Philosophie/Morale

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La morale est un ensemble de règles qui déterminent quelles conduites ou quels propos les hommes doivent tenir ou adopter dans le but de bien faire.

Les questions que l'on se pose à propos de la morale peuvent être réduites à un petit nombre, chacune ayant pour objet une notion morale importante : Pourquoi dois-je suivre certaines règles ? qui pose la question du devoir, ou obligation, moral. Que dois-je faire ? c'est-à-dire quel bien dois-je viser et comment puis-je le savoir ? Dans quels cas mes actions et mes paroles peuvent-elles être moralement qualifiées, qui pose la question de la responsabilité et de la liberté. Enfin, la morale est-elle contraire au bien-être ou est-elle une condition, sinon la condition, du bonheur.

Le devoir, le bien, la liberté, la responsabilité et le bonheur sont ainsi des notions fondamentales de la morale.

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Introduction[modifier | modifier le wikicode]

La définition de la morale proposée au début de cet article n'est qu'un point de départ intuitif. Par « intuitif », nous entendons simplement le genre d'idées, que l'on a cependant rassemblées en une seule proposition, dont on peut penser qu'elles viendraient à l'esprit d'un individu du XXIeme siècle vivant en Occident lorsqu'il tente de comprendre ce qu'il entend par morale. Il y a donc là une part d'arbitraire et de généralisation vague que nous assumons afin de pouvoir commencer quelque part l'analyse de la notion.

Morale
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Nous commencerons par examiner les idées qui apparaissent dans cette définition de la morale et nous proposerons également un certain nombre de distinctions en vue de comprendre du mieux possible ce qu'il peut y avoir là de spécifique par rapport à d'autres domaines. L'ensemble de ces analyses conduira ou non à une révision de la définition de départ. Nous en reprendrons les résultats dans une section récapitulative, reprise qui pourra servir, sinon de définition, du moins de description plus ou moins fiable.

Premiers éléments d'analyse[modifier | modifier le wikicode]

Règle[modifier | modifier le wikicode]

La notion de règle semble liée intuitivement à celle de morale, sans qu'il soit nécessaire de préciser au préalable la nature de ce lien. Supprimons en effet cette idée de règle ; on supprime du même coup l'idée de prescription, tout semble alors permis et c'est la morale même qui disparaît. L'idée de règle est donc de manière évidente une idée constitutive de la morale, c'est-à-dire que l'on ne peut penser la morale sans la règle.

En quoi consiste cette idée de règle ? Une règle est une formule qui indique ou prescrit ce que l'on doit faire dans tel ou tel cas. Il y a des règles à suivre en logique, mais aussi en art, dans nos relations sociales, dans les sciences en général. Toutes ces règles ne sont pas morales ; les règles de formation d'une proposition logique ne sont pas morales ; leur acquisition et leur mise en œuvre relève d'un savoir technique dont la finalité est la distinction du vrai et du faux. De même, les règles de l'art sont des techniques dont la finalité est le beau, le sublime, et d'autres effets esthétiques. Qu'est-ce qui distingue la règle morale de la technique artistique, du raisonnement, de l'expérience scientifique ?

La règle morale suppose connaissance et conscience d'un sujet ; conscience et sentiment d'une prescription, ce que l'on appelle une obligation morale ; une détermination de la volonté ; une fin à atteindre.

Conduites[modifier | modifier le wikicode]

Bien[modifier | modifier le wikicode]

Distinguer la morale du droit[modifier | modifier le wikicode]

La morale n'est pas le seul ensemble de règles qui nous dit ce que nous devons faire et dire, ou ne pas faire ni dire. Le droit le fait également par le moyen des lois. D'ailleurs, en morale aussi on parle de lois pour désigner les devoirs qui s'imposent à nous. Morale et droit se ressemblent donc beaucoup et il faut voir si on peut les distinguer.

Différence par rapport aux sanctions[modifier | modifier le wikicode]

D'abord, le droit sanctionne les comportements et les propos contraires à la loi. Sans ces sanctions, les lois apparaissent sans force, et donc complètement inutiles. En revanche, la morale ne sanctionne pas toujours, et pourtant l'absence de sanction ne signifie pas que nos devoirs soient inutiles ni que la morale soit abolie. Ainsi l'absence de sanction abolit le droit, mais laisse intacte la morale.

Différence par rapport aux sentiments[modifier | modifier le wikicode]

La différence entre droit et morale peut également être constatée par la différence des sentiments que nous pouvons avoir ou non à leurs égards. Nous pouvons craindre la sanction de la loi, ou ne pas la craindre. Dans les deux cas, la loi reste valide tant que sa violation est sanctionnée ; peu importe les sentiments des individus, la loi règne tant qu'ils s'y conforment. En revanche, on ne peut parler de morale indépendamment de la manière dont les individus accomplissent leur devoir : obéir par contrainte, par habitude, par plaisir, ne permet pas de dire qu'une action est morale, c'est même tout le contraire, puisque de telles actions ne sont pas morales du tout, et peuvent même être immorales malgré les apparences contraires.

Différence par rapport à la finalité[modifier | modifier le wikicode]

Le droit vise à réguler des comportements humains au sein d'une société ; en dehors de ce contexte, les lois ne semblent pas avoir de sens. Il faut en effet que des rapports aux autres soient institutionnalisés pour pouvoir établir un droit qui régule ces rapports. Le but de cette régulation est souvent appelé justice. La morale a en revanche un sens même en l'absence d'autrui : j'ai des devoirs envers moi-même, qui me dictent par exemple de me respecter. Ainsi, en toutes circonstances, dois-je agir non seulement suivant la justice, mais également suivant le bien.

Autrui n'est bien sûr pas absent de la morale, mais cette remarque permet de voir que la morale s'adresse d'abord à des individus dans leurs conduites singulières, par rapport à eux-mêmes et par rapport aux autres, tandis que le droit s'adresse à ces mêmes individus dans leurs conduites réciproques, en laissant souvent de côté bon nombre de relations de l'individu à lui-même.

Conclusion[modifier | modifier le wikicode]

Le droit et la morale se distinguent tant par les caractéristiques qui en font des obligations et par la manière dont ces obligations peuvent et doivent être appréhendées, que par leurs finalités. Il s'agit donc bien de deux choses tout à fait différentes.

Comment sait-on ce qui est bien et mal ?[modifier | modifier le wikicode]

Les distinctions précédentes sont utiles pour bien délimiter le domaine de la morale et identifier ce dont on parle. Toutefois, jusqu'ici, nous nous sommes surtout attachés à élucider une conception intuitive de la morale. Ces élucidations auront peut-être permis au lecteur de se faire une idée plus claire des notions qu'il associe à la morale. Mais, pour en acquérir une connaissance véritablement justifiée, il convient maintenant d'aborder les choses de manière plus fondamentale, et la question qui doit se présenter en premier lieu est celle de notre connaissance même des valeurs morales, car nous avons fait jusqu'à présent comme si cette connaissance allait de soi.

Raison et sentiment[modifier | modifier le wikicode]

Les différentes sources de la morale[modifier | modifier le wikicode]

D'une manière très générale, il existe deux types de conception des fondements de la morale :

  • une conception objectiviste, qui affirme que les lois morales ne dépendent pas de l'homme, mais :
    • sont des lois de la nature (philosophie grecque en général);
    • sont des commandements divins ;
    • sont des lois de la raison, en tant que tout être raisonnable (donc outre l'homme) doit y obeir.
  • une conception relativiste, pour laquelle les valeurs morales ont une origine humaine :
    • parce qu'elles sont imposées par la société ou par un groupe quelconque ;
    • parce qu'il appartient à l'individu en tant que tel de les définir.

Dans la conception objectiviste (ou réaliste), les valeurs morales sont éternelles et universelles, ou, au moins, absolues ; on ne peut donc les changer ni les détruire. Au contraire, dans la seconde conception, les valeurs morales sont variables d'une société, d'un groupe ou d'un individu à l'autre. Cette seconde conception est souvent présentée de manière descriptive, alors que la première est normative. Dans le deuxième, il est difficile de condamner des pratiques qui appartiennent à d'autres sociétés (peine de mort, soumission des femmes, etc.), alors que la morale du premier type prétend s'imposer à tout être raisonnable, dans tous les temps et dans tous les lieux.

Qu'est-ce que le bien ?[modifier | modifier le wikicode]

Morale de la perfection[modifier | modifier le wikicode]

Cette morale définit le bien désirable comme perfection ; cette perfection n'est pas subjective, mais peut se décrire objectivement. Par exemple le savoir, la réussite, etc. Ce bien est conçu comme le fondement du bonheur, mais sans impliquer la satisfaction subjective. Ce bien représente souvent la réalisation optimale de la nature humaine, et se trouve être de ce fait inégalitaire. Il définit en effet une hiérarchie des perfections à atteindre, hiérarchie d'où découle le mérite des individus.
"Toutes les actions de notre âme qui nous acquièrent quelque perfection sont vertueuses, et tout notre contentement ne consiste qu'au témoignage intérieur que nous avons d'avoir quelque perfection." (Descartes, Lettre à Elisabeth).

Morale de la vertu[modifier | modifier le wikicode]

Ce type de morale insiste moins sur les règles à suivre en matière de morale, que sur les bonnes habitudes que nous devons prendre pour nous perfectionner et aquérir un bon caractère (dont les traits sont par exemple : générosité, bienveillance, etc.). C'est sans doute la morale philosophique la plus anciennne de notre civilisation. Ainsi, pour Platon, notre perfection consiste en l'acquisition de quatre vertus cardinales: la sagesse, le courage, la tempérance et la justice. Pour Aristote, la vertu est une bonne habitude acquise dans le but de réguler les émotions (par exemple, ne pas fuire face au danger), et consiste en un juste milieu qui nous fait éviter les extrêmes qui sont des vices, par exemple : lâcheté <-- courage --> témérité.

La détermination de ce juste milieu (ou médiété) n'est pas une chose facile, et demande un examen de la raison. A ces vertus, les théologiens ajoutèrent la foi, l'éspérance et l'amour.

Cette conception de la vertu implique également que l'on évite les mauvaises habitudes, i.e. les vices, telles que la lâcheté, l'injustice et la vanité. Ce genre de morale exige une éducation morale développée dès le plus jeune âge, ce qui rend les adultes responsables de la conduite morale des enfants et du développement de leurs vertus.

Le concept de vertu a joué un grand rôle jusqu'au milieu du XIXèmes siècle, puis déclina face à de nouvelles morales (évolutionnisme, utilitarisme, etc.). Mais, au milieu du XXème siècle, cette idée a retrouvé une nouvelle jeunesse avec des philosophes comme Anscombe et MacIntyre estimant que les philosophes avaient trop négligé le développement du caractère humain et que la vertu joue un rôle fondamentale dans la vie sociale.

Morale du devoir[modifier | modifier le wikicode]

Les morales du devoir fondent le caractère moral de nos actions par le concept d'obligation. Ce type de morale se conçoit indépendemment de toute conséquence qui pourrait résulter de nos actions. Par exemple, selon Kant, on ne doit pas mentir pour éviter un meurtre, car l'obligation de dire la vérité est absolue et ne tolère aucune condition particulière.

Il existe plusieurs théories des devoirs :

  • Pufendorf distingue trois type de devoir :
    • devoirs envers Dieu (dévotion interne et externe) ;
    • devoirs envers soi-même (devoirs envers l'âme : par exemple développer ses talents, et devoirs envers le corps -ne pas se tuer, ne pas se nuire) ;
    • devoirs envers autrui (devoirs absolus : ne pas nuire, etc. et devoirs conditionels : tenir sa parole, etc.).
  • théorie des droits (par exemple Locke), dans laquelle :
    • les droits sont naturels (par exemple, vivre, être libre, rechercher le bonheur) ;
    • ils sont universels ;
    • ils sont les mêmes pour tous ;
    • ils sont inaliénables.

Il faut souligner que tous droit appelle un devoir.

  • l'impératif catégorique : c'est la théorie kantienne de la morale. Kant distingue plusieurs types d'impératifs :
    • l'impératif hypothétique nous dit que si nous voulons ceci, nous devons faire telle ou telle chose ;
    • l'impératif catégorique nous dit seulement que nous devons faire telle chose, quoique nous voulions ou désirons.

Les théories du devoir n'exposent pas seulement le ou les principes qui rendent morale une action, mais s'efforcent également de résoudre les conflits qui résultent de nos devoirs eux-mêmes.

Morales conséquentialistes[modifier | modifier le wikicode]

Dans nos actions, nous prenons souvent en compte les conséquences de nos actes. Ces conséquences peuvent donc être considérées comme des critères possibles de notre comportement, ce qui fait de ce type de morale, un type normatif. Pour une morale de ce genre, une conduite est morale si les conséquences d'un acte sont plutôt bénéfiques que défavorables. L'évaluation de la moralité d'une conduite se fait donc sur la base de ce qui est observable, plutôt que sur l'intention qui a un caractère privé et difficile à appréhender.

Plusieurs types de conséquentialisme peuvent être distingués, selon le critère que l'on choisit pour déterminer ce qui est bénéfique et ce qui est nuisible :

  • l'altruisme : les conséquences de l'action favorables à quiconque excepté l'agent déterminent ce qui est bien et ce qui est mal
  • l'égoisme : les conséquences de l'action favorables à l'agent et à lui seul déterminent ce qui est bien et ce qui est mal ;
  • l'utilitarisme : les conséquences de l'action favorables à tous déterminent ce qui est bien et ce qui est mal. Bentham est l'un des premiers philosophes utilitaristes. Il propose d'une part de considérer les conséquences de nos actions, et, d'autre part, de mesurer le plaisir et la peine qui en résultent, d'où le nom d'hédonisme utilitariste de cette doctrine.

Débats contemporains[modifier | modifier le wikicode]

  • bioéthique
  • l'éthique des affaires
  • les droits de l'homme
  • la tolérance

Bibliographie[modifier | modifier le wikicode]

De nombreux classiques sont sur internet. Nous nous efforcerons d'en donner les liens. Les titres en bleu clair dirigent vers les textes disponibles sur Wikisource.

Ouvrages abordables[modifier | modifier le wikicode]

Bibliographie générale[modifier | modifier le wikicode]

  • Phédon, Platon
  • Éthique à Nicomaque, Aristote
  • Les politiques, Aristote
  • La République, Cicéron
  • Des Lois, Cicéron
  • Des biens et des maux, Cicéron
  • Des devoirs, Cicéron
  • Contre les moralistes, Sextus Empiricus
  • Contre le mensonge, Augustin d'Hippone
  • Traité des passions, Descartes
  • Lettres à la princesse Élizabeth, Descartes
  • Traité de morale, Malebranche
  • Éthique, Spinoza
  • Essais de théodicée, Leibniz
  • Essai philosophique concernant l'entendement humain, Locke
  • Traité de la nature humaine, Livres II et III, Hume
  • Enquête sur les principes de la morale, Hume
  • Critique de la raison pratique, Kant
  • Métaphysique des mœurs, Kant
  • Déontologie ou science de la morale, Bentham
  • Fondements de la morale et de la religion, Maine de Biran
  • Système de l'éthique, Fichte
  • Principes de la philosophie du droit, Hegel
  • L'Unique et sa propriété, Stirner
  • L'Utilitarisme, Mill
  • Aurore, réflexions sur les préjugés moraux, Nietzsche
  • Par-delà bien et mal, Nietzsche
  • Généalogie de la morale, Nietzsche
  • Les Bases de la morale évolutionniste, Spencer
  • Les Deux Sources de la morale et de la religion, Henri Bergson
  • L'Éthique protestante et l'esprit du capitalisme, Max Weber
  • Principia Ethica, Moore
  • Le Formalisme en éthique et l'éthique matérielle des valeurs, Scheller
  • La Conquête du bonheur, Bertrand Russell

Liens[modifier | modifier le wikicode]