Le mouvement Wikimédia/La naissance du mouvement Wikimédia
Il existe dans l'espace web une multitude d’archives permettant de retracer les événements qui ont conduit à la naissance du mouvement Wikimédia. Cette « préhistoire » du mouvement peut notamment être explorée grâce au réseau d’éducation populaire Framasoft, dont le site est apparu environ un an avant la création de la version francophone de Wikipédia. On trouve sur cette plateforme une mine d’informations concernant les logiciels libres et la culture libre. Deux épisodes majeurs de l’histoire de l’informatique et d’Internet, malheureusement méconnus du grand public.
Grâce à Framasoft et bien d’autres associations, il est possible de découvrir l’organisation et les motivations des millions de personnes qui participent au mouvement du logiciel libre. On y apprend que ce mouvement politique et social a été initié en 1983 par Richard Stallman, un programmeur du Massachusetts Institute of Technology (MIT), qui a eu l’idée d’offrir à chacun une alternative à la marchandisation du secteur informatique.
Cette philosophie de libre partage, concrétisée par le projet de Stallman, permit l’essor d’une organisation et d’une éthique de travail originale, développée au sein d’une sous-culture en vogue dans le milieu informatique depuis les années 1950. Celle-ci fut documentée dans de nombreux ouvrages, dont « L’éthique hacker »[1], un livre remarquable, dans lequel le philosophe finlandais, Pekka Himanen, analyse en détail les origines de la culture hacker. Un simple extrait de sa quatrième de couverture[2] permet d’appréhender la manière de penser de ces informaticiens, rejoints par Richard Stallman durant ses études universitaires, avant d’en devenir l’une des figures les plus charismatiques :
On considérait jusqu’à présent le « hacker » comme un voyou d’Internet, responsable d’actes de piratage et de vols de numéros de cartes bancaires. Le philosophe Pekka Himanen voit au contraire les hackers comme des citoyens modèles de l’ère de l’information. Il les considère comme les véritables moteurs d’une profonde mutation sociale. Leur éthique, leur rapport au travail, au temps ou à l’argent, sont fondés sur la passion, le plaisir ou le partage. Cette éthique est radicalement opposée à l’éthique protestante, telle qu’elle est définie par Max Weber, du travail comme devoir, comme valeur en soi, une morale qui domine encore le monde aujourd’hui.
Ces premières informations nous aident déjà à comprendre que le mouvement Wikimédia plonge ses racines dans une transition culturelle remplie d’utopies[3]. Des utopies qui s’opposaient à ce que l’historien et anthropologue Karl Polanyi[4] désignait, en 1944, comme un libéralisme économique qui « subordonne les objectifs humains à la logique d’un mécanisme de marché impersonnel »[5]. Étape par étape, voyons à présent comment les choses se sont construites jusqu’à l’apparition de Wikimédia, avant de se demander si ce mouvement ne serait pas devenu l’une des dernières utopies de la révolution numérique.
- ↑ Pekka Himanen, The Hacker Ethic and the Spirit of the Information Age, Vintage, (ISBN 978-0-09-942692-9).
- ↑ Pekka Himanen, L'éthique hacker et l'esprit de l'ère de l'information, Exils, (ISBN 2-912969-29-8 et 978-2-912969-29-3, OCLC 51085264).
- ↑ Anne Bellon, « Qu’est devenue l’utopie d’Internet ? », dans Revue Projet, vol. 371, no 4, 2019-08-27, p. 6–11 (ISSN 0033-0884) [texte intégral, lien DOI (pages consultées le 2025-12-21)]
- ↑ Karl Polanyi, Fred Block et Joseph E Stiglitz, The great transformation: the political and economic origins of our time, Beacon press, (ISBN 978-0-8070-5643-1, OCLC 1277370048).
- ↑ Texte original avant sa traduction par www.deepl.com/translator : « subordinates human purposes to the logic of an impersonal market mechanism ».