chien violet a mangé un croissant cosmique sur Jupiter » même si vous ne l'avez jamais entendue : le sens vient à la fois des mots et de leur agencement. Cette propriété générative a été particulièrement étudiée par Noam Chomsky depuis les années 1950[16].

Le déplacement. Le langage humain permet de parler de ce qui n'est pas là : le passé, l'avenir, des lieux lointains, des situations imaginaires ou hypothétiques. Charles F. Hockett a fait du « déplacement » l'un des traits définitoires du langage humain[17]. Le déplacement existe sous des formes limitées dans certaines communications animales, comme on l'a vu avec la danse des abeilles, qui désigne une source de nourriture absente du lieu de la danse. Mais le langage humain le généralise : il permet de parler librement du passé, de l'avenir, du possible, du fictif et de l'abstrait, là où les communications animales restent, le plus souvent, indexées sur la situation présente et limitées à un nombre restreint de messages possibles.

L'acquisition d'une langue particulière. Aucun enfant ne naît en parlant français, anglais ou chinois. La langue maternelle s'acquiert dans un milieu social, durant une période sensible de l'enfance. Le cas de Genie, jeune fille américaine retrouvée à treize ans après une privation extrême d'environnement linguistique, étudié à partir de 1970 par la linguiste Susan Curtiss, montre que cette acquisition ne peut être pleinement compensée plus tard[18].

Il faut toutefois distinguer deux niveaux. La langue particulière (français, japonais, swahili) s'acquiert dans une communauté donnée. Mais la capacité d'acquérir une langue, elle, suppose des dispositions biologiques et cognitives propres à l'espèce humaine. C'est précisément ce que défend la thèse chomskyenne de la « grammaire universelle ». La formule « tout s'apprend » serait donc trop rapide : ce qui s'apprend, c'est telle ou telle langue ; ce qui rend cet apprentissage possible relève d'une faculté que partagent tous les enfants humains.

Bases biologiques du langage
[modifier | modifier le wikicode]

Sur le plan génétique, le gène FOXP2 a souvent été présenté, à tort, comme un « gène du langage ». Sa découverte est plus modeste. En 2001, des chercheurs ont identifié dans la famille KE, dont plusieurs membres souffrent d'un trouble sévère de la parole et du langage, une mutation de ce gène[19]. En 2002, une étude comparative a suggéré que la version humaine de FOXP2 a connu, depuis la séparation d'avec les chimpanzés, deux changements d'acides aminés qui auraient pu être sélectionnés au cours de l'évolution[20]. FOXP2 est donc un facteur parmi d'autres : il intervient dans le contrôle moteur fin de l'articulation et dans certains aspects du développement du langage, mais il n'explique pas à lui seul la faculté humaine de parler.

Sur le plan cérébral, les travaux de Paul Broca (1861) puis de Carl Wernicke (1874) ont identifié deux régions, dans l'hémisphère gauche pour la majorité des locuteurs, dont les lésions provoquent des troubles spécifiques : l'aire de Broca, liée à la production de la parole, et l'aire de Wernicke, liée à la compréhension. Les recherches en imagerie cérébrale ont depuis nuancé ce schéma classique : le langage mobilise un réseau cortical étendu, et les locuteurs des langues des signes présentent une organisation cérébrale comparable à celle des locuteurs de langues parlées[21].

Le langage humain n'est ni absolument séparé des communications animales, ni de même nature qu'elles. Il combine plusieurs propriétés : productivité grammaticale, déplacement, articulation entre une faculté biologique et l'acquisition d'une langue particulière. Steven Pinker propose à ce sujet l'idée d'un « instinct du langage » : une disposition cognitive propre à l'espèce, qui s'inscrit néanmoins dans l'histoire évolutive du vivant[22].

II. Les grandes conceptions philosophiques du langage

[modifier | modifier le wikicode]

Le structuralisme linguistique : Saussure et la théorie du signe

[modifier | modifier le wikicode]

Ferdinand de Saussure inaugure la linguistique moderne en définissant la langue comme un système de signes. Pour lui, le signe linguistique unit un signifiant (l'image acoustique, le son) et un signifié (le concept, l'idée)[23]. Cette union est arbitraire : il n'existe aucun lien naturel entre le mot « chien » et l'animal qu'il désigne.

Plus profondément, Saussure montre que dans la langue, il n'y a que des différences. Un mot ne tire pas sa valeur de son rapport direct aux choses, mais de ses relations avec les autres mots du système : « mouton » et « sheep » ont le même sens, mais pas la même valeur, puisque l'anglais distingue l'animal vivant (sheep) de sa viande (mutton)[24]. Cette conception structurale de la langue marquera profondément la philosophie du XXe siècle, notamment le structuralisme et la pensée de Maurice Merleau-Ponty.

L'analyse saussurienne reste interne à une perspective linguistique : elle décrit le système des signes au sein d'une langue donnée. Une autre tradition, issue de la logique, abordera le langage par un autre versant. La question n'y sera plus « comment les signes se distinguent-ils dans une langue ? », mais « comment un énoncé peut-il être vrai ou faux ? ». C'est le tournant que prend la philosophie du langage avec Frege.

La philosophie analytique : sens et référence chez Frege

[modifier | modifier le wikicode]

Le philosophe et logicien allemand Gottlob Frege établit une distinction entre le sens (Sinn) et la référence (Bedeutung) d'une expression linguistique[25]. La référence d'un nom propre est l'objet qu'il désigne dans le monde, tandis que son sens est le mode de présentation de cet objet, la manière dont nous y accédons. Ainsi, « l'étoile du matin » et « l'étoile du soir » ont la même référence (la planète Vénus) mais des sens différents : ces deux expressions présentent Vénus selon deux points de vue distincts.

Cette distinction permet à Frege de résoudre des problèmes logiques importants et inaugure une approche du langage centrée sur la logique et la vérité. Pour lui, la dénotation d'une phrase complète n'est pas un état de choses mais une valeur de vérité : le Vrai ou le Faux[26]. Cette conception oriente durablement la philosophie analytique et la sémantique formelle contemporaine. Là où Saussure pensait la langue comme un système clos de différences, Frege ouvre la question du rapport entre les énoncés et la réalité qu'ils décrivent.

Les actes de langage : Austin et Searle

[modifier | modifier le wikicode]

Le philosophe britannique John Langshaw Austin propose une autre rupture en montrant que parler n'est pas seulement décrire le monde, mais aussi agir sur lui[27]. Austin critique « l'illusion descriptive » selon laquelle toutes les phrases auraient pour fonction de décrire des états de choses et d'être vraies ou fausses. Il introduit la notion d'énoncés performatifs : dire « je promets de venir » ou « je te baptise », ce n'est pas décrire une promesse ou un baptême, c'est accomplir ces actes.

Quelques exemples permettent de mieux saisir cette idée. Lorsqu'un officier d'état civil prononce devant les futurs époux « Je vous déclare unis par les liens du mariage », il ne décrit pas un mariage déjà existant : il le réalise par sa parole même. Lorsque je dis à un ami « Je te promets de venir demain », je crée une obligation qui n'existait pas auparavant. Lorsqu'un président de séance déclare « La séance est ouverte », il ouvre effectivement la séance. Lorsque je dis « Je m'excuse », je n'informe pas mon interlocuteur de mes regrets, j'accomplis l'acte de m'excuser. Ces énoncés ne sont ni vrais ni faux ; ils peuvent en revanche être réussis ou ratés, selon les conditions sociales et institutionnelles dans lesquelles ils sont prononcés (un mineur ne peut pas se marier, un simple passant ne peut pas ouvrir une séance officielle).

Austin distingue trois dimensions de tout acte de langage : l'acte locutoire (produire des sons dotés de sens), l'acte illocutoire (accomplir une action par la parole : promettre, ordonner, affirmer) et l'acte perlocutoire (produire un effet sur l'interlocuteur, comme convaincre ou effrayer)[28]. Cette théorie sera développée par John Searle, qui insiste sur le rôle des intentions et des conventions dans le fonctionnement du langage[29].

L'innéisme linguistique : Chomsky et la grammaire universelle

[modifier | modifier le wikicode]

Le linguiste américain Noam Chomsky défend l'idée que l'acquisition du langage suppose des structures cognitives innées, propres à l'espèce humaine[30]. Il existerait selon lui une « grammaire universelle », ensemble de principes et de paramètres communs à toutes les langues humaines, dont la maîtrise serait rendue possible par une disposition cognitive partagée par tous les enfants. Cette grammaire universelle expliquerait pourquoi les enfants du monde entier acquièrent leur langue maternelle si rapidement et avec une exposition linguistique relativement pauvre.

L'argument principal de Chomsky repose sur la « pauvreté du stimulus » : les données linguistiques auxquelles les enfants sont exposés seraient trop limitées et imparfaites pour qu'ils puissent en induire les règles grammaticales complexes qu'ils maîtrisent pourtant. Il faut donc supposer qu'une structure innée guide l'apprentissage[31]. Cette position innéiste s'oppose aux théories empiristes qui considèrent le langage comme le résultat d'un apprentissage par conditionnement. Cette thèse a profondément marqué la linguistique contemporaine, même si ses formulations les plus fortes ont depuis été discutées et révisées, notamment par les approches dites « fonctionnalistes » et par certains travaux issus de la linguistique cognitive.

La phénoménologie du langage : Merleau-Ponty et l'expression

[modifier | modifier le wikicode]

Maurice Merleau-Ponty développe une approche phénoménologique du langage qui refuse de le réduire à un simple instrument de communication ou à un code de signes arbitraires[32]. Pour lui, le langage n'exprime pas des pensées préexistantes : il est le lieu même où la pensée se constitue. La parole n'est pas le « signe » de la pensée au sens où elle l'annoncerait de l'extérieur ; elle est l'accomplissement même de la pensée.

S'inspirant de Saussure, Merleau-Ponty montre que le langage fonctionne de manière diacritique, par différences et écarts : les mots n'ont de sens que dans leur relation les uns aux autres[33]. Il distingue la « parole parlante », créatrice et authentique, qui ouvre de nouvelles significations, de la « parole parlée », sédimentée et constituée, qui reprend des significations déjà établies. Cette conception dynamique du langage comme expression créatrice marque durablement la philosophie française contemporaine.

Heidegger et le langage comme « maison de l'être »

[modifier | modifier le wikicode]

Martin Heidegger accorde au langage une place centrale dans sa pensée de l'être. Dans la Lettre sur l'humanisme, il affirme que « le langage est la maison de l'être. Dans son abri habite l'homme »[34].

La formule peut surprendre. Pour Heidegger, dire que « le langage parle » ne signifie pas qu'une entité mystérieuse parlerait à notre place. C'est une critique de la conception courante qui fait du langage un simple outil dont disposerait un sujet souverain. Avant que je puisse exprimer quoi que ce soit, j'ai déjà été pris dans une langue, dans des manières de dire et de penser que je n'ai pas choisies et qui orientent mon rapport au monde. Le langage n'est donc pas une chose que j'utilise : il est ce dans quoi je suis déjà. La poésie occupe une place privilégiée parce qu'elle écoute le langage au lieu de simplement s'en servir, et qu'elle laisse paraître les choses dans une nouvelle lumière[35].

III. Les enjeux philosophiques du langage

[modifier | modifier le wikicode]

Langage et pensée : une relation d'interdépendance

[modifier | modifier le wikicode]

Peut-on penser sans langage ? Le langage est-il un simple instrument au service d'une pensée qui lui préexisterait, ou bien pensée et langage sont-ils indissociables ? Ce débat traverse toute la philosophie moderne.

Hegel défend une thèse forte selon laquelle nous ne pensons que dans et par les mots : « Nous ne pouvons penser sans parole »[36]. L'ineffable, dit-il, n'est que « la pensée obscure, la pensée à l'état de fermentation », qui ne devient claire que lorsqu'elle trouve le mot qui lui correspond. La réalité n'a de sens que par la médiation du langage, et la pensée n'acquiert sa consistance qu'objectivée dans les mots.

Émile Benveniste prolonge cette position en affirmant que « la forme linguistique est donc non seulement la condition de transmissibilité, mais d'abord la condition de réalisation de la pensée »[37]. Il n'y aurait donc pas de pensée sans langage, et l'illusion d'une pensée pure résulterait simplement de notre méconnaissance des opérations linguistiques qui la rendent possible.

À l'inverse, Henri Bergson souligne les limites du langage face à la richesse de notre expérience vécue. Le langage fixe, généralise et spatialise, là où la conscience est mouvement, singularité et durée[38]. Les mots, toujours généraux, ne peuvent restituer l'unicité de nos états intérieurs : « combien de choses différentes ne désigne-t-on pas par le mot "amour" ! » Cette critique bergsonienne ouvre la voie à une réflexion sur l'indicible et sur les limites de l'expression linguistique.

Le relativisme linguistique : l'hypothèse de Sapir-Whorf

[modifier | modifier le wikicode]

L'hypothèse dite « de Sapir-Whorf », formulée par les linguistes américains Edward Sapir et Benjamin Lee Whorf, soutient que la langue que nous parlons influence notre manière de penser et de percevoir le monde[39]. L'expression elle-même est postérieure aux deux auteurs et regroupe sous une même bannière des positions parfois assez différentes. Dans sa version forte (déterminisme linguistique), cette hypothèse affirme que notre pensée est entièrement déterminée par les catégories de notre langue. Dans sa version faible (relativisme linguistique), elle suggère seulement que la langue exerce une influence sur notre cognition sans la déterminer complètement.

Whorf a notamment étudié la langue hopi, qui ne possède pas les mêmes catégories temporelles que les langues européennes, et en a conclu que les Hopis ne conceptualisent pas le temps de la même façon que nous. La version forte de la thèse est aujourd'hui largement abandonnée. Si la langue déterminait entièrement la pensée, la traduction et l'apprentissage d'une langue étrangère seraient impossibles, ce qui n'est pas le cas. La version faible reste discutée sous des formes plus prudentes : les travaux contemporains montrent que les catégories grammaticales d'une langue peuvent orienter certaines habitudes d'attention ou de classification (perception des couleurs, expression du temps, repérage spatial), sans pour autant enfermer la pensée dans un cadre clos[40].

Wilhelm von Humboldt avait développé au début du XIXe siècle l'idée que chaque langue possède une « forme intérieure » spécifique qui façonne la pensée de ses locuteurs[41]. Pour Humboldt, la langue n'est pas un simple produit (ergon) mais une activité créatrice (energeia) qui structure notre rapport au monde. Il existe ainsi une relation dialectique entre langue et pensée : la langue donne forme à la pensée, et la pensée en retour enrichit et transforme la langue.

Langage et communication : informer ou agir ?

[modifier | modifier le wikicode]

Le langage a-t-il pour fonction première de communiquer des informations, ou possède-t-il d'autres dimensions essentielles ? La théorie des actes de langage d'Austin et Searle montre que la communication ne se réduit pas à la transmission d'informations : parler, c'est aussi accomplir des actions, établir des relations sociales, exercer un pouvoir.

On peut distinguer plusieurs fonctions du langage. La fonction référentielle ou descriptive permet de représenter le monde et de transmettre des connaissances. La fonction expressive permet de manifester nos états intérieurs, nos émotions, nos désirs. La fonction conative vise à agir sur l'interlocuteur : ordonner, demander, persuader. La fonction phatique maintient le contact et la relation avec autrui. La fonction métalinguistique permet de parler du langage lui-même[42].

Cette pluralité des fonctions du langage invite à penser la communication au-delà d'un simple modèle émetteur-récepteur. Communiquer, ce n'est pas seulement encoder et décoder des messages, c'est participer à un jeu social complexe où se nouent des relations de pouvoir, de reconnaissance, de coopération ou de conflit.

Langage et vérité : peut-on tout dire ?

[modifier | modifier le wikicode]

Le rapport entre langage et vérité constitue un enjeu majeur. Si le langage est notre moyen d'accès à la vérité, comment s'assurer qu'il ne nous trompe pas ? Peut-on exprimer toute vérité dans le langage ?

Platon, dans le Cratyle, interroge la justesse des noms et se demande si le langage peut nous donner accès à l'essence des choses[43]. Le dialogue ne propose pas de théorie positive simple du langage : il met dos à dos le naturalisme, qui suppose un lien naturel entre les mots et les choses, et le conventionnalisme pur, qui ne voit dans les noms qu'un effet de l'usage. Platon en conclut surtout que la justesse des noms, à la supposer même établie, ne suffit pas à garantir la connaissance des choses : la philosophie doit s'appuyer sur les choses elles-mêmes, et non sur les mots qui les désignent.

Wittgenstein, dans le Tractatus logico-philosophicus, établit que les limites de mon langage sont les limites de mon monde[44]. Ce qui peut être dit peut l'être clairement, mais ce qui ne peut être dit (l'éthique, l'esthétique, le mystique) « se montre » au lieu de pouvoir s'énoncer. Wittgenstein ne condamne donc pas toute philosophie : il critique les pseudo-propositions métaphysiques qui prétendent dire ce qui ne peut que se manifester. Le langage pose ainsi sa propre limite et ouvre sur l'ineffable.

Le second Wittgenstein, celui des Recherches philosophiques (cf. infra, texte 6), abandonne en partie cette conception. Il renonce à l'idée d'une essence du langage et étudie la pluralité des « jeux de langage » dans leurs usages concrets. La question de la vérité ne disparaît pas, mais elle se reformule : ce qu'il faut comprendre, ce ne sont plus seulement les conditions logiques d'une proposition vraie, mais les règles partagées qui rendent un énoncé acceptable dans une forme de vie donnée.

Langage et pouvoir : les dimensions politiques de la parole

[modifier | modifier le wikicode]

Le langage n'est pas neutre : il est traversé par des rapports de pouvoir et peut être utilisé comme instrument de domination. Cette dimension politique du langage a été analysée par plusieurs philosophes et sociologues.

Pierre Bourdieu développe la notion de « violence symbolique » pour désigner la manière dont le langage légitime reproduit et renforce les inégalités sociales[45]. La maîtrise du langage légitime (celui de l'école, de l'administration, des institutions) confère un capital symbolique qui se traduit par des avantages sociaux. Ceux qui ne possèdent pas ce capital sont marginalisés et dominés à travers le langage lui-même.

Quelques exemples permettent de mesurer la portée concrète de cette analyse. Lors d'un entretien d'embauche, l'aisance à l'oral, la maîtrise du vocabulaire scolaire ou administratif, l'absence d'accent régional marqué et la correction grammaticale fonctionnent comme des marqueurs de compétence et d'appartenance sociale, indépendamment des qualifications réelles du candidat. À l'école, l'enfant issu d'un milieu où l'on parle déjà la langue scolaire arrive avec une avance qui n'est pas perçue comme telle : elle est intériorisée comme un don ou un mérite. La correction d'une faute, l'évaluation d'un exposé, le commentaire sur une copie ne sont jamais de simples actes pédagogiques neutres : ils participent à un classement social que la maîtrise du langage légitime contribue à reproduire.

Le langage peut aussi être utilisé pour manipuler, tromper, dissimuler la réalité. George Orwell, dans 1984, décrit la « novlangue », langue artificielle destinée à rendre impossible l'expression de la pensée critique et de la révolte[46]. Cette fiction dystopique illustre le pouvoir politique du contrôle du langage.

IV. Sujets de dissertation

[modifier | modifier le wikicode]

Ces sujets permettent d'approfondir les différents aspects philosophiques du langage et d'en explorer les enjeux. Chaque sujet appelle une réflexion organisée mobilisant les conceptions des auteurs étudiés et une prise de position argumentée.

Sujets sur la spécificité du langage humain

[modifier | modifier le wikicode]
  • Le langage est-il le propre de l'homme ?
  • Peut-on parler d'un langage animal ?
  • En quoi le langage distingue-t-il l'homme de l'animal ?
  • La communication animale peut-elle être qualifiée de langage ?

Éléments de réponse : ces sujets invitent à confronter la tradition philosophique (Aristote, Rousseau, Descartes), qui pose le langage comme propre de l'homme, aux apports des sciences contemporaines, qui montrent l'existence de communications animales structurées. Un bon plan évite à la fois de dissoudre la spécificité humaine dans la continuité animale et de poser une coupure absolue. On distinguera trois niveaux : la communication, largement partagée chez les animaux ; le langage articulé, productif et déplaçable, propre à l'homme ; l'usage proprement humain de la parole pour exprimer le juste, l'injuste, le vrai, le faux. Auteurs et travaux à mobiliser : Aristote (Politique I, 2), Rousseau (Discours sur l'origine de l'inégalité), Descartes (Discours de la méthode, V), les études sur Kanzi, sur les chimpanzés et sur les singes de Campbell, et Hockett pour la notion de déplacement.

Sujets sur le rapport entre langage et pensée

[modifier | modifier le wikicode]
  • Peut-on penser sans le langage ?
  • Le langage trahit-il la pensée ?
  • La pensée fait-elle le langage en se faisant par le langage ?
  • Les mots disent-ils les choses ou les créent-ils ?
  • La diversité des langues est-elle un obstacle à l'universalité de la pensée ?
  • Apprendre à parler, est-ce apprendre à penser ?
  • Le langage est-il un instrument ou un obstacle à la pensée ?

Éléments de réponse : le débat oppose deux familles de thèses. D'un côté, ceux pour qui pensée et langage sont indissociables : la pensée n'atteint sa clarté qu'objectivée dans les mots (Hegel, Benveniste, Merleau-Ponty), et la subjectivité elle-même se constitue dans le « je » dit (Benveniste). De l'autre côté, ceux pour qui le langage masque une expérience plus riche (Bergson) ou structure inégalement notre rapport au monde selon les langues (Humboldt, Sapir-Whorf). Un plan possible : (1) la conception classique du langage comme simple instrument d'une pensée préexistante ; (2) le langage comme condition même de la pensée (Hegel, Benveniste, Merleau-Ponty) ; (3) le langage comme limite ou cadre culturel imposé à l'expérience (Bergson, Humboldt, Whorf). La conclusion peut articuler dépendance et résistance : nous pensons par les mots, mais nous pouvons aussi les retravailler, en inventer, en discuter le sens.

Sujets sur les fonctions du langage

[modifier | modifier le wikicode]
  • Le langage sert-il seulement à communiquer ?
  • Parler, est-ce nécessairement communiquer ?
  • Le langage permet-il seulement d'exprimer la réalité ?
  • Peut-on tout dire ?
  • Le silence a-t-il un sens ?
  • Y a-t-il nécessairement des imperfections dans le langage ?

Éléments de réponse : ces sujets demandent de sortir du modèle simple « émetteur, message, récepteur ». Les fonctions distinguées par Jakobson (référentielle, expressive, conative, phatique, métalinguistique, poétique) montrent qu'on parle pour informer, mais aussi pour exprimer, agir sur autrui, maintenir le contact, parler du langage lui-même ou créer une forme. La théorie d'Austin et de Searle prolonge cette analyse : parler, c'est aussi accomplir des actes (promettre, baptiser, ordonner). Sur la question « peut-on tout dire ? », on confrontera Hegel, qui valorise le mot contre l'ineffable, à Bergson et au premier Wittgenstein, qui réservent un domaine à ce qui ne peut être dit. Sur le silence, mobiliser Wittgenstein (Tractatus), Heidegger (la poésie comme écoute du langage), et la tradition mystique du silence comme parole supérieure.

Sujets sur la vérité et le langage

[modifier | modifier le wikicode]
  • Le langage est-il fait pour dire le vrai ?
  • Les mots peuvent-ils nous tromper ?
  • La maîtrise du langage garantit-elle la maîtrise de la pensée vraie ?
  • Un philosophe peut-il se passer de langage pour exprimer la vérité ?

Éléments de réponse : le langage est-il un instrument neutre de description du vrai, ou est-il toujours susceptible de tromper ? Platon, dans le Cratyle, montre que la justesse des noms ne suffit pas à connaître les choses ; dans le Gorgias et le Phèdre, il oppose la rhétorique des sophistes, qui vise la persuasion, à la dialectique philosophique, qui vise le vrai. Frege distingue sens et référence et fait de la valeur de vérité la dénotation d'une phrase. Bergson souligne que le mot général déforme la singularité de l'expérience. Bourdieu montre que la maîtrise du langage légitime peut donner une apparence de vérité à des positions sociales. Un plan possible : (1) le langage comme outil privilégié de la vérité (Platon contre les sophistes, Frege, tradition logique) ; (2) le langage comme source possible d'illusion ou de tromperie (sophistes, Bergson, Bourdieu, novlangue d'Orwell) ; (3) la vérité comme exigence éthique sur l'usage de la parole : franchise, témoignage, philosophie comme art du dialogue.

Sujets sur les dimensions politiques et sociales

[modifier | modifier le wikicode]
  • Le langage est-il un instrument de domination ?
  • La maîtrise du langage donne-t-elle du pouvoir ?
  • Recourir au langage, est-ce renoncer à la violence ?
  • Faut-il limiter la liberté d'expression ?

Éléments de réponse : ces sujets invitent à mobiliser Aristote (le langage humain comme fondement de la cité, par opposition à la simple voix), Bourdieu (capital linguistique, violence symbolique), Orwell (la novlangue comme contrôle de la pensée par la langue), et la tradition antique de la rhétorique. Sur « recourir au langage, est-ce renoncer à la violence ? », un plan possible : (1) parler plutôt que frapper, c'est entrer dans l'argumentation et la délibération (Aristote, Habermas) ; (2) mais le langage est lui-même traversé par des rapports de pouvoir (Bourdieu) ; (3) toute parole n'est pas pacificatrice : la propagande, l'insulte ou la novlangue peuvent prolonger la violence par d'autres moyens. La conclusion peut esquisser une éthique de la parole. Sur la liberté d'expression, on distinguera le principe juridique, ses conditions sociales d'exercice (capital linguistique inégalement réparti), et ses limites légitimes (incitation à la haine, diffamation, mensonge délibéré).

V. Extraits d'œuvres à étudier

[modifier | modifier le wikicode]

Ces extraits permettent d'entrer directement dans les textes des philosophes et d'analyser leurs arguments. Chaque texte doit faire l'objet d'une étude approfondie : identification de la thèse, repérage de la structure argumentative, analyse des concepts mobilisés, discussion critique.

Texte 1 : Aristote, Politique - La parole comme fondement de la cité

[modifier | modifier le wikicode]

La raison pour laquelle l'homme est un être politique, plus que n'importe quelle abeille et que n'importe quel animal grégaire, est claire. La nature, en effet, selon nous, ne fait rien en vain ; or seul parmi les animaux l'homme a un langage. Certes la voix est le signe du douloureux et de l'agréable, aussi la rencontre-t-on chez les animaux ; leur nature, en effet, est parvenue jusqu'au point d'éprouver la sensation du douloureux et de l'agréable et de se les signifier mutuellement. Mais le langage existe en vue de manifester l'avantageux et le nuisible, et par suite aussi le juste et l'injuste. Il n'y a en effet qu'une chose qui soit propre aux hommes par rapport aux autres animaux : le fait que seuls ils aient la perception du bien, du mal, du juste, de l'injuste et des autres notions de ce genre. Or avoir de telles notions en commun, c'est ce qui fait une famille et une cité.[47]

Explication : Aristote établit ici la distinction entre la voix (phonè), commune aux animaux, et le langage (logos), propre à l'homme. La voix exprime seulement les affections sensibles (plaisir et douleur), tandis que le langage permet d'exprimer des valeurs (le juste et l'injuste, le bien et le mal). Cette capacité linguistique fonde la possibilité de la vie politique et de l'existence de la cité, car elle permet aux hommes de délibérer ensemble sur ce qui est avantageux ou nuisible pour la communauté.

Texte 2 : Rousseau, Essai sur l'origine des langues - Les premières langues furent passionnées

[modifier | modifier le wikicode]

On nous fait du langage des premiers hommes des langues de géomètres, et nous voyons que ce furent des langues de poètes. Cela dut être. On ne commença pas par raisonner, mais par sentir. On prétend que les hommes inventèrent la parole pour exprimer leurs besoins ; cette opinion me paraît insoutenable. L'effet naturel des premiers besoins fut d'écarter les hommes et non de les rapprocher. Il le fallait ainsi pour que l'espèce vînt à s'étendre et que la terre se peuplât promptement ; sans quoi le genre humain se fût entassé dans un coin du monde et tout le reste fût demeuré désert. De cela seul il suit avec évidence que l'origine des langues n'est point due aux premiers besoins des hommes ; il serait absurde que de la cause qui les écarte vînt le moyen qui les unit. D'où peut donc venir cette origine ? Des besoins moraux, des passions. Toutes les passions rapprochent les hommes que la nécessité de chercher à vivre force à se fuir. Ce n'est ni la faim, ni la soif, mais l'amour, la haine, la pitié, la colère, qui leur ont arraché les premières voix.[48]

Explication : Rousseau s'oppose ici à la conception utilitariste et rationaliste de l'origine du langage. Pour lui, les premiers langages ne furent pas des outils pratiques destinés à satisfaire les besoins matériels (qui conduisent plutôt à l'isolement), mais des expressions passionnées destinées à rapprocher les êtres humains. Le langage naît du désir de communiquer des émotions, non des nécessités pratiques. Cette thèse implique que la dimension poétique et affective du langage est première par rapport à sa dimension utilitaire et rationnelle.

Texte 3 : Hegel, Encyclopédie des sciences philosophiques - Le mot donne à la pensée sa véritable existence

[modifier | modifier le wikicode]

C'est dans le nom que nous pensons. Nous avons la conscience et c'est en elle que se trouve notre être pensant, mais nous pensons à même les noms. […] C'est dans les noms que nous pensons. […] On croit bien souvent qu'il y a quelque chose de plus haut que ce qui est exprimé. Mais le mot donne aux pensées leur existence la plus haute et la plus vraie. Sans doute, on peut se passer de mots, quand on est dans un état de sentiment intérieur, de ressouvenir. Mais l'ineffable, c'est en fait la pensée obscure, en fermentation, qui ne gagne en clarté que lorsqu'elle parvient à trouver le mot. Ainsi, le mot confère à la pensée son être-là le plus digne et le plus vrai.[49]

Explication : Hegel affirme l'unité essentielle de la pensée et du langage. Contrairement à la conception romantique qui valorise l'ineffable comme expression d'une pensée supérieure au langage, Hegel soutient que la pensée n'atteint sa clarté et sa vérité que lorsqu'elle trouve son expression linguistique. L'ineffable n'est pas une pensée sublime mais une pensée confuse et inachevée. Le mot ne traduit pas une pensée préexistante : il donne à la pensée son existence effective.

Texte 4 : Bergson, Essai sur les données immédiates de la conscience - Le langage fixe les sentiments

[modifier | modifier le wikicode]

Nous ne saisissons de nos sentiments que leur aspect impersonnel, celui que le langage a pu noter une fois pour toutes parce qu'il est à peu près le même, dans les mêmes conditions, pour tous les hommes. Ainsi, jusque dans notre propre individu, l'individualité nous échappe. Nous nous mouvons parmi des généralités et des symboles, comme en un champ clos où notre force se mesure utilement avec d'autres forces ; et fascinés par l'action, attirés par elle, pour notre plus grand bien, sur le terrain qu'elle s'est choisi, nous vivons dans une zone mitoyenne entre les choses et nous, extérieurement aux choses, extérieurement aussi à nous-mêmes. […] Pour tout dire enfin, nous ne voyons pas les choses mêmes ; nous nous bornons, le plus souvent, à lire des étiquettes collées sur elles. Cette tendance, issue du besoin, s'est encore accentuée sous l'influence du langage. Car les mots (à l'exception des noms propres) désignent tous des genres. Le mot, qui ne note de la chose que sa fonction la plus commune et son aspect banal, s'insinue entre elle et nous.[50]

Explication : Bergson dénonce ici les limites du langage dans la saisie de notre expérience véritable. Le langage, pour des raisons pratiques et sociales, ne retient que l'aspect général et impersonnel de nos états de conscience, occultant leur richesse singulière et leur nuance individuelle. Les mots fonctionnent comme des étiquettes qui masquent la réalité au lieu de la révéler. Cette critique bergsonienne suggère que l'intuition directe peut accéder à une connaissance plus authentique que celle médiatisée par le langage.

Texte 5 : Benveniste, Problèmes de linguistique générale - C'est dans le langage que l'homme se constitue comme sujet

[modifier | modifier le wikicode]

C'est dans et par le langage que l'homme se constitue comme sujet ; parce que le langage seul fonde en réalité, dans sa réalité qui est celle de l'être, le concept d' ego. La « subjectivité » dont nous traitons ici est la capacité du locuteur à se poser comme « sujet ». Elle se définit, non par le sentiment que chacun éprouve d'être lui-même (ce sentiment, dans la mesure où l'on peut en faire état, n'est qu'un reflet), mais comme l'unité psychique qui transcende la totalité des expériences vécues qu'elle assemble, et qui assure la permanence de la conscience. Or nous tenons que cette « subjectivité », qu'on la pose en phénoménologie ou en psychologie, comme on voudra, n'est que l'émergence dans l'être d'une propriété fondamentale du langage. Est ego qui dit ego. Nous trouvons là le fondement de la « subjectivité », qui se détermine par le statut linguistique de la « personne ».[51]

Explication : Benveniste montre que la subjectivité n'est pas une donnée psychologique première, mais qu'elle se constitue dans et par le langage. C'est l'acte d'énonciation, le fait de dire « je », qui institue le sujet comme tel. La conscience de soi comme sujet unique et permanent n'est possible que parce que le langage offre la catégorie de la personne et permet à chacun de s'approprier la langue en disant « je ». Cette thèse a une portée philosophique considérable : elle suggère que le langage n'est pas l'expression d'un sujet préexistant, mais la condition de possibilité de la subjectivité elle-même.

Texte 6 : Wittgenstein, Recherches philosophiques - Les jeux de langage

[modifier | modifier le wikicode]

Le mot "jeu de langage" doit faire ressortir ici que le parler du langage fait partie d'une activité, ou d'une forme de vie. Représente-toi la diversité des jeux de langage à partir des exemples suivants, et d'autres encore : Commander et agir d'après des commandements ; Décrire un objet d'après son aspect, ou d'après des mesures prises ; Reconstituer un objet d'après une description (un dessin) ; Relater un événement ; Faire des conjectures sur l'événement ; Échafauder une hypothèse et l'examiner ; Présenter les résultats d'une expérimentation par des tableaux et des diagrammes ; Inventer une histoire, et lire ; Jouer du théâtre ; Chanter des "rondes" ; Deviner des énigmes ; Faire un mot d'esprit, raconter ; Résoudre un problème d'arithmétique pratique ; Traduire d'une langue dans une autre ; Solliciter, remercier, maudire, saluer, prier.[52]

Explication : Wittgenstein introduit la notion de « jeu de langage » pour montrer la multiplicité des usages du langage et leur ancrage dans des formes de vie concrètes. Le langage n'a pas une essence unique ni une fonction privilégiée (représenter le monde) : il comporte une diversité irréductible d'activités qui n'ont entre elles que des « ressemblances de famille ». Cette conception pragmatique du langage s'oppose aux théories essentialistes qui cherchent à définir le langage par une propriété unique. Elle invite à examiner comment les mots fonctionnent effectivement dans leurs contextes d'usage.

Texte 7 : Merleau-Ponty, Phénoménologie de la perception - La parole n'est pas le signe de la pensée

[modifier | modifier le wikicode]

La parole n'est pas le "signe" de la pensée, si l'on entend par là un phénomène qui en annonce un autre comme la fumée annonce le feu. La parole et la pensée n'admettraient cette relation extérieure que si elles étaient l'une et l'autre thématiquement données ; en réalité elles sont enveloppées l'une dans l'autre, le sens est pris dans la parole et la parole est l'existence extérieure du sens. […] La pensée n'est rien d' "intérieur", elle n'existe pas hors du monde et hors des mots. […] Le sujet pensant lui-même est dans une sorte d'ignorance de ses pensées tant qu'il ne les a pas formulées pour soi ou même dites et écrites […]. La parole est l'acte même où elle se complète et s'exprime.[53]

Explication : Merleau-Ponty critique la conception instrumentaliste du langage qui fait de la parole le simple vêtement d'une pensée préexistante. Au contraire, pensée et parole sont indissociables : c'est dans l'acte de parole que la pensée se réalise et prend conscience d'elle-même. La parole n'exprime pas du dehors une pensée intérieure constituée, elle est l'accomplissement même de la pensée. Cette conception phénoménologique du langage met l'accent sur la dimension expressive et créatrice de la parole.

Une tension parcourt toutes les conceptions évoquées dans ce cours. D'un côté, le langage rend possible la pensée commune, la délibération politique, la transmission des savoirs et la construction des sociétés humaines : sans lui, il n'y aurait ni science, ni droit, ni amitié partagée, ni cité au sens d'Aristote. Le langage est ce qui ouvre l'humain à la vérité et au monde commun, ce par quoi la pensée elle-même prend forme (Hegel, Benveniste, Merleau-Ponty).

De l'autre côté, ce même langage peut figer l'expérience vécue dans des catégories générales qui en effacent la singularité (Bergson), orienter notre vision du monde sans que nous le sachions (Whorf, Humboldt), ou reproduire silencieusement les rapports de domination dont une société est tissée (Bourdieu, Orwell).

C'est pourquoi la philosophie du langage est inséparable d'une éthique et d'une politique de la parole. Apprendre à parler, c'est aussi apprendre à se méfier de ce qu'on dit, à interroger ce que les mots font passer pour évident, à reconnaître que la liberté de pensée passe par un travail patient sur la langue elle-même. Le langage est tout à la fois ce qui nous donne accès à la vérité et ce qui peut nous en éloigner ; et c'est cette ambivalence, plus que la définition d'une essence, qui constitue son véritable problème philosophique.

Bibliographie indicative

[modifier | modifier le wikicode]

Textes classiques

[modifier | modifier le wikicode]
  • Aristote, De l'interprétation, traduction J. Tricot, Paris, Vrin, 1969
  • Aristote, Politique, livre I, traduction P. Pellegrin, Paris, Flammarion, 1993
  • Platon, Cratyle, traduction L. Méridier, Paris, Les Belles Lettres, 1931
  • Rousseau, Jean-Jacques, Essai sur l'origine des langues, Paris, Flammarion, 1993
  • Hegel, Georg Wilhelm Friedrich, Encyclopédie des sciences philosophiques, tome III : Philosophie de l'esprit, traduction B. Bourgeois, Paris, Vrin, 1988

Philosophie du langage contemporaine

[modifier | modifier le wikicode]
  • Austin, John L., Quand dire, c'est faire, traduction G. Lane, Paris, Seuil, 1970
  • Benveniste, Émile, Problèmes de linguistique générale, tomes I et II, Paris, Gallimard, 1966 et 1974
  • Bergson, Henri, Essai sur les données immédiates de la conscience, Paris, PUF, 2007
  • Frege, Gottlob, Écrits logiques et philosophiques, traduction C. Imbert, Paris, Seuil, 1971
  • Heidegger, Martin, Acheminement vers la parole, traduction J. Beaufret et al., Paris, Gallimard, 1976
  • Merleau-Ponty, Maurice, Phénoménologie de la perception, Paris, Gallimard, 1945
  • Saussure, Ferdinand de, Cours de linguistique générale, Paris, Payot, 1916
  • Searle, John R., Les actes de langage. Essai de philosophie du langage, traduction H. Pauchard, Paris, Hermann, 1972
  • Wittgenstein, Ludwig, Tractatus logico-philosophicus, traduction G.-G. Granger, Paris, Gallimard, 1993
  • Wittgenstein, Ludwig, Recherches philosophiques, traduction F. Dastur et al., Paris, Gallimard, 2004
  • Chomsky, Noam, Le langage et la pensée, traduction L.-J. Calvet, Paris, Payot, 1970
  • Chomsky, Noam, Règles et représentations, traduction A. Khim, Paris, Flammarion, 1985
  • Humboldt, Wilhelm von, Introduction à l'œuvre sur le kavi, traduction P. Caussat, Paris, Seuil, 1974
  • Jakobson, Roman, Essais de linguistique générale, traduction N. Ruwet, Paris, Minuit, 1963
  • Savage-Rumbaugh, Sue et Lewin, Roger, Kanzi : the Ape at the Brink of the Human Mind, New York, Wiley, 1994
  • Pinker, Steven, L'Instinct du langage, traduction M.-F. Desjeux, Paris, Odile Jacob, 1999

Ouvrages d'introduction et de référence

[modifier | modifier le wikicode]
  • Auroux, Sylvain (dir.), Histoire des idées linguistiques, tomes I-III, Liège-Bruxelles, Mardaga, 1989-2000
  • Bouquet, Simon, Introduction à la lecture de Saussure, Paris, Payot, 1997
  • Bouveresse, Jacques, Le mythe de l'intériorité. Expérience, signification et langage privé chez Wittgenstein, Paris, Minuit, 1976
  • Calvet, Louis-Jean, La sociolinguistique, Paris, PUF, coll. « Que sais-je ? », 1993
  • Ducrot, Oswald et Schaeffer, Jean-Marie, Nouveau dictionnaire encyclopédique des sciences du langage, Paris, Seuil, 1995
  • Jacob, André, Introduction à la philosophie du langage, Paris, Gallimard, 1976
  • Laurier, Daniel, Introduction à la philosophie du langage, Liège, Mardaga, 1993
  • Normand, Claudine, Saussure, Paris, Les Belles Lettres, 2000
  • Recanati, François, La transparence et l'énonciation. Pour introduire à la pragmatique, Paris, Seuil, 1979
  • Yaguello, Marina, Alice au pays du langage. Pour comprendre la linguistique, Paris, Seuil, 1981

Notes et références

[modifier | modifier le wikicode]
  1. Ferdinand de Saussure, Cours de linguistique générale, Paris, Payot, 1916, p. 25-32
  2. Ferdinand de Saussure, Cours de linguistique générale, Paris, Payot, 1916, p. 25-32
  3. Noam Chomsky, Le langage et la pensée, Paris, Payot, 1970, p. 15-28
  4. Noam Chomsky, Le langage et la pensée, Paris, Payot, 1970, p. 15-28
  5. Catherine Kerbrat-Orecchioni, L'énonciation. De la subjectivité dans le langage, Paris, Armand Colin, 1980, p. 17-30
  6. Aristote, Politique, I, 2, 1253a, traduction J. Tricot, Paris, Vrin, 1995, p. 27-28
  7. Aristote, Politique, I, 2, 1253a, traduction J. Tricot, Paris, Vrin, 1995, p. 27-28
  8. Jean-Jacques Rousseau, Discours sur l'origine et les fondements de l'inégalité parmi les hommes, 1755, Première partie, Paris, Flammarion, 1992, p. 94-95
  9. Jean-Jacques Rousseau, Discours sur l'origine et les fondements de l'inégalité parmi les hommes, 1755, Première partie, Paris, Flammarion, 1992, p. 94-95
  10. Sue Savage-Rumbaugh et Roger Lewin, Kanzi : the Ape at the Brink of the Human Mind, New York, Wiley, 1994, p. 158-178
  11. Roger S. Payne et Scott McVay, « Songs of Humpback Whales », Science, vol. 173, n° 3997, 1971, p. 585-597
  12. Karl von Frisch, Vie et mœurs des abeilles, traduction A. Dalcq, Paris, Albin Michel, 1955, p. 82-114
  13. Robert M. Seyfarth, Dorothy L. Cheney et Peter Marler, « Monkey Responses to Three Different Alarm Calls », Science, vol. 210, n° 4471, 1980, p. 801-803
  14. Maël Leroux et al., « Call combinations and compositional processing in wild chimpanzees », Nature Communications, vol. 14, 2023, article 2225
  15. Karim Ouattara, Alban Lemasson et Klaus Zuberbühler, « Campbell's monkeys concatenate vocalizations into context-specific call sequences », PNAS, vol. 106, n° 51, 2009, p. 22026-22031
  16. Noam Chomsky, Structures syntaxiques, traduction M. Braudeau, Paris, Seuil, 1969 (1957), p. 13-28
  17. Charles F. Hockett, « The Origin of Speech », Scientific American, vol. 203, n° 3, 1960, p. 88-96
  18. Susan Curtiss, Genie : A Psycholinguistic Study of a Modern-Day "Wild Child", New York, Academic Press, 1977, p. 9-39
  19. Cecilia S. L. Lai et al., « A forkhead-domain gene is mutated in a severe speech and language disorder », Nature, vol. 413, 2001, p. 519-523
  20. Wolfgang Enard et al., « Molecular evolution of FOXP2, a gene involved in speech and language », Nature, vol. 418, 2002, p. 869-872
  21. Laura-Ann Petitto et al., « Speech-like cerebral activity in profoundly deaf people processing signed languages », PNAS, vol. 97, n° 25, 2000, p. 13961-13966
  22. Steven Pinker, L'Instinct du langage, traduction M.-F. Desjeux, Paris, Odile Jacob, 1999 (1994), p. 17-43
  23. Ferdinand de Saussure, Cours de linguistique générale, op. cit., p. 97-103
  24. Ibid., p. 158-160
  25. Gottlob Frege, « Sens et référence » (Über Sinn und Bedeutung), 1892, dans Écrits logiques et philosophiques, traduction C. Imbert, Paris, Seuil, 1971, p. 102-126
  26. Ibid., p. 109-112
  27. John L. Austin, Quand dire, c'est faire (How to do Things with Words), traduction G. Lane, Paris, Seuil, 1970, p. 41-54
  28. Ibid., p. 109-120
  29. John R. Searle, Les actes de langage. Essai de philosophie du langage, traduction H. Pauchard, Paris, Hermann, 1972, p. 52-88
  30. Noam Chomsky, Règles et représentations, traduction A. Khim, Paris, Flammarion, 1985, p. 28-47
  31. Noam Chomsky, Le langage et la pensée, op. cit., p. 42-59
  32. Maurice Merleau-Ponty, Phénoménologie de la perception, Paris, Gallimard, 1945, p. 203-221
  33. Maurice Merleau-Ponty, La prose du monde, Paris, Gallimard, 1969, p. 22-35
  34. Martin Heidegger, Lettre sur l'humanisme (Brief über den Humanismus, 1946), traduction R. Munier, dans Questions III, Paris, Gallimard, 1966, p. 85
  35. Martin Heidegger, « ...l'homme habite en poète... » (1951), dans Essais et conférences, traduction A. Préau, Paris, Gallimard, 1958, p. 224-245
  36. Georg Wilhelm Friedrich Hegel, Philosophie de l'esprit (1830), § 462, dans Encyclopédie des sciences philosophiques, tome III, traduction B. Bourgeois, Paris, Vrin, 1988, p. 260-262
  37. Émile Benveniste, Problèmes de linguistique générale, tome I, Paris, Gallimard, 1966, p. 63-64
  38. Henri Bergson, Essai sur les données immédiates de la conscience, Paris, PUF, 1889, p. 95-102
  39. Benjamin Lee Whorf, Linguistique et anthropologie, traduction C. Carme, Paris, Denoël, 1969, p. 133-159
  40. John A. Lucy, Language Diversity and Thought : A Reformulation of the Linguistic Relativity Hypothesis, Cambridge, Cambridge University Press, 1992, p. 257-275 ; Dan I. Slobin, « From thought and language to thinking for speaking », dans John J. Gumperz et Stephen C. Levinson (dir.), Rethinking Linguistic Relativity, Cambridge, Cambridge University Press, 1996, p. 70-96
  41. Wilhelm von Humboldt, Introduction à l'œuvre sur le kavi (1836), traduction P. Caussat, Paris, Seuil, 1974, p. 181-207
  42. Roman Jakobson, « Linguistique et poétique », dans Essais de linguistique générale, traduction N. Ruwet, Paris, Minuit, 1963, p. 209-248
  43. Platon, Cratyle, 383a-440e, traduction L. Méridier, Paris, Les Belles Lettres, 1931
  44. Ludwig Wittgenstein, Tractatus logico-philosophicus (1921), proposition 5.6, traduction G.-G. Granger, Paris, Gallimard, 1993, p. 91
  45. Pierre Bourdieu, Ce que parler veut dire. L'économie des échanges linguistiques, Paris, Fayard, 1982, p. 99-134
  46. George Orwell, 1984, traduction A. Audiberti, Paris, Gallimard, 1950, appendice « Les principes de la novlangue », p. 438-455
  47. Aristote, Politique, livre I, chapitre 2, 1253a7-18, traduction P. Pellegrin, Paris, Flammarion, 1993, p. 91-92
  48. Jean-Jacques Rousseau, Essai sur l'origine des langues, chapitre II, Paris, Flammarion, 1993, p. 61-62
  49. Georg Wilhelm Friedrich Hegel, Encyclopédie des sciences philosophiques en abrégé (1830), § 462, Remarque, traduction M. de Gandillac, Paris, Gallimard, 1970, p. 289-290
  50. Henri Bergson, Essai sur les données immédiates de la conscience, Paris, PUF, 2007 (1889), p. 97-98
  51. Émile Benveniste, Problèmes de linguistique générale, tome I, Paris, Gallimard, 1966, p. 259-260
  52. Ludwig Wittgenstein, Recherches philosophiques (Philosophische Untersuchungen, 1953), § 23, traduction F. Dastur et al., Paris, Gallimard, 2004, p. 39
  53. Maurice Merleau-Ponty, Phénoménologie de la perception, Paris, Gallimard, 1945, p. 207-213